L’actualité du 16 juin 2025 est largement dominée par l’intensification du conflit entre Israël et l’Iran, avec des répercussions directes sur la stabilité régionale et sur le Liban, observateur inquiet et potentiellement impliqué. Plusieurs journaux consacrent leur Une à cette escalade géopolitique et à ses conséquences possibles pour la scène intérieure libanaise.
Une guerre aux portes du Liban
Le quotidien Al Joumhouriyat (16 juin 2025) indique que le Hezbollah a opté pour une position de “glissement stratégique” en exprimant sa solidarité avec Téhéran tout en maintenant un flou calculé sur une participation active au conflit. Des sources citées précisent que « le parti évite toute déclaration susceptible d’entraîner le Liban dans un engrenage militaire », ajoutant que la priorité reste de « ne pas offrir à Israël un prétexte pour une extension du théâtre d’affrontement au Sud-Liban ».
Dans le même registre, Al Quds (16 juin 2025) rapporte que le ciel libanais est devenu un corridor d’activité militaire, entre missiles iraniens en transit et contre-mesures israéliennes. Cela a conduit à la fermeture temporaire du trafic aérien au départ et à l’arrivée de l’aéroport de Beyrouth, un événement qui a bloqué des centaines de voyageurs libanais à l’étranger. Le ministre des Travaux publics, Faïz Rasamni, cité par le journal, déclare qu’un « plan de secours a été mis en œuvre pour réduire les perturbations logistiques ».
Enjeux internationaux et équilibres perturbés
Selon Al Akhbar (16 juin 2025), cette nouvelle phase du conflit marque une rupture qualitative. Le journal évoque un « conflit stratégique d’endurance » entre Israël et l’Iran, dépassant la logique de ripostes ponctuelles. Le journaliste Yahya Dbouk y souligne que la confrontation est désormais multidimensionnelle : militaire, technologique, économique et psychologique. Il avertit que « le pari israélien sur une victoire rapide s’érode, tandis que l’Iran joue la carte de l’enlisement maîtrisé ».
Ad Diyar (16 juin 2025) met en avant l’implication de puissances orientales, notamment la Chine, la Russie et le Pakistan. Le journal indique que des cargaisons militaires sophistiquées auraient été livrées à Téhéran, ce qui inquiète Tel-Aviv. Des analystes, cités par le quotidien, parlent d’un « basculement vers un nouvel équilibre dissuasif » dont les contours restent imprévisibles.
Al Bina’ (16 juin 2025) reprend cette analyse en évoquant la « guerre des seuils ». Le journal note que, bien que le Liban reste officiellement neutre, son espace aérien, ses alliances régionales et ses équilibres internes en font une pièce géopolitique instable. Le quotidien évoque le risque d’une instrumentalisation du territoire libanais par des acteurs tiers.
Déclarations américaines et pressions diplomatiques
Al 3arabi Al Jadid (16 juin 2025) met en lumière les déclarations contradictoires du président américain Donald Trump, qui affirme à la fois qu’un « accord de paix est proche entre Israël et l’Iran » tout en menaçant de « soutenir Israël pour détruire totalement le programme nucléaire iranien ». Ce double discours, selon le journal, alimente l’incertitude chez les diplomaties régionales.
Le même journal cite le Premier ministre qatari appelant à « la désescalade par des moyens diplomatiques » et à la convocation urgente d’un sommet régional. Toutefois, aucune position commune ne semble émerger à ce stade.
Impact direct au Liban : instabilité et inflation
Sur le plan intérieur, Annahar (16 juin 2025) fait état de fortes tensions dans les zones du Sud et de la Bekaa, où l’armée libanaise a été placée en état d’alerte. La crainte d’un débordement militaire pousse les habitants à faire des provisions et à restreindre leurs déplacements. Le journal cite également une hausse brutale des prix des carburants, imputée à la spéculation et aux ruptures d’approvisionnement.
Al Sharq (16 juin 2025) s’inquiète des conséquences économiques d’une guerre prolongée. Une tribune publiée en Une évoque les risques de faillites pour les entreprises libanaises fortement dépendantes des importations et de la logistique régionale. Le journal rapporte également les propos d’un responsable du syndicat des commerçants de Beyrouth affirmant que « toute interruption durable des routes commerciales avec la Syrie ou la Jordanie plongerait le marché dans un chaos incontrôlable ».
Crise institutionnelle et positions contradictoires
Al Liwa’ (16 juin 2025) rapporte des tensions au sein du gouvernement. Certains ministres proches de formations pro-occidentales plaident pour une rupture claire avec l’Iran, tandis que d’autres, appuyés par le courant de la résistance, affirment que « la solidarité régionale est non négociable ». Cette polarisation interne, selon le quotidien, affaiblit la capacité de l’exécutif à gérer la crise.
Politique locale : repositionnements internes face à la crise régionale
La scène politique libanaise est dominée par les réactions contrastées des partis et figures publiques à la guerre ouverte entre Israël et l’Iran. Tandis que le président Joseph Aoun tente de maintenir une posture d’équilibre, les clivages s’accentuent au sein du gouvernement dirigé par Nawaf Salam. Plusieurs journaux reviennent sur les tensions internes, les prises de parole mesurées ou polarisantes, et les interrogations autour de la souveraineté et de la sécurité nationale.
Discrétion calculée de la présidence et inquiétudes au sommet de l’État
Dans Al Joumhouriyat (16 juin 2025), des sources proches du Palais de Baabda indiquent que Joseph Aoun aurait tenu plusieurs réunions à huis clos avec les commandements militaires pour assurer la coordination entre l’armée libanaise et les autorités civiles en cas d’escalade. Le président aurait insisté, selon ces mêmes sources, sur « la nécessité de maintenir la stabilité interne et de ne pas céder aux provocations extérieures ». Aucun communiqué officiel n’a toutefois été publié, ce qui témoigne d’une volonté d’éviter toute posture publique susceptible d’alimenter les tensions.
Nawaf Salam sous pression entre neutralité et réalités régionales
Le Premier ministre Nawaf Salam, selon Al Bina’ (16 juin 2025), est confronté à un dilemme stratégique : préserver la ligne de neutralité traditionnelle du Liban tout en répondant aux pressions de ses partenaires régionaux et de la rue libanaise. Lors du Conseil des ministres du 15 juin, un débat houleux aurait opposé Salam à plusieurs ministres proches du Hezbollah sur la formulation d’un communiqué officiel. Un ministre cité sous anonymat affirme que « Salam veut éviter que le Liban soit entraîné malgré lui dans un conflit régional, mais il est conscient que l’immobilisme politique est perçu comme une faiblesse ».
Positions partisanes : appels à la résistance et au désengagement
Al Akhbar (16 juin 2025) revient sur les déclarations du bloc parlementaire du « Courant patriotique libre », qui a salué « le droit des peuples à se défendre contre l’agression », tout en affirmant son soutien à la « souveraineté du Liban et à sa non-ingérence directe ». Le journal souligne cependant que cette position ambiguë reflète les contradictions internes du parti entre son électorat chrétien et ses alliances stratégiques.
Parallèlement, Al 3arabi Al Jadid (16 juin 2025) cite le président du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, qui appelle à « une dissociation claire du Liban des axes militaires régionaux ». Il estime que « tout alignement idéologique pourrait coûter cher au peuple libanais qui paie déjà les conséquences d’une crise économique sans précédent ».
Tentatives de recomposition parlementaire
Ad Diyar (16 juin 2025) évoque des consultations discrètes entre plusieurs députés indépendants et blocs centristes en vue de proposer une initiative parlementaire sur la neutralité active. Cette proposition, encore à l’état embryonnaire, viserait à définir un cadre institutionnel empêchant l’utilisation du territoire libanais dans tout conflit régional. Le député Michel Moawad, selon le journal, aurait déclaré en privé qu’« il ne peut plus être question de jouer le rôle de la victime passive ».
En parallèle, Al Liwa’ (16 juin 2025) rapporte que le président de la Chambre, Nabih Berri, s’est montré sceptique sur toute réforme institutionnelle en période de crise. Il aurait affirmé à des proches que « seule la stabilité du pouvoir exécutif peut préserver le pays d’un effondrement total ».
Le dilemme du Hezbollah
Selon Al Joumhouriyat (16 juin 2025), le Hezbollah a adopté une stratégie de « silence actif ». S’il a exprimé dans deux communiqués distincts sa solidarité avec l’Iran et dénoncé les frappes israéliennes, il n’a ni confirmé ni nié une implication militaire directe. Des sources internes, citées par le journal, parlent d’un « effort de communication ciblé pour éviter d’inquiéter les alliés internes et maintenir l’unité du front intérieur ». Le parti resterait néanmoins en état d’alerte et aurait renforcé certaines de ses positions au sud.
Al Quds (16 juin 2025) met en avant les spéculations israéliennes, relayées par des médias hébreux, selon lesquelles le Hezbollah attendrait « le bon moment » pour agir. Cela alimente une méfiance croissante dans l’opinion publique libanaise, en particulier dans les régions frontalières où les habitants craignent de devenir des cibles collatérales.
Prises de parole publiques : entre consensus fragile et instrumentalisation
Dans Annahar (16 juin 2025), plusieurs analystes s’interrogent sur l’efficacité du gouvernement d’union nationale dans un contexte aussi volatil. La politologue Roula Tabbarah y déclare que « le Liban traverse un moment de vérité : soit il affirme sa souveraineté par la neutralité active, soit il continue de subir les choix d’autres puissances ». Cette déclaration a été reprise par plusieurs médias comme reflet d’une nouvelle vague de pensée au sein des élites politiques et académiques.
En parallèle, Al Sharq (16 juin 2025) publie un article dans lequel des figures religieuses maronites expriment leur soutien au président et au Premier ministre, tout en rappelant que « la paix interne est une condition préalable à toute reconstruction nationale ».
Citation et discours des personnalités politiques : entre ambiguïté stratégique et déclarations à fort impact
Les figures politiques libanaises et internationales se sont largement exprimées sur le conflit israélo-iranien, sur la neutralité du Liban, et sur la gestion des crises internes. Les discours relayés dans la presse du 16 juin 2025 révèlent une tentative de certains dirigeants d’imprimer une ligne claire, tandis que d’autres choisissent la prudence ou la dissimulation stratégique. La diversité des déclarations met en lumière les fractures idéologiques et les jeux de positionnement en temps de crise.
Donald Trump : menace et promesse de paix
Al 3arabi Al Jadid (16 juin 2025) consacre une large part de sa couverture aux propos du président américain Donald Trump, prononcés lors d’une interview avec la revue The Atlantic. Il y déclare que « le conflit entre Israël et l’Iran est sur le point de se terminer », tout en soulignant que « si l’Iran attaque les États-Unis de quelque manière que ce soit, la réponse sera d’une intensité sans précédent ». Trump affirme aussi que « le programme nucléaire iranien doit être démantelé totalement » et que « la paix ne pourra venir qu’après un affrontement nécessaire ». Ces déclarations, reproduites en première page, révèlent l’ambivalence d’une diplomatie mêlant avertissement militaire et rhétorique de résolution.
Le même journal mentionne un échange téléphonique entre Trump et le président du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, durant lequel ce dernier appelle à « une mobilisation diplomatique régionale pour éviter l’escalade ». Trump aurait répondu que « les États-Unis feront le nécessaire pour soutenir Israël ».
Abbas Araghchi : justification du droit de riposte
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, cité dans Al 3arabi Al Jadid (16 juin 2025), prononce un discours à Téhéran où il justifie la riposte militaire iranienne contre Israël. Il affirme : « Israël a franchi une ligne rouge en attaquant nos sites stratégiques. Nous n’avons eu d’autre choix que de défendre notre souveraineté ». Il précise que les cibles iraniennes étaient « des installations militaires, tandis qu’Israël visait des civils et des infrastructures économiques ».
Le ministre insiste également sur le fait que « le droit de riposte est inscrit dans la Charte des Nations unies ». Cette allocution est interprétée par Al Akhbar (16 juin 2025) comme une tentative de légitimer la stratégie iranienne sur la scène internationale, tout en envoyant un message d’endurance aux partenaires du pays.
Hassan Fadlallah : solidarité prudente
Dans Al Joumhouriyat (16 juin 2025), une source proche de Hassan Fadlallah, député du Hezbollah, indique que ce dernier aurait affirmé en réunion interne : « Le soutien à l’Iran est une obligation morale et stratégique, mais il n’est pas dans notre intérêt de nous exposer sans coordination avec nos alliés ». Aucune déclaration publique directe n’est attribuée à Fadlallah, ce qui traduit une stratégie de « silence construit », selon le journal.
Une source politique citée anonymement dans le même article souligne : « Le Hezbollah opère dans une logique de contrôle narratif, où le moindre mot est calibré pour éviter une crise diplomatique intérieure ».
Joseph Aoun : mot d’ordre pour la stabilité
Al Liwa’ (16 juin 2025) rapporte que le président de la République, Joseph Aoun, aurait déclaré en Conseil supérieur de défense : « Le Liban n’a aucun intérêt à devenir un champ de bataille secondaire. La priorité est la sécurité de notre peuple et la protection de notre souveraineté ». Cette déclaration, bien que diffusée sans allocution publique, est relayée comme le signe d’un positionnement clair de la présidence.
Le journal indique également que Joseph Aoun aurait exhorté les partis à « éviter toute déclaration provocatrice et à œuvrer à l’unité nationale ». Ce message, adressé à huis clos mais largement relayé dans les cercles diplomatiques, aurait été salué par plusieurs ambassadeurs européens présents à Beyrouth.
Walid Joumblatt : une critique directe
Dans Al 3arabi Al Jadid (16 juin 2025), Walid Joumblatt se montre plus incisif dans ses commentaires : « Le Liban n’est pas un territoire de guerre par procuration. Ceux qui veulent combattre Israël n’ont qu’à le faire depuis leur propre territoire ». Cette citation, largement reprise sur les réseaux sociaux, a suscité une controverse dans les milieux politiques pro-résistance. Joumblatt, connu pour ses prises de position tranchées, appelle aussi à un « sursaut de réalisme diplomatique » face à ce qu’il qualifie de « mirage idéologique du front anti-impérialiste ».
Fouad Makhzoumi : plaidoyer pour la neutralité
Dans une tribune publiée dans Al Sharq (16 juin 2025), le député indépendant Fouad Makhzoumi déclare : « La politique de dissociation ne doit pas rester un slogan creux. Il faut l’inscrire dans la Constitution ». Il demande la convocation d’une session parlementaire extraordinaire pour statuer sur une déclaration de neutralité active. Makhzoumi dénonce aussi « les compromissions silencieuses » de certains ministres qui, selon lui, « sacrifient la stabilité nationale sur l’autel d’alliances idéologiques régionales ».
Diplomatie : effervescence internationale et prudence libanaise
Le conflit ouvert entre Israël et l’Iran a déclenché une série d’initiatives diplomatiques à travers le Moyen-Orient et au-delà, tandis que le Liban, historiquement à la croisée des tensions régionales, tente de maintenir une posture de neutralité vigilante. La presse du 16 juin 2025 offre un panorama dense des efforts de médiation, des positions des chancelleries et des contacts entre responsables libanais et partenaires étrangers.
Le Liban face à l’intensification des échanges diplomatiques
Selon Al Liwa’ (16 juin 2025), des consultations actives ont été engagées entre le gouvernement libanais et plusieurs représentations diplomatiques à Beyrouth. Le Premier ministre Nawaf Salam aurait reçu en l’espace de 48 heures les ambassadeurs de France, d’Égypte, du Qatar et de l’ONU pour évoquer les moyens de prévenir toute escalade militaire sur le territoire libanais. Une source gouvernementale, citée par le journal, précise que « la priorité est d’empêcher tout débordement qui placerait le Liban en état de guerre indirecte ».
Le journal indique également que la mission diplomatique française aurait proposé de convoquer une réunion urgente du Groupe international de soutien au Liban (GISL), ce qui permettrait au pays de formaliser sa position de non-alignement.
Qatar et France en première ligne pour la désescalade
Dans Al 3arabi Al Jadid (16 juin 2025), un article est consacré à l’intensification des efforts qataris. Le Premier ministre qatari, cheikh Mohammed ben Abdulrahman Al Thani, a appelé depuis Doha à « une désescalade immédiate et à l’ouverture de canaux de dialogue direct entre Téhéran et Tel-Aviv sous médiation onusienne ». Le journal mentionne également des démarches entreprises par l’Égypte, qui tente de relancer un canal de négociation indirect à travers ses services de renseignement.
Al Quds (16 juin 2025) revient sur la proposition française de tenir une conférence régionale à Paris, avec la participation de pays du Golfe, de la Turquie et de l’Iran, pour mettre en place des garanties de sécurité collective. Le président Emmanuel Macron aurait évoqué cette possibilité lors d’un entretien téléphonique avec le président libanais Joseph Aoun, auquel il aurait exprimé « son soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban dans une conjoncture critique ».
Les États-Unis entre soutien à Israël et diplomatie sélective
Toujours dans Al 3arabi Al Jadid (16 juin 2025), l’administration Trump est décrite comme « diplomatiquement ambivalente ». Tout en affirmant leur soutien inconditionnel à Israël, les États-Unis ont mandaté un émissaire spécial, Thomas Barrack, pour s’entretenir avec les représentants de l’Iran à Oman. Cette mission discrète vise, selon le journal, à « établir des lignes rouges sur le théâtre régional et à éviter une confrontation directe avec Téhéran ».
La même source évoque une conversation entre le secrétaire d’État américain et le ministre des Affaires étrangères libanais, au cours de laquelle Washington aurait « recommandé à Beyrouth d’éviter toute déclaration susceptible d’être interprétée comme un alignement stratégique ». Les autorités libanaises auraient assuré leur volonté de respecter la résolution 1701 du Conseil de sécurité.
Les Nations Unies et l’appel au cessez-le-feu régional
Annahar (16 juin 2025) rapporte que le coordinateur spécial des Nations Unies pour le Liban, Joanna Wronecka, a demandé aux autorités libanaises d’intensifier leur engagement diplomatique en direction de leurs voisins. Dans un entretien accordé au journal, elle indique : « Le Liban doit faire entendre sa voix dans les forums régionaux pour rappeler son attachement à la paix et à la stabilité ». Elle précise également que l’ONU se tient prête à appuyer toute initiative libanaise visant à formaliser une politique de neutralité active.
Le quotidien précise que l’ambassadrice a également rencontré des responsables religieux et communautaires pour « encourager un discours d’unité et de responsabilité dans un moment de vulnérabilité nationale ».
Défis et limites de la diplomatie libanaise
Selon Al Bina’ (16 juin 2025), le ministère libanais des Affaires étrangères aurait adressé une note diplomatique à ses ambassades à l’étranger pour leur demander de réaffirmer « l’attachement du Liban à la stabilité régionale et à sa souveraineté ». Toutefois, le journal relève les limites de cette stratégie, soulignant que « l’inexistence d’une politique étrangère cohérente affaiblit le poids de Beyrouth dans les enceintes diplomatiques ».
Le même journal cite un ancien ambassadeur du Liban à l’ONU, qui estime que « la voix libanaise souffre de son absence de relais stratégiques » et que « sans alliances diplomatiques solides, elle risque de rester périphérique dans les grands arbitrages régionaux ».
Politique internationale : redistribution des équilibres globaux autour du conflit israélo-iranien
Le conflit en cours entre Israël et l’Iran polarise l’attention internationale et agit comme catalyseur de nouvelles configurations stratégiques dans plusieurs régions du monde. La presse du 16 juin 2025 rapporte des réactions contrastées en provenance d’Europe, des États-Unis, d’Asie et du monde arabe, illustrant une recomposition rapide des alliances et des équilibres géopolitiques à l’échelle globale. Plusieurs acteurs majeurs tentent de préserver leurs intérêts en évitant l’escalade, tandis que d’autres adoptent des positions tranchées et offensives.
Les États-Unis entre pression militaire et gestuelle diplomatique
Selon Al 3arabi Al Jadid (16 juin 2025), le président Donald Trump a adopté une posture duale. S’il affirme que « la paix est proche » entre Israël et l’Iran, il déclare aussi qu’il « n’hésitera pas à intervenir militairement pour défendre Israël et démanteler le programme nucléaire iranien ». Cette rhétorique ambivalente alimente les inquiétudes européennes, tout en consolidant la position israélienne sur la scène internationale.
Le journal note que l’administration Trump se montre également préoccupée par l’effet domino que pourrait avoir une escalade régionale sur les bases américaines en Irak et en Syrie. Dans ce contexte, la mission de l’envoyé spécial Thomas Barrack à Oman est interprétée comme une tentative de canaliser la confrontation, sans s’impliquer ouvertement dans un conflit de haute intensité.
L’Europe divisée mais mobilisée
Dans Al Quds (16 juin 2025), les positions européennes sont analysées à travers le prisme des relations avec Israël et l’Iran. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johan Vadevol, appelle à des « négociations nucléaires immédiates » avec Téhéran, rejoint par ses homologues français et britannique. L’Allemagne insiste sur une approche multilatérale pour désamorcer le conflit, tout en reconnaissant « le droit d’Israël à se défendre face à des menaces existentielles ».
De son côté, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, affirme dans une interview accordée à Fox News, reprise par Al Quds, que « l’objectif de la guerre est de neutraliser les menaces iraniennes, y compris le changement de régime à Téhéran, si nécessaire ». Ces propos suscitent une vive inquiétude au sein des chancelleries européennes, notamment en Italie et en Espagne, qui craignent une « stratégie du chaos » menée depuis Tel-Aviv.
La Russie et la Chine dénoncent les « lignes rouges franchies »
Ad Diyar (16 juin 2025) publie une analyse des positions de Moscou et Pékin, qui se montrent particulièrement critiques envers la stratégie israélienne. Le journal rapporte que des responsables militaires russes ont évoqué « une violation grave du droit international » après les frappes israéliennes sur des sites iraniens civils. De son côté, la Chine appelle à « un cessez-le-feu immédiat » et exprime « une solidarité stratégique avec les pays visés par des agressions unilatérales ».
Selon le même journal, la livraison présumée de technologies militaires avancées par la Russie, la Chine et le Pakistan à l’Iran — évoquée dans des médias israéliens — alimente les soupçons d’une coalition informelle visant à rééquilibrer les rapports de force dans la région.
La Turquie et les puissances régionales en repositionnement
Dans Al Bina’ (16 juin 2025), le positionnement de la Turquie est décrit comme « fluctuant mais stratégique ». Ankara condamne les frappes israéliennes mais reste prudente dans ses déclarations officielles. Le président Erdogan chercherait à maintenir une marge de manœuvre diplomatique, en se proposant comme médiateur, tout en poursuivant ses objectifs sécuritaires au nord de la Syrie.
L’Égypte, selon Al 3arabi Al Jadid (16 juin 2025), tente de relancer son rôle de médiateur régional en intensifiant ses contacts avec les services de renseignement iraniens et israéliens. L’Arabie saoudite, en revanche, reste silencieuse, se contentant de communiquer par la voie du Conseil de coopération du Golfe, qui appelle à la désescalade « dans le respect du droit des États à l’autodéfense ».
L’Afrique du Nord et les Amériques dans l’expectative
Al Quds (16 juin 2025) mentionne que plusieurs pays d’Afrique du Nord, notamment l’Algérie et la Tunisie, ont publié des communiqués condamnant « les agressions israéliennes contre un pays souverain ». Le Maroc, en revanche, observe un silence diplomatique, signe des tensions entre ses engagements récents avec Israël et sa base militante.
Dans les Amériques, le Brésil et le Mexique appellent à une session extraordinaire du Conseil de sécurité de l’ONU. Les pays du MERCOSUR redoutent un impact économique sur le marché pétrolier, dans un contexte de fragilité post-pandémie.
Économie : menaces de paralysie, pression inflationniste et incertitudes sur les flux énergétiques
La conjoncture économique libanaise du 16 juin 2025 est profondément affectée par l’escalade militaire entre Israël et l’Iran. Plusieurs journaux mettent en lumière les répercussions immédiates sur les importations, la logistique, les prix à la consommation et les équilibres macroéconomiques. Les entreprises, les institutions financières et les autorités sont confrontées à une pression croissante sur les devises, l’approvisionnement énergétique et la confiance des acteurs économiques.
Arrêt des flux énergétiques régionaux : une alerte pour le Liban
Al Quds (16 juin 2025) indique que la fermeture des champs gaziers israéliens de Leviathan et Karish a conduit à l’arrêt des exportations vers l’Égypte. Cette rupture affecte en cascade l’approvisionnement régional en gaz naturel, dont dépend indirectement le Liban à travers des accords de sous-fourniture. Le journal précise que l’Égypte a activé un plan d’urgence énergétique, en réduisant la fourniture de gaz à l’industrie pour prioriser les besoins domestiques. Pour le Liban, cela signifie une possible réduction des capacités de production électrique à court terme.
Selon Al Bina’ (16 juin 2025), cette tension énergétique pourrait contraindre Électricité du Liban à relancer le recours aux groupes électrogènes privés, dont le coût reste prohibitif pour une majorité de foyers. Une source ministérielle citée affirme que « si la situation se prolonge, la facture énergétique pourrait doubler dans certaines zones, aggravant les déséquilibres sociaux ».
Inflation continue sur les produits de base
Annahar (16 juin 2025) rapporte une hausse généralisée des prix des denrées de première nécessité, en particulier les produits importés d’Europe et d’Asie. Les commerçants anticipent des ruptures de stock et modifient déjà leurs prix à la hausse. L’indice des prix alimentaires aurait progressé de 8,2 % en une semaine selon des données préliminaires du ministère de l’Économie. Le pain, le riz, l’huile et le lait figurent parmi les articles les plus touchés.
Le même journal cite le président du syndicat des boulangers, qui alerte sur « une possible interruption de la production si les subventions au blé ne sont pas réévaluées dans les 48 heures ». Une pression forte s’exerce sur le gouvernement pour ajuster le taux de change officiel utilisé pour l’importation des produits subventionnés.
Taux de change et instabilité monétaire
Dans Al Joumhouriyat (16 juin 2025), une analyse décrit la volatilité du taux de change comme un facteur aggravant de la crise. Le dollar s’échangeait à 93 000 livres libanaises dans les marchés parallèles, contre 87 000 la semaine précédente. Cette dépréciation rapide accentue l’inflation importée, tout en fragilisant les budgets des administrations locales et des établissements hospitaliers.
Une source bancaire citée par le journal évoque « un risque accru de retrait massif de liquidités en cas de prolongation de la guerre régionale », ce qui pourrait conduire à un nouvel épisode de panique financière. La Banque du Liban n’a pas communiqué de plan d’intervention pour l’instant, alimentant les spéculations sur un possible gel des transferts vers l’étranger.
Entreprises en alerte : logistique, assurances et exportations menacées
Al Sharq (16 juin 2025) consacre une page à la situation des entreprises exportatrices. Plusieurs industries du Bekaa et du Metn signalent des interruptions dans les chaînes logistiques en raison de la fermeture de corridors commerciaux avec la Syrie. Le journal rapporte également une suspension des contrats d’assurance maritime vers le port de Beyrouth, entraînant une augmentation des frais de transport de 15 à 22 % selon les destinations.
Une chambre de commerce locale, interrogée par le journal, estime que « si la situation dure plus de deux semaines, 30 % des PME exportatrices pourraient suspendre leur activité faute d’accès aux marchés ». La menace d’un isolement économique revient au centre des préoccupations des milieux d’affaires.
Inquiétudes sur la balance commerciale et les recettes douanières
Dans Ad Diyar (16 juin 2025), des économistes interrogés alertent sur la détérioration attendue de la balance commerciale. Le Liban, largement dépendant des importations, verrait ses recettes douanières — l’un des rares revenus stables de l’État — diminuer sensiblement. Le journal mentionne également un rapport interne du ministère des Finances indiquant que « les recettes douanières pourraient chuter de 27 % ce trimestre si les flux commerciaux ne reprennent pas rapidement ».
Ce déficit prévu compromet les capacités de l’État à honorer ses dépenses courantes, notamment les salaires dans le secteur public, déjà souvent versés avec retard. Le même rapport préconise une taxation exceptionnelle sur les produits de luxe importés, ce qui pourrait renforcer le sentiment d’injustice fiscale.
Le FMI et la communauté internationale dans l’attentisme
Al Bina’ (16 juin 2025) revient sur l’impact indirect du conflit sur les discussions entre le Liban et le Fonds monétaire international. Les négociations autour d’un programme de réformes conditionnant une aide de 3 milliards de dollars sont en suspens. Le journal indique que les experts du FMI n’envisagent aucune mission à Beyrouth tant que « les paramètres régionaux ne permettent pas une évaluation fiable de la trajectoire macroéconomique ».
De même, les promesses d’aide budgétaire faites lors de la conférence de Paris IV sont suspendues à la capacité du Liban à maintenir une stabilité interne. Le gel de ces ressources compromettrait la réforme du secteur de l’électricité, point central des exigences des bailleurs.
Société : précarité, mobilisation citoyenne et vulnérabilité accrue
Les effets combinés de la crise régionale, de la fragilité économique et des tensions internes se font sentir au cœur de la société libanaise. La presse du 16 juin 2025 fait état d’une montée des revendications sociales, d’un climat d’insécurité sociale accru et d’initiatives de la société civile qui cherchent à pallier les lacunes de l’État. Plusieurs articles mettent en lumière la détérioration des conditions de vie, la crainte d’une flambée de la violence communautaire et les signaux de protestation de divers groupes sociaux.
Hausse de la pauvreté et tension dans les quartiers populaires
Annahar (16 juin 2025) rapporte une dégradation rapide de la situation dans les quartiers périphériques de Beyrouth et de Tripoli. Les prix des denrées alimentaires, du carburant et des médicaments explosent, tandis que les revenus stagnent. Des scènes de files d’attente devant les boulangeries et les pharmacies sont décrites, accompagnées d’incidents entre citoyens et commerçants. Le journal cite un rapport de l’ONG Bayti, selon lequel « 71 % des ménages interrogés dans les quartiers de Borj el-Barajneh et de Tariq el-Jdideh déclarent avoir réduit leurs repas à un par jour depuis le début du mois ».
Selon Al Quds (16 juin 2025), cette situation pousse certaines familles à retirer leurs enfants de l’école pour qu’ils contribuent à des activités rémunératrices, souvent informelles ou dangereuses. Le phénomène du travail des enfants, note le journal, est en augmentation dans les quartiers nord de Beyrouth et dans les camps de réfugiés.
Mobilisations spontanées et fatigue sociale
Dans Al Bina’ (16 juin 2025), plusieurs rassemblements spontanés sont signalés à Saïda, Tyr et Zahlé. Les manifestants réclament des mesures urgentes pour compenser la hausse des prix et dénoncent « l’inaction du gouvernement face à l’effondrement du pouvoir d’achat ». Le journal rapporte qu’à Tyr, un jeune manifestant aurait lancé un bidon vide en direction du centre municipal, provoquant une intervention musclée des forces de sécurité. Trois arrestations auraient été effectuées.
Al Liwa’ (16 juin 2025) cite un membre du syndicat des transports affirmant que « si aucune réponse n’est donnée aux demandes de subvention, un mouvement de grève des chauffeurs de bus et de taxis est inévitable dans les prochains jours ». Le même article met en lumière la lassitude des mouvements syndicaux face à l’absence de réformes concrètes depuis le début de l’année.
Défis sanitaires et fragmentation de l’accès aux soins
Selon Al Joumhouriyat (16 juin 2025), plusieurs hôpitaux publics signalent une baisse dramatique de leurs stocks de médicaments essentiels. Le ministère de la Santé aurait informé les directeurs d’établissement que « la livraison de produits pharmaceutiques subventionnés est suspendue jusqu’à nouvel ordre pour des raisons budgétaires ». Le journal précise que certains centres hospitaliers ne sont plus en mesure de recevoir les cas non urgents, et que les opérations chirurgicales programmées sont reportées sine die.
Ad Diyar (16 juin 2025) rapporte que plusieurs cliniques privées exigent désormais des paiements en dollars exclusivement, excluant ainsi une majorité de patients. Une infirmière citée déclare : « Nous recevons des patients désespérés, incapables de payer. Nous les voyons partir, et nous savons qu’ils ne reviendront pas. »
Risques de polarisation communautaire
Dans Al Akhbar (16 juin 2025), un article met en garde contre les risques de réactivation des tensions communautaires dans un contexte de crise. Le journal note que certains discours sur les réseaux sociaux commencent à pointer des minorités religieuses ou ethniques comme responsables des déséquilibres économiques, ce qui renforce le sentiment de stigmatisation dans plusieurs régions.
Un sociologue cité dans l’article affirme que « les crises prolongées, lorsqu’elles ne sont pas traitées politiquement, se traduisent toujours par des replis identitaires. Le Liban n’est pas immunisé contre cette dynamique ». Le journal observe également une montée des discours sectaires dans certains prêches religieux locaux, appelant à la « défense des intérêts de la communauté ».
Rôle accru de la société civile et initiatives locales
Dans ce contexte, Al Sharq (16 juin 2025) met en lumière plusieurs initiatives issues de la société civile. À Nabatieh, un collectif de femmes a mis en place une cuisine communautaire qui distribue 300 repas par jour. À Tripoli, l’association « Jeunesse debout » organise des maraudes nocturnes pour aider les sans-abris. Le journal note que ces efforts sont souvent menés « sans soutien public, sur la base de dons locaux et d’entraide spontanée ».
Al 3arabi Al Jadid (16 juin 2025) consacre un dossier aux campagnes de solidarité numérique. Plusieurs plateformes de financement participatif locales enregistrent une hausse de 40 % des contributions depuis deux semaines, principalement pour des achats de médicaments, des frais de scolarité ou des besoins alimentaires urgents. Des jeunes entrepreneurs ont lancé l’application « Sabeh », permettant de redistribuer les excédents alimentaires entre restaurants et familles vulnérables.



