Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a multiplié les échanges diplomatiques en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité, qui se tient du 13 au 15 février 2026 dans la capitale bavaroise. Parmi ces rencontres, celle avec le chancelier autrichien Christian Stocker s’est imposée comme un moment clé, illustrant les efforts de Beyrouth pour renforcer ses partenariats européens face aux défis sécuritaires et économiques qui pèsent sur le Liban. Cette discussion, centrée sur les relations bilatérales et les évolutions régionales, intervient dans un contexte marqué par les tensions persistantes au Proche-Orient, où le Liban cherche à consolider son appareil sécuritaire tout en naviguant entre influences internes et pressions extérieures.
Christian Stocker, à la tête d’une coalition tripartite formée en mars 2025 entre le Parti populaire autrichien (ÖVP), les sociaux-démocrates et les libéraux de Neos, a pris les rênes d’un gouvernement confronté à des défis internes, notamment la gestion des flux migratoires et la relance économique post-pandémie. Son accession au pouvoir, après cinq mois de négociations – les plus longues de l’histoire autrichienne moderne –, a marqué un tournant en excluant l’extrême droite du Parti de la liberté (FPÖ), vainqueur des élections législatives de septembre 2024 mais isolé par les autres formations. À Munich, Stocker a discuté avec Salam des perspectives de coopération économique, soulignant l’importance d’un engagement européen plus marqué dans la stabilisation du Liban. Le Premier ministre libanais a insisté sur la nécessité d’une participation active de l’Autriche au conférence de soutien aux forces armées libanaises prévue en mars 2026, un événement crucial pour mobiliser des ressources internationales.
Les échanges ont porté sur les développements régionaux, avec un accent sur les implications des conflits en cours. Le Liban, fragilisé par une crise économique profonde depuis 2019, avec une dette publique dépassant 150 milliards de dollars et une inflation qui a culminé à plus de 200 % en 2023 avant de se stabiliser autour de 70 % en 2025, dépend largement de l’aide internationale pour maintenir la cohésion de ses institutions. L’armée libanaise, pilier de la souveraineté nationale, fait face à des contraintes budgétaires sévères, avec des salaires des soldats réduits de facto par la dévaluation de la livre libanaise. Dans ce cadre, Salam a rappelé l’urgence de renforcer les capacités des forces de sécurité, essentielles pour contrer les menaces à la frontière sud, où les incidents avec Israël se multiplient depuis l’escalade d’octobre 2023.
Un soutien européen renforcé pour l’armée libanaise
Plus tôt dans la journée, Nawaf Salam s’est entretenu avec le Premier ministre néerlandais Dick Schoof, dont le gouvernement, formé en juillet 2024 après des négociations complexes impliquant le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders, met l’accent sur la sécurité et la coopération internationale. Les discussions ont porté sur la poursuite du soutien néerlandais et européen à l’armée libanaise et aux institutions sécuritaires. Schoof a confirmé la participation des Pays-Bas à la conférence de mars, un engagement qui s’inscrit dans la continuité des contributions européennes à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), où les contingents néerlandais ont joué un rôle discret mais constant depuis 2006.
Salam a exprimé la gratitude du Liban pour l’appui sustained de La Haye, qui inclut des formations pour les officiers libanais et des équipements non létaux. Ce partenariat remonte aux années 1970, lorsque les Pays-Bas ont établi des liens commerciaux solides avec Beyrouth, avant que la guerre civile (1975-1990) ne perturbe ces échanges. Aujourd’hui, avec un volume bilatéral d’environ 500 millions d’euros en 2025, les relations se concentrent sur l’agriculture, la technologie et la sécurité. Le Premier ministre libanais a réitéré le désir de Beyrouth d’élargir ces liens à tous les domaines, y compris l’énergie renouvelable, où les expertises néerlandaises en gestion des eaux et en éolien pourraient aider le Liban à diversifier ses sources d’énergie, dépendant encore à 90 % des importations de carburant.
Cette rencontre illustre la stratégie libanaise de diversification des partenariats, alors que l’Union européenne a alloué plus de 2,5 milliards d’euros d’aide au Liban depuis 2020, dont une part significative pour les forces armées. En 2025, Bruxelles a débloqué 150 millions d’euros supplémentaires pour la FINUL, en réponse aux incidents frontaliers qui ont causé la mort de plusieurs casques bleus, dont un Irlandais en décembre 2022 et un Espagnol en janvier 2025. Ces fonds visent à équiper l’armée libanaise pour qu’elle assume pleinement ses responsabilités au sud du Litani, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2006 après la guerre entre Israël et le Hezbollah.
Les violations israéliennes au cœur des discussions avec l’ONU
Dans un autre entretien marquant, Nawaf Salam a rencontré Volker Türk, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, nommé en 2022 par le secrétaire général António Guterres. Les deux hommes ont abordé le engagement continu du Liban avec les organes onusiens dédiés aux droits humains. Salam a réaffirmé l’attachement de Beyrouth à ces mécanismes, malgré les critiques internes sur la gestion des réfugiés syriens, qui représentent plus de 1,5 million de personnes sur une population de 5 millions.
Les discussions se sont concentrées sur les violations persistantes des droits de l’homme par Israël au Liban et dans les territoires palestiniens occupés. Depuis l’escalade de 2023, plus de 500 civils libanais ont été tués dans des frappes aériennes israéliennes, selon les rapports du ministère libanais de la Santé, avec des destructions massives dans les villages frontaliers comme Khiam et Bint Jbeil. Salam a appelé à redoubler d’efforts pour la libération des prisonniers libanais détenus en Israël, un dossier sensible remontant à la guerre de 2006. Parmi eux, des figures comme Yahya Skaf, capturé en 1978 et dont le sort reste incertain, malgré les demandes répétées de la Croix-Rouge internationale.
Türk, dont le bureau a publié en novembre 2025 un rapport accablant sur les frappes israéliennes qualifiées de « disproportionnées », a souligné la nécessité d’enquêtes indépendantes. Ce dialogue s’inscrit dans un cadre plus large où l’ONU documente plus de 10 000 violations de la ligne bleue depuis 2000, avec une augmentation de 300 % en 2025. Le Liban, qui a soumis en janvier 2026 une plainte formelle au Conseil de sécurité, accuse Israël d’occupations illégales et d’usage excessif de la force, tandis que Tel-Aviv invoque la légitime défense contre les tirs de roquettes du Hezbollah.
Le rôle accru de l’Europe dans la stabilisation du Proche-Orient
Revenant à la rencontre avec Stocker, Salam a insisté sur le rôle pivotal que les Européens doivent jouer dans les processus de stabilisation régionale. L’Autriche, membre de l’UE depuis 1995 et contributrice à la FINUL avec un contingent de 160 soldats basé à Naqoura, a vu son engagement renforcé en 2025 avec l’envoi d’équipements médicaux d’une valeur de 5 millions d’euros. Les échanges économiques bilatéraux, chiffrés à 300 millions d’euros en 2025, se concentrent sur les secteurs pharmaceutique et touristique, domaines où Vienne excelle.
Cette diplomatie active de Salam s’inscrit dans une séquence d’événements récents, comme la visite du chef de l’armée libanaise Joseph Aoun à Riyad en décembre 2025, où l’Arabie saoudite a promis 100 millions de dollars d’aide militaire, ou la conférence des donateurs à Paris en octobre 2025, qui a mobilisé 1 milliard d’euros pour l’économie libanaise. Le gouvernement Salam, formé en février 2025 après des mois de vide politique, priorise la réforme du secteur bancaire, avec la nomination de Wassim Mansouri comme gouverneur par intérim de la Banque du Liban, et la mise en œuvre des recommandations du FMI pour un prêt de 3 milliards de dollars conditionnel à des audits transparents.
Les tensions régionales, exacerbées par la guerre à Gaza et les échanges de tirs quotidiens à la frontière libano-israélienne, ont conduit à plus de 200 000 déplacés internes au Liban depuis octobre 2023. En janvier 2026, une frappe israélienne près de Tyr a tué deux civils, provoquant une riposte du Hezbollah qui a endommagé une base militaire à Metula. Ces incidents soulignent l’urgence d’un cessez-le-feu durable, que Salam a défendu à Munich, appelant à une application stricte de la résolution 1701.
Les implications immédiates des partenariats sécuritaires
Au-delà des bilatéraux, ces rencontres mettent en lumière les défis posés par la présence du Hezbollah, dont les arsenaux estimés à 150 000 roquettes menacent la stabilité. L’armée libanaise, avec 80 000 soldats, peine à imposer son monopole sur les armes, comme l’exige la résolution 1559 de 2004. En 2025, des exercices conjoints avec la FINUL ont permis de cartographier 500 sites suspects au sud, mais les tensions internes persistent, avec des manifestations à Tripoli en novembre 2025 contre la hausse des prix du carburant.
Le soutien néerlandais, par exemple, inclut des programmes de formation à La Haye pour 200 officiers libanais en 2025, axés sur la cybersécurité et le contrôle des frontières. De même, l’Autriche a fourni en décembre 2025 des véhicules blindés légers pour patrouiller la ligne bleue. Ces aides, totalisant 50 millions d’euros de l’UE en 2025 pour la sécurité libanaise, visent à contrer l’influence iranienne via le Hezbollah, dont les financements annuels sont estimés à 700 millions de dollars par des rapports de l’ONU.
Dans ce paysage, les droits de l’homme restent un enjeu critique. Le rapport de Türk en 2025 a documenté 1 200 cas de détentions arbitraires au Liban, liées à la crise syrienne, et 500 plaintes pour torture dans les prisons. Salam a promis une coopération accrue, avec la ratification en septembre 2025 du protocole facultatif à la Convention contre la torture, permettant des visites surprises des experts onusiens.
Les dynamiques économiques sous-jacentes
Sur le plan économique, les discussions avec Schoof et Stocker ont évoqué les opportunités d’investissements. Les Pays-Bas, avec un PIB par habitant de 60 000 euros, pourraient assister le Liban dans la reconstruction du port de Beyrouth, dévasté par l’explosion d’août 2020 qui a causé 220 morts et 7 milliards de dollars de dommages. Un consortium néerlandais a proposé en 2025 un plan de 2 milliards d’euros pour moderniser les infrastructures portuaires.
De son côté, l’Autriche, forte de son expertise en énergie hydroélectrique, pourrait contribuer au barrage de Bisri, projet suspendu en 2020 pour raisons environnementales mais relancé en 2025 avec un financement de la Banque mondiale de 400 millions de dollars. Ces initiatives s’inscrivent dans le plan de relance libanais, qui prévoit une croissance de 2 % en 2026 après une contraction de 5 % en 2025, selon les projections du FMI.
Les répercussions frontalières récentes
Les implications immédiates de ces échanges se manifestent dans les incidents frontaliers du 12 février 2026, où des drones israéliens ont survolé la Bekaa, provoquant une alerte de l’armée libanaise. Sans victimes, cet épisode rappelle les 300 survols documentés en 2025, violant l’espace aérien libanais. La FINUL, avec 10 500 soldats de 48 pays, a enregistré 150 patrouilles conjointes en janvier 2026 pour désamorcer les tensions.
Parallèlement, la libération potentielle de prisonniers libanais, comme les quatre détenus confirmés par Israël en 2025, dépend de négociations indirectes via l’ONU. Türk a indiqué en décembre 2025 que son bureau faciliterait ces pourparlers, en lien avec la résolution 1391 de 2002 appelant à la libération des captifs de la guerre de 1982.
Ces développements, ancrés dans les réalités du terrain, soulignent les efforts diplomatiques du Liban pour naviguer un environnement géopolitique volatile, avec des alliances européennes essentielles pour préserver sa souveraineté.