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Baisse marquée des inscriptions d’expatriés pour les élections législatives libanaises de 2026

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Le ministère des Affaires étrangères et des Émigrants, en coordination avec le ministère de l’Intérieur et des Municipalités, a publié, le 21 novembre 2025, le bilan final des inscriptions des expatriés libanais pour les élections législatives programmées en mai 2026. Ce nombre s’élève à 151 985, marquant une chute de 92 457 par rapport aux 244 442 inscriptions de 2022. Cette révélation, émise dans un communiqué conjoint des deux ministères, survient au milieu d’un vif débat sur l’amendement de la loi électorale, avec des demandes insistantes pour autoriser les expatriés à voter depuis leur pays de résidence pour l’ensemble des 128 sièges parlementaires, au lieu des six sièges réservés par continent.

Cette diminution prononcée traduit un désengagement croissant de la diaspora libanaise, exacerbé par une déception vis-à-vis du manque de réformes économiques et de la stagnation du secteur bancaire. Nombre d’expatriés, face à l’instabilité persistante du Liban, rechignent à investir ou à s’impliquer politiquement dans leur pays natal, considérant que tout avancement repose sur le déblocage des réformes structurelles, notamment dans le domaine bancaire, qui demeure embourbé malgré les engagements du gouvernement constitué en février 2025.

Les données intermédiaires, diffusées au fil des semaines, avaient déjà annoncé cette orientation. Le 17 novembre 2025, les inscriptions atteignaient 87 067, selon un communiqué officiel. Deux jours après, elles dépassaient les 100 000, comme l’a signalé le ministre des Affaires étrangères dans une déclaration publique. Le sommet final, enregistré avant la fermeture le 20 novembre à minuit, n’a pas franchi les 152 000 environ, un palier nettement en deçà des prévisions. Des sources au ministère de l’Intérieur ont rapporté un afflux important de demandes dans les dernières 48 heures, avec des pics sur la plateforme en ligne dédiée, sans pour autant rattraper le retard.

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Par contraste, les élections de 2022 avaient attiré près de 245 000 expatriés, menant à une participation réelle d’environ 140 000 votants, avec des taux de présence élevés dans divers centres, tels que 71 % à Dubaï et 77 % à Abou Dhabi. Ces suffrages avaient pesé sur les résultats dans plusieurs circonscriptions, renforçant des listes indépendantes et oppositionnelles face aux coalitions traditionnelles.

Un désengagement ancré dans l’instabilité politique et économique

Divers éléments expliquent cette régression marquée. L’instabilité politique depuis les élections de 2022 a miné la confiance des expatriés. Le parlement élu il y a trois ans et demi a tardé à désigner un président de la République jusqu’en février 2025, lorsque Joseph Aoun a été élu, et à installer un gouvernement stable sous Nawaf Salam. Cette vacance institutionnelle étendue a nourri un sentiment de fatalisme dans la diaspora, qui perçoit les élections comme un rituel dépourvu d’effet concret sur la gouvernance.

Les obstacles logistiques perdurent. La loi de 2018, qui a pour la première fois permis aux expatriés de voter sans rentrer au Liban, impose des exigences documentaires rigoureuses : passeport libanais valide, extrait d’état civil ou carte d’identité. Pour ceux dont les papiers ont expiré – un cas fréquent dû aux défaillances administratives – ces contraintes se révèlent dissuasives. La guerre au sud du Liban avec Israël, qui a culminé en 2024 avant un cessez-le-feu précaire en début 2025, a en outre détourné l’attention vers des urgences humanitaires, reléguant les questions électorales au second plan.

La déception économique prédomine toutefois dans les analyses. De nombreux expatriés manifestent une frustration face à l’absence de réformes substantielles, particulièrement dans le secteur bancaire, en crise depuis 2019. Le gouvernement de Nawaf Salam, formé le 8 février 2025, a promis une relance, mais les progrès demeurent limités. Le 20 novembre 2025, des pourparlers avec le Fonds monétaire international (FMI) ont repris, avec une disposition du Liban à examiner les recommandations sur une loi destinée à combler un déficit financier de 80 milliards de dollars. Pourtant, les expatriés, qui transfèrent des milliards en remises chaque année, hésitent à investir plus, appréhendant que leurs fonds soient immobilisés dans un système bancaire non restructuré.

Le rapport de la Banque mondiale du printemps 2025, intitulé « Turning the Tide ? », relève une reprise notable de l’économie libanaise, avec une croissance projetée à 4,7 % pour l’année, soutenue par les remises de la diaspora et une stabilisation relative post-conflit. Cette croissance occulte cependant des vulnérabilités structurelles : une inflation tenace, estimée à 50 % en 2025, un chômage chronique et une dette publique accablante. Le président Joseph Aoun, lors d’une conférence le 19 novembre 2025, a invité les investisseurs à revenir, déclarant que « le Liban est prêt pour une nouvelle ère de stabilité ». Ces invitations peinent à persuader une diaspora qui exige des mesures tangibles, comme la restructuration des banques et la résolution des dépôts gelés depuis la crise de 2019.

Les complications liées à la désignation du Hezbollah comme organisation terroriste

Le processus électoral se voit par ailleurs compliqué par la désignation de certaines factions libanaises, telles que le Hezbollah, comme organisations terroristes par les États-Unis. Cette classification, maintenue par le département d’État américain depuis 1997 et renforcée par des sanctions successives, pourrait entraver les choix électoraux des Libanais résidant aux États-Unis. En effet, le Hezbollah, considéré comme un groupe terroriste étranger par Washington, voit ses affiliés et soutiens exposés à des risques légaux potentiels, ce qui dissuade une partie de la communauté libanaise américaine de s’engager ouvertement en faveur de candidats ou listes associés à cette formation.

Le 10 novembre 2025, la sous-secrétaire au Trésor pour le terrorisme et le renseignement financier, Elizabeth Rosenberg, a déclaré lors d’une visite à Beyrouth que les États-Unis pressent le Liban de réprimer le financement du Hezbollah en amont des élections. « Nous encourageons les autorités libanaises à prendre des mesures concrètes pour assécher les flux illicites qui soutiennent des acteurs désignés comme terroristes », a-t-elle indiqué dans un communiqué officiel, soulignant l’importance de la transparence financière pour la stabilité régionale. Cette pression s’inscrit dans une série d’initiatives américaines, incluant des sanctions ciblées contre des entités liées au Hezbollah, qui ont gelé des actifs et restreint les transactions internationales.

Pour les expatriés libanais aux États-Unis, estimés à plus de 200 000, cette situation crée un climat d’incertitude. Bien que le vote soit anonyme et protégé par les lois libanaises, la crainte de surveillance ou de répercussions légales – notamment en vertu de la loi sur les sanctions contre les ennemis de l’Amérique (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) – pourrait décourager la participation. Des associations de la diaspora, lors de sessions d’information organisées par les consulats libanais à New York et Los Angeles, ont rapporté des interrogations récurrentes sur les implications de voter pour des listes incluant des candidats chiites alignés sur le Hezbollah. Le 2 novembre 2025, l’envoyé américain pour le Liban, Dorothy Shea, a réitéré lors d’une conférence de presse que Washington soutient un processus électoral libre, mais vigilant face aux influences de groupes désignés comme terroristes.

Cette dynamique affecte particulièrement les inscriptions en Amérique du Nord, où les chiffres préliminaires indiquent environ 40 000 enregistrements, en baisse par rapport à 2022. Le ministère des Affaires étrangères libanais a tenté de rassurer via sa plateforme en ligne, affirmant que le vote à distance reste confidentiel et conforme aux normes internationales. Néanmoins, des experts en droit international, cités dans des rapports de l’ONU sur les élections libanaises, notent que les sanctions américaines pourraient indirectement limiter la campagne de certains partis auprès de la diaspora, en restreignant les transferts de fonds ou les événements publics.

Le débat sur l’amendement de la loi électorale au centre des tensions

Au-delà des statistiques, cette baisse s’inscrit dans un conflit politique acharné autour de la loi électorale. Adoptée en 2017, la législation en vigueur stipule que les expatriés votent pour six sièges additionnels, un par continent : Amérique du Nord, Amérique du Sud, Europe, Afrique, Asie et Océanie. Un projet d’amendement, présenté par le gouvernement en octobre 2025, cherche à supprimer ces clauses et à autoriser les expatriés à voter pour les 128 sièges en fonction de leur circonscription d’origine au Liban. Ce virage, appuyé par des partis comme les Forces libanaises et les Kataëb, est vu comme un levier pour amplifier l’influence de la diaspora, souvent plus portée sur les réformes.

Le 13 novembre 2025, 41 députés ont paraphé une seconde pétition destinée au président de l’Assemblée, Nabih Berri, le pressant de convoquer une session pour débattre de cet amendement. Parmi les signataires, des élus des Forces libanaises, du Parti socialiste progressiste et du Mouvement patriotique libre soutiennent que confiner les expatriés à six sièges les réduit à une représentation périphérique. Nabih Berri, chef du mouvement Amal, conserve une posture inflexible. Dans une déclaration du 15 novembre 2025, il a réaffirmé que le vote des expatriés doit se limiter aux six sièges, arguant que tout changement menacerait l’équilibre confessionnel et ouvrirait la voie à des interférences extérieures. « La stabilité du Liban dépend du respect des équilibres établis », a-t-il affirmé lors d’une rencontre avec des alliés.

Cette position est relayée par le Hezbollah, qui appréhende qu’un vote élargi des expatriés, fréquemment issus de communautés chrétiennes et sunnites, n’atténue son emprise. Les frictions ont atteint un pic lors d’une session parlementaire le 28 octobre 2025, boycottée par une coalition d’opposition dirigée par les Forces libanaises, en signe de protestation contre l’omission de l’amendement à l’ordre du jour. Le quorum n’a pas été réuni, entravant l’examen de réformes afférentes, telles que les mégacentres de vote et les cartes magnétiques pour contrer la fraude.

Gebran Bassil, dirigeant du Mouvement patriotique libre, a qualifié cette impasse de « complot contre le droit de vote des expatriés » dans un discours du 21 novembre 2025. Il a encouragé la diaspora à persévérer, assurant que « cette phase passera et la structure de pouvoir actuelle évoluera inévitablement ».

Efforts de sensibilisation et disparités régionales

Malgré la chute, les autorités ont redoublé d’initiatives pour stimuler les inscriptions. Le ministre des Affaires étrangères a supervisé la plateforme diasporavote.mfa.gov.lb, facilitant l’enregistrement des Libanais à l’étranger avec des pièces d’identité. Des lignes d’assistance téléphonique ont été activées, et des ambassades ont tenu des sessions d’information dans des nations comme la France, les États-Unis, le Brésil et l’Australie.

Les statistiques par région mettent en lumière des écarts : l’Europe et l’Amérique du Nord regroupent respectivement environ 50 000 et 40 000 inscriptions, tandis que l’Afrique et l’Asie présentent des taux moindres. Cette répartition pourrait modeler la composition des six sièges réservés si l’amendement n’est pas entériné. Des associations de la diaspora, représentant notamment les communautés druzes, ont critiqué le mécanisme, indiquant que seuls 60 000 druzes expatriés se sont inscrits sur 230 000 potentiels, imputant cela à une érosion de la confiance dans le système.

La déception économique amplifie ce retrait. Lors de ces sessions, de nombreux expatriés ont exprimé leur hésitation à s’investir tant que les réformes bancaires ne sont pas enclenchées. La crise de 2019 a immobilisé des dépôts chiffrés à des dizaines de milliards de dollars, dont une portion substantielle appartient à la diaspora. Le FMI insiste sur la restructuration de la dette publique, la réhabilitation des banques et la restauration de la confiance pour libérer une aide de plusieurs milliards. Le gouvernement Salam a relancé les négociations, mais les avancées sont lentes, avec des débats sur une loi pour combler le déficit financier se prolongeant au-delà du 20 novembre 2025.

Implications pour les stratégies partisanes

Cette controverse oriente les tactiques des partis en perspective de mai 2026. Les coalitions traditionnelles, telle l’alliance Amal-Hezbollah, s’appuient sur une mobilisation locale robuste dans les régions chiites du sud et de la Békaa, où les expatriés sont sous-représentés. À l’opposé, les partis chrétiens parient sur la diaspora pour affermir leurs assises dans le Mont-Liban et le Nord. En 2022, les suffrages expatriés avaient contribué à l’ascension de 13 députés issus de la contestation de 2019, bien que leur rayonnement ait été amoindri par des clivages internes.

Le gouvernement s’est engagé à respecter les délais électoraux. Le Premier ministre Nawaf Salam, lors d’une conférence de presse le 10 novembre 2025, a affirmé que « toutes les mesures logistiques sont en place pour un scrutin transparent, quel que soit le cadre légal ». Le ministère de l’Intérieur, sous la direction d’Ahmed Al-Hajjar, élabore les listes électorales, intégrant les inscriptions expatriées sous réserve de l’amendement. Sans session parlementaire d’ici fin 2025, la loi actuelle l’emportera.

Préparatifs logistiques et défis sécuritaires

Sur le plan opérationnel, le ministère de l’Intérieur a mobilisé des ressources pour déployer des bureaux de vote dans plus de 100 ambassades et consulats. Les dépenses, évaluées à plusieurs millions de dollars, sont en partie couvertes par des aides internationales. Des inquiétudes sécuritaires subsistent dans des pays instables, comme la Syrie ou certains États africains hébergeant des communautés libanaises.

Le ministère avance dans la formation de 10 000 agents électoraux et la sécurisation d’urnes électroniques dans des mégacentres pilotes. Une réunion interministérielle le 22 novembre 2025 a validé l’attribution de fonds pour les listes électorales, incorporant environ 3,9 millions d’électeurs résidents fondés sur les recensements de 2024. Des audits indépendants, supervisés par l’ONU, examineront l’intégrité, avec une attention particulière sur Beyrouth I et II.

Dynamiques confessionnelles et régionales persistantes

Le système confessionnel, découlant de l’accord de Taëf de 1989, distribue les sièges : 27 maronites, 27 sunnites, 27 chiites, 14 grec-orthodoxes, etc. Les expatriés, majoritairement chrétiens émigrés aux XIXe et XXe siècles, pourraient modifier ces équilibres s’ils étaient habilités à voter pour les 128 sièges. À Tripoli, fief sunnite, les inscriptions locales ont crû modérément, de 250 000 en 2022 à 260 000 en 2025, grâce à l’enregistrement automatique des jeunes de 21 ans. L’inflation et le chômage freinent néanmoins la participation.

Au sud, dans les zones chiites, la mobilisation résidente demeure élevée, avec le Hezbollah incitant les expatriés chiites via ses réseaux. Les données globales révèlent une sous-représentation, potentiellement avantageuse pour les blocs dominants en diminuant les voix discordantes.

Les autorités scrutent présentement les demandes tardives et valident les inscriptions, un exercice susceptible de déceler des anomalies mineures liées à des documents. Le ministre de l’Intérieur a garanti que des dispositions accommoderont les expatriés désirant voter au Liban si le vote à distance est invalidé. Cette souplesse, mise en avant en octobre 2025, vise à sauvegarder les droits constitutionnels sans altérer l’équilibre politique.

Dans les jours à venir, les échanges sur l’amendement pourraient s’intensifier, avec des appels à une session extraordinaire. Simultanément, les négociations avec le FMI sur les réformes bancaires se poursuivent, avec une rencontre prévue fin novembre 2025 pour aborder la loi sur le déficit financier. Ces évolutions immédiates pèsent directement sur la perception de la diaspora, qui attend des indicateurs concrets de transformation avant de s’impliquer davantage dans le scrutin. Les pressions américaines récentes, notamment celles du 10 novembre 2025 sur le financement du Hezbollah, ajoutent une couche de complexité, en particulier pour les Libanais aux États-Unis, où les consulats ont enregistré une hausse des consultations sur les risques liés au vote pour des listes chiites. Le 22 novembre 2025, une note interne du ministère des Affaires étrangères a recommandé une communication accrue pour dissiper ces appréhensions, tout en coordonnant avec les ambassades pour surveiller les impacts des sanctions étrangères sur la participation.

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