Intensification du front sud et vulnérabilité des civils
Ad Diyar, 14 novembre 2025, décrit un Sud-Liban soumis à un « bombardement » continu qui dépasse la zone située au sud du Litani et se transforme en véritable menace d’occupation durable. Le journal détaille des tirs d’artillerie et des raids aériens israéliens sur Mayss al-Jabal, Aïnata et la région de Tir Felsay, ainsi que le survol permanent par les drones qui jettent «la peur dans les cœurs» des habitants, en particulier des femmes et des enfants.
Selon le même quotidien, les frappes visent parfois des voitures ou des motos en avançant qu’il s’agit de membres de Hezbollah, mais elles touchent aussi des civils, ce qui alimente un sentiment d’injustice et de vulnérabilité dans les villages frontaliers. Ad Diyar insiste sur le fait que la situation ne peut plus être traitée comme une simple «routine sécuritaire», car l’ampleur de la destruction des maisons, des commerces et des champs configure, selon le journal, un environnement où la vie normale devient presque impossible dans plusieurs localités du Sud.
Dans ce contexte, une déclaration d’un bloc parlementaire rapportée par Ad Diyar met l’accent sur la responsabilité de l’État de protéger ses citoyens. Ce texte affirme que la priorité nationale est que l’État assume pleinement sa mission de défense des habitants, alors que «le sang que verse l’ennemi n’est pas bon marché» et que les violations du cessez-le-feu deviennent quotidiennes. La même déclaration appelle à utiliser «tous les efforts possibles» avec les parrains de l’accord de cessez-le-feu pour obliger la commission de supervision à imposer des mesures réelles à Israël, en se référant explicitement au cadre du «mécanisme» censé encadrer le respect des engagements.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
Al Akhbar met, lui, en avant les conséquences concrètes de ces frappes sur le terrain. Un propriétaire d’établissement à Tir Felsay explique au journal que son café a été visé après plusieurs visites de patrouilles de l’armée libanaise, dépêchées à la suite d’une plainte israélienne à travers la commission du «mécanisme» prétendant qu’il abritait des armes. Après inspection, l’armée a confirmé l’absence de toute arme et documenté la scène, mais l’établissement a tout de même été bombardé, ce qui illustre, pour le quotidien, l’usage des canaux de plainte dans le cadre du «mécanisme» comme prétexte à des frappes ciblant des infrastructures civiles.
Joseph Aoun, le «choix du dialogue» et le rôle de l’armée
Au sommet de l’État, la ligne défendue par le président de la République Joseph Aoun domine la une de plusieurs journaux. Ad Diyar rapporte qu’il a réuni la commission de supervision de l’accord de cessez-le-feu et lui a demandé d’étudier des «moyens concrets» pour stopper les attaques israéliennes et ramener l’apaisement le long de la frontière libano-israélienne. Le journal souligne que cette démarche vise à utiliser pleinement les outils de l’accord de novembre 2024, au lieu de laisser s’installer un état de fait dicté par la seule force militaire israélienne.
Al Joumhouriyat insiste sur cette même ligne en citant Joseph Aoun devant la conseillère française Anne-Claire Legendre. Le journal rapporte que le président a réaffirmé que le «choix du dialogue et de la négociation» est, selon lui, la seule voie capable de restaurer la stabilité au Sud et dans tout le pays, car «la poursuite de l’agression ne mènera à aucun résultat». Il précise que ce qui empêche l’armée de compléter son déploiement jusqu’à la frontière internationale, au sud, ce sont les actes hostiles persistants d’Israël et son refus d’appliquer l’accord de novembre 2024 dans son intégralité.
Al Sharq, dans son édition du 14 novembre 2025, reprend cette position et titre sur un «sondage français de la situation libanaise» accompagné d’un président «attaché à la négociation» et rejetant comme «calomnie» tout discours sur un prétendu manquement de l’armée. Le quotidien rappelle que le chef de l’État insiste sur le fait que l’institution militaire continue à remplir ses missions, notamment le contrôle de la zone sud, la coordination avec la Force intérimaire des Nations unies et la gestion des plaintes dans le cadre du «mécanisme».
Paris en éclaireur sur le «mécanisme»
La tournée de la conseillère du président Emmanuel Macron, Anne-Claire Legendre, à Beyrouth, est au cœur de la couverture diplomatique. Ad Diyar note que la responsable française a rencontré Joseph Aoun à Baabda, puis Nabeh Berri à Aïn el-Tiné et le Premier ministre Nawaf Salam au Sérail, dans une démarche qualifiée de «visite d’exploration» plus que de mission de médiation structurée.
Selon Ad Diyar, Legendre a transmis au président les salutations de Macron et réaffirmé la volonté de la France de «poursuivre l’aide au Liban», d’organiser deux conférences dédiées à la reconstruction et au soutien de l’armée, et surtout de travailler à la stabilisation du Sud par la relance du «mécanisme». Al Joumhouriyat confirme ces éléments, en citant des propos rapportés où la France promet de «travailler pour la stabilité au Sud et pour l’activation du mécanisme selon le souhait libanais».
Mais Ad Diyar souligne aussi la frustration libanaise. Le journal rapporte que Legendre a essuyé des reproches de Nabeh Berri à propos de «l’absence de rôle effectif» de Paris au sein de la commission du mécanisme et de l’incapacité de la diplomatie française à contraindre Israël à respecter le cessez-le-feu. Le même article estime que la tournée n’a débouché sur «aucun résultat tangible» et que la France s’est contentée d’exprimer son inquiétude sur l’escalade sans proposer de mesures concrètes pour freiner les attaques sur les villages du Sud.
Al Joumhouriyat ajoute une dimension importante en indiquant que l’entretien avec Joseph Aoun a aussi porté sur la délimitation des frontières terrestres et maritimes avec la Syrie. La France y apparaît prête à mettre à disposition ses cartes et documents historiques, en tant qu’ancienne puissance mandataire, afin de favoriser un accord clair et durable sur la frontière, dans la perspective du retrait annoncé d’UNIFIL à l’horizon de l’an prochain.
Le point de vue de Hezbollah et la crainte d’un «piège américain»
Dans le même numéro, Ad Diyar publie une analyse politique axée sur la perception de Hezbollah face à cette séquence diplomatique. Le journal indique que le parti se méfie de «la multiplication des délégations et des émissaires américains» vers Beyrouth, qu’il relie à un objectif central : le désarmement du parti et la remise en cause du triptyque «armée, peuple, résistance» qui a, jusqu’ici, structuré sa doctrine.
Le député Hussein Jashi, membre du bloc de la «fidélité à la résistance», déclare à Ad Diyar que les demandes américaines sont, selon lui, la simple traduction des conditions israéliennes, visant à obtenir par la pression politique ce que les guerres successives depuis les années 1970 n’ont pas permis d’arracher sur le terrain. Il estime qu’Israël cherche à «arracher la reddition et un traité» avec le Liban, en partant du principe que l’ennemi dispose seul du choix de la guerre et de la paix, alors que le Liban se retrouve dans une posture défensive permanente.
Al Akhbar publie, pour sa part, un article qui revient sur la libération du Sud en 2000 pour rappeler que celle-ci n’a pas été obtenue par la diplomatie mais par la résistance armée, selon la lecture du journal. Le texte reconnaît toutefois que l’insistance actuelle du président sur une négociation, avec médiation américaine, s’inscrit dans un cadre précis : obtenir le retrait israélien de plusieurs positions occupées au Sud, la libération des prisonniers libanais et l’arrêt complet des violations terrestres, maritimes et aériennes de l’accord de cessez-le-feu annoncé le 27 novembre.
Al Bina’, enfin, rapporte les propos de responsables politiques qui mettent en garde contre l’idée de «neutralité» tant que la question du retrait israélien des territoires occupés et des violations quotidiennes n’est pas réglée. Dans ce climat, le débat sur le désarmement de Hezbollah et sur le rôle de la résistance reste indissociable des dynamiques militaires en cours au Sud et du bras de fer avec Washington autour des paramètres de tout accord futur.
Le conflit de Gaza comme arrière-plan stratégique
L’actualité régionale vient renforcer la centralité du front libanais. Ad Diyar évoque ainsi les discussions menées par Washington au Conseil de sécurité pour mettre en place une force multinationale à Gaza, incluant potentiellement des contingents d’Égypte, du Qatar, de la Turquie et des Émirats arabes unis, dans le cadre d’un plan du président Donald Trump destiné à consolider le cessez-le-feu et à marginaliser progressivement le rôle de Hamas. Le journal cite un responsable américain expliquant que les conseillers de Trump cherchent un compromis sur le sort des combattants du mouvement, tout en poursuivant les efforts pour récupérer les dépouilles des Israéliens tués, présentés comme un élément clé pour maintenir la trêve.
Al 3arabi Al Jadid, 14 novembre 2025, souligne de son côté que la menace de reprise de la guerre israélienne contre le Liban s’inscrit dans une stratégie plus large de préparation à un «conflit permanent», dans un environnement où Israël estime devoir reconstituer sa capacité de dissuasion face à l’axe iranien. Le quotidien note que des sources de renseignement israéliennes et arabes évoquent la possibilité que la guerre au Liban serve de déclencheur à des confrontations parallèles, y compris en Iran, au Yémen ou en Cisjordanie, ce qui place le front libanais au cœur d’un échiquier régional sous haute tension.
Dans ce paysage, plusieurs journaux, dont Ad Diyar et Al Joumhouriyat, convergent sur un diagnostic : le Sud-Liban reste l’épicentre de la crise, pris entre une offensive militaire israélienne qui se poursuit malgré le cessez-le-feu, une pression américaine croissante pour obtenir des concessions qualifiées de «dangereuses» par Ad Diyar, et une stratégie libanaise officielle qui mise sur le «mécanisme» et la négociation pour éviter un basculement vers une guerre plus large.
Politique locale: négociation, «mécanisme» et bataille autour de la neutralité
Le «mécanisme» au centre du jeu intérieur
Ad Diyar, 14 novembre 2025, place la question du «mécanisme» au cœur du bras de fer politique interne. Le quotidien explique que l’arrivée du nouvel ambassadeur américain Michel Aïssa à Beyrouth se fait «sans grandes attentes libanaises» sur le dossier des négociations, Washington ayant réduit son rôle à la seule commission du «mécanisme», décrite comme «pratiquement paralysée». Selon le journal, les États-Unis continuent pourtant d’exercer une pression directe sur le Liban pour obtenir ce qu’Ad Diyar qualifie de «concessions dangereuses», dans un cadre où Israël refuse toujours d’appliquer la feuille de route proposée par le ministre israélien Barak pour la mise en œuvre du cessez-le-feu.
La visite de la conseillère d’Emmanuel Macron, Anne-Claire Legendre, met en lumière la façon dont le pouvoir libanais gère politiquement ce dossier. Ad Diyar rapporte qu’au cours de sa tournée auprès des «trois présidents» – Joseph Aoun, Nabih Berri et Nawaf Salam – la responsable française a posé des questions précises sur la «sérieux» du choix de la négociation et sur l’existence d’éventuelles divisions internes. Les réponses reçues, selon le journal, ont convergé sur un point : il n’y aurait «aucun embarras interne» sur ce sujet et un accord existerait entre les trois têtes de l’exécutif pour avancer sur la base d’un dialogue indirect avec Israël.
Al Joumhouriyat insiste sur cette dimension de consensus en citant Joseph Aoun affirmant à Legendre que «le choix de la négociation» qu’il a annoncé est «capable de ramener la stabilité au Sud et à tout le Liban». Le quotidien souligne que le président met en avant l’argument d’un État qui respecte ses engagements tout en accusant Israël de ne pas appliquer l’accord de novembre 2024, ce qui empêche l’armée de déployer complètement ses forces jusqu’à la frontière internationale.
Al Sharq consacre aussi sa une locale à cet échange. Le journal parle d’un «sondage français de la situation libanaise» et résume la position présidentielle en rappelant que Joseph Aoun voit dans la négociation un outil pour rétablir l’ordre au Sud et pour consolider la légitimité de l’armée, tout en rejetant comme «pures calomnies» toutes les accusations de manquement adressées à l’institution militaire.
Pression américaine et spectre des «concessions»
L’analyse d’Ad Diyar souligne que la marge de manœuvre du pouvoir libanais reste fortement conditionnée par la position de Washington. Le quotidien évoque un contexte où les États-Unis se contentent d’un rôle limité dans le cadre du «mécanisme», mais exigent en parallèle que Beyrouth accepte des arrangements sécuritaires et politiques jugés «douloureux», sans offrir en contrepartie de garanties concrètes sur la fin des agressions israéliennes au Sud.
Al Bina’ apporte un éclairage complémentaire en publiant une lettre adressée au président américain Donald Trump par deux membres du Congrès, Darrell Issa et Darin Lahood, appelant à conditionner le soutien des États-Unis au Liban à une série de mesures. Selon le texte rapporté par le journal, ces élus demandent la poursuite de l’aide à condition qu’elle serve à «confinir l’armement de Hezbollah du sud au nord du Litani», à imposer des «réformes bancaires» selon les standards internationaux et à pousser le Liban vers des négociations plus poussées avec Israël, tout en facilitant le vote des Libanais de la diaspora pour tous les sièges parlementaires.
Ad Diyar note que ces signaux s’ajoutent à une tendance plus générale : l’administration américaine, tout en se disant favorable à la stabilisation du secteur sud, refuse d’assumer clairement une stratégie de long terme et laisse Israël calibrer le niveau de pression militaire. Le journal souligne qu’au sein de la classe politique libanaise, certains craignent que cette approche ne se traduise par un chantage permanent sur les réformes économiques et sur le dossier des armes, sous couvert de soutien financier ou diplomatique.
Legendre, Salam et la dimension réformatrice du bras de fer
La visite d’Anne-Claire Legendre ne s’est pas limitée au volet sécuritaire. Ad Diyar rapporte que lors de sa rencontre avec le Premier ministre Nawaf Salam, la conseillère française a clairement lié le soutien de Paris à la mise en œuvre des réformes et à la conclusion d’un accord avec le Fonds monétaire international. Elle a insisté, selon le journal, sur le fait que la France considère l’accord avec le FMI comme «une étape pour restaurer la stabilité financière et économique» du pays et qu’elle travaille avec ses partenaires pour lever les obstacles à sa mise en œuvre.
Dans le même article, Ad Diyar souligne que Salam a présenté les réformes comme un «choix national», et non comme une simple exigence extérieure, cherchant à inscrire ce dossier dans un consensus politique intérieur plutôt qu’à le laisser dans le registre des divisions partisanes. Cette approche reflète une tentative de replacer le gouvernement au centre du jeu, dans un paysage dominé depuis des mois par la tension sécuritaire au Sud.
Al Joumhouriyat complète ce tableau en rappelant que Legendre a également abordé avec le président Aoun la préparation de deux conférences internationales : l’une pour la reconstruction, l’autre pour le soutien à l’armée et aux forces armées libanaises. L’objectif affiché est de fournir au pouvoir exécutif des leviers économiques et militaires, à condition que le Liban réussisse à présenter un front relativement uni sur les réformes et le dossier des négociations.
Neutralité, Constitution et mise en garde de Walid Joumblatt
Al Bina’ consacre une large place au débat sur la neutralité, déclenché par une initiative du député Sami Gemayel qui propose de modifier le préambule de la Constitution pour y inscrire un principe de «neutralité» du Liban. Gemayel affirme, selon le journal, que l’adoption de cet amendement «renforcerait l’unité interne» en empêchant les forces politiques de se ranger dans des axes régionaux et qu’elle n’impliquerait pas un retrait du Liban des scènes internationales ni son silence sur les grandes causes, mais une limitation de toute participation à des alliances ou conflits militaires.
La réaction de Walid Joumblatt, rapportée par Al Bina’, est tranchante. Dans un message publié peu après l’annonce de Gemayel, l’ancien chef du Parti socialiste progressiste demande : «Avant de parler de neutralité et de modifier la Constitution, les messieurs peuvent-ils nous dire si Israël va se retirer des terres occupées?» Il ajoute qu’un tel débat «nous ferait entrer dans une spirale de discussion interne dont nous n’avons pas besoin», estimant que le vrai enjeu reste le retrait israélien et le sort du principe «la terre contre la paix» dans le monde arabe.
Dans un autre article, Al Bina’ situe cette controverse dans un contexte plus large. Le journal relève que Joumblatt appelle la classe politique à «vérifier les chances d’un retrait israélien» avant de s’engager dans un débat sur la neutralité, laissant entendre qu’un repositionnement stratégique du Liban ne peut pas être dissocié des réalités du terrain au Sud. L’ensemble traduit une fracture persistante au sein de la scène politique sur la manière de repositionner le pays entre exigences internationales, équilibre interne et rôle de la résistance.
Accusations de «poison» et bataille de l’image à Washington
Al Bina’ revient aussi sur un épisode révélateur de la tension interne autour du rapport à l’étranger. Le journal rappelle que Joseph Aoun avait récemment dénoncé l’action de «Libanais qui répandent du poison à Washington», visant ceux qui plaident auprès des institutions américaines pour une pression directe sur l’État et sur Hezbollah.
Dans ce contexte, la lettre d’Issa et Lahood au président Trump, évoquée plus haut, est lue comme un produit de cette campagne. Al Bina’ souligne que ces initiatives alimentent le sentiment, chez une partie de la classe dirigeante, que la confrontation n’est plus seulement militaire ou diplomatique, mais aussi médiatique et juridique, via des relais libanais à l’étranger. Ce registre complique davantage la construction d’un consensus national, au moment où le pouvoir cherche à montrer à ses interlocuteurs internationaux une façade unie sur les grands dossiers.
Dialogue avec le «parti» et signaux régionaux
Al Joumhouriyat mentionne en une la perspective d’une «prochaine visite d’une délégation saoudienne» et d’une «concertation positive entre Aoun et le parti», expression qui renvoie à Hezbollah. Le journal suggère que cette combinaison – réactivation du canal avec Riyad, maintien du dialogue avec Hezbollah – fait partie de la stratégie de Joseph Aoun pour limiter les fractures internes au moment où il mise sur la négociation avec Israël et sur le soutien de la France et des États-Unis.
Al Sharq, pour sa part, met en avant une formule qui résume l’équation interne : «attente d’une décision internationale pour la mise en œuvre du désarmement et de la concentration des armes entre les mains de l’État, alors que les signaux militaires sur le terrain annoncent le pire». Le quotidien souligne que l’arrivée de Michel Aïssa, la tournée de Legendre et la poursuite des agressions au Sud créent un environnement où chaque acteur politique libanais cherche à calibrer sa position pour ne pas apparaître ni comme un obstacle au règlement ni comme un maillon faible face aux pressions extérieures.
Al Liwa’ ajoute que, pour Paris, la mission de Legendre est précisément de «chercher un rôle perdu» dans un dossier désormais dominé par Washington, tandis que la présence d’une «plainte américaine» contre Nabih Berri illustre la manière dont la scène interne est directement impactée par les rapports de force internationaux. Le journal note que la conseillère française devrait revenir à Beyrouth au début de décembre pour poursuivre sa mission, ce qui laisse entendre que la séquence actuelle n’est qu’un début dans une recomposition plus large des équilibres internes et externes autour du Liban.
Citation et discours des personnalités politiques: neutralité, résistance et prisonniers
Joseph Aoun: négociation, armée et «poison» à Washington
Selon Al Joumhouriyat, 14 novembre 2025, Joseph Aoun a choisi un ton direct devant le Conseil de l’Ordre des rédacteurs de la presse. Le journal rapporte qu’il a parlé sans «gants», en décrivant certains Libanais qui se rendent aux États-Unis pour «bakhk as-samm» les uns contre les autres, et qui seraient devenus «la source des nouvelles nuisibles», au point de ne plus «épargner même eux-mêmes». Cette expression vise, d’après le quotidien, une partie de la classe politique et médiatique accusée de nourrir à Washington un récit noir sur le pays et sur la présidence.
Dans le même article, Al Joumhouriyat note que ce discours s’inscrit dans une mise en garde plus large contre ceux que le président décrit comme des «afâ‘i» politiques, dont l’objectif serait de «piquer» le mandat depuis les couloirs américains en déformant la réalité libanaise. Le journal souligne que Joseph Aoun n’a pas nommé ces responsables, mais qu’il a volontairement «désigné le quartier et la rue», laissant entendre que les milieux visés se reconnaîtront d’eux-mêmes.
Sur le plan stratégique, les déclarations du président à la conseillère française Anne-Claire Legendre sont reprises par Ad Diyar, 14 novembre 2025, comme un autre pilier de son discours. Il y affirme que «le choix de la négociation» qu’il a annoncé «est capable de ramener la stabilité au Liban», car la poursuite de l’agression «ne mènera à aucune résultat», en se référant à des expériences internationales où la négociation a été, selon lui, la solution durable aux guerres «sans issue».
Al Quds Al Arabi, 14 novembre 2025, précise la formulation du chef de l’État en citant son propos selon lequel ce choix de négociation, annoncé «depuis des semaines», est de nature à rétablir la stabilité dans la zone sud et dans tout le pays, alors que le maintien de l’agression israélienne ne débouche sur aucun avantage réel. Le même article ajoute que Joseph Aoun considère que le soutien extérieur, notamment de la France et des États-Unis, à un tel processus de négociation peut en améliorer les chances, en présentant le «mécanisme» comme l’un des cadres possibles pour l’encadrer.
Face à Anne-Claire Legendre, Joseph Aoun insiste aussi sur la situation concrète de l’armée. D’après Ad Diyar, il affirme que ce qui empêche l’institution militaire de compléter son déploiement au sud du Litani jusqu’à la frontière internationale, c’est la «poursuite de l’occupation» de terres libanaises par Israël, les «actes hostiles» continus et la non-application de l’accord du 27 novembre 2024. Il souligne que l’armée applique «avec précision» les instructions qui lui sont données, contrairement à ce que laissent entendre les campagnes israéliennes visant à «miner la capacité et le rôle de l’armée».
Aoun, Salam et le dossier des prisonniers au cœur du discours officiel
Sur un autre registre, la question des prisonniers libanais en Israël occupe une place centrale dans les messages officiels. Al Sharq, 14 novembre 2025, rapporte que Joseph Aoun a déclaré au directeur régional du Comité international de la Croix-Rouge, Nicolas Von Arx, que «le Liban exige la libération des prisonniers libanais que retient Israël», y compris ceux arrêtés après l’annonce de l’arrêt des opérations hostiles au Sud en novembre 2024, alors qu’ils inspectaient leurs maisons et leurs biens.
Ad Diyar confirme cette position en citant le président lorsqu’il demande à la Croix-Rouge internationale de fournir des informations détaillées sur la situation de ces prisonniers, et de rassurer sur leur état de santé, en répétant que leur libération constitue une «priorité pour l’État libanais». Al Bina’, dans son édition du même jour, reprend également ces propos, en soulignant le passage où Joseph Aoun insiste sur le fait que l’État «ne peut pas abandonner ses fils», ce qui ancre la question des prisonniers dans le registre des devoirs souverains.
Le Premier ministre Nawaf Salam adopte un ton convergent. Al Quds Al Arabi, 14 novembre 2025, rapporte qu’il a déclaré, lors de sa rencontre avec Von Arx, la «nécessité» pour le Comité international de la Croix-Rouge de vérifier le nombre des prisonniers libanais, de déterminer leur sort et de connaître les lieux de leur détention, tout en s’assurant de leurs conditions humaines et de leur situation sanitaire. Nawaf Salam affirme également que le Liban «demande à la communauté internationale et aux organisations internationales de faire pression sur Israël jusqu’à leur retour», en plaçant ce dossier au centre de son discours.
Walid Jumblatt: mise en garde contre une «spirale» autour de la neutralité
Le débat sur la neutralité et le préambule de la Constitution donne lieu à des prises de position tranchées. Ad Diyar, 14 novembre 2025, cite un message de Walid Jumblatt, ancien chef du Parti socialiste progressiste, publié sur la plateforme X, où il réagit à la proposition du député Sami Gemayel d’inscrire la neutralité dans la Constitution. Dans ce message, il écrit: «Avant de demander la neutralité ou d’appeler à modifier la Constitution, posons d’abord la question: Israël s’est-elle retirée des terres occupées?»
Le même texte de Walid Jumblatt se poursuit par une interrogation sur «la sagesse» d’un isolement du Liban de son environnement arabe et d’un abandon du principe «la terre contre la paix». Il avertit qu’entrer aujourd’hui dans un débat sur la modification de la Constitution risquerait d’ouvrir une «spirale de controverses internes» dont le pays n’a pas besoin. Ad Diyar décrit ce message comme un «réponse marquante» aux propositions de Gemayel, qui visent à ancrer juridiquement une orientation de neutralité dans le texte fondamental.
Al Bina’, 14 novembre 2025, publie une analyse plus développée autour de cette intervention. Le journal cite la phrase de Jumblatt «mahla ayyuha as-sada, hal satakhrouj Israël min al-aradi al-muhtalla?» et souligne qu’il remet en cause l’idée de sortir du «mohit arabi» et de renoncer au principe de la terre contre la paix. Pour le quotidien, le discours de Jumblatt rappelle aux milieux politiques que la réalité de l’occupation et l’absence de retrait imposent la prudence avant de rouvrir la question du régime constitutionnel et de la position internationale du Liban.
La réplique implicite à Sami Gemayel et le refus d’«illusions»
Al Bina’ contextualise ce débat en revenant sur le contenu de l’initiative de Sami Gemayel. Le journal explique que le député du Parti Kataëb a proposé d’introduire dans le préambule de la Constitution une référence explicite à la neutralité du Liban, considérant que cela permettrait au pays d’échapper aux axes régionaux et de renforcer son unité interne.
L’article d’analyse dans le même quotidien développe cependant une critique dure de ce type de démarche. Il rappelle que, même selon l’ancien président Amine Gemayel, cité par Al Bina’, Israël «ne sortira pas, ou alors elle sortira après avoir reçu le prix de sa sortie», ce qui signifie que miser sur un retrait spontané est une «illusion». Le texte conclut que si le Liban est «incapable de disposer des instruments» pour contraindre Israël à quitter les territoires occupés, la responsabilité des responsables politiques est de ne pas «ouvrir des portes dont ils ne savent pas comment les refermer», en visant directement les débats sur le neutralisme et sur la réécriture du pacte.
Dans ce cadre, Walid Jumblatt est présenté par Al Bina’ comme l’un des rares dirigeants qui, «en période de crise, comprend l’importance de penser avec une tête froide». Son discours sert ainsi de contrepoint à ceux qui misent sur des solutions constitutionnelles rapides pour régler des problèmes liés, selon lui, d’abord à l’occupation et au rapport de force sur le terrain.
Bloc «al-Wafa lil-Muqawama»: défense de la résistance et rejet de la pression financière
Du côté de Hezbollah, la parole est portée par la déclaration officielle de la «Katlat al-Wafa lil-Muqawama». Ad Diyar, 14 novembre 2025, rapporte que cette formation parlementaire, réunie sous la présidence de Mohammad Raad, affirme que le Liban «continue de subir des agressions sionistes soutenues et couvertes par l’administration américaine», agressions dont certains acteurs locaux «exploitent les résultats» en relayant le récit de l’ennemi et ses menaces.
Al Sharq, le même jour, souligne un passage important de ce communiqué, où la bloc déclare que «la première des priorités nationales» consiste à ce que l’État assume sa responsabilité de protéger ses citoyens dont «le sang est versé par l’ennemi israélien qui ne respecte même pas ce qu’il a signé dans l’accord de cessez-le-feu». La déclaration dénonce également les «efforts américains pour durcir le siège financier contre le Liban» et les qualifie de tentative d’imposer une «tutelle financière» sur le secteur public et privé, en affirmant que toute réponse positive à cette tutelle reviendrait, pour le bloc, à «abandonner la souveraineté nationale».
Al Quds Al Arabi note que la même déclaration s’achève par le rejet de «toutes les tentatives de coup d’État répété contre la formule du vivre-ensemble», en référence à des décisions jugées non «mythaqiya» et à un vote contesté sur des modifications de la loi électorale. Le journal cite aussi une phrase du député Ali Mokdad, selon laquelle «Nous ne sommes pas amateurs de guerre, ni amateurs de tuer, ni amateurs d’être tués, nous sommes amateurs de martyre et de témoignage», positionnant le discours de la résistance dans un registre à la fois identitaire et sacrificiel.
Dialogue Aoun–Hezbollah et message de Nawaf Salam à Riyad
Dans ce climat de tensions verbales, Al Joumhouriyat, 14 novembre 2025, relève la tenue d’une rencontre entre le chef du bloc «al-Wafa lil-Muqawama», Mohammad Raad, et le conseiller principal du président, le général André Rahhal. Selon le quotidien, la réunion a permis de passer en revue «l’ensemble des développements liés à la situation au Liban, aux agressions et menaces israéliennes» et de discuter de la «vision nationale» autour de laquelle il est souhaité de réaliser un rassemblement pour préserver la souveraineté et la stabilité. Le journal insiste sur le fait que la rencontre s’est caractérisée par la «clarté» des positions et par un accord sur la nécessité de poursuivre ce dialogue.
Parallèlement, Nawaf Salam utilise un registre différent dans ses messages publics. Al Joumhouriyat rapporte qu’il a publié sur la plateforme X une note remerciant le Royaume d’Arabie saoudite, saluant la «sollicitude constante» de Riyad pour la stabilité et la prospérité du Liban, et soulignant une initiative visant à lever les obstacles devant les exportations libanaises. Il y ajoute que l’Arabie saoudite a apprécié les efforts du président et du gouvernement pour «empêcher l’utilisation du Liban comme plateforme pour déstabiliser la sécurité des frères arabes» et pour combattre la contrebande de drogues, inscrivant ainsi son discours dans une logique d’apaisement avec les capitales du Golfe.
À travers ces prises de parole croisées – de Joseph Aoun à Walid Jumblatt, de la Katlat al-Wafa lil-Muqawama à Nawaf Salam – les journaux du 14 novembre 2025 restituent une scène politique où les mots portent directement sur la négociation avec Israël, la neutralité, la résistance, la souveraineté financière et le sort des prisonniers, avec des lignes de fracture nettes mais aussi des tentatives visibles de maintenir des canaux de dialogue internes et externes.
Diplomatie: Paris en éclaireur, Riyad se rapproche, Washington active ses dossiers régionauxLa tournée française à Beyrouth et la relance du «mécanisme»Ad Diyar, 14 novembre 2025, décrit en détail la tournée de la conseillère pour le Moyen-Orient du président français Emmanuel Macron, Anne-Claire Legendre, qui a rencontré successivement Joseph Aoun à Baabda, Nabih Berri à Aïn el-Tiné, Nawaf Salam au Sérail et le ministre des Affaires étrangères et des Migrants, Youssef Raji. Selon le journal, cette visite avait pour objectif principal de «prendre la température» du pouvoir libanais sur la voie de la négociation avec Israël et sur le fonctionnement du «mécanisme» lié à l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024.Ad Diyar précise qu’à Baabda, Legendre a transmis au président les salutations de Macron et «la confirmation de la poursuite de l’aide» de la France. Elle a évoqué le projet de deux conférences, l’une consacrée à la reconstruction, l’autre au soutien de l’armée et des forces armées libanaises. Elle a surtout assuré que Paris «travaillera pour stabiliser le Sud et activer le travail du mécanisme», présenté comme un outil à réanimer pour encadrer les violations du cessez-le-feu. Al Joumhouriyat, 14 novembre 2025, confirme ces éléments et souligne que Legendre a effectué une «gira» complète auprès des trois présidences et du ministère des Affaires étrangères, en insistant sur l’engagement de la France à «poursuivre l’aide, tenir des conférences pour la reconstruction et le soutien de l’armée» et œuvrer à la stabilisation de la région sud et à l’activation du mécanisme «conformément au souhait libanais». La dimension politique du message français apparaît plus nettement dans Ad Diyar. Selon le quotidien, Legendre a posé des questions directes sur la cohésion interne autour du choix de la négociation. Elle a reçu pour réponse, d’après une source officielle citée par le journal, qu’«il n’existe pas de gêne interne» à ce sujet et qu’un accord existe entre le président, le président de la Chambre et le Premier ministre pour avancer sur cette voie. Al Quds Al Arabi, 14 novembre 2025, détaille pour sa part le contenu de l’entretien à Baabda. Le journal rapporte que Joseph Aoun a indiqué à Legendre que «ce qui empêche l’armée de compléter son déploiement au sud du Litani jusqu’à la frontière internationale, c’est la poursuite de l’occupation par Israël de terres libanaises et la poursuite des actes hostiles». Il a souligné que l’armée «exécute précisément les instructions qui lui sont données, contrairement à ce que colportent les campagnes israéliennes» et a qualifié de «pures calomnies» toutes les accusations de manquement dans son action. Dans le même article, Al Quds Al Arabi ajoute que le président a redit à Legendre que le «choix du dialogue et de la négociation» qu’il a annoncé «depuis des semaines» est, selon lui, capable de rétablir la stabilité dans la zone sud et dans tout le Liban, alors que la poursuite de l’agression ne conduit à «aucun résultat». Il a estimé que le soutien extérieur, «en particulier de la France et des États-Unis», à ce choix de négociation pourrait donner des résultats positifs, et que la commission du «mécanisme» fait partie des instances susceptibles de parrainer un tel processus. Mais Ad Diyar rappelle également les limites du rôle français. Le quotidien affirme que la tournée de Legendre «n’a pas débouché sur des résultats tangibles», en raison de la «faiblesse du rôle français», la responsable se contentant d’exprimer sa «préoccupation face à l’escalade au Sud». Le journal indique que Nabih Berri lui a fait part de son «reproche» concernant «l’absence de rôle de la France» au sein de la commission du mécanisme et «l’incapacité» de Paris à contraindre Israël à respecter le cessez-le-feu. Réformes, FMI et diplomatie économique françaiseLa dimension économique de la diplomatie française ressort clairement des passages d’Ad Diyar consacrés à la visite de Legendre au Sérail. Le journal note qu’elle a rencontré le Premier ministre Nawaf Salam et lui a «confirmé le soutien de la France aux efforts du gouvernement pour mettre en œuvre les réformes et progresser dans les négociations avec le Fonds monétaire international». Elle a insisté sur le fait que Paris considère l’accord avec le FMI comme «une étape pour restaurer la stabilité financière et économique» du pays, en précisant que la France «travaille avec ses partenaires internationaux» pour consolider cette stabilisation, y compris au Sud. Nawaf Salam, toujours selon Ad Diyar, a répondu en affirmant que «la réforme est un choix national avant d’être un engagement international», et en assurant que son gouvernement «travaille sérieusement à compléter les éléments essentiels», notamment le projet de loi sur la «fajwat maliyya», c’est-à-dire le traitement de la «fossé financier». Ad Diyar souligne enfin que Legendre a aussi visité le ministère des Affaires étrangères et des Migrants, où elle a discuté avec le ministre Youssef Raji de la situation au Sud et a réaffirmé le «soutien de la France à l’armée libanaise» ainsi que son souhait de voir «les meilleures relations possibles entre le Liban et la Syrie». Cette insistance sur le volet réformateur et sur la relation avec Damas montre que la diplomatie française cherche à lier stabilisation sécuritaire, consolidation institutionnelle et environnement régional.Riyad rouvre une fenêtre vers BeyrouthSur le front arabe, Al Joumhouriyat, 14 novembre 2025, met en avant une évolution jugée «remarquable» des relations entre le Liban et l’Arabie saoudite. Citant un responsable saoudien de haut rang, le journal indique qu’«une délégation saoudienne de haut niveau» se rendra prochainement au Liban afin de discuter de «la levée des obstacles qui entravent les exportations libanaises vers le royaume». Le même responsable, rapporté par Al Joumhouriyat, affirme que Riyad «apprécie les efforts déployés par le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam pour traiter les dossiers sécuritaires et économiques, y compris la réduction de la contrebande de drogue vers l’Arabie saoudite au cours des derniers mois». Il ajoute que l’Arabie saoudite salue la «compétence du Liban à limiter ces activités», ce qui reflète l’engagement du gouvernement libanais «à ne pas permettre l’utilisation du Liban comme plateforme pour menacer la sécurité des États arabes, en particulier le royaume». Al Joumhouriyat précise que le responsable saoudien estime que ces efforts «contribueront à renforcer les relations bilatérales» et pourraient conduire à des «progrès tangibles» dans la coopération politique et économique à court terme. Le journal rapporte également un message publié par Nawaf Salam sur la plateforme X, dans lequel il exprime sa «reconnaissance» à l’Arabie saoudite et à ses dirigeants, et souligne la «sollicitude constante de Riyad pour la stabilité et la prospérité du Liban». Salam y salue la «bonne initiative» annoncée par le royaume pour prendre «des mesures prochaines» afin de renforcer les relations commerciales, de lever les obstacles aux exportations libanaises et de reconnaître les efforts de l’État pour empêcher l’utilisation du territoire libanais comme plateforme de déstabilisation et pour combattre le trafic de stupéfiants. Al Liwa’, 14 novembre 2025, développe l’arrière-plan de ce mouvement dans un éditorial. Le quotidien décrit la visite prévue comme «bien plus qu’une simple mission économique», y voyant «le retour de l’intérêt arabe pour le Liban» et la possibilité pour le pays de retrouver «sa place naturelle au sein de son environnement arabe». Le texte insiste sur le poids du marché saoudien pour les exportations agricoles et industrielles libanaises, présenté comme une «bouffée d’oxygène» potentielle pour une économie asphyxiée. Al Liwa’ rappelle également le rôle historique de l’Arabie saoudite dans les accords de Taëf et souligne que la nouvelle initiative est perçue comme un signe d’«équilibre» et de «solidarité arabe renouvelée» envers le Liban, dans un moment où le pays cherche à sortir de l’isolement diplomatique et économique. Coopérations militaires: Athènes, Washington et les signaux à l’arméeAd Diyar signale une autre composante de la diplomatie libanaise: la coopération militaire avec la Grèce. Le journal mentionne que le ministre de la Défense nationale, Michel Mnassa, en visite officielle à Athènes, a rencontré son homologue grec Nikolaos Georgios Dendias pour discuter des moyens de renforcer la coopération militaire entre les deux pays. La rencontre a porté, selon Ad Diyar, sur «le soutien à l’armée libanaise dans plusieurs domaines, en particulier au niveau des aides logistiques qui permettent de renforcer ses capacités opérationnelles». Cette visite s’inscrit dans un ensemble plus large de démarches visant à diversifier les appuis étrangers à l’institution militaire, dans un contexte où la France, les États-Unis et d’autres partenaires lient de plus en plus leur soutien à la mise en œuvre de réformes internes.Parallèlement, Al Akhbar évoque, au travers d’un compte rendu de dîner offert par Fouad Makhzoumi à une délégation du département du Trésor américain, les critiques des représentants de Washington à l’égard de «l’ensemble des dirigeants libanais» accusés de ne pas vouloir appliquer des réformes «conformes aux standards internationaux», ce qui ferait perdre au pays «l’intérêt de l’Amérique et du reste du monde». Même si ce passage est économique, il illustre la façon dont les messages diplomatiques américains sont désormais étroitement imbriqués avec les exigences de gouvernance et de transparence.Washington, Damas et «Qasd»: une diplomatie régionale en mouvementAu-delà du Liban, Al Sharq Al Awsat, 14 novembre 2025, met en avant un dossier syrien où Washington joue un rôle direct. Le quotidien rapporte des informations de «Télévision Syria» selon lesquelles les États-Unis préparent une réunion à Damas entre le gouvernement syrien et les Forces démocratiques syriennes («Qasd»), réunion qui se tiendrait «dans les prochains jours» avec la participation de l’envoyé américain Tom Brad et du commandant du Commandement central américain, Barak Cooper. Selon ces informations, la rencontre doit aborder «des dossiers sensibles», en particulier «le mécanisme d’intégration de Qasd dans l’armée syrienne», ainsi que la question du pétrole, des institutions de l’État, du statut des points de passage et de l’aéroport international de Qamishli. Dans un autre passage, Al Sharq Al Awsat cite des déclarations du secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui affirme son engagement à «accélérer le processus d’intégration de Qasd dans l’armée syrienne» au cours d’une conversation avec le responsable syrien Ahmed al-Shar‘, centrée sur la visite de ce dernier à Washington. Ces développements témoignent d’une diplomatie américaine active sur le dossier syrien, combinant pressions politiques, négociations avec Damas et gestion des relations avec Qasd. Ils dessinent un environnement régional dans lequel les mouvements diplomatiques autour de la Syrie, de l’Irak et du Liban sont étroitement liés, notamment sur le terrain de la lutte contre les groupes armés et du redéploiement des forces locales.Pression américaine au Soudan et rôle qatari dans le cessez-le-feu de GazaAl 3arabi Al Jadid, 14 novembre 2025, consacre sa une diplomatique au Soudan. Le journal rapporte les propos du secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui déclare que les États-Unis «doivent faire quelque chose pour couper les lignes d’approvisionnement en armes» aux Forces de soutien rapide et qu’ils vont «parler aux pays qui les soutiennent pour leur faire comprendre la gravité de ce qui se passe». Il souligne que Washington appelle à un «mouvement international» pour stopper ces flux et que le ministre des Affaires étrangères soudanais espère que ces déclarations ouvriront la voie à la «reddition de comptes de la milice et de ses soutiens». Sur le dossier de Gaza, Al 3arabi Al Jadid rapporte par ailleurs que le Qatar appelle à «l’application complète de l’accord de cessez-le-feu» et que l’Égypte exprime sa crainte de voir se mettre en place un «fait accompli» sur le terrain, avec des lignes de séparation internes qui priveraient de facto Gaza d’une frontière libre avec l’Égypte. Ces dossiers n’impliquent pas directement le Liban, mais ils complètent le tableau diplomatique régional présenté par la presse du 14 novembre 2025: la France en quête de rôle au Liban, l’Arabie saoudite rouvrant une fenêtre économique vers Beyrouth, les États-Unis multipliant les signaux sur la Syrie et le Soudan, et le Qatar et l’Égypte essayant de gérer les conséquences de la guerre à Gaza. L’ensemble dessine un environnement où le Liban, au centre des entretiens franco-libanais et du rapprochement avec Riyad, reste pris dans une trame diplomatique plus vaste qui se joue à Damas, Khartoum et Gaza autant qu’à Beyrouth.
Politique internationale: Soudan, Gaza, Irak et recomposition des alliances régionales
Soudan: Washington durcit la ligne contre «les forces de soutien rapide»
Plusieurs journaux arabes font du conflit soudanais un axe central de leurs pages internationales. Al Sharq rapporte que le Soudan a officiellement salué les déclarations du secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui accuse les Forces de soutien rapide d’être impliquées dans des atrocités contre des civils, notamment des violences sexuelles, et appelle à un embargo sur les armes qui leur sont destinées, sans exclure leur inscription sur des listes d’organisations terroristes. Le ministre soudanais des Affaires étrangères Mohieddine Salem, cité par Al Sharq, estime que le fait de qualifier directement ces forces de «milice terroriste» et de «mercenaires» corrige la perception internationale du conflit et empêche, selon lui, de les traiter comme un «armée régulière nationale».
Al Quds Al Arabi reprend le même positionnement en soulignant que le ministère soudanais des Affaires étrangères se félicite d’un discours américain qui nomme les responsables des massacres et ouvre la voie à un traitement différencié entre l’armée et les Forces de soutien rapide. Le quotidien donne aussi la parole au conseiller des Forces de soutien rapide, Basha Tabiq, qui juge ces déclarations «non constructives» et estime qu’elles sont lues comme une «victoire politique» par le camp du pouvoir installé à Port-Soudan, ce qui, selon lui, pousse vers l’escalade au lieu de soutenir des initiatives de cessez-le-feu. Il affirme que la priorité devrait être, au contraire, de bloquer les flux d’armes vers l’armée régulière, accusée par son camp d’être responsable d’une partie de la violence.
Al Sharq Al Awsat complète ce tableau en décrivant une situation militaire instable sur le terrain. Le journal rapporte qu’une attaque de drones a visé la ville de Merowe, au nord du pays, où se trouve l’un des plus grands barrages du Soudan, dans une zone contrôlée par les Forces de soutien rapide, selon l’accusation portée par l’armée. Marco Rubio y répète que, pour Washington, il est nécessaire de «faire quelque chose pour couper les approvisionnements en armes et le soutien» dont ces forces bénéficient, qualifiant la situation de «terrifiante». Il impute directement à ces unités la reprise de la ville stratégique d’El-Fasher malgré leur acceptation d’une proposition de trêve américaine, et affirme que leur comportement démontre leur incapacité à respecter leurs engagements.
Al 3arabi Al Jadid insiste sur le fait que Washington «se lasse» des Forces de soutien rapide et de leurs soutiens régionaux, en indiquant que le chef de la diplomatie américaine annonce vouloir s’adresser aux pays qui leur fournissent argent et armes afin de leur faire «comprendre la gravité de ce qui se passe». De son côté, le ministre soudanais des Affaires étrangères y voit une occasion d’ouvrir la voie à une «reddition de comptes» pour la milice et ses alliés, dans un contexte où le déplacement forcé de populations et le siège de villes de Kordofan sont signalés comme des risques majeurs par Khartoum.
Gaza: trêve fragile, lignes de séparation et inquiétudes égyptiennes
Sur le dossier de Gaza, la presse souligne la fragilité d’un cessez-le-feu appliqué depuis plusieurs semaines mais régulièrement violé. Ad Diyar indique que, au trente-quatrième jour de l’accord de cessation des hostilités, les Brigades Al Qods ont annoncé avoir retrouvé le corps d’un «prisonnier israélien» dans une zone de déploiement de l’armée au sud de Khan Younès, et que la remise de la dépouille doit se faire selon des protocoles précis. La même source signale que les hôpitaux de la bande de Gaza ont reçu deux morts et cinq blessés lors de nouvelles violations, tandis qu’un responsable municipal de Khan Younès alerte sur la présence de plus de 900 000 déplacés vivant sous des tentes dans le secteur d’Al-Mawassi, menacés par l’arrivée d’une dépression météorologique.
Al 3arabi Al Jadid se concentre sur les enjeux politiques de l’après-guerre. Selon le journal, les États-Unis et Israël travaillent à une «plan B» pour Gaza, évoquée dans des médias israéliens, qui donnerait un rôle important à des groupes armés locaux collaborant avec l’occupation, dans un contexte où la mise en œuvre de la «stratégie actuelle» du président Donald Trump connaît des difficultés, en particulier sur la question du désarmement complet de Hamas et de la présence de forces étrangères prêtes à affronter directement ses combattants. Le même article rapporte les propos de Jared Kushner, qui dit chercher un «plan alternatif» pour le cas où la démarche en cours échouerait, ce qui illustre la recherche d’un cadre durable de contrôle du territoire sans remettre en cause l’objectif de neutraliser Hamas.
Le journal souligne également que l’Égypte redoute que la situation actuelle ne se transforme en un «fait accompli» susceptible de tracer de nouvelles lignes de séparation à l’intérieur du territoire et de priver Gaza de toute frontière libre avec l’Égypte, ce qui affaiblirait fortement les perspectives d’un règlement politique global. Dans ce contexte, le chef du gouvernement et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Mohammed ben Abdelrahman Al Thani, insiste, lors d’un appel téléphonique avec le ministre iranien Abbas Araghchi, sur la nécessité de «conjuguer les efforts» pour garantir l’application complète de l’accord de cessez-le-feu.
Al Sharq ajoute une dimension européenne en rapportant qu’Angela Merkel a effectué une visite de solidarité en Israël et a inspecté la frontière avec la bande de Gaza. Le quotidien mentionne que, malgré l’arrêt officiel de la guerre, la Défense civile palestinienne alerte sur le risque de catastrophe humanitaire en hiver à cause de la destruction d’une large partie des infrastructures et de la lenteur des efforts internationaux de reconstruction, alors que des analyses reprises dans le journal, comme celles de The Economist, estiment qu’il n’y aura «pas de reconstruction réelle» tant que les questions de sécurité et de gouvernance ne seront pas réglées.
Israël–États-Unis: vers un nouvel accord de sécurité sur vingt ans
Al 3arabi Al Jadid révèle, sur la base d’informations d’Axios, qu’Israël cherche à conclure avec les États-Unis un nouvel accord de coopération sécuritaire d’une durée de vingt ans, en remplacement d’un mécanisme actuel de dix ans. Selon le journal, le projet comprend des dispositions conçues pour «séduire» l’électorat de Donald Trump, dans un contexte où grandit, au sein de sa base, la réticence envers les aides extérieures.
Le journal précise qu’Israël a formulé deux propositions centrales. La première consiste à prolonger l’accord jusqu’en 2048, année du centenaire de la création de l’État d’Israël, afin de couvrir une période considérée comme particulièrement sensible sur le plan stratégique. La seconde vise à permettre l’utilisation d’une partie des fonds dans des projets conjoints, et pas seulement sous la forme d’aide militaire classique, ce qui permettrait de présenter l’accord comme plus compatible avec une doctrine de «priorité à l’Amérique».
Al 3arabi Al Jadid indique également que l’environnement politique intérieur israélien pèse sur ces discussions. Des opposants à tout déploiement international à Gaza, cités par le journal, mettent en garde contre la création d’une force multinationale de maintien de la paix, qu’ils considèrent comme une «menace directe» pour la souveraineté israélienne et la liberté d’action de son armée, tout en questionnant l’idée de confier la sécurité de Gaza à des unités «aux nationalités multiples».
Irak: domination chiite et incertitude gouvernementale
Dans le dossier irakien, Al Quds Al Arabi note que les partis et alliances chiites ont dominé les dernières élections législatives de 2025, en obtenant plus de 170 sièges au Parlement. Ce résultat leur donne la possibilité de former le nouveau gouvernement à condition de rester unis dans le cadre de l’«Itar Tanseeqi», l’alliance qui regroupe la plupart des forces politiques chiites à l’exception du courant sadriste, tout en surmontant des divergences profondes, surtout entre le Premier ministre sortant Mohamed Chiaa Al Sudani, chef de la liste «Al Imaar wal Tanmiya», en quête d’un second mandat, et Nouri Al Maliki, chef de l’alliance «Dawlat Al Qanoun», présenté comme l’un des plus fermes opposants à cette reconduction.
Le quotidien souligne que les résultats «quasi définitifs» révèlent le poids relatif des différents blocs mais ne tranchent pas la question de la formation des trois présidences, ce qui laisse présager une nouvelle période de longues négociations entre chiites, sunnites et Kurdes, et au sein de chaque composante. Al Quds Al Arabi rapporte que la clef résidera dans la capacité de l’Itar Tanseeqi à présenter un candidat de compromis acceptable pour les autres composantes, dans un contexte où les blocs sunnites cherchent à exploiter leur position comme «pôle de négociation incontournable» et où les forces kurdes restent divisées sur la répartition des postes et des prérogatives.
Al 3arabi Al Jadid renvoie à cette même dynamique en évoquant une «course entre les forces politiques pour traduire les résultats des élections irakiennes», annonçant des alliances en recomposition et des coalitions en gestation, mais sans fournir, dans le numéro du jour, de détails supplémentaires, renvoyés à des pages intérieures.
Gaza, Syrie, Soudan et Somalie: l’axe Ankara–Le Caire se rapproche
Plusieurs titres soulignent une convergence nouvelle entre l’Égypte et la Turquie. Al Sharq publie un large extrait d’un communiqué conjoint des ministères des Affaires étrangères des deux pays, diffusé à l’issue d’une réunion à Ankara entre les ministres Badr Abdelatty et Hakan Fidan. Le texte met en avant un «accord de vues» sur plusieurs dossiers régionaux, en particulier Gaza et le dossier syrien, tout en reconnaissant l’existence de différends persistants.
Le communiqué, tel que rapporté par Al Sharq, salue le rôle du président américain Donald Trump dans la cessation de la guerre à Gaza et souligne l’importance du partenariat avec les États-Unis pour parvenir à la paix dans la région. Les deux capitales réaffirment leur attachement à l’unité du Soudan, à un processus de transition politique «global» en Syrie et au respect de la souveraineté territoriale de la Somalie, tout en appelant la communauté internationale à soutenir les efforts de reconstruction et de relèvement dans ces pays.
Al Sharq Al Awsat, qui consacre également un article à ce communiqué conjoint, note que des experts interrogés estiment que ce rapprochement n’efface pas les «profondes divergences» entre Le Caire et Ankara, mais constitue un pas vers une gestion plus coordonnée des crises régionales, notamment au Proche-Orient et en Afrique de l’Est.
Égypte: l’austérité et le poids de la dette sur la scène intérieure
Au-delà des dossiers de sécurité, Al 3arabi Al Jadid met en avant l’impact intérieur de la dette sur la politique égyptienne. Le journal explique que le gouvernement du Caire a commencé à appliquer des mesures d’austérité jugées «dures» pour réduire l’endettement, dont l’arrêt de certains contrats d’achat d’avions, de trains et de projets d’infrastructures, ainsi que le gel de nouvelles garanties souveraines pour le secteur privé. Ces décisions interviennent dans un contexte où, selon le journal, la classe moyenne égyptienne reste fortement affectée par les hausses de prix des dernières années, malgré un ralentissement récent de l’inflation.
L’article insiste sur le fait que cette réorientation budgétaire s’inscrit aussi dans une stratégie de consolider les campagnes du pouvoir sur les réformes structurelles, tout en cherchant à limiter les tensions sociales. Les enjeux économiques égyptiens se croisent ainsi avec son rôle régional sur les dossiers de Gaza et du Soudan, les journaux soulignant qu’un pays aux finances fragiles dispose d’une marge de manœuvre diplomatique plus réduite, même s’il reste un acteur central dans la gestion de la bande de Gaza et de la mer Rouge.
À travers ces pages internationales du 14 novembre 2025, les journaux Al Sharq, Al Sharq Al Awsat, Al 3arabi Al Jadid, Al Quds Al Arabi et Ad Diyar dessinent une carte régionale où la guerre au Soudan, la trêve incertaine à Gaza, les recompositions politiques en Irak et les rapprochements entre grandes capitales comme Le Caire, Ankara et Washington se croisent dans une même trame, entre gestion des conflits armés, négociation d’accords de sécurité et ajustements économiques imposés par le poids de la dette.
Économie: reprise fragile, réformes incomplètes et pression sur les banques
Croissance de façade portée par la consommation et les transferts
Ad Diyar, 14 novembre 2025, relaie l’analyse de l’économiste Paul Diab, qui refuse de parler d’une véritable sortie de crise mais admet des signaux positifs. Selon lui, «on ne peut pas dire que l’économie libanaise a commencé sa guérison», mais les indicateurs «suggèrent la possibilité d’une croissance économique d’environ 5 % pour l’année en cours».
Cette croissance projetée repose sur quatre moteurs précis : le tourisme, la consommation intérieure, les transferts des expatriés et l’augmentation du volume des importations et des exportations. Ad Diyar souligne que le volume des importations pourrait atteindre 20 milliards de dollars fin 2025, soit plus qu’en 2019, ce qui traduit un retour de la demande mais aussi une dépendance accrue à l’égard de l’extérieur.
Le même article rappelle toutefois que cette reprise reste largement déconnectée de la réalité d’un État surendetté et d’institutions financières fragilisées. La hausse des importations reflète aussi l’incapacité de la production locale à répondre à la demande, ce qui pèse sur la balance commerciale et rend la trajectoire de croissance vulnérable à tout choc externe.
Budget 2026: salaires publics, retraites et reconstruction au cœur des débats
La scène budgétaire occupe une place centrale dans la couverture économique. Ad Diyar et Al Bina’ rapportent la réunion de la commission des Finances et du Budget présidée par le député Ibrahim Kanaan, consacrée à la «philosophie» du projet de budget 2026 et à sa vision globale.
Kanaan explique que le ministre des Finances Yassine Jaber a présenté le travail mené avec le Conseil de la fonction publique pour examiner la question des salaires et la possibilité d’élaborer un plan avant toute restructuration. Les députés ont répondu qu’«il ne peut y avoir d’État ni de secteur public sans révision des salaires après l’effondrement qui s’est produit», au moins à un niveau permettant au secteur public de continuer à fonctionner et à l’État, avec ses institutions, d’assurer le minimum requis.
Un autre volet sensible concerne les indemnités de fin de service dans le secteur public. Le débat s’est focalisé sur la suspension prolongée du traitement des compensations et sur les revendications des députés pour mettre fin à ce gel, notamment pour ceux qui ont «consacré leur vie à l’État» et ne savent plus comment obtenir leurs droits.
La question de la reconstruction alourdit encore l’équation. Kanaan reconnaît que la commission a discuté du coût de la reconstruction et de «l’absence de chiffres clairs», tout en précisant que cela ne signifie pas que l’ensemble des dépenses sera inscrit dans le budget. Une part de l’incertitude budgétaire vient donc de l’impossibilité de chiffrer l’impact financier de la remise en état des infrastructures endommagées, notamment au Sud.
SDR, plan de restitution des dépôts et «fossé financier»
Les journaux reviennent longuement sur trois dossiers: les droits de tirage spéciaux (SDR) du FMI, le plan de restitution des dépôts et la «loi de la fajiwa», la fameuse «loi de la fgap financière». Al Bina’ rappelle que Kanaan déplore l’absence, à ce jour, du plan de restitution des dépôts qui devait accompagner la loi d’«Islah al-masaref» votée en 2025. Ce plan, promis dans le mois ou les deux mois suivant la loi, n’a jamais été transmis par le gouvernement au Parlement; le ministre des Finances espère seulement pouvoir le présenter «avant la fin de l’année».
Sur les SDR, Ad Diyar rapporte que la commission a déjà mené une enquête et demandé au gouvernement, au ministère des Finances et à Banque du Liban de fournir des détails sur l’utilisation des fonds, mais n’a reçu qu’«une feuille A4» qui ne permet pas de comprendre comment, pourquoi et sur quelle base juridique 1,2 milliard de dollars ont été dépensés. Al Bina’ et Al Sharq reproduisent les propos de Kanaan, qui s’étonne, là encore, de l’absence de transparence.
Al Akhbar ajoute que, dans les discussions de la commission, le gouvernement tente de contourner les «dossiers épineux» et cherche à présenter une sorte de «carnet de caisse» ne contenant que des recettes et des dépenses sans politique financière cohérente. Le journal souligne que le projet ne traite pas sérieusement du sort des dépôts, de la manière de les restituer ni de leur classification entre petits, moyens et gros déposants.
Dans ce contexte, Ad Diyar résume la position des députés de la commission: les «dépôts légaux et légitimes», connus et non issus de blanchiment d’argent, de terrorisme ou d’abus de pouvoir, «ne doivent pas être touchés». Les parlementaires disent attendre une «stratégie qui active réellement l’économie» et respecte cette ligne rouge.
Banques sous pression: éditorial contre l’oligarchie financière
Dans Al Joumhouriyat, 14 novembre 2025, une page «Économie» prend un ton nettement plus frontal. Le texte décrit une situation où les banques annoncent pertes et déficits, alors que «ceux qui ont conçu cette catastrophe vivent dans les palais». L’éditorialiste s’interroge: «Comment peuvent-ils parler de pertes alors que leurs fortunes personnelles ont multiplié pendant les années de l’effondrement même?»
Le même article insiste sur l’écart entre le sort des déposants et celui des banquiers. Dans «tous les pays du monde», lorsqu’une banque chancelle, les dossiers de ses propriétaires et des grands actionnaires sont ouverts, et on enquête sur leurs comptes, leurs profits, leurs actifs et leurs transferts, afin de savoir qui a profité de l’argent des déposants. «Au Liban, la scène est inversée et honteuse: c’est le déposant qui est accusé, l’employé qui est licencié, tandis que le banquier qui a accumulé des millions est protégé».
L’article souligne que, alors que la population s’enfonce dans la misère et peine à payer médicaments, frais de scolarité ou hospitalisations, certains banquiers continuent d’acheter des biens immobiliers et des immeubles à l’étranger, en conservant un mode de vie luxueux. Cette colère éditoriale s’inscrit dans le climat politique général, où les demandes d’audit, de responsabilité pénale et de réouverture de dossiers bancaires restent sans réponse concrète.
Parallèlement, Al Joumhouriyat publie le communiqué financier de Bank Audi pour septembre 2025, conforme aux normes IFRS. Le document rappelle que la banque applique la loi d’août 2025 sur la réforme des banques, adoptée après la révision de la loi sur le secret bancaire, et la présente comme une étape clé pour répondre aux conditions du FMI. Les chiffres, accompagnés d’une clause de non-responsabilité, sont présentés comme des données réglementaires, et non comme une base unique de décision pour les investisseurs ou clients.
Mutation du secteur financier: fintechs, paiements et «économie cash»
Al Akhbar consacre une enquête aux sociétés de paiement et de transfert d’argent qui se sont multipliées depuis la crise. Selon un rapport de Banque du Liban cité par le journal, le nombre de ces institutions a augmenté de 127 %, passant de 11 en 2019 à 25 en 2025.
Le même rapport signale une hausse significative des «points de vente», c’est-à-dire des dispositifs où s’effectuent les paiements ou retraits par carte ou portefeuille électronique: de 2 595 en 2019 à 3 955 en 2024. Cette expansion reflète la diffusion des sociétés de paiement et de leurs partenaires, dans un contexte où les distributeurs automatiques de billets reculent en nombre.
Banque du Liban classe ces sociétés dans le champ de «l’économie cash» et note que le basculement vers leurs services a contribué à élargir l’usage du numéraire comme «principal moyen de transaction et de stockage de valeur». Al Akhbar souligne que l’institution a imposé des règles strictes: toute opération d’alimentation de portefeuille ou de transfert entre individus nécessite désormais la copie d’une pièce d’identité, même pour de petits montants, et s’aligne partiellement sur des exigences formulées par des responsables américains.
Le journal évoque aussi le cas de la société Wish Money, qui a vu le compte d’une association locale fermé à la suite de l’application de décisions étrangères contre certains acteurs, avant d’obtenir un premier agrément pour opérer directement dans un pays étranger, le Canada, ce qui lui permet de contractualiser sans passer par des intermédiaires.
Cette évolution montre un secteur financier fragmenté, où les banques traditionnelles restent en difficulté alors que de nouveaux acteurs, plus agiles et fortement encadrés, prennent une place croissante dans les paiements et les transferts, sous pression d’une double exigence: celle des autorités libanaises et celle des partenaires occidentaux.
Port de Tripoli et crédit logement: poches de politique publique
Ad Diyar consacre un article au port de Tripoli, où le ministre des Travaux publics Walid Rassamni insiste sur la nécessité de définir une «vision stratégique sur cinq ans» et un plan opérationnel pour en faire un centre économique et commercial majeur. Il met l’accent sur la transparence, la bonne gouvernance, l’usage des technologies numériques et de l’intelligence artificielle dans la gestion, ainsi que sur la complémentarité entre les différents ports libanais.
Al Sharq illustre, de son côté, un autre chantier: la relance du crédit logement. Lors d’une rencontre avec la Rabitat al-Jamiiin fi ach-Chamal, un responsable du secteur du logement rappelle que la Banque de l’Habitat avait dû suspendre l’octroi de prêts en raison de la crise économique et politique, avant qu’un nouveau conseil d’administration ne soit élu.
Celui-ci met en avant le lancement d’une plateforme électronique pour la réception directe des demandes, sans intermédiaires ni interventions, et annonce l’obtention de 50 millions de dollars versés au Trésor libanais et redistribués sous forme de prêts pour les ménages à revenu limité ou moyen, ainsi que pour les personnes à besoins spécifiques. Ces prêts incluent des produits de rénovation pouvant atteindre 50 000 dollars, avec un taux d’intérêt de 6 % sur dix ans, et la possibilité de financer des équipements d’énergie solaire ou de traitement des eaux usées.
Ces deux exemples – port de Tripoli et crédit logement – montrent que, malgré l’ampleur de la crise, certaines institutions publiques ou para-publiques élaborent des projets structurés, axés sur la gouvernance, le numérique et le ciblage social, mais à une échelle encore insuffisante face à l’effondrement général.
Pressions extérieures, réformes et conditionnalité
Enfin, Al Akhbar revient sur le dîner organisé par le député Fouad Makhzoumi en l’honneur d’une délégation du département du Trésor américain. Le journal rapporte que le groupe a réitéré ses critiques envers «toute la classe dirigeante libanaise», accusée de ne pas vouloir mettre en œuvre des réformes «conformes aux standards internationaux», ce qui, selon lui, ferait perdre au Liban l’intérêt non seulement des États-Unis, mais du monde entier.
Cette pression s’ajoute aux exigences du FMI et aux conditions posées par plusieurs pays donateurs, notamment sur la restructuration des banques, la lutte contre la corruption et la transparence dans l’utilisation des fonds. Al Liwa’ rappelle de son côté que la reconstruction du secteur bancaire et la protection des dépôts restent au centre des attentes de l’opinion et des partenaires, dans un contexte où la confiance dans les institutions financières demeure très faible.
Dans l’ensemble, la presse économique du 14 novembre 2025 dessine un paysage contrasté: d’un côté, une croissance conjoncturelle alimentée par le tourisme et les flux de devises, quelques projets structurés au port de Tripoli ou à la Banque de l’Habitat, et une mutation rapide du secteur des paiements; de l’autre, des questions lourdes toujours sans réponse sur les dépôts, les SDR, la soutenabilité du budget 2026 et la responsabilité de l’oligarchie bancaire, sous l’œil critique des bailleurs internationaux.
Dans l’ensemble, la presse économique du 14 novembre 2025 dessine un paysage contrasté: d’un côté, une croissance conjoncturelle alimentée par le tourisme et les flux de devises, quelques projets structurés au port de Tripoli ou à la Banque de l’Habitat, et une mutation rapide du secteur des paiements; de l’autre, des questions lourdes toujours sans réponse sur les dépôts, les SDR, la soutenabilité du budget 2026 et la responsabilité de l’oligarchie bancaire, sous l’œil critique des bailleurs internationaux.
Vous avez dit :
section suivante
Revue de Presse Assistant a dit :
Réflexion durant 1m 20s
Justice: détenus syriens, surpopulation carcérale et tensions autour de l’indépendance judiciaire
Les détenus syriens, d’un dossier pénal à un levier diplomatique
Ad Diyar, 14 novembre 2025, consacre un long article signé Dolly Bchaalani au dossier des détenus syriens dans les prisons libanaises. Le quotidien souligne que ce dossier ne se limite plus à une problématique judiciaire et humanitaire, mais qu’il est devenu «un portail diplomatique central» dans les discussions visant à réactiver les relations entre Beyrouth et Damas. Entre les demandes syriennes de récupérer ses ressortissants, les craintes des ONG et l’inquiétude d’une partie de la classe politique libanaise, le sort de ces détenus se trouve à l’intersection du droit et de la raison d’État.
Selon des sources politiques citées par Ad Diyar, 2 723 Syriens étaient détenus dans les prisons libanaises à la fin octobre 2025. Parmi eux, 1 136 se trouvent à la prison centrale de Roumieh, les autres étant répartis dans les établissements de Zahleh, Qobbeh-Tripoli, Baalbek, Nabatiyeh et Sour. Ces détenus représenteraient environ 30 % de l’ensemble des prisonniers et prévenus au Liban, soit près d’un tiers de la population carcérale.
Le journal distingue deux grandes catégories. Environ 1 300 détenus sont poursuivis pour des infractions qualifiées de «non dangereuses» – vols, stupéfiants ou infractions à la législation sur l’entrée et le séjour. Ceux-ci pourraient, en théorie, être inclus dans une future convention judiciaire libano-syrienne prévoyant le transfert des prisonniers ou des procès vers la Syrie. En revanche, quelque 1 423 Syriens sont accusés d’«actes terroristes» ou d’appartenance à des groupes armés impliqués dans des homicides de soldats libanais, ainsi que de crimes de meurtre ou de viol. Ces détenus seraient exclus de toute mesure de ce type.
Ad Diyar rappelle qu’un progrès tangible a été enregistré en octobre 2025, lors d’une réunion à Beyrouth entre deux délégations judiciaires présidées par les ministres de la Justice Adl Nassar pour le Liban et Mazhar Al-Weiss pour la Syrie. Les deux parties ont parlé de «pas très avancés» vers une version finale d’un accord de coopération judiciaire. Cependant, le journal souligne que le projet est désormais gelé, les divergences portant autant sur les critères de transfert des détenus que sur la crainte libanaise de voir certains dossiers sensibles disparaître du contrôle des tribunaux locaux.
Coopération judiciaire, disparitions forcées et limites politiques
Ad Diyar rapporte que Damas a donné un «engagement officiel» de coopération, en particulier sur les dossiers des assassinats politiques et des personnes disparues. Des sources citées par le journal indiquent que le projet d’accord prévoit la possibilité de transférer ou de récupérer des détenus syriens qui ne sont pas condamnés pour meurtre ou pour des infractions jugées «très dangereuses».
Toutefois, la mise en œuvre concrète d’un tel mécanisme reste entourée de réserves. Ad Diyar évoque la nécessité de procédures judiciaires détaillées, de listes de contrôle et de vérifications, avec la possibilité pour la partie libanaise de maintenir des réserves sur certains cas. Le quotidien rappelle aussi que le droit libanais prévoit déjà des instruments comme la libération conditionnelle ou l’allègement des peines, mais que l’application de ces dispositifs est «affectée par les pressions politiques».
Pour le journal, l’enlisement du dossier des détenus syriens dépasse donc la seule dimension technique. Il s’agit d’un test pour la capacité de l’État à articuler coopération judiciaire, exigences humanitaires et souveraineté politique, dans un climat où le dossier des réfugiés, la démarcation des frontières et les relations économiques restent également pendants entre Beyrouth et Damas.
Prisons surpeuplées: une «bombe à retardement»
La situation générale des prisons libanaises est au centre des propos du procureur général près la Cour de cassation, le juge Jamal Hajar, dans un entretien rapporté par Al Joumhouriyat, 14 novembre 2025, et repris par Al Sharq.
Le magistrat commence par corriger des informations largement relayées dans le débat public: selon lui, ce qui se dit sur l’existence d’un nombre important de détenus non jugés, en particulier dans les dossiers de terrorisme, est «inexact». Il affirme que «tous les détenus, libanais, syriens ou d’autres nationalités, ont été jugés et ont reçu les décisions appropriées, à l’exception d’un nombre très limité de dossiers encore pendants devant la justice militaire».
Dans le même temps, Hajar dresse un tableau alarmant de la situation carcérale. Il qualifie les prisons libanaises de «non humaines» et les décrit comme une «bombe à retardement», évoquant l’extrême surpopulation, la vétusté des infrastructures et les tensions permanentes qu’elles génèrent.
Al Sharq rapporte qu’il a révélé l’existence d’un projet présenté il y a quelque temps à une délégation française: un schéma d’amnistie générale partielle qui pourrait concerner entre 1 500 et 2 000 condamnés, dans le but spécifique de réduire la surpopulation. Hajar se dit favorable à une loi d’amnistie générale à condition qu’elle comporte des «exceptions claires» pour certains crimes graves, à l’image de ce qui s’est fait après la fin de la guerre civile en 1990.
Le magistrat insiste sur la nécessité de «sagesse et de prudence» dans le traitement des dossiers sensibles. Il rappelle que, malgré la clarté de certains cas, «la décision finale appartient au pouvoir exécutif et au gouvernement», seuls habilités à trancher sur les lois d’amnistie ou les grandes réformes pénales.
Dans le même dossier, Hajar décrit aussi la fragilité structurelle de l’appareil judiciaire. Il note qu’aucun cycle de formation au sein de l’Institut des études judiciaires n’a été organisé depuis 2018, en raison de la crise économique, de la pandémie et des blocages institutionnels, ce qui a entraîné un «saignement» important du corps des magistrats: départs à la retraite, démissions, décès.
Selon lui, il manque aujourd’hui près de 200 juges dans les tribunaux, et l’ouverture d’un nouveau concours pour 40 magistrats bute sur l’absence de crédits budgétaires, évalués à environ 200 000 dollars pour trois années de formation et d’enseignements. Pour Al Sharq, cette pénurie s’ajoute à la surpopulation carcérale pour fragiliser davantage la capacité de la justice à absorber les dossiers et à garantir des procès rapides.
Arrestations, rumeurs et défense de l’institution judiciaire
La même journée, Ad Diyar rapporte une décision qui illustre la volonté des autorités judiciaires de défendre l’image de la magistrature. Le procureur général Jamal Hajar a ordonné l’arrestation du président de l’ONG «Jad – Jeunesse contre la drogue», soupçonné d’avoir diffusé de «fausses informations» accusant des juges et des officiers de se trouver impliqués dans un trafic de stupéfiants et de toucher des salaires mensuels de trafiquants.
Ad Diyar souligne que cette décision repose sur la qualification pénale de «publication de fausses nouvelles», dans un contexte où les allégations de corruption visant le monde judiciaire et les forces de sécurité nourrissent régulièrement le débat public. Le journal note que cette affaire est susceptible d’ouvrir une discussion sur l’équilibre entre la protection de la réputation de l’institution et la liberté d’expression des ONG spécialisées dans la lutte contre la drogue, sans trancher la question.
Al Akhbar, 14 novembre 2025, illustre par ailleurs la routine des décisions judiciaires via une annonce officielle de la Cour d’appel en matière de délits à Saïda. Le journal publie le jugement condamnant un commerçant, Fouad Aakoush, pour ne pas avoir affiché les prix et pour avoir vendu des produits alimentaires périmés, en application de la loi sur la protection des consommateurs, assorti d’une amende. Cette décision montre un autre visage de la justice: celui des infractions économiques et sanitaires qui touchent directement le quotidien des citoyens.
Détentions, contrôle du territoire et dimension sécuritaire
La frontière entre justice et sécurité apparaît aussi dans les pages d’Al Sharq. Le journal rapporte l’arrestation de plusieurs Syriens, nés en 1987, 1997 et 1999, dans le cadre d’une enquête, les appartements utilisés étant scellés à la cire rouge sur ordre du parquet compétent. Aucun détail n’est donné sur la nature exacte des faits reprochés, mais la procédure met en avant le lien entre enquête pénale, droit au procès et gestion des populations étrangères sur le territoire.
Dans le même numéro, Al Sharq mentionne la participation de la Sûreté générale libanaise à un exercice international visant à simuler une attaque terroriste impliquant des matières chimiques et radiologiques (CBRN). L’exercice est organisé par l’Union européenne et le centre régional de l’ONU pour la recherche sur le crime et la justice, avec la participation de l’armée, des Forces de sécurité intérieure et de la Défense civile. Même si cet événement relève davantage de la préparation sécuritaire que du contentieux, il illustre la manière dont le système pénal s’inscrit dans un environnement où la menace terroriste reste structurante.
Avocats et justice: la bataille de l’Ordre de Beyrouth
Enfin, Ad Diyar consacre une large place à la bataille pour la présidence de l’Ordre des avocats de Beyrouth, présentée comme un combat à forte dimension politique entre les partis chrétiens. Le journal explique que l’assemblée générale de l’Ordre se réunit le dimanche suivant pour élire huit membres du conseil et un bâtonnier parmi plusieurs candidats, dont Ad Mardinos, Élie Bazrali, Élie Hanna et Wajih Massaad, selon les coalitions en présence.
Ad Diyar souligne que la compétition est particulièrement serrée entre les candidats soutenus par les Forces libanaises et ceux appuyés par le Parti Kataëb, chaque formation menant une campagne active de mobilisation auprès des électeurs, avocats chrétiens et musulmans. Le journal rappelle que la présidence de l’Ordre est perçue comme une vitrine politique importante, capable d’influer sur le débat public autour de l’indépendance de la justice, des réformes de la magistrature et des grandes lois sensibles, y compris celles relatives à la lutte contre la corruption.
Un autre texte de la même page, signé par un ancien bâtonnier de Beyrouth, revient sur la mort d’une consœur, Najat, et évoque, en filigrane, les années où «la justice était en grève» et où le fonctionnement de la juridiction pénale s’était presque arrêté. L’auteur y voit le symbole d’une crise qui a touché à la fois la profession d’avocat, l’organisation des tribunaux et la confiance du public dans la capacité de la justice à «accompagner la vie et protéger les vivants».
À travers ces textes consacrés aux détenus syriens, à la surpopulation carcérale, à l’amnistie, aux décisions pénales et aux batailles au sein du barreau, les journaux du 14 novembre 2025 dressent le portrait d’un système judiciaire pris entre exigences humanitaires, équilibres politiques internes, pression sécuritaire et quête d’indépendance institutionnelle.
Société: santé publique, retour des déplacés du Sud et cohésion mise à l’épreuve
Diabète: un fardeau silencieux pour les familles libanaises
Al Liwa’, 14 novembre 2025, consacre un long dossier pédagogique au diabète, présenté comme l’une des maladies chroniques les plus répandues au Liban et dans le monde. Le journal rappelle que cette pathologie n’est plus liée, comme par le passé, au «luxe» ou à la surconsommation, mais qu’elle touche désormais toutes les catégories sociales, y compris les plus modestes, en raison de la combinaison de facteurs génétiques, alimentaires et de mode de vie.
Le même article explique de manière détaillée ce qu’est le diabète: un dérèglement chronique qui empêche l’organisme d’utiliser correctement le «glucose», principal carburant des cellules. Ce dérèglement résulte soit d’un déficit de production d’insuline par le pancréas, soit d’une résistance des tissus à cette hormone, ce qui entraîne une accumulation de sucre dans le sang au-delà des niveaux normaux.
Al Liwa’ distingue clairement les deux formes principales de la maladie. Le diabète de type 1 touche surtout les enfants et les jeunes, représente environ 10 % des cas et résulte d’un déficit quasi total de production d’insuline, ce qui impose un traitement à vie par injections. Le diabète de type 2 concerne à lui seul près de 90 % des personnes atteintes; il est lié à un déficit relatif de sécrétion d’insuline ou à une mauvaise utilisation de l’hormone par l’organisme, et se développe souvent sur un terrain de surpoids, de sédentarité et de facteurs héréditaires.
Le dossier insiste sur les symptômes et les complications qui pèsent sur la vie quotidienne des malades. Parmi les signes d’alerte, Al Liwa’ cite la polyurie – besoin fréquent d’uriner –, la soif intense, la perte de poids, la vision brouillée ou encore un ralentissement de la croissance chez l’enfant. En l’absence de diagnostic, la persistance de taux élevés de sucre pendant trois à cinq ans finit par affecter de nombreux organes, en particulier les yeux, les reins, les nerfs et le système cardiovasculaire.
Sur le plan des causes, le même quotidien rappelle le rôle central de l’hérédité, de la prise de poids et de la sédentarité. La présence de diabétiques dans la famille augmente la probabilité d’une sensibilité particulière à l’insuline; l’excès de poids réduit l’efficacité de l’hormone et expose à des complications plus fréquentes; le manque d’activité physique, combiné au stress chronique et à certaines maladies endocriniennes, ajoute une couche de risque supplémentaire.
Al Liwa’ insiste aussi sur la présence croissante d’adultes qui ignorent leur maladie. Le journal souligne qu’une partie des patients ne ressent aucun symptôme spécifique et ne découvre son diabète qu’à l’occasion d’analyses de routine ou d’un incident aigu. D’où, selon l’article, la nécessité d’un dépistage ciblé pour les personnes de plus de 25 ans présentant des antécédents familiaux, un excès de poids ou des antécédents cardiovasculaires précoces.
Al 3arabi Al Jadid, 14 novembre 2025, apporte une dimension plus statistique à ce tableau. Dans un reportage signé depuis Beyrouth, le journal rappelle, sur la base de données de spécialistes libanais, que la proportion de diabétiques de type 2 atteint 13,2 % au Liban, un taux jugé élevé et appelé à augmenter avec la progression de l’obésité. L’article souligne qu’une caractéristique de la région MENA est la faiblesse de l’activité physique: selon les études citées, 93 % des hommes et 98 % des femmes dans la région ne pratiquent aucune activité sportive régulière ou effort physique structuré, ce qui nourrit le cercle vicieux du surpoids et du diabète.
Le même texte rappelle que, dans plusieurs pays voisins, comme le Koweït, l’Arabie saoudite, le Qatar ou les Émirats arabes unis, la proportion de personnes atteintes dépasse 20 % de la population. Le Liban ne figure pas parmi les cas extrêmes, mais la combinaison d’un système de santé fragilisé, de revenus en baisse et de prix élevés des médicaments rend l’accès au suivi et aux traitements plus difficile pour de nombreux ménages.
Al 3arabi Al Jadid met enfin en avant les coûts humains et financiers du diabète. Le journal évoque une mortalité mondiale estimée à plusieurs millions de personnes par an, avec un décès attribuable au diabète toutes les neuf secondes, et souligne qu’environ la moitié des décès par infarctus ou accident vasculaire cérébral dans la région sont liés, directement ou indirectement, à cette maladie. La facture mondiale annuelle est évaluée à près de 1 000 milliards de dollars, soit 12 % des dépenses de santé, alors que les pays de la région ne consacrent qu’environ 3,4 % de leurs budgets de santé au traitement du diabète.
Pour les familles libanaises, ces chiffres se traduisent par une pression quotidienne: coûts des consultations, du matériel de surveillance, de l’insuline ou des médicaments oraux, risques d’hospitalisation et peur des complications invalidantes. Les deux journaux convergent sur un point: sans politiques de prévention ciblant l’alimentation, l’activité physique et le dépistage précoce, la charge du diabète continuera de peser lourdement sur un système social déjà fragilisé par la crise économique.
Sud-Liban: retour des déplacés, reconstruction et tissu social sous tension
Au-delà de la santé publique, plusieurs journaux abordent la situation des habitants du Sud, entre destruction, retour progressif et incertitudes. Al Quds, 14 novembre 2025, rapporte les propos de Joseph Aoun selon lesquels la reconstruction constitue «le pierre angulaire» pour permettre aux habitants dont les villages et maisons ont été détruits de revenir et de tenir sur place. Le président insiste sur le fait que cette reconstruction reste impossible tant que se poursuivent les attaques israéliennes quotidiennes visant les civils, les infrastructures civiles et les bâtiments officiels, comme ce fut récemment le cas à Bint Jbeil et dans d’autres localités.
Al 3arabi Al Jadid développe le même thème en rappelant que de nombreuses localités du Sud ont été en grande partie détruites pendant la guerre de 2024, et que les habitants qui y reviennent le font souvent dans des conditions précaires, entre maisons endommagées, infrastructures partiellement fonctionnelles et menace persistante des bombardements. Le journal cite Joseph Aoun lorsqu’il souligne que les villages et maisons détruits doivent être reconstruits pour permettre un retour durable, et non des passages temporaires entre refuges et zones sinistrées.
Dans le même temps, Al Sharq reprend les propos du chef de l’État sur le lien entre reconstruction et «capacité de résilience» des populations du Sud. Selon le quotidien, le président considère que la remise en état des infrastructures et des logements est la condition pour «permettre aux habitants du Sud de revenir et de tenir», mais que cette condition n’est pas remplie tant que «les agressions quotidiennes contre les citoyens et les installations civiles et officielles» se poursuivent.
Sur le plan institutionnel, Al Sharq précise que Joseph Aoun a indiqué que le gouvernement a commencé, en coopération avec le Parlement, à adopter des lois dites «réformatrices» et à préparer d’autres textes qui tiennent compte des conditions économiques du pays et s’alignent sur les systèmes en vigueur. Même si le journal ne détaille pas la nature de ces lois, il met en avant leur dimension sociale implicite: elles sont présentées comme un cadre pour organiser la reconstruction, l’indemnisation et éventuellement le retour des déplacés à moyen terme.
La question de la sécurité est également au cœur de la recomposition sociale au Sud. Al Quds rappelle que, selon le président, la relation de confiance entre l’armée libanaise et les habitants des villages au sud du Litani doit être consolidée, car l’institution militaire assumera seule, dans un an, l’ensemble des missions de sécurité une fois que les forces internationales (FINUL) auront commencé à se retirer de la zone d’opérations au début de 2026.
Al 3arabi Al Jadid indique que le nombre de militaires déployés dans le Sud doit atteindre 10 000 d’ici la fin de l’année, l’objectif étant de couvrir à la fois la surveillance de la frontière, la lutte contre le terrorisme, la prévention de la contrebande d’armes et de drogues et la protection de la paix civile. Le renforcement du rôle de l’armée est présenté comme un facteur de stabilité pour les communautés locales, mais il suppose des moyens matériels et financiers que le Liban peine à réunir. Joseph Aoun lui-même souligne que le soutien moral à l’armée «ne suffit pas» sans équipements ni véhicules adaptés, que le pays espère obtenir à travers une conférence de soutien aux forces armées et un autre rendez-vous consacré à la reconstruction.
Dans ce contexte, la société du Sud reste marquée par un double mouvement: le désir de retour et de normalité d’un côté, la conscience d’une fragilité persistante de l’autre. Les articles de Al Quds, Al Sharq et Al 3arabi Al Jadid convergent pour décrire un tissu social qui tente de se reconstituer autour de villages partiellement reconstruits, d’écoles rouvertes et d’exploitations agricoles remises en marche, mais sous la constante menace d’une reprise de la guerre ou d’un durcissement des frappes ciblant les civils et les infrastructures.
Églises et cohésion nationale: inquiétude face aux fractures internes
Al Sharq, 14 novembre 2025, rend compte de la réunion mensuelle des évêques et supérieurs des congrégations de l’Église grecque-catholique, présidée par le patriarche Youssef Absi. Dans le communiqué final, les participants renouvellent leur souhait de voir le pape François effectuer une visite au Liban et expriment l’espoir que cette visite apporte «paix et stabilité» au pays et à la région.
Mais le texte insiste surtout sur l’inquiétude des responsables religieux face à la situation intérieure. Selon Al Sharq, les évêques se disent profondément préoccupés par «les développements internes et les polémiques» qui se poursuivent et annoncent, selon eux, «le pire», en évoquant la division des forces politiques, la fragmentation des institutions et la dégradation des conditions sociales.
Le communiqué appelle explicitement à «faire prévaloir la raison, la sagesse et la responsabilité» et à placer «l’intérêt national suprême au-dessus des intérêts particuliers». Les évêques invitent les responsables à sortir des logiques de confrontation permanente et de calcul partisan étroit pour se recentrer sur les besoins concrets de la population: sécurité, services de base, emploi et protection des plus vulnérables.
Cette intervention ecclésiale ne se limite donc pas à un discours spirituel. Elle s’inscrit dans un registre civique, voire social, en posant clairement la question de la cohésion nationale. En filigrane, les évêques semblent dire que l’enlisement des crises politiques, la paralysie des réformes et la persistance des rivalités confessionnelles se traduisent par une fragmentation du corps social: méfiance entre groupes, sentiment d’abandon chez les plus pauvres, exode continu des jeunes vers l’étranger.
L’appel à «restaurer la confiance du citoyen dans les institutions de l’État» et à «élever la voix de la responsabilité dans cette phase critique» vise autant le champ politique que les professions de la justice, de l’éducation ou de la santé, déjà mises en lumière par d’autres pages de la presse du jour. À travers cette prise de position, Al Sharq montre comment les autorités religieuses cherchent à se placer en gardiennes de la cohésion sociale, au moment où les tensions liées à la crise économique, au conflit au Sud et aux débats sur la neutralité ou la résistance résonnent dans le quotidien des familles.
Ainsi, entre l’alerte sur l’extension silencieuse du diabète, les difficultés de retour des habitants du Sud dans des villages détruits et la mise en garde d’une partie de l’Église contre la fragmentation interne, les pages «société» de la presse du 14 novembre 2025 dressent l’image d’un pays où la santé publique, la reconstruction et la cohésion civique sont devenues des enjeux indissociables.



