Le 19 décembre 2025, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a présenté un projet de loi sur la répartition des pertes bancaires accumulées depuis la crise de 2019, un texte qui pourrait enfin ouvrir la voie à une assistance internationale substantielle pour le Liban. Ce document, examiné par le cabinet le 23 décembre, vise à distribuer un déficit financier évalué à plus de 70 milliards de dollars – un chiffre datant de 2022 et probablement revu à la hausse en raison de l’inflation persistante et des conflits régionaux. Dans son allocution télévisée, Nawaf Salam a qualifié ce projet de « feuille de route réaliste pour sortir de la crise », insistant sur sa capacité à restaurer les droits des déposants tout en respectant les contraintes budgétaires de l’État. Cette initiative survient alors que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale réitèrent leurs exigences pour toute aide, conditionnée à des réformes structurelles profondes. Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a fourni un point d’étape avec le FMI lors d’une réunion récente, soulignant que le texte répond aux priorités internationales en matière de transparence et de responsabilité.
Le contexte de cette présentation est marqué par une relative stabilisation politique au Liban, avec la formation du gouvernement Salam en février 2025 après l’élection du président Joseph Aoun. Les tensions avec Israël, culminant en 2024 avec des dommages estimés à 14 milliards de dollars par la Banque mondiale, ont aggravé la fragilité économique, particulièrement au sud du pays où les infrastructures bancaires ont été impactées. Le projet de loi propose une répartition équilibrée des pertes : l’État convertit ses dettes envers la Banque du Liban (BdL) en obligations négociables, la BdL émet des titres adossés à ses actifs pour les dépôts supérieurs à 100 000 dollars, les banques commerciales assument le remboursement en espèces des petits comptes, et les déposants font face à des maturités échelonnées sur 10 à 20 ans pour les montants plus importants. Ce mécanisme, inspiré des standards internationaux, vise à protéger 85 % des déposants – ceux avec moins de 100 000 dollars – via des versements sur quatre ans, tout en imposant des clawbacks sur les transferts illicites effectués avant 2019.
Les réactions internationales à ce projet ont été prudentes mais positives, reflétant les enjeux d’une aide conditionnée à des avancées concrètes. Le FMI, dans un communiqué du 20 décembre 2025, a décrit le texte comme un « pas positif » vers la restructuration du secteur bancaire, tout en rappelant que toute reprise des négociations suspendues depuis l’accord préliminaire de 2022 dépendrait de sa mise en œuvre effective. Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, a déclaré lors d’une conférence de presse que « ce projet pourrait débloquer les discussions, à condition qu’il priorise la protection des petits déposants et impose une responsabilité claire aux institutions fautives ».
Les exigences du FMI : une restructuration alignée sur les normes internationales
Le FMI suit de près les développements libanais depuis l’accord staff-level de avril 2022, qui prévoyait un prêt de 3 milliards de dollars sur quatre ans, conditionné à neuf réformes prioritaires. Parmi celles-ci, la restructuration bancaire occupe une place centrale, avec l’exigence d’un audit indépendant des actifs de la BdL dans un délai d’un mois, comme stipulé dans le projet Salam. Lors d’une mission technique à Beyrouth en juillet 2025, les experts du FMI ont insisté sur l’unification des taux de change multiples – officiel à 15 000 livres par dollar contre 90 000 au marché noir en décembre 2025 – et sur une transparence accrue des comptes publics. Yassine Jaber, dans une lettre ouverte aux dirigeants libanais datée du 15 décembre, a confirmé que le texte intègre ces éléments, notamment via la création d’une Société de gestion des actifs publics (PAMC) pour générer des revenus sur 10 ans et recapitaliser la BdL.
Les pertes accumulées, évaluées à 177 billions de livres pour la BdL seule dans des rapports antérieurs, incluent des déficits issus d’opérations de 2016 à 2019, où la banque centrale a financé les besoins publics via des certificats de dépôt à haut rendement. Le projet prévoit un bail-in des dépôts des banques commerciales à la BdL, réduisant les pertes nettes à 14 billions après ajustements, une mesure que le FMI juge essentielle pour éviter une charge excessive sur l’État. En octobre 2025, un rapport technique du FMI a qualifié la crise libanaise de « triple faillite » – bancaire, monétaire et de gouvernance – , estimant que sans ces réformes, l’inflation persistante à 70 % en 2025 et la pauvreté touchant 80 % de la population rendraient toute aide inefficace.
Le ministre des Finances a rencontré des représentants du FMI le 18 décembre, juste avant la présentation du projet, pour discuter des implications budgétaires. Selon des sources au ministère, ces échanges ont porté sur la consolidation du secteur bancaire, avec des fusions ordonnées pour réduire le nombre d’établissements de 60 à une vingtaine viable, et l’octroi de cinq nouvelles licences à des capitaux étrangers minimaux de 200 millions de dollars. Ces dispositions répondent aux recommandations du FMI pour injecter de la concurrence et des fonds frais, particulièrement après les dommages de 2024 qui ont affecté les branches bancaires au sud. La BdL, sous la direction de Wassim Mansouri depuis 2023, a vu ses réserves nettes chuter à 3,5 milliards de dollars en septembre 2025, un niveau critique qui souligne l’urgence d’une aide internationale pour stabiliser les importations essentielles comme le carburant et les médicaments.
La Banque mondiale et les coûts de la reconstruction post-conflit
La Banque mondiale, dans son bulletin économique mis à jour le 21 décembre 2025, a estimé les dommages cumulés de la crise à plus de 75 milliards de dollars, incluant 11 milliards pour la reconstruction entre octobre 2023 et décembre 2024, selon un rapport publié en mars 2025. Ferid Belhaj, vice-président pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, a indiqué que « l’adoption de ce projet pourrait faciliter l’accès à des prêts concessionnels, mais uniquement si les audits de la BdL confirment la viabilité des mécanismes proposés ». Cette évaluation intègre les impacts des hostilités avec Israël, qui ont perturbé les flux commerciaux et augmenté les prêts non performants à 30 % des portefeuilles bancaires.
Le projet Salam prévoit la récupération de 85 % des dépôts inférieurs à 100 000 dollars dans quatre ans, une mesure saluée par la Banque mondiale comme un pas vers la protection des vulnérables. Dans un rapport d’octobre 2025, l’institution a classé la crise libanaise parmi les plus sévères depuis le XIXe siècle, avec une contraction du PIB de 40 % depuis 2018. Les détails du texte, comme les clawbacks sur les transferts par personnes politiquement exposées – avec une taxe de 30 % pour les non-rapatriements en trois mois –, alignent le Liban sur les standards anti-corruption exigés pour les prêts. Yassine Jaber a évoqué lors d’une session parlementaire le 20 décembre que ces outils pourraient générer des milliards supplémentaires, finançant un Fonds de récupération des dépôts adossé à des actifs d’État.
Les implications pour le sud du Liban, où les conflits de 2024 ont endommagé des infrastructures estimées à 14 milliards de dollars, sont particulièrement scrutées. La Banque mondiale, en coordination avec l’ONU, a insisté sur l’intégration de ces coûts dans le plan, via la PAMC qui monétisera des biens publics sur 10 ans. Des discussions bilatérales avec la France, menées par Magali Cesana du Trésor français en décembre 2025, ont porté sur des partenariats pour la reconstruction, liant l’aide à la conformité avec la résolution 1701 de l’ONU, renforcée après le cessez-le-feu de novembre 2024.
Les positions des États-Unis et de l’Union européenne
Les États-Unis ont exprimé un soutien prudent au projet, via leur ambassadeur à Beyrouth qui, le 22 décembre 2025, a déclaré que des sanctions sur les institutions libanaises pourraient être allégées si le texte inclut des mesures anti-corruption efficaces. Ce positionnement s’inscrit dans les efforts pour consolider la stabilité régionale, avec un focus sur la souveraineté financière comme pilier de l’indépendance nationale. Le département d’État américain, dans son rapport sur le climat des investissements datant d’avril 2025, avait déjà chiffré les pertes bancaires à 72 milliards de dollars, soulignant le rôle des audits forensiques lancés après la levée partielle du secret bancaire en juillet 2025.
L’Union européenne, lors d’une réunion du Conseil des affaires étrangères le 18 décembre, a réaffirmé son engagement via Josep Borrell, qui a lié toute aide supplémentaire à l’implémentation de réformes alignées sur les normes européennes. Des fonds pour la reconstruction, potentiellement jusqu’à 5 milliards d’euros en 2026, dépendent de l’approbation parlementaire du projet, prévue pour janvier. Ces réactions collectives soulignent les intersections entre aide humanitaire et réformes structurelles, avec des délégations techniques du FMI attendues à Beyrouth en janvier 2026 pour évaluer la conformité.
Les enjeux budgétaires et les résistances internes
Le budget 2026, soumis le 29 juillet 2025, intègre des économies fiscales annuelles de 1 à 1,5 milliard de dollars pour financer les remboursements, une mesure que le FMI juge cruciale pour équilibrer les comptes publics. Les résistances de l’Association des banques du Liban (ABL), qui a qualifié le projet de « lacunaire » le 20 décembre, compliquent les négociations, avec des menaces de grève évoquées par l’Union des employés de banque. Sami Zougheib, chercheur à The Policy Initiative, a noté que « les banques sont en colère car la loi ouvre la porte à leur partage des pertes », une dynamique qui pourrait retarder l’aide internationale.
Les détails des bilans révèlent l’ampleur : 40 billions de livres en prêts non performants, avec des capitaux propres des banques fondus de 50 % depuis 2019. Le projet impose des effacements aux actionnaires, protégeant les petits déposants via des versements échelonnés, mais prolongeant l’incertitude pour les grands comptes. Des audits en cours ont identifié des irrégularités dans les transferts suspects, facilités avant 2019, renforçant les exigences du FMI pour une gouvernance accrue.
Les implications immédiates pour la liquidité et les flux économiques
Les réserves brutes de la BdL, à 11 milliards de dollars sur 88,7 milliards de dépôts en devises, soulignent la précarité, avec une fuite des dépôts résidents de 12 456 milliards de livres pour la semaine du 4 décembre 2025. Le projet vise une unification des taux d’ici 2026, alignée sur les recommandations du FMI, pour stabiliser la livre libanaise. Les entreprises, privées de crédit, se tournent vers l’économie parallèle, aggravant l’inflation et le chômage. Des négociations avec la BdL sur 80 milliards de dollars de créances, contestées par l’ABL, illustrent les tensions internes.
Les intersections confessionnelles influencent les débats : ministres sunnites et chiites expriment des réserves, particulièrement sur l’impact au sud. Des manifestations de déposants en décembre 2025 exigent une résolution rapide, avec des poursuites internationales contre la BdL depuis 2023. Les réserves en or de la BdL, évaluées à 18 milliards de dollars, restent un actif clé pour garantir les titres émis.
Les détails opérationnels incluent une réévaluation des actifs immobiliers de la BdL, impactés par les conflits, et des write-offs pour les titres de dette publique. Le gouvernement, avec Hanine Sayyed aux Affaires sociales pour les filets de sécurité, intègre des mesures sociales financées par les économies budgétaires. Des rapports du Trésor français en décembre indiquent des engagements pour la reconstruction, estimés à 14 milliards de dollars par la Banque mondiale en mars 2025.
Les agrégats monétaires de novembre montrent une diminution de 18 234 milliards de livres en devises, reflétant une érosion de la confiance. Le plan Salam, en imposant des fusions, pourrait réduire le secteur à une vingtaine d’établissements, avec des implications pour les emplois bancaires. Des économistes comme Nassib Ghobril notent une « crise systémique », tandis que les associations de déposants multiplient les actions judiciaires.
Les transferts évadés, ciblés par les clawbacks, concernent des milliards facilités par des réseaux influents. Les audits forensiques, accélérés en juillet 2025, ont révélé des flux suspects, renforçant les pressions internationales. En décembre 2025, des discussions au cabinet révèlent des amendements potentiels sous pression de l’ABL, influençant les perspectives d’aide pour 2026.



