Le décret a été promulgué ce jeudi 26 février 2026, marquant une étape significative dans le calendrier parlementaire libanais. Signé par le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, il convoque une session extraordinaire du Parlement qui s’ouvrira le 2 mars et se clôturera le 16 mars. Cette mesure, prise dans un contexte de tensions persistantes et de préparatifs pour les élections législatives de mai prochain, vise à examiner un ensemble de projets de loi déjà soumis ou en cours de soumission, ainsi que toute autre proposition que le bureau de l’Assemblée décidera d’inscrire à l’ordre du jour. Ce décret, numéroté 2591, s’inscrit dans la continuité des efforts du gouvernement pour relancer l’activité législative, alors que le Liban navigue entre reconstruction post-conflit et réformes structurelles urgentes.
Cette initiative intervient à un moment où le Parlement libanais, présidé par Nabih Berri depuis des décennies, fait face à une pression accrue pour aborder des dossiers cruciaux. Le pays, encore marqué par les séquelles de la guerre de 2023-2024 avec Israël, qui a causé d’importants dommages infrastructurels et humains, particulièrement dans le sud, cherche à consolider sa stabilité. La session extraordinaire permettra potentiellement d’accélérer le traitement de textes législatifs relatifs au budget de l’État pour 2026, aux réformes financières et à la mise en œuvre de la résolution 1701 des Nations unies, qui régit le déploiement des forces armées libanaises au sud du Litani. Des observateurs notent que cette convocation pourrait également servir de plateforme pour débattre des amendements à la loi électorale, alors que les élections parlementaires sont fixées aux 1er, 3, 7 et 10 mai 2026, avec un scrutin des expatriés en amont.
Le président Aoun, élu en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance présidentielle, et le Premier ministre Salam, nommé en février de la même année, ont multiplié les gestes pour restaurer le fonctionnement des institutions. Leur tandem, issu d’un consensus parlementaire fragile mais nécessaire, reflète une volonté de dépasser les blocages confessionnels qui ont paralysé le pays. Aoun, ancien commandant en chef de l’armée libanaise, a prêté serment en insistant sur la souveraineté de l’État et l’exclusivité des armes aux forces armées régulières. Salam, juriste de renom et ancien président de la Cour internationale de justice, a formé un cabinet de 24 ministres, incluant des figures indépendantes et des représentants des principales communautés, pour mettre en œuvre un programme axé sur la reconstruction, les réformes économiques et la consolidation de la paix.
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Une session dans la lignée des précédentes convocations extraordinaires
Cette session n’est pas isolée dans le paysage politique libanais récent. En décembre 2025, un décret similaire avait été signé pour une session extraordinaire s’étendant de janvier à mars 2026, centrée sur l’examen du projet de budget 2026 et d’autres textes législatifs. Cette période avait permis des débats intenses au Parlement, où les députés ont discuté des griefs du secteur public, notamment les salaires des fonctionnaires et les ajustements face à l’inflation persistante. Des tensions avaient émergé lors des séances de janvier 2026, avec des échanges vifs entre députés du Hezbollah et d’autres formations, particulièrement autour des déclarations du secrétaire général du parti, Naim Qassem, sur la neutralité libanaise en cas de conflit régional impliquant l’Iran.
La convocation actuelle prolonge cette dynamique, en vertu de l’article 33 de la Constitution libanaise, qui autorise le président, sur proposition du Premier ministre, à convoquer le Parlement en dehors des sessions ordinaires. Celles-ci se limitent traditionnellement à deux périodes annuelles : de mi-mars à fin mai, et de mi-octobre à fin décembre. L’extraordinaire permet ainsi une flexibilité pour traiter des urgences, comme les nominations administratives, les extensions de mandats ou les mesures de sécurité. En juin 2025, une session similaire avait été ouverte jusqu’en octobre, facilitant des discussions sur les nominations clés, la situation au sud et le renouvellement du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), dont la mission expire en décembre 2026.
Dans ce cadre, le bureau du Parlement, dirigé par Berri, jouera un rôle pivotal en déterminant l’ordre du jour précis. Des sources parlementaires indiquent que des projets de loi sur la réforme judiciaire, la lutte contre la corruption et l’assistance aux régions sinistrées par le conflit récent pourraient être priorisés. Le budget 2026, déjà débattu en janvier, pourrait faire l’objet d’ajustements finaux, avec un accent sur la réduction des déficits et l’attraction d’aides internationales. Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont conditionné leur soutien à des avancées concrètes en matière de transparence et de restructuration bancaire, des domaines où le gouvernement Salam a promis des progrès.
Les défis sécuritaires et la consolidation de la souveraineté
Au cœur des débats attendus figure la question de la souveraineté libanaise, particulièrement dans le sud du pays. Depuis la cessation des hostilités avec Israël en novembre 2024, l’armée libanaise a renforcé son déploiement au sud du Litani, en coordination avec la FINUL. Le Premier ministre Salam a affirmé publiquement, lors d’une déclaration en février 2026, que pour la première fois depuis 1969, l’État libanais exerce un contrôle opérationnel complet sur cette zone, marquant une rupture avec les décennies où des groupes armés non étatiques, comme le Hezbollah, y opéraient librement. Cette assertion s’inscrit dans un effort plus large pour appliquer la résolution 1701 de l’ONU, adoptée en 2006, qui appelle au désarmement des milices et à l’exclusivité des forces armées régulières.
Des rencontres récentes entre Aoun, Salam et des représentants internationaux soulignent cette priorité. En février 2026, le commandant de l’armée, Joseph Aoun – avant son élection à la présidence –, avait discuté avec des homologues saoudiens d’une coopération militaire accrue, en vue de la conférence internationale de soutien aux forces de sécurité libanaises prévue à Paris les 5 et 6 mars 2026. Cette conférence, initiée par la France, vise à mobiliser des fonds pour équiper l’armée et les forces de sécurité intérieure, face aux défis posés par la reconstruction et la surveillance des frontières. Le président Aoun a remercié l’Espagne pour son soutien continu à la FINUL, lors d’une visite à Madrid en février, insistant sur la nécessité de maintenir les contingents après l’expiration du mandat actuel.
Cependant, des tensions persistent avec le Hezbollah, qui conserve une influence significative au Parlement via son alliance avec le mouvement Amal, présidé par Berri. En janvier 2026, Qassem avait déclaré que le parti ne resterait pas neutre en cas d’attaque américaine contre l’Iran, provoquant des réactions vives au sein de l’Assemblée. Des députés comme ceux du parti Kataeb ont accusé le Hezbollah d’utiliser le Liban comme levier régional, tandis que des représentants du parti ont défendu leur alliance avec Téhéran comme un rempart contre les menaces extérieures. Salam a rétorqué fermement, affirmant que le gouvernement ne permettrait pas que le pays soit entraîné dans de nouvelles aventures, rappelant le coût exorbitant de la “guerre de soutien à Gaza” en 2023-2024, estimée à des milliards de dollars en destructions et pertes économiques.
Les préparatifs électoraux en toile de fond
Cette session extraordinaire se déroule à l’ombre des élections législatives imminentes, fixées pour mai 2026. Le président Aoun a réitéré en décembre 2025 son engagement à tenir le scrutin dans les délais constitutionnels, en coordination avec Salam et Berri. Des dates précises ont été annoncées : le 1er mai pour les expatriés dans les pays arabes et africains, le 3 mai pour l’Europe, l’Amérique et l’Océanie, et les 7 et 10 mai pour le territoire national. Cette organisation vise à inclure la diaspora, qui représente une part substantielle de l’électorat, avec des inscriptions closes en novembre 2025.
Pourtant, des voix s’élèvent pour un report, invoquant des préoccupations sécuritaires au sud et l’instabilité régionale. Des ambassadeurs du “Quintette” – États-Unis, France, Arabie saoudite, Qatar et Égypte – auraient exprimé une préférence pour un ajournement d’un ou deux ans, attendant des clarifications sur les négociations américano-iraniennes. Berri a rejeté catégoriquement cette idée, affirmant en février 2026 que le Parlement procéderait au scrutin comme prévu, et qu’il se représenterait personnellement pour contrer toute tentative de retard. L’ancien Premier ministre Saad Hariri, lors d’un discours commémorant l’assassinat de son père en février 2026, a indiqué que son Mouvement du Futur participerait si les élections ont lieu, signalant une possible résurgence de la présence sunnite modérée.
Les amendements potentiels à la loi électorale pourraient être abordés lors de la session. Des propositions visent à ajuster les circonscriptions ou à renforcer la représentation des expatriés, mais le cabinet Salam et le ministre de l’Intérieur Ahmad al-Hajjar insistent sur le respect du cadre existant. Des sources gouvernementales soulignent que tout retard risquerait de prolonger la législature actuelle, élue en 2022, et d’affaiblir la légitimité des institutions.
La composition du gouvernement et ses priorités internes
Le cabinet Salam, formé en février 2025, reflète un équilibre confessionnel délicat : Nawaf Salam (sunnite, indépendant) en tant que Premier ministre, Tarek Mitri (maronite, indépendant) comme vice-Premier ministre, et des ministres issus des principales communautés. Parmi eux, Yassine Jaber (chiite, Amal) aux Finances, Rakan Nasreddine (chiite, Hezbollah) à la Santé, et Ghassan Salamé (sunnite, indépendant) à la Culture. Ce gouvernement, le premier pleinement opérationnel depuis 2022, a obtenu la confiance du Parlement en mars 2025, avec un programme axé sur quatre piliers : souveraineté, réformes, reconstruction et stabilité.
Des avancées ont été notées en matière économique. Le budget 2026, débattu en janvier, prévoit une réduction des déficits via des mesures d’austérité, tout en allouant des fonds à la reconstruction des infrastructures endommagées par le conflit. Des griefs du secteur public, comme les retards de salaires, ont été partiellement adressés par des augmentations modérées. Sur le plan judiciaire, des nominations ont été effectuées pour combler les vacances, renforçant la lutte contre la corruption. Le ministre de la Justice, un indépendant, a supervisé des enquêtes sur des scandales bancaires datant de la crise de 2019.
Les implications immédiates pour la stabilité régionale
À l’approche de la session, des rencontres diplomatiques se multiplient. Le 11 février 2026, Salam a discuté avec la coordinatrice spéciale de l’ONU pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, des préparatifs pour la conférence de Paris et du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu. Aoun a rencontré des officiels espagnols pour consolider le soutien à la FINUL, dont le contingent espagnol pourrait rester au-delà de 2026. Ces échanges soulignent les efforts pour isoler le Liban des tensions régionales, particulièrement avec les menaces d’escalade impliquant l’Iran et les États-Unis.
Sur le terrain, l’armée libanaise a intensifié ses patrouilles au sud, en coordination avec la FINUL, pour empêcher toute violation du cessez-le-feu. Des incidents mineurs, comme des survols israéliens rapportés en février 2026, ont été signalés au comité de surveillance tripartite (Liban, Israël, ONU), mais sans escalade majeure. Le gouvernement insiste sur le respect de la résolution 1701, avec des déploiements supplémentaires de troupes libanaises pour sécuriser la zone.
Cette session extraordinaire pourrait ainsi marquer un tournant dans la consolidation institutionnelle, en permettant l’adoption de textes essentiels avant les élections. Des députés ont déjà exprimé leur intention de soumettre des propositions sur la réforme administrative et la protection des frontières, reflétant les priorités immédiates du pays. Le débat sur le report électoral, bien que rejeté par Berri, pourrait resurgir si des tensions sécuritaires s’aggravent, mais pour l’heure, le calendrier tient. Les implications pour la cohésion nationale restent centrales, avec un accent sur la reconstruction des régions affectées, où des aides internationales conditionnelles attendent des avancées législatives concrètes.



