vendredi, février 20, 2026

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Programme avec le Fonds monétaire international: discussions en cours, deux priorités affichées et une équation fiscale sous tension

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Une demande formalisée, puis une mission à Beyrouth début février

Les échanges avec le Fonds monétaire international restent ouverts, sans annonce d’accord final. Les autorités libanaises avaient demandé, en mars 2025, un programme soutenu par le Fonds. Cette demande a déclenché une séquence de travail technique, dont une mission de spécialistes envoyée à Beyrouth au début du mois de février 2026.  

Dans ce cadre, la ligne de travail décrite publiquement par le Fonds s’organise autour de deux dossiers jugés prioritaires. Le premier porte sur la restructuration du secteur bancaire. Le second porte sur l’élaboration d’une stratégie budgétaire à moyen terme.  L’enjeu est double. Il s’agit, d’une part, d’obtenir une architecture crédible de sortie de crise qui stabilise le système financier. Il s’agit, d’autre part, de construire une trajectoire de finances publiques qui rende les décisions de recettes et de dépenses compatibles avec un État capable de payer, sans relancer une spirale de prix.

Restructurer les banques: le dossier central, parce qu’il conditionne la confiance et l’argent frais

La question bancaire ne se résume pas à une réforme de gouvernance. Elle est traitée comme un verrou. Depuis le début de la crise, la perte de confiance dans les banques a contaminé l’économie entière. L’objectif affiché par les autorités, tel qu’il ressort des éléments disponibles, est de “réorganiser” le secteur pour restaurer la confiance dans les banques et, par ricochet, dans l’économie.  

Dans les discussions avec le Fonds, cette restructuration est présentée comme l’un des deux sujets structurants.  Elle implique des choix qui restent politiquement explosifs, parce qu’ils touchent aux pertes accumulées, à la hiérarchie de traitement entre acteurs, et à la capacité des institutions de contrôle à imposer des règles à des établissements puissants. En toile de fond, la crise de crédibilité ne vise pas seulement les banques. Elle vise aussi la capacité de l’État à appliquer ses propres textes et à faire respecter de nouvelles règles financières.

Ce point apparaît dans des critiques portant sur des décisions de régulation bancaire jugées susceptibles d’envoyer un mauvais signal au Fonds et à la Banque mondiale, notamment parce que ces institutions suivent le Liban dans le cadre d’un programme d’évaluation de la stabilité du secteur financier.  Les mêmes éléments mettent en avant l’idée qu’un dossier de gouvernance ou de nomination peut affecter l’image du pays sur sa capacité à appliquer des lois bancaires et financières récentes.  

Dans ce contexte, la restructuration bancaire n’est pas traitée comme un chapitre isolé. Elle devient une preuve. Elle doit montrer que le pays est capable de prendre des décisions cohérentes, de les appliquer et de les faire respecter. C’est ce type de crédibilité qui conditionne l’ouverture d’un programme et l’arrivée éventuelle d’un financement plus large.

Stratégie budgétaire à moyen terme: financer l’État sans creuser l’instabilité sociale

Le second pilier mis en avant dans les échanges est la stratégie budgétaire à moyen terme.  Concrètement, cela renvoie à une question simple mais lourde: comment financer les dépenses récurrentes de l’État, à commencer par les salaires, sans basculer dans un modèle où l’on augmente les taxes au coup par coup et où l’inflation efface aussitôt les gains.

Cette tension apparaît dans les arbitrages récents autour des salaires du secteur public. Une augmentation a été décidée pour une période équivalant à six mois, avec un coût total estimé à 800 millions de dollars.  La question du financement s’est immédiatement posée, et les mesures de recettes qui reviennent le plus souvent dans le débat touchent des impôts indirects, dont la taxe sur la valeur ajoutée et des prélèvements sur les carburants.  

L’articulation avec un programme du Fonds devient alors un test de cohérence. Une stratégie budgétaire à moyen terme, telle qu’attendue dans ce type de discussions, ne s’appuie pas uniquement sur des hausses ponctuelles. Elle suppose des hypothèses de recettes crédibles, un calendrier et une capacité de collecte. Elle suppose aussi un équilibre politique, car l’impôt indirect frappe large et rapidement, alors que l’État peine à protéger les ménages.

Taxe sur la valeur ajoutée: rendement élevé sur le papier, mais fragilité de la collecte

Dans le débat fiscal, un chiffre revient avec insistance: une hausse de 1 point de taxe sur la valeur ajoutée pourrait apporter 259 millions de dollars à la caisse de l’État, à condition qu’il n’y ait pas d’évasion fiscale.  La condition est centrale. Elle rappelle que la recette théorique n’est pas automatiquement une recette réelle. Elle dépend de la capacité de contrôle, de la discipline déclarative, et de la lutte contre la fraude.

Le même ensemble d’éléments met en avant une inquiétude sur l’effet macroéconomique de ces taxes. Il est avancé que ces prélèvements pèseraient négativement sur la croissance, au point de remettre en cause une prévision de croissance de 4% associée à des projections de la Banque mondiale pour l’année en cours.  Même lorsque ces estimations sont discutées, l’idée politique qui en découle est simple: augmenter l’impôt indirect peut améliorer le rendement budgétaire, mais peut aussi casser la demande, donc réduire l’activité, donc réduire d’autres recettes.

Ce dilemme est exactement celui d’une stratégie à moyen terme. Le Fonds demande en général une trajectoire soutenable. Or une trajectoire soutenable doit tenir compte de la capacité de l’économie à respirer. Dans un pays où la consommation est déjà comprimée, le gain fiscal doit être mis en balance avec l’impact sur les prix et le pouvoir d’achat.

Carburants et inflation: la recette rapide qui se répercute vite

La question des carburants se retrouve au cœur des arbitrages, parce qu’elle offre une collecte rapide. Mais elle transporte un risque immédiat: la répercussion sur les coûts de transport et sur les prix. Les réactions professionnelles décrivent un surcoût de 3,75 dollars par jerricane de vingt litres dans l’impact chiffré d’une taxe additionnelle évoquée, ce qui alimente la crainte d’un renchérissement généralisé sur les biens et services.  

Cette mécanique se combine avec la question des salaires publics. Une hausse salariale financée par des taxes qui poussent les prix à la hausse peut réduire une partie du bénéfice réel, et remettre la pression sur l’État quelques mois plus tard. C’est l’un des points qui rendent la stratégie budgétaire à moyen terme plus difficile: éviter une logique de rattrapage permanent où chaque correction salariale est suivie d’un choc de prix, puis d’une nouvelle revendication.

Le programme du Fonds comme cadre, mais pas comme solution automatique

Les échanges décrits indiquent un processus en cours, pas un résultat.  Un programme du Fonds, s’il aboutit, peut servir de cadre pour organiser une séquence de réformes, stabiliser des attentes et débloquer d’autres financements. Mais il ne remplace pas les décisions internes, notamment sur la banque et sur la politique fiscale.

Le point le plus sensible reste l’articulation entre trois impératifs qui se contredisent souvent à court terme. Il faut financer l’État, notamment la masse salariale.  Il faut limiter l’inflation et la répercussion sur les ménages.  Il faut, enfin, reconstruire un système bancaire crédible, condition posée comme prioritaire dans le dialogue avec le Fonds.  

Dans les semaines qui suivent, la crédibilité du dossier se jouera donc sur des éléments concrets: la capacité à produire une trajectoire budgétaire à moyen terme qui ne repose pas uniquement sur des taxes rapides, et la capacité à avancer sur une restructuration bancaire qui donne des signaux clairs aux partenaires internationaux sur l’application effective des règles et la solidité des choix de régulation.

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Newsdesk Libnanews
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