Ce lundi 13 avril, en milieu de journée, les forces de défense israéliennes ont annoncé avoir achevé l’encerclement complet de Bint Jbeil, ville stratégique du sud du Liban, et avoir lancé un assaut terrestre contre les positions du Hezbollah qui y sont retranchées. L’opération, menée par la 98e division de l’armée israélienne, marque une nouvelle escalade dans les combats au sol qui se déroulent depuis plusieurs semaines dans cette région frontalière, alors que des négociations directes entre Israël et le Liban sont prévues dès mardi à Washington.
Les autorités militaires israéliennes ont précisé que seuls un petit nombre de combattants du Hezbollah demeuraient dans la zone et que le contrôle opérationnel complet de la ville devrait être acquis dans les prochains jours. Selon un porte-parole de l’armée, les troupes ont éliminé plus d’une centaine de militants au cours de la semaine écoulée, par des frappes aériennes et des combats rapprochés. « Les forces de la 98e Division ont achevé l’encerclement de la ville de Bint Jbeil et ont commencé son assaut », a indiqué le colonel Avichay Adraee sur les réseaux officiels de l’armée. Des images diffusées par Tsahal montrent des unités progressant dans les abords de la ville, avec des destructions ciblées de sites utilisés, selon Israël, pour des tirs de roquettes et des caches d’armes.
Bint Jbeil, située à seulement cinq kilomètres de la frontière israélienne, constitue un bastion historique du Hezbollah. La ville, qui sert de capitale provinciale pour une partie du Liban-Sud, est entourée de villages qui ont longtemps servi de points de lancement pour des attaques transfrontalières. Sa valeur symbolique est forte : c’est là qu’en 2000, Hassan Nasrallah avait prononcé son célèbre discours de la « toile d’araignée », affirmant que l’armée israélienne était vulnérable. L’armée israélienne a indiqué avoir pris et détruit le stade de la ville, site emblématique de ce discours, au cours des dernières heures. Des combats maison par maison sont en cours, avec des échanges de tirs d’artillerie et l’emploi de drones suicides par le Hezbollah.
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À 12 h 30 précisément ce lundi, le Hezbollah a riposté en lançant une salve de roquettes sur la caserne d’Avivim, en territoire israélien. Le groupe armé, via son organe de communication militaire, a revendiqué cette attaque comme une réponse directe à l’offensive terrestre en cours. Des sirènes ont retenti dans plusieurs localités du nord d’Israël, de Kiryat Shmona à Nahariya, et des interceptions ont été signalées par le système de défense Iron Dome. Le Hezbollah a également fait état de frappes au drone contre des positions israéliennes autour de Bint Jbeil elle-même, affirmant avoir touché un poste de commandement entre Aynata et la ville assiégée.
Ces développements interviennent dans un contexte de guerre qui dure depuis le 2 mars 2026, lorsque le Hezbollah a ouvert un front au Liban en soutien à l’Iran, en tirant des roquettes et des drones vers Israël. Depuis lors, les opérations israéliennes ont visé systématiquement les infrastructures du mouvement chiite, ses centres de commandement et ses stocks d’armement. Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre Washington et Téhéran le 8 avril, Israël a maintenu que cet accord ne s’appliquait pas au théâtre libanais, poursuivant ses frappes les plus intenses de la guerre ce jour-là – plus de cent cibles atteintes en dix minutes seulement, selon Tsahal.
Le bilan humain reste lourd. Le ministère libanais de la Santé fait état de plus de 2 055 morts depuis le début du conflit, dont une trentaine de victimes supplémentaires ces dernières 24 heures dans le sud du pays. Ce lundi, au moins six personnes ont été tuées dans des frappes aériennes, notamment à Bazouriyeh où un habitant a péri et neuf autres ont été blessés lors d’une attaque de chasseurs. Des secouristes et des civils ont également été touchés dans d’autres localités du Liban-Sud, comme l’ont rapporté les services de défense civile.
Sur le terrain, l’armée israélienne affirme avoir neutralisé des lance-roquettes, des tunnels et des caches d’armes, y compris à l’intérieur d’un hôpital gouvernemental de Bint Jbeil d’où, selon elle, des militants observaient les mouvements israéliens. Les autorités libanaises ont démenti ces accusations, parlant d’attaques contre des infrastructures civiles et médicales. Des combats rapprochés ont été signalés dans les faubourgs de la ville, avec des échanges d’artillerie et de tirs de précision.
L’encerclement progressif de Bint Jbeil et la stratégie israélienne
L’opération du 13 avril s’inscrit dans une stratégie plus large de sécurisation de la bande frontalière. Israël entend créer une zone tampon en détruisant systématiquement les positions avancées du Hezbollah le long de la Ligne bleue. Depuis plusieurs semaines, les forces terrestres ont progressé village par village, combinant raids, frappes aériennes et opérations de déminage. La 98e division, unité d’élite spécialisée dans les combats urbains et en terrain difficile, joue un rôle central. Son commandant a souligné que la prise de Bint Jbeil limiterait considérablement la capacité du Hezbollah à viser le nord d’Israël.
Des sources sécuritaires libanaises confirment que les combattants du Hezbollah restés dans la ville sont déterminés à résister, invoquant à la fois la valeur stratégique et symbolique du lieu. Des affrontements sporadiques avaient déjà eu lieu ces derniers jours, avec des tirs de roquettes, d’artillerie et de drones suicides revendiqués par le Hezbollah contre les troupes israéliennes autour de la ville. L’armée israélienne a indiqué avoir éliminé des dizaines de militants lors de ces accrochages préalables.
Parallèlement, des frappes aériennes continues visent d’autres secteurs du sud du Liban. Ce lundi, des explosions ont été signalées près de Tyre et dans la région de Nabatiyeh, où des routes et des infrastructures ont été endommagées. L’objectif affiché par Tsahal reste la destruction des capacités militaires du Hezbollah, notamment ses stocks de missiles de précision et ses réseaux de commandement souterrains.
La réaction du Hezbollah et la poursuite des tirs transfrontaliers
Le Hezbollah n’a pas tardé à répondre. Outre la salve sur Avivim à 12 h 30, le mouvement a multiplié les communiqués faisant état de 44 attaques au cours des dernières 24 heures, visant six localités israéliennes dont Shlomi, Yiron, Kiryat Shmona, Margaliot, Avivim et Nahariya. Des essaims de drones d’attaque ont également été lancés contre des casernes, dont celle du bataillon de la Vallée à Beit Hillel. Ces actions, selon le Hezbollah, visent à soulager la pression sur les combattants assiégés à Bint Jbeil et à maintenir une dissuasion active.
Du côté israélien, les autorités ont activé les sirènes dans un large périmètre du nord, confirmant plusieurs interceptions et la chute de débris dans des zones non peuplées. Aucun blessé n’a été signalé dans l’immédiat sur le sol israélien ce lundi, mais la tension reste extrême dans les localités frontalières.
Le rôle de la Finul et les incidents avec les casques bleus
Dans ce climat de haute tension, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a de nouveau exprimé son inquiétude. Dans un communiqué diffusé ce lundi, la mission onusienne a rapporté que, sur deux occasions récentes, des soldats israéliens avaient percuté des véhicules de la Finul avec un char Merkava, causant des dommages importants dans un cas. Les militaires israéliens auraient également bloqué une route d’accès aux positions de la Finul à Bayada, dans le sud du Liban. Au cours de la semaine écoulée, des tirs de « sommation » ont touché des véhicules clairement identifiés, dont un à moins d’un mètre d’un casqueur bleu descendu de son engin. Ces incidents entravent la liberté de mouvement des 10 000 casques bleus déployés le long de la frontière.
La Finul, présente depuis 1978, appelle au respect de son mandat et à la protection de ses personnels. Ces événements s’ajoutent à une série d’accrochages qui ont déjà coûté la vie à des soldats libanais et à des civils dans la zone d’opérations.
Les efforts diplomatiques du Premier ministre libanais Nawaf Salam
Sur le plan politique, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a réaffirmé ces derniers jours son engagement à mettre fin à la guerre. Dimanche, il a déclaré travailler activement à l’obtention d’un retrait israélien et à la cessation des hostilités. « Le Liban est déterminé à arrêter cette guerre et à reconstruire l’État », a-t-il souligné, appelant à l’unité nationale à l’occasion de l’anniversaire du début de la guerre civile de 1975. Le gouvernement libanais prépare les négociations directes avec Israël, une première historique, qui doivent débuter mardi à Washington sous égide américaine.
Ces pourparlers visent, du côté libanais, à obtenir un cessez-le-feu et le retrait des troupes israéliennes, tandis qu’Israël conditionne tout accord au désarmement du Hezbollah et à la sécurisation définitive de sa frontière nord. Le Hezbollah, de son côté, dénonce toute négociation comme une « trahison », accentuant les divisions internes au Liban.
Situation humanitaire et impact sur les populations civiles
Les combats de ce lundi aggravent une crise humanitaire déjà sévère. Plus d’un million de Libanais, soit près de 20 % de la population, ont été déplacés depuis le début des opérations. Les hôpitaux du sud et de Beyrouth sont saturés, avec des pénuries croissantes de kits de traumatologie. L’Organisation mondiale de la santé a alerté sur le risque d’épuisement des stocks de médicaments vitaux dans les jours à venir. Des ponts sur le Litani ont été détruits lors des frappes antérieures, compliquant l’acheminement de l’aide humanitaire vers les zones les plus touchées.
Les villages autour de Bint Jbeil sont en grande partie vidés de leurs habitants, qui ont fui vers le nord ou se sont réfugiés dans des centres d’accueil de fortune. Les équipes de la Croix-Rouge libanaise et de la défense civile continuent d’intervenir sous les bombardements, malgré les risques. Un secouriste avait déjà été tué par un drone israélien lors d’une mission humanitaire il y a quelques jours.
Les négociations de Washington dans un contexte de tension persistante
Alors que les envoyés libanais et israéliens se préparent à se rencontrer à Washington, les opérations militaires se poursuivent sans relâche. Israël a clairement indiqué que les discussions ne porteraient pas sur un cessez-le-feu immédiat avec le Hezbollah, mais plutôt sur les modalités d’un désarmement et d’une normalisation. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a répété que la guerre contre le Hezbollah était loin d’être terminée et qu’elle visait à éliminer toute menace à long terme contre le nord d’Israël.
Du côté libanais, le gouvernement de Nawaf Salam, soutenu par l’armée régulière, tente de maintenir un fragile équilibre entre la pression internationale et les réalités du terrain. L’armée libanaise a déployé des unités supplémentaires au sud du Litani, conformément aux engagements pris, mais ses moyens restent limités face à l’ampleur des opérations israéliennes.
Dans les heures qui ont suivi le début de l’assaut sur Bint Jbeil, les échanges de tirs se sont intensifiés aux abords de la ville. Des colonnes de fumée étaient visibles depuis la frontière israélienne, tandis que des drones de reconnaissance survolaient la zone. Le Hezbollah a continué à revendiquer des frappes précises contre des positions avancées de Tsahal, affirmant avoir touché des chars et des postes de commandement. L’armée israélienne, de son côté, a procédé à des raids ciblés et à des destructions d’infrastructures souterraines, selon des sources militaires.
La situation reste extrêmement fluide ce lundi après-midi, avec des rapports faisant état de mouvements de troupes supplémentaires des deux côtés et de nouvelles alertes aériennes dans le nord d’Israël. Les populations locales, tant libanaises qu’israéliennes, restent en état d’alerte maximale, tandis que les chancelleries internationales suivent avec attention l’évolution des événements à la veille des pourparlers de Washington.


