Au cœur des tensions persistantes qui marquent la frontière sud du Liban, un nouvel incident a ravivé les craintes d’une escalade. Ce 16 novembre 2025, une patrouille de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a été prise pour cible par des tirs de char israélien près de la localité de Kafr Kila, dans le gouvernorat de Nabatieh. Selon le communiqué officiel de la Finul, les projectiles ont atterri à seulement cinq mètres des casques bleus, qui ont dû se mettre à couvert. Cet acte, qualifié de « violation grave » de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies par les autorités libanaises, s’inscrit dans une série d’agressions répétées contre la souveraineté libanaise. Le président Joseph Aoun a immédiatement réagi, déclarant que « ces attaques délibérées contre les forces onusiennes, garantes de la stabilité au sud, constituent une menace directe pour la paix fragile établie depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 ». Le ministère libanais des Affaires étrangères, dirigé par Youssef Ragi, a annoncé l’inclusion de cet incident dans la plainte déposée la veille auprès du Conseil de sécurité, amplifiant ainsi la dénonciation des empiètements israéliens sur la Ligne bleue.
Cette agression survient à peine vingt-quatre heures après le dépôt par Beyrouth d’une plainte urgente au Conseil de sécurité, accusant Israël de violations territoriales flagrantes. Basée sur les relevés précis de la Finul publiés le 14 novembre, la démarche libanaise met en lumière la construction par les Forces de défense israéliennes (FDI) de murs en béton qui franchissent la Ligne bleue, rendant inaccessibles plus de 4 000 mètres carrés de terres libanaises. Le premier ministre Nawaf Salam, à la tête du gouvernement formé en février 2025, a souligné lors d’une conférence de presse que « ces constructions illégales ne sont pas seulement des actes techniques, mais une tentative d’annexion déguisée qui prive nos citoyens de leurs biens ancestraux et sape les fondements de la résolution 1701 ». Le Liban, confronté à une crise économique et humanitaire exacerbée par les conflits passés, voit dans ces incidents une entrave supplémentaire à la reconstruction du sud, région déjà dévastée par les hostilités de 2024.
Les détails de l’incident à Kafr Kila révèlent une pattern inquiétante. La patrouille de la Finul, composée de soldats multinationaux – incluant des contingents italiens, français et indonésiens –, effectuait une mission de routine le long de la Ligne bleue lorsque un char Merkava israélien a ouvert le feu à la mitrailleuse. Les casques bleus, à pied et clairement identifiables par leurs véhicules blancs marqués « UN », ont été contraints de se réfugier derrière des rochers. Bien que l’armée israélienne ait invoqué une « erreur d’identification », arguant avoir confondu les peacekeepers avec une menace potentielle, les autorités libanaises rejettent cette explication. « C’est une excuse récurrente pour justifier des actes hostiles qui visent à intimider la Finul et à limiter sa mobilité », a déclaré un porte-parole de l’armée libanaise. Kafr Kila, village frontalier de 3 000 habitants majoritairement chiites, est un point chaud historique, marqué par des échanges de tirs et des incursions passées. Cet événement porte à plus de 20 le nombre d’incidents impliquant la Finul en 2025, incluant des tirs de chars, des survols à basse altitude et même une attaque au drone le 26 octobre près de la même zone.
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Une enquête de la Finul sur les murs frontaliers
Les racines de cette crise remontent aux constatations de la Finul en octobre et novembre 2025. Une équipe de casques bleus a réalisé un relevé géospatial d’un mur en béton en forme de T, érigé par les FDI au sud-ouest de Yaroun. Ce mur, haut de plusieurs mètres et équipé de barbelés et de capteurs, dépasse la Ligne bleue sur une distance significative, isolant 4 000 mètres carrés de terres agricoles libanaises. Yaroun, petite localité de 5 000 âmes dans le district de Bint Jbeil, dépend largement de ces parcelles pour la culture d’oliviers et de tabac, sources vitales de revenus pour les familles locales. « Nos agriculteurs sont privés de leur livelihood, forcés de contourner des zones maintenant inaccessibles, ce qui augmente les coûts et expose à des risques supplémentaires », témoigne un habitant de la région. La Finul a notifié Israël et exigé le démantèlement immédiat, mais les travaux ont continué, avec une extension observée au sud-est de Yaroun en novembre.
Un troisième mur, entre Aytaroun et Maroun ar Ras, reste au sud de la ligne, mais les autorités libanaises craignent qu’il ne serve de base à de futures avancées. Ces constructions s’inscrivent dans une stratégie israélienne plus large de fortification, justifiée par Tel-Aviv comme mesure défensive contre des « infiltrations potentielles ». Du point de vue libanais, elles violent non seulement la résolution 1701, adoptée en 2006 pour mettre fin à la guerre avec le Hezbollah, mais aussi l’intégrité territoriale du pays. La Ligne bleue, tracée en 2000 pour confirmer le retrait israélien après 18 ans d’occupation, s’étend sur 120 kilomètres de la Méditerranée au mont Hermon. Elle n’est pas une frontière définitive, mais un repère essentiel pour prévenir les conflits. Les relevés de la Finul, utilisant GPS et drones, confirment des écarts de plusieurs mètres, affectant des parcelles privées et des routes secondaires vitales pour le commerce local.
La réaction ferme de Beyrouth
Face à ces faits irréfutables, le gouvernement libanais a agi avec détermination. Le 15 novembre, le président Joseph Aoun a ordonné au ministre Youssef Ragi de préparer une plainte exhaustive, incluant cartes, photographies aériennes et rapports onusiens. « Israël doit retirer ses forces de toutes les zones au nord de la Ligne bleue et cesser ces provocations qui menacent la stabilité régionale », a insisté le chef de l’État. Le cabinet de Nawaf Salam, composé de 24 ministres représentant les diverses communautés – sept sunnites, sept chiites, cinq maronites et le reste réparti –, priorise la défense de la souveraineté nationale. Formé après plus de deux ans de vacance présidentielle, ce gouvernement vise à stabiliser un pays ravagé par la crise économique depuis 2019 et les destructions de la guerre de 2024.
Cette plainte n’est pas isolée. Depuis 2006, Beyrouth a soumis des centaines de recours à l’ONU pour des violations aériennes, terrestres et maritimes. En 2025 seul, plus de 10 000 infractions ont été recensées, dont 7 300 survols aériens et 2 400 activités terrestres au nord de la Ligne bleue. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères libanais a affirmé : « Ces empiètements font partie d’une stratégie systématique pour redessiner unilatéralement la frontière, ignorant les accords internationaux ». Le sud Liban, avec ses collines rocheuses et vallées étroites, reste un terrain propice aux disputes, particulièrement autour de points contestés comme les fermes de Chebaa, 25 kilomètres carrés revendiqués par le Liban mais occupés par Israël.
Le contexte des tensions frontalières
Les événements actuels s’ancrent dans un historique de frictions remontant à l’occupation israélienne de 1982 à 2000. La résolution 1701, adoptée à l’unanimité le 11 août 2006, appelait à un cessez-le-feu, au retrait israélien, au déploiement de l’armée libanaise au sud du Litani et au renforcement de la Finul. Pourtant, son application reste incomplète. Israël maintient des opérations préventives, tandis que le Liban accuse Tel-Aviv de milliers de violations. Des rapports onusiens de 2025 notent une augmentation des incidents, majoritairement aériens, mais aussi terrestres comme ces murs. La Finul, avec ses 10 500 soldats de 50 pays, patrouille quotidiennement, mais fait face à des restrictions imposées par les FDI.
Les implications économiques pour le Liban sont dramatiques. Le sud, pilier agricole produisant 20 % de l’huile d’olive nationale, subit des pertes estimées à 500 millions de dollars annuels dues à ces barrières. La crise de 2019, aggravée par la guerre de 2024, a laissé un chômage à 50 % dans la région, avec des familles dépendant de ces terres pour survivre. La Banque mondiale et le FMI soulignent que ces violations entravent la reconstruction, avec une dette publique dépassant 150 % du PIB.
Les dispositions de la résolution 1701 en question
La résolution 1701 interdit toute présence armée non autorisée au sud du Litani et impose un embargo sur les armes aux groupes non gouvernementaux. Du côté libanais, l’armée collabore avec la Finul pour étendre son autorité, mais les dynamiques confessionnelles compliquent les choses. Le Hezbollah, perçu comme une force de résistance face aux agressions israéliennes, maintient une présence, justifiée par les disputes territoriales persistantes. Israël, allié aux États-Unis, accuse le groupe de réarmement via des tunnels, tandis que Beyrouth pointe les survols quotidiens et constructions illégales.
Le rôle contesté de la Finul
La Finul est cruciale mais exposée. Israël l’accuse de partialité, le Liban la voit comme un bouclier. En 2025, plus de 2 400 activités israéliennes au nord de la Ligne bleue ont été documentées, incluant patrouilles et bâtisses. L’incident de Kafr Kila s’ajoute à une liste incluant l’attaque au drone d’octobre. Les casques bleus, dont des Français, ont protesté, rappelant que ces actes minent leur mission. Le gouvernement libanais intègre ces faits à sa plainte, arguant d’un pattern d’agression.
Dans les villages frontaliers, les civils paient le prix. Maroun ar Ras et Aytaroun voient leurs habitants fuir, craignant une reprise des hostilités. Les pluies récentes inondent les camps de déplacés, aggravant la crise humanitaire. Israël renforce ses positions près de Metula, citant des menaces, tandis que le Liban appelle à un dialogue sous égide onusienne. Les implications immédiates incluent une surveillance accrue et des appels diplomatiques pour le respect des engagements.



