Frappes annoncées, cibles revendiquées, rythme qui ne retombe pas
L’armée israélienne affirme avoir mené des frappes visant des « infrastructures » liées au Hezbollah dans plusieurs zones du Sud-Liban, en citant notamment des dépôts de moyens de combat, des plateformes de lancement de roquettes et des sites militaires présentés comme utilisés pour préparer des actions contre Israël. Le même récit souligne que, malgré l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu fin 2024, des attaques israéliennes se poursuivent à un rythme proche du quotidien, avec une concentration particulière sur le Sud du pays.
Dans ce contexte, la frontière méridionale vit dans un état hybride. Le cessez-le-feu existe sur le papier, mais l’activité militaire maintient une pression constante. Le rythme est devenu un fait en soi: il installe un climat où chaque journée peut apporter une frappe, une alerte, ou une nouvelle accusation. Pour les habitants, l’effet principal est l’incertitude. Le retour à une routine civile devient difficile, parce que la sécurité est pensée au jour le jour. Les déplacements restent calculés. Les activités économiques s’adaptent. Les écoles et les services locaux évoluent sous la contrainte de la peur d’un nouvel épisode.
Ce rythme pèse aussi sur les marges de désescalade. Un cessez-le-feu stable suppose une baisse visible des incidents. Or, lorsque des frappes sont décrites comme « quasi quotidiennes », la baisse n’est pas perceptible et la confiance ne se reconstruit pas. Même si l’intensité n’est pas celle d’une guerre totale, la répétition fabrique une normalisation du risque. Cette normalisation est dangereuse, car elle rend l’incident plus probable. Quand les forces opèrent souvent, le risque d’erreur, de mauvaise identification, ou de réaction disproportionnée augmente.
Les « cinq collines »: un point dur qui bloque la sortie de crise
Un autre nœud demeure, celui des territoires encore occupés. Il est indiqué qu’Israël continue d’occuper cinq collines libanaises dont il a pris le contrôle durant la dernière guerre, en plus de zones occupées depuis des décennies. Dans un cessez-le-feu, ce type de situation devient un blocage structurel. Tant que la question de l’occupation n’est pas réglée, la frontière ne sort pas d’une logique de confrontation. Elle reste un front à bas bruit, où chaque camp peut justifier une posture militaire au nom du « fait accompli » de l’autre.
Ces collines ne sont pas seulement des points sur une carte. Elles sont des positions de surveillance, de contrôle et de symbolique. Leur maintien sous occupation rend plus fragile tout discours de stabilisation. Il nourrit l’idée que la guerre s’est interrompue sans se terminer. Il renforce aussi l’argumentaire de ceux qui contestent la solidité du cessez-le-feu. À l’inverse, pour ceux qui tiennent à éviter une nouvelle guerre, l’existence d’un point dur permanent oblige à gérer la crise plutôt qu’à la résoudre. On entre alors dans un modèle de gestion du risque: contenir, éviter la grande escalade, mais accepter une violence récurrente.
Sur le plan politique intérieur, ces « cinq collines » deviennent un sujet de légitimité. Une partie de l’opinion attend une restauration de la souveraineté sur chaque parcelle du territoire. Une autre redoute que ce dossier serve de prétexte à une escalade plus large. Entre les deux, l’État se retrouve dans une position difficile: il doit défendre un principe sans disposer, seul, de tous les moyens d’imposer un changement sur le terrain. Cette difficulté explique pourquoi, même en dehors des épisodes de guerre ouverte, le Sud reste une zone où la politique nationale se lit à travers la sécurité.
Une chronologie longue: la guerre, le cessez-le-feu, puis la persistance des violations
Le contexte rappelé situe l’enchaînement dans la durée. Il est indiqué que la campagne militaire israélienne contre le Liban a commencé en octobre 2023, avant de se transformer en guerre plus large en septembre 2024, puis de s’arrêter après la signature du cessez-le-feu. Le même texte évoque des pertes humaines considérables sur l’ensemble de la période, avec plus de 4 000 morts et environ 17 000 blessés. Il est aussi précisé que les violations du cessez-le-feu se poursuivent depuis novembre 2024, et qu’elles ont fait, depuis cette date, des centaines de morts et de blessés.
Ces chiffres ne sont pas des arrière-plans abstraits. Ils structurent la perception de la sécurité au Sud. Lorsqu’une population a déjà traversé un bilan aussi lourd, elle lit chaque frappe à travers une mémoire récente. La peur n’est pas seulement celle du présent. Elle est celle du retour d’un scénario déjà vécu. Cette mémoire change les comportements. Elle augmente la sensibilité aux rumeurs. Elle accroît l’impact psychologique des survols, des explosions et des alertes. Et elle rend plus difficile le retour à l’économie normale, même si certaines activités reprennent par nécessité.
Le cessez-le-feu, dans ce cadre, apparaît comme une suspension de la guerre ouverte, sans fermeture des causes profondes. La persistance des frappes et des occupations nourrit une impression de continuité. Pour les acteurs armés, cela entretient une logique de préparation permanente. Pour les civils, cela entretient une fatigue permanente. Et pour l’État, cela impose une gestion de crise durable, où l’on doit à la fois répondre aux urgences humanitaires, soutenir des régions fragilisées et tenter de préserver une cohésion nationale sous pression.
Alerte israélienne sur la frontière nord: la peur d’un élargissement reste présente
Le climat de tension est aussi décrit côté israélien. Il est rapporté que l’armée israélienne serait en état d’alerte sur la frontière nord par crainte d’une escalade avec le Hezbollah, et qu’un média israélien a évoqué l’existence de plans contre le Liban, incluant l’hypothèse d’une attaque préventive « forte » contre le Hezbollah.
Cette dimension explique une partie de la dynamique actuelle. Quand une armée se place en alerte et rend cette alerte visible, elle contribue à nourrir l’idée que l’escalade est possible à court terme. Même si l’alerte vise, officiellement, à dissuader, elle peut être interprétée comme une préparation offensive. Cette ambivalence est typique des crises de frontière. Chaque camp affirme qu’il se protège. Chaque camp soupçonne l’autre de se préparer à frapper.
L’idée d’une frappe préventive, même citée comme hypothèse, pèse lourd sur le Sud-Liban. Elle signifie que le conflit pourrait basculer non pas à partir d’un incident imprévu, mais à partir d’une décision stratégique assumée. Quand ce type d’hypothèse circule publiquement, il modifie le comportement des populations et des institutions. Les habitants anticipent. Les municipalités se préparent. Les services locaux tentent de maintenir des plans de continuité. Et les acteurs politiques revoient leurs priorités. L’enjeu n’est plus uniquement de gérer des frappes ponctuelles. Il devient de prévenir une nouvelle phase de guerre, ou de limiter ses dégâts si elle survient.
La zone grise du cessez-le-feu: entre dissuasion et escalade lente
Le point le plus marquant de la période est cette zone grise où la violence persiste sans se transformer immédiatement en guerre totale. Des frappes sont menées, des cibles sont revendiquées, des positions restent occupées, mais la frontière ne bascule pas forcément chaque jour dans une escalade générale. Ce modèle de confrontation est instable par nature. Il peut durer longtemps, mais il peut aussi se rompre brusquement.
Trois facteurs rendent ce modèle fragile. Le premier est la répétition. Une répétition augmente le risque d’erreur, un mauvais renseignement, une mauvaise interprétation, une frappe qui touche une zone sensible, ou une réaction trop large. Le second est la densité politique. Une crise régionale plus large peut transformer un incident local en déclencheur. Le troisième est la symbolique des positions occupées, car elles maintiennent un motif permanent de contestation.
Dans un cessez-le-feu stable, les incidents deviennent rares, et l’on construit des mécanismes de traitement. Ici, le problème est que le niveau d’incident devient lui-même une norme. Quand l’incident est normal, la désescalade devient une exception. Or, une exception est plus difficile à maintenir qu’une norme. Cela explique pourquoi le Sud-Liban reste exposé à des montées soudaines, même si la situation semble parfois « contenue ».
Les civils au centre: retour impossible, économie sous contrainte et fatigue sociale
La dimension la plus lourde reste celle des civils. Un territoire soumis à des frappes fréquentes et à une incertitude sécuritaire ne retrouve pas facilement ses équilibres. La reprise économique est freinée par la peur. Les investissements sont gelés. Les réparations coûtent cher. Les assurances, lorsqu’elles existent, deviennent plus complexes. Les familles se réorganisent. Certaines reviennent par nécessité. D’autres reportent le retour. Les habitants vivent avec une question quotidienne: « Est-ce que la situation va tenir jusqu’à demain? »
La fatigue sociale s’accumule aussi parce que la crise s’inscrit sur plusieurs années. La chronologie rappelée, à partir d’octobre 2023 jusqu’au cessez-le-feu fin 2024, puis les violations qui se poursuivent, impose une continuité de stress. Dans ce type de cycle, la résilience existe, mais elle a un coût psychologique et économique. La confiance dans l’avenir baisse. L’envie de partir augmente. Les solidarités locales se renforcent parfois, mais elles ne remplacent pas un horizon stable.
La question du Sud n’est donc pas seulement un dossier militaire. C’est un dossier de vie quotidienne, d’économie et de cohésion nationale. Tant que la zone reste prise dans un cessez-le-feu « actif » où les frappes continuent et où des points de territoire restent occupés, le risque reste double. D’un côté, la normalisation de la violence use la société. De l’autre, cette normalisation prépare le terrain à une rupture plus brutale, le jour où un incident, une décision ou une crise régionale élargie viendra briser l’équilibre fragile.



