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Rencontre stratégique entre Baabda et le Hezbollah : une tentative de dialogue dans un contexte de crise

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Le 19 septembre 2025, le quotidien libanais Ad Diyar a révélé une information d’importance capitale pour la scène politique libanaise : un canal de communication, inactif depuis plusieurs mois, entre la présidence de la République, basée au palais de Baabda, et le Hezbollah a été réactivé. Selon le journal, une réunion confidentielle s’est tenue entre André Rahal, conseiller du président Joseph Aoun, et Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah. Qualifiée de « décisive » par Ad Diyar, cette rencontre visait à rétablir une coordination politique minimale dans un contexte de tensions militaires accrues au Sud-Liban, marquées par une intensification des affrontements avec Israël. Cet article analyse les circonstances, les enjeux et les implications immédiates de cette réunion, en s’appuyant exclusivement sur des faits vérifiés à la date du 19 septembre 2025, conformément aux directives des Nations unies, des communiqués officiels et des sources fiables.

Une escalade militaire au Sud-Liban

La réunion entre André Rahal et Mohammad Raad s’inscrit dans un contexte d’escalade des tensions au Sud-Liban, où les affrontements entre le Hezbollah et l’armée israélienne se sont intensifiés depuis le début de l’année 2025. La Résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006, stipule que seules l’armée libanaise et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) doivent être déployées au sud du fleuve Litani, tout en imposant un cessez-le-feu entre le Liban et Israël. Cependant, des violations répétées de cette résolution ont été enregistrées, exacerbant la situation sécuritaire.

Le 12 septembre 2025, une frappe israélienne sur une position du Hezbollah à Kfar Kila, dans le sud du Liban, a entraîné la mort de quatre combattants, selon un communiqué officiel du Hezbollah publié le même jour. Le ministère libanais de la Défense a condamné cette attaque dans une déclaration du 13 septembre 2025, la qualifiant de « violation flagrante de la souveraineté nationale ». Un incident antérieur, survenu le 10 septembre 2025, a vu un obus israélien frapper un poste de la FINUL à Naqoura, blessant légèrement deux Casques bleus italiens. Le général Aroldo Lázaro, commandant de la FINUL, a dénoncé cet événement dans un communiqué du 11 septembre 2025, le qualifiant de « violation grave du droit international humanitaire » et réaffirmant l’engagement de la mission à maintenir la stabilité dans la région.

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Ces incidents s’ajoutent à une série de frappes israéliennes visant des positions du Hezbollah dans la Bekaa et le Sud-Liban. Selon un rapport du ministère de la Santé libanais daté du 15 septembre 2025, 127 civils et 43 combattants du Hezbollah ont été tués depuis janvier 2025, tandis que des milliers de familles ont été déplacées. Cette situation sécuritaire précaire intervient dans un contexte de crise économique aiguë, avec une dette publique estimée à 155 % du PIB par le Fonds monétaire international (FMI) dans un rapport publié en août 2025, et une inflation persistante qui continue d’éroder le pouvoir d’achat des Libanais.

Réactiver un dialogue stratégique

Selon Ad Diyar (19 septembre 2025), la rencontre entre André Rahal, conseiller du président Joseph Aoun, et Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah, s’est tenue dans un lieu confidentiel, probablement à Beyrouth, dans une volonté de discrétion absolue. Cette réunion marque la réactivation d’un canal de communication interrompu depuis l’élection de Joseph Aoun à la présidence en novembre 2024, après une vacance présidentielle de deux ans. Les relations entre Baabda et le Hezbollah étaient marquées par des divergences, notamment sur la gestion des tensions au Sud-Liban et la question de l’armement du parti chiite.

L’objectif principal de cette rencontre, selon Ad Diyar, était de rétablir une coordination minimale pour faire face à l’escalade militaire. Les deux parties ont délibérément choisi d’écarter la question sensible de l’unification des armes sous l’autorité de l’État, un sujet qui cristallise les tensions depuis des décennies. La Résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2004, appelle au désarmement de toutes les milices au Liban, y compris le Hezbollah, mais le parti considère son arsenal comme un outil essentiel de « résistance » face à Israël. Un responsable de la présidence, cité anonymement par Ad Diyar, a déclaré : « L’urgence est de coordonner les efforts pour éviter une escalade incontrôlable au Sud, qui pourrait plonger le Liban dans une crise encore plus profonde. »

Cette réunion fait suite à une initiative antérieure, rapportée par Ad Diyar le 22 août 2025, au cours de laquelle Wafiq Safa, chef de l’unité de liaison et de coordination du Hezbollah, et Ahmad Mhanna, un responsable sécuritaire du parti, avaient rencontré le président Aoun à Baabda. Cette rencontre, qui avait duré deux heures, portait sur la nécessité d’éviter des affrontements internes et de préserver la paix civile face aux tensions régionales. Ces efforts répétés témoignent d’une volonté de maintenir un dialogue, même limité, dans un contexte de crise.

Le budget 2026 : un point de discorde

Un sujet majeur abordé lors de la réunion du 19 septembre, selon Ad Diyar, concerne le projet de budget 2026, soumis au Conseil des ministres le 29 juillet 2025 par le ministre des Finances, Yassine Jaber. Le Hezbollah a exprimé son mécontentement face à l’absence d’une enveloppe spécifique dédiée à la reconstruction des zones touchées par les frappes israéliennes, notamment dans le Sud-Liban, où le parti jouit d’une forte influence. Mohammad Raad aurait souligné que « l’absence de fonds alloués dans le budget 2026 risque de creuser le fossé entre les communautés et d’alimenter un sentiment d’abandon parmi les populations du Sud ».

Les régions du Sud-Liban ont subi des destructions importantes en 2025, bien que des chiffres précis sur l’ampleur des dégâts n’aient pas été publiés par les autorités. Un communiqué du ministère des Travaux publics et des Transports, daté du 10 septembre 2025, indique que les infrastructures routières et électriques endommagées nécessitent des investissements significatifs, sans toutefois fournir d’estimation chiffrée. Le Hezbollah, qui a historiquement joué un rôle clé dans la reconstruction des zones chiites après la guerre de 2006, attendait un engagement clair de l’État pour financer ces efforts.

Yassine Jaber, ministre des Finances depuis le 8 février 2025, a défendu le projet de budget lors d’une allocution publique le 2 septembre 2025, déclarant : « Les ressources limitées du Liban imposent des choix difficiles, avec une priorité donnée à la stabilisation économique et au renforcement des institutions publiques. » Selon un communiqué du Conseil des ministres daté du 23 septembre 2025, le budget 2026 prévoit une hausse des dépenses publiques de 39 % par rapport à 2024, soit environ 4,77 milliards de dollars, avec un déficit budgétaire de 4,11 %. Ces contraintes financières, combinées à la nécessité de répondre aux exigences des bailleurs de fonds internationaux, expliquent l’absence de provisions spécifiques pour la reconstruction, mais elles alimentent les tensions avec le Hezbollah.

Les pressions internationales sur le désarmement

La réunion entre Baabda et le Hezbollah intervient dans un contexte de pressions internationales croissantes pour le désarmement du parti chiite. Le 5 août 2025, le Conseil des ministres, présidé par le Premier ministre Nawaf Salam, a mandaté l’armée libanaise pour élaborer un plan visant à garantir le monopole des armes par l’État, conformément à la Résolution 1559 de l’ONU. Le 5 septembre 2025, le général Rodolphe Haykal, commandant en chef de l’armée libanaise, a présenté un plan de désarmement axé sur la région au sud du fleuve Litani, selon un communiqué officiel du ministère de la Défense. Ce plan a provoqué le retrait des cinq ministres chiites du gouvernement, marquant une fracture au sein de l’exécutif.

Les États-Unis ont intensifié leurs efforts pour soutenir ce processus. Lors d’une visite à Baabda le 26 août 2025, l’émissaire américain Tom Barrack a déclaré : « Le président Trump souhaite voir un Liban prospère et désarmé. Les efforts des autorités libanaises sont louables, mais la question de l’armement du Hezbollah doit être résolue. » Ces pressions internationales compliquent les efforts de dialogue entre Baabda et le Hezbollah, qui rejette catégoriquement toute tentative de désarmement.

Les défis internes et sociaux

Au-delà des enjeux sécuritaires, la réunion reflète les complexités des dynamiques politiques internes au Liban. Depuis la formation du gouvernement de Nawaf Salam en février 2025, les tensions confessionnelles et les divergences stratégiques continuent de fragiliser l’unité nationale. Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, maintient une influence considérable à travers son bloc parlementaire, qui compte 15 sièges, tandis que la présidence de Joseph Aoun incarne une volonté de renforcer l’autorité de l’État.

Parallèlement, le gouvernement fait face à des défis sociaux croissants. Le 19 septembre 2025, des militaires retraités ont organisé un sit-in à Halba, dans le nord du Liban, pour protester contre la détérioration de leurs conditions de vie et l’absence d’amélioration de leurs pensions dans le budget 2026, selon Ad Diyar. Ces manifestations illustrent le mécontentement général face à la crise économique, qui continue de peser sur les Libanais.

Le ministre des Affaires sociales, Hanine Sayyed, a annoncé le 16 septembre 2025 un programme d’aide d’urgence pour les déplacés du Sud, financé en partie par des dons de l’Union européenne. Cependant, l’absence de fonds spécifiques pour la reconstruction dans le budget 2026 risque de renforcer le rôle du Hezbollah dans ces régions, où le parti pourrait mobiliser ses propres ressources pour pallier les carences de l’État.

Une tentative de coordination dans un climat instable

La rencontre du 19 septembre 2025 entre André Rahal et Mohammad Raad, révélée par Ad Diyar, constitue une tentative de préserver la stabilité dans un contexte de crise multidimensionnelle. En mettant de côté la question de l’unification des armes, les deux parties ont privilégié une approche pragmatique pour coordonner leurs efforts face à l’escalade militaire au Sud-Liban. Cependant, les désaccords sur le budget 2026 et la reconstruction des zones touchées montrent que les tensions entre Baabda et le Hezbollah restent profondes.

La capacité des deux parties à maintenir ce canal de communication sera cruciale dans les semaines à venir, alors que les violations de la Résolution 1701 se multiplient et que les pressions internationales s’intensifient. Le 17 septembre 2025, la coordinatrice spéciale des Nations unies pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a appelé à « un dialogue inclusif entre toutes les parties libanaises pour renforcer l’unité nationale ». Cette réunion, bien que modeste dans ses ambitions, représente un premier pas dans cette direction, mais son succès dépendra de la volonté des acteurs de surmonter leurs divergences face à une situation sécuritaire et économique de plus en plus précaire.

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Newsdesk Libnanews
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