Le Liban a connu, le 17 février 2026, une augmentation significative des prix du carburant, suite à la décision du cabinet d’imposer une taxe supplémentaire de 300 000 livres libanaises sur chaque bidon de 20 litres d’essence. Cette mesure, prise lors d’une réunion du Conseil des ministres, a entraîné une hausse immédiate des tarifs à la pompe, avec le prix du benzine 95 octanes atteignant 1 793 000 livres et celui du 98 octanes s’élevant à 1 836 000 livres. Le mazout, quant à lui, a vu son prix grimper à 1 380 000 livres, tandis que le gaz est resté stable à 1 384 000 livres. Cette adjustment, annoncée par l’Agence nationale d’information, s’inscrit dans un effort gouvernemental pour financer des augmentations salariales dans le secteur public, au milieu d’une crise économique persistante qui érode le pouvoir d’achat des citoyens.
Cette hausse n’est pas isolée. Elle fait suite à une série d’ajustements mineurs observés plus tôt dans le mois. Le 6 février, les prix du benzine 95 octanes avaient déjà augmenté de 12 000 livres, portant le tarif à 1 403 000 livres, tandis que le 98 octanes grimpait de 15 000 livres à 1 446 000 livres. Une semaine plus tard, le 13 février, une nouvelle hausse de 14 000 livres pour les essences et de 9 000 livres pour le mazout avait été enregistrée. Mais c’est la décision du 17 février qui marque un tournant, avec une augmentation bien plus substantielle, directement liée à des mesures fiscales. Le gouvernement a justifié cette taxe en expliquant qu’elle vise à générer des revenus estimés à environ 620 millions de dollars, nécessaires pour couvrir les coûts des revalorisations salariales des employés publics et des retraités, dont les rémunérations ont été dévaluées par l’inflation galopante depuis 2019.
Une mesure fiscale pour financer les salaires publics
Le cabinet, présidé par le Premier ministre Nawaf Salam, a approuvé cette taxe sur l’essence sans toucher au mazout, une exemption motivée par la dépendance généralisée des Libanais à ce combustible pour alimenter les générateurs privés, face aux coupures chroniques d’électricité d’État. Nawaf Salam a défendu cette décision en affirmant qu’elle « ne dépasse pas 1 % et cible les groupes à plus forte consommation, dans le but de financer les augmentations salariales des employés du secteur public et des retraités ». Il a insisté sur le fait que cette mesure « n’affecte pas les classes à faible revenu », soulignant que les hausses salariales pour les soldats et les fonctionnaires publics sont « méritées ». Le ministre des Finances, Yassin Jaber, a pour sa part déclaré lors d’une conférence de presse que l’augmentation des salaires coûterait à l’État environ 620 millions de dollars, et que la décision de relever les taxes visait à « préserver l’équilibre financier, car tout déséquilibre nous mènerait à une crise ».
Cette taxe s’accompagne d’une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 11 % à 12 %, une mesure qui nécessite encore l’approbation du Parlement. Selon les estimations officielles, les recettes de la TVA dans le budget 2026 s’élèvent à environ 2 milliards de dollars, bien que des experts estiment qu’elles devraient atteindre près de 3 milliards, révélant ainsi une évasion fiscale annuelle d’environ 1 milliard de dollars. Yassin Jaber a précisé que 30 % des biens importés sont exemptés de TVA, et que tous les employés du secteur public reçoivent des bons d’essence payés par le Trésor public. Il a également noté que les prix de l’essence avaient auparavant atteint environ 1,8 million de livres, et conclu : « Si cela n’était pas nécessaire, nous n’aurions pas recours à cette augmentation. »
Les réactions immédiates des acteurs économiques
La décision a provoqué une vague de protestations à travers le pays. Dès le lendemain, le 18 février, des manifestants ont bloqué les principales artères de Beyrouth et d’autres villes, exprimant leur colère face à ces hausses qui aggravent une situation économique déjà précaire. Les conducteurs, en particulier, ont formé des barrages routiers, arguant que l’augmentation des prix du carburant se répercutera inévitablement sur les coûts de transport et, par extension, sur les prix des biens de consommation courante. Maroun al-Khouli, chef de la Confédération générale des syndicats des travailleurs libanais, a qualifié ces augmentations d’« attaque directe contre les droits économiques des citoyens ». Les fédérations et syndicats du secteur des transports terrestres, dirigés par Bassam Tlais, ont soutenu l’amélioration des salaires mais refusé « de placer ce fardeau supplémentaire sur les citoyens et le secteur des transports ».
Au sein même du gouvernement, la décision n’a pas fait l’unanimité. Le ministre de l’Énergie, Joe Saddi, a déclaré avoir « objecté à l’approbation de toute augmentation de taxes à ce stade ». Le vice-Premier ministre Ghassan Hasbani et ses ministres ont également exprimé leur rejet, qualifiant la mesure de non soutenue par des réformes structurelles dans les secteurs public et financier, et avertissant de ses conséquences potentielles. Des économistes comme Kamal Hamdan ont caractérisé ces décisions comme une continuation d’approches non réformistes, où les consommateurs les plus pauvres financeront les ajustements salariaux pour d’autres groupes pauvres et de la classe moyenne inférieure.
Le contexte des réformes fiscales au Liban
Cette hausse s’inscrit dans un cadre plus large de réformes fiscales initiées depuis la crise économique de 2019. Le budget 2025, soumis le 29 juillet 2025 et approuvé par le Parlement en février 2026, n’avait introduit aucune nouvelle taxe, selon les déclarations du ministre des Finances. Au contraire, l’accent avait été mis sur une collecte plus rigoureuse des revenus existants. Cependant, face à la pression croissante des syndicats pour des hausses salariales, le gouvernement a dû recourir à ces mesures en 2026. Le budget 2026, récemment approuvé, prévoit des limitations sur les déductions de TVA et d’autres ajustements, mais c’est l’augmentation immédiate sur l’essence qui a cristallisé les tensions.
Historiquement, les prix du carburant au Liban ont été influencés par un système de subventions qui a drainé les réserves de la Banque centrale. Dès 2021, la Banque du Liban a commencé à lever progressivement ces subventions, annonçant le 11 août 2021 qu’elle offrirait des lignes de crédit pour les importations de carburant basées sur le prix du marché de la livre libanaise. Cela a marqué la fin effective des subventions sur le carburant, qui coûtaient environ 3 milliards de dollars par an. En 2022, les subventions restantes ont été entièrement levées, entraînant une multiplication des prix : le prix de l’essence a augmenté de 379 % et celui du mazout de 682 % entre 2021 et 2022. Ces ajustements ont obligé les utilisateurs à payer le plein prix des produits pétroliers, exacerbant l’inflation et réduisant la consommation.
L’impact sur l’économie quotidienne
Les répercussions de cette taxe se font sentir dans tous les secteurs. L’augmentation de 300 000 livres sur l’essence équivaut à environ 3,30 dollars au taux de change actuel, portant le prix d’un bidon de 20 litres à plus de 19,93 dollars, contre 15,90 dollars auparavant. Cela affecte particulièrement les ménages qui dépendent des véhicules pour les déplacements quotidiens, dans un pays où les transports publics sont limités. Les experts préviennent que cette hausse se traduira par une augmentation des coûts de distribution et de livraison, alimentant une inflation déjà élevée. En 2023, le taux d’inflation annuel a atteint 221,3 %, et la dévaluation de la livre libanaise de plus de 98 % entre janvier 2023 et mars 2024 a aggravé la situation.
Dans le secteur énergétique, la dépendance au mazout pour les générateurs privés reste critique. Avec seulement une heure ou deux d’électricité d’État par jour, la plupart des foyers et entreprises recourent à des solutions privées, et l’exemption du mazout de la nouvelle taxe vise à atténuer l’impact sur les classes les plus vulnérables. Néanmoins, les hausses antérieures ont déjà conduit à une réduction de la consommation : les importations de carburant ont chuté en raison des contraintes financières, contribuant à une baisse de 32 % des émissions de gaz à effet de serre entre 2019 et 2022, selon le premier rapport biennal de transparence du Liban sur le changement climatique.
Les dynamiques politiques et confessionnelles
La décision du cabinet révèle les fractures au sein de la coalition au pouvoir. Formé en février 2025 sous la direction de Nawaf Salam, le gouvernement doit naviguer entre les influences confessionnelles : les sunnites à Tripoli, les chiites au sud, et les dynamiques régionales impliquant Israël, le Hezbollah et l’ONU. Bien que la mesure fiscale ne soit pas directement liée aux tensions géopolitiques, elle s’inscrit dans un contexte de paralysie politique persistante. Les élections de 2022 avaient déjà été marquées par des retards, et les négociations avec le Fonds monétaire international, entamées en 2020, ont été suspendues en raison du manque de réformes structurelles.
Les opposants soulignent que ces taxes régressives pèsent davantage sur les pauvres, qui consacrent une plus grande part de leurs revenus à la consommation. Le ministre des Finances a défendu la TVA en arguant qu’elle cible les groupes à plus forte consommation, mais les critiques, comme celles du chef du parti des Forces libanaises Samir Geagea, rejettent cette logique : « Vous nous donnez une augmentation multipliée par six et elle s’évapore avec le carburant et les taxes. » Les syndicats appellent à des réformes plus profondes, incluant la lutte contre l’évasion fiscale et la restructuration du secteur bancaire, qui détient une dette publique insoutenable.
Les implications immédiates sur les ménages et les entreprises
Au-delà des protestations, cette hausse affecte directement les ménages. Avec un chômage culminant à 13,27 % en 2020 et une pauvreté généralisée, de nombreux Libanais peinent à couvrir leurs besoins de base. La crise, exacerbée par la pandémie de Covid-19, l’explosion du port de Beyrouth en 2020 et les dommages de 11 milliards de dollars causés par la guerre de 2024 entre Israël et le Hezbollah, a conduit à des pénuries d’eau potable et des épidémies, comme les premiers cas de choléra en décennies. Les parents, dans certains cas, envoient leurs enfants dans des orphelinats faute de pouvoir les nourrir, et un nombre croissant de citoyens recourent à des actes désespérés pour accéder à leurs dépôts bancaires, dévalués par la crise.
Pour les entreprises, l’augmentation des coûts énergétiques complique la reprise. Le secteur industriel, qui contribue à 12,6 % des émissions de gaz à effet de serre via la production de ciment et les gaz fluorés, voit ses marges se réduire. Le secteur des déchets, responsable de 6,6 % des émissions en raison d’une gestion inadéquate, et l’agriculture (3,8 %) subissent également les retombées. Les removals de CO2 par les forêts, estimés à -3 243 Gg en 2022, offrent un léger contrepoids, mais l’économie reste vulnérable. Le gouvernement insiste sur la nécessité de ces mesures pour maintenir les opérations du secteur public, perturbées par les contraintes financières ces dernières années.
Les perspectives budgétaires récentes
Le budget 2026, approuvé par le Parlement le 13 février 2026, intègre ces ajustements fiscaux. Bien que le ministre des Finances ait affirmé qu’aucune augmentation n’a été imposée sur le mazout ou le gaz, la hausse immédiate sur l’essence vise à prévenir la spéculation et le marché noir. Les recettes prévues incluent une lutte accrue contre l’évasion fiscale, avec des estimations indiquant que la TVA devrait générer près de 3 milliards de dollars si collectée intégralement. Cependant, les dynamiques régionales, incluant les influences confessionnelles et les pressions internationales, compliquent l’implémentation. Le cabinet de Nawaf Salam, avec des ministres comme Hanine Sayyed aux Affaires sociales, doit équilibrer ces facteurs sans favoriser de biais non documentés.
Dans ce cadre, les implications immédiates de la taxe se manifestent par une érosion du pouvoir d’achat. Les hausses salariales, équivalant à six mois de salaire supplémentaires, sont insuffisantes face aux prix en hausse, selon les manifestants. Les coûts de transport augmentent instantanément, se répercutant sur les biens essentiels, tandis que l’inflation persiste dans un pays assis sur l’une des plus grandes réserves d’or du Moyen-Orient mais miné par la corruption. Les exemptions pour le mazout atténuent partiellement l’impact, mais les ménages à faible revenu, dépendants des générateurs, restent exposés aux fluctuations. Les entreprises, confrontées à des coupures d’électricité, ajustent leurs opérations, avec une transition timide vers des énergies alternatives comme le solaire, motivée par les préoccupations de sécurité d’approvisionnement depuis la levée des subventions en 2021.

