Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré, lors d’une cérémonie de remise de diplômes à des officiers israéliens, que l’armée israélienne ne se retirera pas des zones dites tampons établies au Liban et en Syrie. Cette annonce, faite jeudi, marque un tournant dans la doctrine de sécurité d’Israël, abandonnant la politique de containment au profit d’une posture plus offensive. « Il n’y a plus de politique de containment », a-t-il affirmé, soulignant que cette évolution vise à élargir ces zones pour renforcer la sécurité nationale. Cette position intervient dans un contexte de tensions persistantes aux frontières nord d’Israël, où les cessez-le-feu récents avec le Hezbollah au Liban et les évolutions post-Assad en Syrie n’ont pas apaisé les craintes d’attaques.
Cette déclaration de Netanyahu reflète les défis sécuritaires actuels, avec des opérations militaires israéliennes qui se poursuivent malgré les accords de cessez-le-feu. Au Liban, Israël maintient des positions dans le sud du pays, justifiant sa présence par le non-respect perçu des engagements libanais en matière de désarmement du Hezbollah. En Syrie, l’occupation d’une zone tampon dans le Golan et au-delà, suite à la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, est présentée comme une mesure préventive contre l’émergence de nouvelles menaces. Ces zones, décrites par Israël comme essentielles à sa défense, couvrent des territoires stratégiques incluant des points d’observation élevés et des corridors limitant les mouvements hostiles.
Le discours prononcé par Netanyahu lors de cette cérémonie met en lumière une stratégie qui priorise l’expansion territoriale temporaire pour contrer les risques. Il a insisté sur le fait que ces zones tampons ne seront pas évacuées tant que des garanties solides ne seront pas obtenues de la part des autorités libanaises et syriennes. Cette approche s’inscrit dans une série d’annonces similaires faites par des responsables israéliens au cours des derniers mois, renforçant l’idée d’une doctrine sécuritaire révisée face à un environnement régional instable.
Un tournant dans la doctrine sécuritaire israélienne
Dans son allocution, Benjamin Netanyahu a détaillé les raisons de ce changement de paradigme. Il a évoqué les menaces persistantes posées par le Hezbollah au Liban, malgré le cessez-le-feu entré en vigueur en novembre 2024, négocié sous l’égide des États-Unis et de la France. Ce cessez-le-feu, basé sur la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, prévoyait le retrait des forces israéliennes au sud de la Ligne bleue – la ligne de retrait établie en 2000 pour confirmer le départ israélien du Liban – et le déploiement des Forces armées libanaises (FAL) au sud du fleuve Litani. Cependant, Israël a maintenu des troupes dans au moins cinq positions stratégiques au Liban sud, ainsi que dans deux zones tampons près de la Ligne bleue.
Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a complété ces déclarations en affirmant que la présence israélienne à ces cinq points au Liban sud n’était pas incluse dans l’accord de cessez-le-feu, mais imposée par Israël et acceptée par les États-Unis. « Nous ne nous retirerons pas du Liban tant que le Hezbollah possédera des armes », a-t-il déclaré, précisant que cette mesure vise à assurer la sécurité des communautés frontalières israéliennes. Ces positions incluent des sites élevés comme ceux près de Maroun al-Ras et d’Al Aadeisse, offrant des vues dominantes sur les vallées libanaises et permettant de surveiller les mouvements du Hezbollah.
Au cours des mois suivants le cessez-le-feu, des incidents ont été rapportés, avec des frappes israéliennes contre des cibles présumées du Hezbollah et des démolitions de structures considérées comme des menaces potentielles. Par exemple, en janvier 2026, des tirs d’artillerie israéliens ont visé des zones près de Blida, en réponse à des violations alléguées du cessez-le-feu. Netanyahu a justifié ces actions en soulignant que le Liban n’a pas pleinement déployé ses forces pour empêcher le retour du Hezbollah au sud du Litani, laissant un vide que Israël comble par sa présence.
Cette posture s’étend également à la Syrie, où Netanyahu a annoncé que les forces israéliennes resteraient dans la zone tampon du Golan et sur le mont Hermon, occupés depuis décembre 2024 après la chute d’Assad. Il a affirmé que cette occupation est nécessaire pour empêcher l’installation de forces hostiles, telles que celles liées à Hayat Tahrir al-Sham ou à l’armée syrienne, au sud de Damas. « Nous ne permettrons pas au régime de Damas d’établir un nouveau front comme au sud du Liban sur nos frontières », a-t-il déclaré dans une précédente intervention, insistant sur la démilitarisation d’une zone s’étendant du Golan jusqu’à la frontière jordanienne.
Les tensions persistantes au Liban sud
Le contexte libanais est marqué par une série d’événements qui ont conduit à la création de ces zones tampons. Le conflit entre Israël et le Hezbollah, escaladé en 2023 suite à la guerre à Gaza, a culminé en une invasion israélienne du Liban sud en octobre 2024, visant à neutraliser les infrastructures du groupe armé. Des milliers de roquettes ont été lancées depuis le Liban, provoquant des évacuations massives dans le nord d’Israël et des destructions importantes de part et d’autre.
Le cessez-le-feu de novembre 2024 a mis fin aux hostilités intenses, mais n’a pas résolu les problèmes sous-jacents. Israël a retardé son retrait initial, prévu pour fin janvier 2025, arguant que les FAL n’étaient pas pleinement déployées et que le Hezbollah continuait de violer l’accord en maintenant des armes au sud du Litani. En février 2025, Israël a officiellement annoncé le maintien de troupes dans cinq postes avancés, incluant des zones comme celles près de Khiam et de Bint Jbeil, où des fortifications ont été érigées pour surveiller les routes d’approvisionnement potentielles du Hezbollah.
Des rapports détaillent que ces positions couvrent environ un kilomètre en territoire libanais, avec des barrières, des postes d’observation et des patrouilles régulières. Le gouvernement libanais a documenté plus de 2 000 violations israéliennes de sa souveraineté entre novembre 2024 et février 2026, incluant des survols de drones, des incursions terrestres et des frappes aériennes. Par exemple, en janvier 2026, une plainte libanaise auprès des Nations unies a listé 2 036 breaches, appelant le Conseil de sécurité à contraindre Israël à un retrait complet au-delà des frontières internationalement reconnues.
Les Forces intérimaires des Nations unies au Liban (Finul), dont le mandat expire en décembre 2026, ont joué un rôle clé dans la surveillance de ces zones. La résolution 2790 du Conseil de sécurité, adoptée en août 2025, a prolongé le mandat de la Finul pour une dernière fois, en prévoyant un retrait ordonné des casques bleus d’ici fin 2026. La Finul, forte de plus de 10 000 soldats provenant de pays comme l’Inde, l’Irlande et le Ghana, a aidé les FAL à déminer des zones comme Maroun al-Ras et Al Aadeisse, remettant des terrains déminés en février 2026. Cependant, des incidents ont entravé leur travail, avec des accusations d’obstructions israéliennes aux patrouilles de la Finul.
Le ministre libanais des Affaires étrangères a déclaré que ces violations constituent une « violation flagrante » de la résolution 1701 et de la souveraineté libanaise, appelant à une démarcation claire des frontières et au désarmement des milices non étatiques. Netanyahu, en réponse, a maintenu que la présence israélienne est conditionnelle à l’application effective de l’accord par le Liban, incluant le retrait du Hezbollah au-delà du Litani.
L’occupation étendue en Syrie
En Syrie, la situation a évolué dramatiquement depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, permettant à Israël d’occuper une zone tampon au-delà de la ligne de cessez-le-feu de 1974. Cette zone, supervisée par la Force des Nations unies chargée d’observer le dégagement (FNUOD), s’étend sur plus de 75 kilomètres de long, avec une largeur variant de 10 kilomètres au centre à 200 mètres au sud. Israël a déployé des troupes dans au moins sept nouveaux postes dans la zone de séparation, incluant le mont Hermon, où la FNUOD maintient sa position la plus élevée au monde à 2 814 mètres d’altitude.
Netanyahu a visité ces zones en novembre 2025, accompagné d’une délégation de haut niveau, pour affirmer que l’occupation serait maintenue jusqu’à ce que la Syrie établisse une zone démilitarisée du sud de Damas à la frontière jordanienne. « L’occupation israélienne de la zone tampon est un acte imprudent et provocateur, et elle doit se retirer immédiatement », a déclaré le dirigeant syrien de facto Ahmed al-Sharaa, soulignant l’engagement de la Syrie envers l’accord de 1974.
Des images satellites révèlent des fortifications israéliennes, avec des raids sur des maisons et des restrictions d’accès pour les résidents locaux, qui dépendent du barrage d’Al-Mantara pour l’eau. En janvier 2025, Katz a annoncé que l’armée israélienne resterait « indéfiniment » dans cette zone, citant des menaces potentielles de groupes comme Hayat Tahrir al-Sham. Netanyahu a ajouté que Israël n’autoriserait pas l’armée syrienne à avancer au sud de Damas, exigeant une démilitarisation complète pour prévenir un « nouveau front terroriste ».
Des frappes aériennes israéliennes ont continué en 2025 et 2026, visant des sites militaires syriens et des dépôts d’armes, avec des explosions rapportées près de Damas en février 2026. Ces actions ont déplacé des résidents et suscité des protestations locales contre la présence israélienne, perçue comme une extension de l’occupation du Golan depuis 1967, où Israël a établi 34 colonies abritant environ 26 000 colons.
Les appels internationaux au retrait
Le Conseil de sécurité des Nations unies a exhorté Israël à respecter les accords de cessez-le-feu avec le Liban et la Syrie, appelant à un retrait des zones occupées et à permettre aux forces de maintien de la paix d’opérer sans entrave. Dans une déclaration de janvier 2025, les membres du Conseil ont insisté sur le respect de la résolution 1701 et de l’accord de dégagement de 1974, notant des violations israéliennes dans la zone de séparation syrienne.
La Commission consultative sur l’UNRWA a exprimé une profonde préoccupation face aux actions israéliennes, appelant à cesser les interférences et à lever les restrictions. Des experts de l’ONU ont averti que l’expansion israélienne dans les territoires occupés, y compris en Syrie et au Liban sud, risque d’aggraver les souffrances régionales, avec des milliers de morts et de blessés en 2024, dont un nombre record de travailleurs médicaux.
Le Qatar et d’autres acteurs régionaux ont appelé au retrait israélien de la zone tampon syrienne, tandis que la Syrie a réaffirmé son engagement envers les accords onusiens et sa volonté d’accueillir les forces de l’ONU pour restaurer le statu quo. Netanyahu a répondu en visitant des soldats blessés en Syrie, réitérant que Israël définirait une zone démilitarisée pour sa sécurité.
Implications immédiates des positions israéliennes
Les zones tampons maintenues par Israël ont des répercussions directes sur les dynamiques locales. Au Liban, les FAL ont intensifié leur déploiement au sud du Litani, coopérant avec la Finul pour déminer et sécuriser des zones comme celles d’Al Aadeisse, où des ordonnances non explosées ont été retirées en février 2026. Cependant, les incursions israéliennes persistent, avec des tirs d’artillerie et des attaques d’hélicoptères rapportés près de la Ligne bleue.
En Syrie, la présence israélienne sur le mont Hermon et dans les postes avancés a limité l’accès aux ressources vitales, provoquant des tensions avec les communautés druzes locales. Des manifestations contre l’occupation ont été réprimées, et des frappes ont visé des positions syriennes en février 2026, en réponse à des tentatives présumées de renforcement militaire au sud de Damas.
Ces développements soulignent les défis pour les missions onusiennes, avec la FNUOD renforcée par des contingents de pays comme l’Australie et l’Inde, totalisant 1 219 personnels en août 2025. La Finul, quant à elle, prépare son retrait progressif, explorant des options pour soutenir les FAL après 2026, y compris via des outils de sécurité et de surveillance de la Ligne bleue.
Les autorités libanaises et syriennes continuent de documenter ces activités, appelant à une application stricte des résolutions onusiennes pour préserver la stabilité régionale.



