Un haut responsable du Hezbollah a déclaré, ce mercredi 25 février 2026, que le mouvement libanais n’interviendrait pas militairement en cas de frappes américaines « limitées » contre son allié iranien. Cette position, exprimée sous couvert d’anonymat à l’agence AFP, marque une nuance dans le discours du groupe, tout en fixant une ligne rouge claire : toute attaque visant le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ou cherchant à provoquer l’effondrement du régime de Téhéran, entraînerait une réponse du Hezbollah. Cette déclaration intervient au moment où les tensions entre les États-Unis et l’Iran atteignent un pic, avec une troisième ronde de négociations indirectes prévue à Genève dès le 26 février, et une accumulation massive de forces militaires américaines dans la région.
La déclaration du responsable du Hezbollah précise que, dans l’hypothèse de frappes américaines circonscrites, la posture du groupe serait de ne pas s’engager militairement. Cependant, si les États-Unis visaient à déstabiliser le régime iranien ou à porter atteinte directement au guide suprême, le Hezbollah réévaluerait sa position et interviendrait. Cette distinction entre frappes « limitées » et assaut plus large reflète une évaluation stratégique prudente, tenant compte des capacités actuelles du mouvement après les lourdes pertes subies lors du conflit de 2024 avec Israël. Le responsable a insisté sur le fait que le Hezbollah reste aligné sur l’Iran, mais que son engagement dépendrait de la nature et de l’ampleur de l’agression perçue.
Les craintes d’une implication libanaise dans un conflit régional
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Les autorités libanaises expriment une vive appréhension face à la possibilité d’une escalade impliquant le Hezbollah. Le ministre des Affaires étrangères, Youssef Rajji, a déclaré le 24 février 2026, lors d’une session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève, que le gouvernement libanais a exhorté le Hezbollah à ne pas s’impliquer dans un éventuel affrontement entre les États-Unis et l’Iran. Rajji a souligné que toute réaction du groupe qui pourrait déclencher une confrontation avec Israël mettrait en péril la population civile libanaise. Il a évoqué les guerres passées, notamment celle de 2024, qui a causé des destructions massives au Liban sud et dans d’autres régions, avec des milliers de civils affectés et une infrastructure gravement endommagée.
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a lui aussi appelé le Hezbollah à éviter de plonger le Liban dans « une nouvelle aventure ». Dans une interview publiée le 24 février dans le journal Nida al-Watan, Salam a insisté sur la nécessité de désarmer le groupe, conformément aux engagements du gouvernement depuis son entrée en fonction il y a un an. Il a rappelé que le Hezbollah, bien que puissant, doit se conformer aux résolutions de l’ONU, notamment la résolution 1701 adoptée en 2006, qui exige le désarmement des milices au sud du Litani et le déploiement exclusif de l’armée libanaise dans cette zone. Salam a mis en garde contre les risques d’une guerre régionale qui pourrait dévaster l’économie libanaise, déjà fragile avec une dette publique dépassant les 100 milliards de dollars et une inflation persistante autour de 50 % en 2025, selon les rapports du Fonds monétaire international.
Les avertissements israéliens et les menaces d’escalade
Israël a transmis un message indirect au Liban, avertissant que toute participation du Hezbollah à un conflit américano-iranien entraînerait des frappes sévères contre le pays, y compris contre des infrastructures civiles comme l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth. Deux hauts responsables libanais ont confirmé cette mise en garde le 24 février, indiquant que l’État hébreu considère l’infrastructure étatique libanaise comme une cible légitime si le Hezbollah s’engage militairement aux côtés de l’Iran. Cette position s’inscrit dans la doctrine israélienne de « dissuasion massive », appliquée lors du conflit de 2024 où Israël a infligé de lourdes pertes au Hezbollah, éliminant son leader Hassan Nasrallah et des milliers de combattants, tout en détruisant une grande partie de son arsenal de roquettes et de missiles.
Le ministre libanais des Affaires étrangères a confirmé avoir reçu des signaux indiquant que les Israéliens pourraient frapper durement en cas d’escalade, potentiellement incluant des sites stratégiques comme l’aéroport. Rajji a ajouté que le Liban sollicite ses partenaires occidentaux pour qu’ils pressent Israël de ne pas cibler les infrastructures civiles en cas de riposte du Hezbollah. Cette crainte est amplifiée par les récentes déclarations du chef du Hezbollah, Naim Qassem, qui, dans un discours télévisé en janvier 2026, a affirmé que le groupe n’était « pas neutre » dans la confrontation entre Washington et Téhéran, et qu’il était « visé par l’agression potentielle ». Qassem a déclaré : « Nous sommes déterminés à nous défendre. Nous choisirons en temps voulu comment agir, que ce soit pour intervenir ou non. »
Le contexte des tensions américano-iraniennes
Cette déclaration du Hezbollah s’inscrit dans un climat de tensions exacerbées entre les États-Unis et l’Iran, qui ont culminé avec le discours sur l’état de l’Union prononcé par le président Donald Trump le 24 février 2026. Devant le Congrès réuni en session conjointe, Trump a réitéré son engagement à empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire, affirmant : « Je ne permettrai jamais au premier sponsor mondial du terrorisme, et de loin, de posséder une arme nucléaire. » Il a accusé Téhéran d’avoir relancé son programme nucléaire malgré les frappes américaines de juin 2025 qui, selon lui, l’avaient « oblitéré ». Trump a ajouté que l’Iran développe des missiles capables de menacer l’Europe et les bases américaines à l’étranger, et qu’il travaille à des engins qui pourraient bientôt atteindre le sol américain.
La réponse iranienne n’a pas tardé. Le ministère des Affaires étrangères iranien a qualifié les propos de Trump de « gros mensonges », les comparant à la propagande nazie. Le porte-parole du ministère, Abbas Mousavi, a déclaré le 25 février que les affirmations américaines sur le programme nucléaire et balistique iranien étaient infondées et destinées à justifier une agression. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a pour sa part affirmé que les États-Unis pouvaient choisir la voie de la diplomatie, respectant la dignité de la nation iranienne et les intérêts mutuels, ou affronter la colère de l’Iran. Qalibaf a insisté : « Si vous choisissez la table de la diplomatie – une diplomatie dans laquelle la dignité de la nation iranienne et les intérêts mutuels sont respectés – nous serons aussi à cette table. »
Les négociations indirectes à Genève, médiées par Oman, représentent un effort pour désamorcer la crise. La première ronde s’est tenue le 6 février, suivie d’une seconde le 17 février. La troisième, prévue le 26 février, pourrait explorer un accord intérimaire, selon un haut responsable américain cité le 22 février. Les États-Unis exigent un « enrichissement zéro » de l’uranium sur le sol iranien, tandis que Téhéran propose une suspension temporaire de l’enrichissement pour trois à cinq ans, assortie de garanties sur la nature pacifique de son programme. Trump a donné à l’Iran « 10 à 15 jours » pour conclure un accord, menaçant de « mauvaises choses» en cas d’échec.
L’accumulation militaire américaine dans la région
Parallèlement aux pourparlers, les États-Unis ont procédé à un déploiement massif de forces militaires au Moyen-Orient, le plus important depuis des décennies. Deux groupes aéronavals, menés par les porte-avions USS Abraham Lincoln et USS Gerald Ford, ont été positionnés en Méditerranée et dans le golfe Persique. Des jets F-22 ont été déployés sur une base aérienne israélienne, renforçant la capacité de frappe aérienne. Des sources militaires américaines indiquent que cette présence permettrait de soutenir des frappes limitées pendant quatre à cinq jours à haute intensité, ou une semaine à intensité moindre.
L’Iran a réagi en menaçant de fermer le détroit d’Ormuz, par où transite un cinquième du pétrole mondial, et en simulant des exercices de défense côtière impliquant des drones Shahed et des systèmes de missiles surface-air. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a lancé une version navale du missile Seyed-3 lors d’un exercice le 16 février, visant à créer un « parapluie de défense aérienne régionale » pour ses navires. Des unités du CGRI ont également pratiqué des scénarios de guerre électronique offensive et défensive sur des îles du golfe Persique.
Les implications pour le Liban et la région
Le rôle du Hezbollah dans cette crise reste central, compte tenu de ses liens étroits avec l’Iran. Fondé en 1982 par les Gardiens de la révolution iraniens, le groupe dépend financièrement et militairement de Téhéran, recevant des armes sophistiquées via la Syrie jusqu’à la chute du régime Assad en 2025. Malgré les pertes de 2024 – des milliers de combattants tués et un arsenal réduit –, le Hezbollah conserve des milliers de roquettes et missiles à guidage de précision, capables de frapper des cibles stratégiques en Israël et potentiellement des actifs américains en Méditerranée orientale.
Des responsables libanais, dont le président du Parlement Nabih Berri, allié historique du Hezbollah, mènent des discussions intenses pour dissuader le groupe d’intervenir. Berri a souligné les risques d’une conflagration régionale qui pourrait impliquer non seulement Israël, mais aussi d’autres acteurs comme les Houthis au Yémen ou les milices pro-iraniennes en Irak. Le gouvernement libanais, confronté à une crise économique persistante – avec un PIB en contraction de 5 % en 2025 selon la Banque mondiale –, craint que toute implication ne provoque une nouvelle vague de destructions, aggravant le chômage à 40 % et les pénuries d’électricité et de carburant.
Les dynamiques régionales plus larges
La crise actuelle s’ancre dans une chronologie de tensions remontant à janvier 2026, marquée par la répression iranienne des manifestations nationales contre le gouvernement, avec des milliers de morts selon Trump. Les États-Unis ont menacé d’intervenir pour soutenir les protestations, entraînant une escalade avec des incidents comme l’abattage d’un drone iranien par un chasseur américain le 3 février et des tentatives de saisie de navires dans le détroit d’Ormuz. L’Iran a temporairement fermé le détroit le 17 février, perturbant brièvement les flux pétroliers mondiaux.
D’autres pays réagissent à ces tensions. La Turquie évalue des mesures en cas de conflit, tandis que l’Allemagne conseille à ses citoyens en Israël de stocker des provisions. Les États-Unis ont évacué du personnel non essentiel de leur ambassade à Beyrouth, craignant des représailles si le Hezbollah s’implique. L’Iran cherche un soutien auprès de la Russie et de la Chine, renforçant ses liens avec ces adversaires des États-Unis pour préparer une éventuelle confrontation.
Les préparatifs militaires iraniens se concentrent sur la défense côtière, avec des exercices impliquant des drones et des missiles sur les îles Nazeat, près du détroit d’Ormuz. Des officiels iraniens ont menacé d’attaquer des bases américaines régionales en cas d’agression. Parallèlement, le guide suprême Khamenei reste en retrait, selon des rapports, tandis que des figures comme l’ancien président Hassan Rouhani pourraient émerger pour diriger les négociations.
Les risques d’une escalade incontrôlée persistent, avec des acteurs comme les Houthis démontrant une volonté d’élargir le conflit indépendamment de Téhéran. Le Hezbollah, idéologiquement aligné sur l’Iran, pourrait interpréter une menace existentielle contre le régime comme un appel à l’action, malgré ses contraintes internes. Les autorités libanaises continuent de plaider pour la retenue, tout en coordonnant avec l’ONU pour renforcer la FINUL au sud du Liban, où des incidents frontaliers avec Israël se multiplient depuis janvier 2026.
Les implications immédiates des négociations de Genève
La ronde de pourparlers du 26 février pourrait déterminer si la diplomatie l’emporte. Les États-Unis, représentés par Steve Witkoff et Jared Kushner, exigent des preuves détaillées que le programme nucléaire iranien reste bénin. L’Iran, par la voix de son vice-ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, affirme être prêt à des étapes nécessaires pour un accord, mais défendra ses intérêts. Des fuites indiquent que Téhéran pourrait accepter un enrichissement symbolique, sous surveillance stricte de l’AIEA.
En cas d’échec, des sources américaines évoquent une frappe limitée pour presser l’Iran, visant des sites nucléaires ou balistiques. Trump, dans son discours du 24 février, a réaffirmé préférer la diplomatie, mais n’a pas exclu la force. L’Iran, affaibli par les sanctions et les protestations internes, pourrait riposter via ses proxies, bien que le responsable du Hezbollah ait nuancé cette éventualité pour des frappes limitées.
Les dynamiques confessionnelles au Liban compliquent la situation, avec les chiites du sud soutenant majoritairement le Hezbollah, tandis que les sunnites et chrétiens appellent à la neutralité. Le gouvernement Salam, issu d’une coalition fragile, navigue ces divisions en s’appuyant sur des aides internationales pour stabiliser l’économie, incluant un plan de réforme budgétaire soumis en juillet 2025.
Les événements récents, comme l’évacuation partielle de l’ambassade américaine à Beyrouth le 23 février, soulignent l’urgence. Des analystes notent que l’Iran utilise ses liens avec le Hezbollah pour dissuader une attaque, tout en évitant une confrontation directe qui pourrait isoler Téhéran davantage.



