Le mécanisme tripartite dirigé par les États-Unis, impliquant le Liban et Israël, s’est réuni ce mercredi à Ras al-Naqoura pour la première fois depuis le 19 décembre 2025. Cette rencontre, limitée à des représentants militaires, intervient dans un contexte de tensions persistantes au sud du Liban, où les efforts pour stabiliser la région se heurtent à des divergences sur la forme des négociations. Selon des sources informées, les États-Unis et Israël refusent une reprise de la participation de représentants civils libanais et israéliens dans le format actuel des pourparlers, sur lequel Beyrouth insiste. Cette position a conduit à la suspension temporaire de la mission du négociateur libanais Simon Karam, en attendant la maturation des détails d’un règlement que Washington élabore pour la situation dans le sud.
Cette suspension marque un tournant dans les dynamiques diplomatiques post-cessez-le-feu de novembre 2024, qui avait mis fin à une escalade violente entre le Hezbollah et Israël. Le mécanisme, reformulé depuis pour inclure les États-Unis et la France aux côtés des Forces intérimaires des Nations unies au Liban (Finul), vise à superviser le respect de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2006 pour consolider la cessation des hostilités. La réunion de ce mercredi, qualifiée de pure formalité par les sources, ne devrait pas entraîner de changements radicaux sur le terrain libanais, où les déploiements des Forces armées libanaises (FAL) se poursuivent au sud du Litani.
Reprise limitée des discussions militaires
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La session de Ras al-Naqoura s’inscrit dans une série de rencontres annoncées par l’ambassade des États-Unis à Beyrouth, qui avait indiqué en janvier 2026 que le mécanisme se réunirait en février, mars et avril. Ces réunions, centrées sur des aspects techniques militaires, excluent pour l’instant les civils, contrairement aux sessions antérieures qui avaient vu la participation de Simon Karam, ancien ambassadeur du Liban aux États-Unis, désigné en décembre 2025 comme représentant civil libanais. Karam, un avocat chevronné connu pour son opposition à l’influence syrienne dans les années 1990, avait été choisi pour sa familiarité avec Washington et son rôle potentiel dans des négociations élargies.
Lors de la dernière réunion en décembre 2025, des progrès avaient été notés sur le retrait progressif des forces israéliennes des positions occupées au sud du Liban, avec un calendrier fixé pour un repli complet d’ici janvier 2025. Cependant, un an plus tard, en février 2026, des troupes israéliennes maintiennent leur présence dans cinq zones contestées, justifiant cela par des préoccupations sécuritaires liées à la reconstitution potentielle du Hezbollah. Les sources soulignent que les États-Unis exercent une pression accrue sur Beyrouth pour accélérer le désarmement des groupes non étatiques au sud du Litani, en échange d’un soutien financier et logistique aux FAL.
Les autorités libanaises, par la voix du commandant des FAL, le général Rodolphe Haykal, ont affirmé en janvier 2026 avoir atteint un « contrôle opérationnel » sur le territoire au sud du Litani, avec le retrait d’environ 10 000 roquettes, 400 missiles et plus de 205 000 fragments d’ordonnances non explosées. Cette déclaration, faite lors d’une réunion du mécanisme, a été saluée par le commandement central américain (Centcom), qui a noté des avancées mesurables dans l’application de la résolution 1701. Pourtant, des incidents récents, comme des survols de drones israéliens et des tirs sporadiques, ont mis en lumière les fragilités du cessez-le-feu.
Rôle suspendu de Simon Karam dans les négociations
La mission de Simon Karam, suspendue pendant cette période, reflète les blocages actuels. Nommé par le président Joseph Aoun en décembre 2025, Karam avait participé à la première session élargie du mécanisme, où des représentants civils libanais et israéliens, dont Uri Resnick du Conseil de sécurité nationale israélien, avaient discuté de la démilitarisation et de la reconstruction économique. Sa suspension intervient alors que Washington prépare un plan global pour le sud, incluant potentiellement une zone économique spéciale financée par des partenaires du Golfe, comme le Qatar et l’Arabie saoudite, pour réintégrer les communautés affectées par le désarmement.
Karam, âgé de 76 ans et originaire de Jezzine, avait précédemment négocié avec succès le retrait israélien de sa région natale en 1999, sous le slogan « Jezzine d’abord ». Son expérience diplomatique, marquée par sa remise de lettres de créance au président George Bush en septembre 1992, le positionne comme un intermédiaire crédible auprès des Américains. Cependant, les sources indiquent que les États-Unis et Israël préfèrent un format militaire pur pour accélérer les mesures sécuritaires, évitant les débats civils sur des questions comme la démarcation de la Ligne bleue ou le retour des déplacés.
Cette approche est contestée à Beyrouth, où le président du Parlement Nabih Berri a insisté, lors d’une réunion à Baabda en janvier 2026, sur le maintien du mécanisme dans sa forme actuelle, incluant des civils pour aborder les aspects humanitaires et économiques. Berri, un allié du Hezbollah, a souligné que toute modification doit rester sous l’égide des Nations unies, évitant une coordination directe avec Israël qui pourrait être perçue comme une normalisation prématurée.
Enjeux d’une solution américaine pour le sud
Le plan américain en gestation vise à consolider le désarmement du Hezbollah, en liant l’aide internationale à des progrès concrets. En octobre 2025, les États-Unis ont approuvé un paquet d’assistance de 240 millions de dollars aux FAL, conditionné à un rapport sur le désarmement d’ici juin 2026. Ce soutien, complété par 192,7 millions pour les forces de sécurité intérieure, s’inscrit dans une stratégie plus large pour renforcer l’autorité de l’État libanais face aux milices.
Des sources au département d’État américain ont indiqué que le plan inclut une conférence internationale à Paris en mars 2026, réunissant des représentants saoudiens, américains et français pour financer l’expansion des FAL, avec un objectif de déploiement de 9000 soldats supplémentaires au sud. Le ministre des Affaires étrangères libanais a rejeté une invitation à Téhéran en décembre 2025, soulignant les frictions avec l’Iran sur l’agenda de désarmement. L’Iran, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi lors d’une visite à Beyrouth en janvier 2026, a exhorté le Hezbollah à maintenir sa vigilance, tout en niant toute ingérence dans les affaires internes libanaises.
Sur le terrain, les FAL ont intensifié leurs opérations, entrant dans des propriétés privées pour saisir des armes, une première depuis des décennies. En janvier 2026, des perquisitions à Blida et près de l’aéroport de Beyrouth ont révélé des dépôts d’armes, menant à l’arrestation de plusieurs suspects affiliés à des groupes armés. Ces actions, coordonnées avec la Finul, ont été saluées par le secrétaire général de l’ONU, qui a rapporté en novembre 2025 que la force onusienne avait découvert des lance-roquettes et des munitions non autorisées lors de patrouilles conjointes.
Contexte des tensions régionales persistantes
Les dynamiques au sud du Liban s’inscrivent dans un cadre géopolitique plus large, marqué par l’extension finale du mandat de la Finul jusqu’au 31 décembre 2026, adoptée par la résolution 2790 du Conseil de sécurité en août 2025. Cette résolution, qui prévoit un retrait ordonné de la force onusienne d’ici fin 2027, exhorte la communauté internationale à renforcer les capacités des FAL pour une déploiement effectif au sud du Litani. Le sous-secrétaire général aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a briefé le Conseil en novembre 2025 sur les progrès, notant que la Finul avait facilité le retour de plus de 100 000 déplacés internes depuis le cessez-le-feu.
Pourtant, des violations persistent. Israël a mené des frappes aériennes sur des dépôts d’armes présumés du Hezbollah dans la vallée de la Bekaa en février 2026, tuant au moins 10 personnes et blessant 30 autres. Huit membres du Hezbollah, dont un commandant, ont péri dans ces attaques, provoquant une condamnation ferme du président Aoun, qui a appelé à une action internationale. Le Hezbollah, par la voix de son dirigeant adjoint Naim Qassem en février 2026, a critiqué l’inaction du gouvernement libanais face aux incursions israéliennes, affirmant que la situation ne pouvait perdurer sans réponse.
Ces incidents ont accru les pressions sur Washington, qui a ordonné en février 2026 l’évacuation du personnel non essentiel de son ambassade à Beyrouth, citant des tensions avec l’Iran sur son programme nucléaire. Le président Donald Trump a déclaré le 19 février 2026 qu’une décision sur une action militaire contre l’Iran serait prise prochainement, tout en soulignant que les États-Unis ne cherchaient pas la guerre. L’Iran a nié toute ambition nucléaire offensive, appelant à une solution diplomatique.
Implications immédiates sur la sécurité frontalière
Les déploiements des FAL se poursuivent, avec une augmentation de patrouilles conjointes avec la Finul le long de la Ligne bleue. En février 2026, des observateurs de l’ONU ont rapporté la découverte de plus de 400 missiles dans des zones résidentielles au sud, menant à leur destruction sous supervision libanaise. Israël, de son côté, a renforcé ses positions frontalières, arguant d’une menace persistante malgré le cessez-le-feu.
Le mécanisme tripartite, désormais pentalatéral avec l’ajout des États-Unis et de la France, a tenu sa 17e réunion en janvier 2026, reportée à plusieurs reprises en raison des frappes israéliennes. Le général Haykal, lors d’une visite à Washington en février 2026, a présenté un plan pour étendre les opérations au nord du Litani, incluant la sécurisation de camps de réfugiés palestiniens comme Ain al-Helweh, où deux personnes ont été tuées dans une frappe israélienne récente.
Les autorités libanaises ont également approuvé un prêt de 250 millions de dollars de la Banque mondiale pour la reconstruction du sud, focalisé sur les infrastructures endommagées par les hostilités de 2024. Ce financement, conditionné à des réformes économiques, vise à stabiliser une région où l’inflation dépasse 200 % et la dette publique atteint 150 milliards de dollars, selon les rapports du ministère des Finances en 2025.
Dans les villages frontaliers comme Naqoura, les résidents signalent une présence accrue des FAL, avec des checkpoints renforcés pour empêcher toute reconstitution armée. Des sources militaires libanaises indiquent que plus de 2000 inspections ont été menées depuis janvier 2026, aboutissant à la saisie d’armes dans des maisons privées et des entreprises. Israël, par des déclarations officielles, a exprimé son désir d’une coordination directe avec les FAL, bypassing la Finul, une proposition qui soulève des interrogations à Beyrouth sur le respect du cadre onusien.
Ces développements immédiats soulignent les défis pour maintenir la stabilité, avec des patrouilles quotidiennes de la Finul détectant des violations mineures des deux côtés. Le rapport du secrétaire général de l’ONU en février 2026 note une réduction des survols israéliens, mais alerte sur le risque d’escalade si le désarmement n’avance pas. Les FAL, soutenues par une assistance américaine de 237 millions de dollars, poursuivent leur expansion, visant un monopole sur les armes au sud, tandis que des discussions sur une conférence internationale pour appuyer l’armée libanaise se préparent pour mars 2026.


