mardi, février 10, 2026

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Début des discussions techniques entre le Liban et le FMI au ministère des Finances

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Le Liban a entamé ce lundi des discussions techniques avec une délégation du Fonds monétaire international (FMI) au siège du ministère des Finances à Beyrouth. Cette rencontre, qui s’inscrit dans le cadre d’une visite d’une semaine de l’équipe du FMI, vise à examiner les derniers développements en matière financière et monétaire. Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a souligné l’engagement du gouvernement à adopter des politiques responsables, équilibrant les besoins sociaux et économiques tout en préservant la stabilité financière et monétaire.

Ces pourparlers interviennent à un moment critique pour l’économie libanaise, marquée par une augmentation des pressions sur les dépenses publiques. Selon le ministre Jaber, toute mesure imprudente pourrait placer les finances publiques sur une trajectoire non viable, avec des répercussions sur l’ensemble de l’économie. Le gouvernement compte sur ces échanges pour progresser vers un accord au niveau des experts, connu sous le nom de Staff-Level Agreement, qui constituerait un point de départ essentiel pour relancer l’économie et la placer sur la voie de la reprise.

Un timing délicat au milieu des défis économiques persistants

La visite de la délégation du FMI, prévue du 9 au 13 février 2026, arrive alors que le Liban fait face à une accumulation de défis hérités de la crise économique entamée en 2019. L’économie du pays a connu une contraction drastique, avec un produit intérieur brut (PIB) chutant de plus de 40 % entre 2018 et 2022, selon les estimations officielles. L’inflation a atteint des sommets, dépassant les 200 % en 2022, avant de se stabiliser autour de 70 % en 2025 grâce à une relative stabilisation du taux de change. La livre libanaise, qui s’échangeait à 1 500 pour un dollar américain avant la crise, oscille désormais autour de 89 500 livres pour un dollar sur le marché parallèle, bien que la Banque du Liban (BDL) maintienne un taux officiel fixe.

Le ministre Jaber a insisté sur le fait que ces discussions se concentrent sur des éléments clés, tels que le projet de loi visant à combler le déficit financier, estimé entre 70 et 80 milliards de dollars. Ce déficit représente l’écart entre les dépôts des clients et la liquidité réelle des banques, un legs de la crise bancaire qui a gelé les économies de millions de Libanais depuis novembre 2019. Le gouvernement a approuvé un projet de loi en décembre 2025 permettant aux déposants de récupérer jusqu’à 100 000 dollars sur quatre ans, mais le FMI a exigé des modifications pour clarifier la hiérarchie des créances et protéger les petits déposants.

Le cadre des finances publiques à moyen terme est également au cœur des débats. Ce cadre vise à établir des projections budgétaires sur trois à cinq ans, intégrant des réformes fiscales pour augmenter les recettes de l’État. En 2025, le budget de l’État a été adopté pour la première fois depuis 2019, avec des dépenses prévues à environ 4 000 milliards de livres libanaises, soit l’équivalent de 45 milliards de dollars au taux officiel. Cependant, les recettes fiscales restent faibles, couvrant à peine 15 % des dépenses, forçant le recours à des financements internes via la BDL.

Le contexte historique des relations entre le Liban et le FMI

Les négociations avec le FMI ne datent pas d’hier. Dès 2020, au plus fort de la crise, le gouvernement libanais avait entamé des discussions pour obtenir un programme d’aide de 3 milliards de dollars sur quatre ans. Un accord préliminaire au niveau des experts avait été signé en avril 2022, conditionné à la mise en œuvre de réformes structurelles, telles que la restructuration du secteur bancaire, la levée du secret bancaire et l’unification des taux de change multiples. Malheureusement, ces conditions n’ont pas été pleinement satisfaites, en raison de divisions politiques et d’une paralysie institutionnelle prolongée.

En 2023, une consultation au titre de l’article IV du FMI a mis en lumière les faiblesses persistantes : une dette publique dépassant 150 % du PIB, un secteur bancaire insolvable et une dépendance excessive aux importations. Le rapport soulignait que sans réformes, le Liban risquait une hyperinflation et une dégradation sociale accrue. Des missions techniques se sont succédé en 2025, notamment en mars, juin et septembre, pour évaluer les progrès. Lors de la visite de septembre 2025, l’équipe du FMI, dirigée par Ernesto Ramirez Rigo, a discuté de la stratégie de réforme bancaire et du budget 2026. Le FMI a alors exprimé des réserves sur l’approche budgétaire, la qualifiant de peu ambitieuse, et a appelé à une augmentation des recettes fiscales via une TVA élargie et une taxation des propriétés.

Le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025 après l’élection du président Joseph Aoun, a fait de ces réformes une priorité. Le Premier ministre Salam a réitéré lors d’une interview au Forum économique mondial de Davos en janvier 2026 que le Liban cherchait un programme complet avec le FMI, mais que le temps pressait en raison du placement du pays sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI). Sans avancées, le Liban risque de basculer sur la liste noire, ce qui compliquerait davantage les transactions internationales.

Les enjeux du secteur bancaire et de la restructuration

Le secteur bancaire reste le nœud gordien de la crise libanaise. Avant 2019, les banques libanaises attiraient des dépôts massifs grâce à des taux d’intérêt élevés, financés par une dette publique croissante. Lorsque la crise a éclaté, les banques ont imposé des contrôles de capitaux informels, limitant les retraits à quelques centaines de dollars par mois. Selon des estimations officielles, les pertes cumulées du système financier s’élèvent à 72 milliards de dollars, dont une grande partie est due à des prêts non performants accordés à l’État.

Le projet de loi sur le comblement du déficit financier, approuvé par le cabinet en fin 2025, vise à répartir ces pertes entre l’État, les banques et les déposants. Il prévoit la création d’un fonds de garantie des dépôts, financé par la vente d’actifs bancaires et des contributions publiques. Cependant, le FMI a insisté sur des amendements pour établir une claire hiérarchie des créances : les petits déposants (jusqu’à 100 000 dollars) devraient être prioritaires, suivis des obligations internationales, avant les actionnaires des banques. Le Premier ministre Salam a déclaré en janvier 2026 que les négociations avec le FMI étaient positives, mais que des clarifications étaient nécessaires pour obtenir l’aval de l’institution.

Par ailleurs, la restructuration de la dette publique est un prérequis. Le Liban a fait défaut sur ses eurobonds en mars 2020, avec une dette extérieure de 31 milliards de dollars. Des négociations avec les créanciers, menées sous l’égide du FMI, stagnent en raison de l’absence d’un plan de réforme crédible. Le gouvernement envisage une décote de 70 % sur le principal, mais les détenteurs d’obligations exigent des garanties sur la gouvernance.

Les rencontres du ministre Jaber et leurs implications

Au cours de cette journée inaugurale des discussions, le ministre Jaber a tenu plusieurs réunions parallèles. Il s’est entretenu avec Mohammad Badran, président du Diwan de la Comptabilité, pour passer en revue l’avancement des audits des comptes publics antérieurs. Ces audits, lancés en 2024, visent à évaluer les irrégularités dans les dépenses de l’État entre 2010 et 2019, incluant des contrats suspects dans les secteurs de l’énergie et des télécommunications. Le Diwan, institution indépendante, a identifié des écarts de plusieurs milliards de dollars, attribués à une corruption endémique et à un manque de transparence.

Le ministre a également rencontré Elias Shalala, président du syndicat des médecins de Beyrouth. Cette entrevue porte sur les impacts sociaux de la crise, notamment le financement du secteur de la santé. Depuis 2019, les hôpitaux libanais font face à des pénuries de médicaments et d’équipements, exacerbées par la dévaluation de la monnaie. Le syndicat réclame une augmentation des allocations publiques pour couvrir les salaires des médecins et les soins aux patients non assurés. Cette réunion souligne l’équilibre que le gouvernement cherche à maintenir entre austérité budgétaire et protection sociale, comme l’a affirmé Jaber dans sa déclaration.

Les réformes fiscales et budgétaires en cours

Le budget 2026, actuellement en préparation, est un test crucial pour la crédibilité du gouvernement. Le cabinet a approuvé un projet en septembre 2025, prévoyant des dépenses de 5 200 milliards de livres, avec un accent sur l’investissement dans les infrastructures endommagées par les conflits récents. Les recettes devraient provenir d’une hausse de la TVA de 11 % à 13 %, d’une taxe sur les importations de luxe et d’une amnistie fiscale pour rapatrier les capitaux évadés. Cependant, le FMI a critiqué ce budget pour son manque d’ambition, recommandant une réduction des subventions non ciblées, qui absorbent encore 20 % des dépenses.

Sur le plan monétaire, la BDL, sous la direction du gouverneur Karim Souhaid, a unifié partiellement les taux de change en 2025, alignant le taux bancaire sur le marché parallèle. Cela a permis une légère reprise des réserves en devises, passant de 8 milliards de dollars en 2024 à 10 milliards en fin 2025. Néanmoins, les réserves en or, évaluées à 18 milliards de dollars, restent intouchées, malgré des débats parlementaires sur leur utilisation potentielle pour rembourser les dépôts.

Soutien international et perspectives régionales

La communauté internationale suit de près ces développements. La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, a exprimé lors d’une visite à Beyrouth le 6 février 2026 sa disposition à organiser une conférence sur la reconstruction, à condition que les réformes avancent. Paris insiste sur l’adoption de lois sur la résolution bancaire et la répartition des pertes, déjà partiellement mises en œuvre. Les États-Unis et l’Union européenne conditionnent leur aide à un accord avec le FMI, avec des promesses de 2 milliards de dollars en prêts concessionnels une fois les conditions remplies.

Au niveau régional, les tensions avec Israël et les dynamiques internes, impliquant le Hezbollah, influencent l’économie. Le cessez-le-feu de novembre 2024 a permis une reprise modeste dans le sud du Liban, mais les infrastructures endommagées nécessitent 3 milliards de dollars pour la reconstruction, selon les estimations du gouvernement. Le président Aoun a rencontré le gouverneur Souhaid le 6 février 2026 pour coordonner la position libanaise face au FMI, affirmant une alignment total sur la politique gouvernementale.

Les implications immédiates des discussions en cours

Les pourparlers de cette semaine se poursuivent avec des sessions techniques sur la loi de comblement du déficit et le cadre budgétaire à moyen terme. Le ministre Jaber a indiqué que ces éléments sont essentiels pour finaliser un programme avec le FMI. Entre-temps, le cabinet, réuni le 30 janvier 2026 sous la présidence d’Aoun et avec la participation de Salam, a approuvé des accords bilatéraux, dont un avec la Syrie sur le transfert de prisonniers, et une méthodologie pour la reconstruction post-conflit. Ces décisions reflètent les efforts pour stabiliser les finances publiques, avec un focus sur l’efficacité des dépenses et la fermeture des brèches dans la gestion financière.

Les autorités libanaises examinent également les recommandations du rapport d’assistance technique du FMI daté du 25 décembre 2025, portant sur la transformation numérique de l’administration fiscale. Ce rapport propose une feuille de route pour moderniser les systèmes de recouvrement des impôts, potentiellement augmentant les recettes de 10 % d’ici 2027. Pendant ce temps, les banques libanaises, regroupées sous l’Association des banques du Liban, négocient avec l’État sur la répartition des pertes, avec des propositions pour liquider les actifs non performants évalués à 20 milliards de dollars.

Ces échanges techniques, bien que préliminaires, marquent une étape dans les efforts pour éviter une dégradation supplémentaire. Le gouvernement maintient son engagement envers des politiques équilibrées, comme l’a réaffirmé Jaber, tout en intégrant les feedbacks du FMI sur les ajustements nécessaires au projet de loi sur les dépôts. Les réunions avec des institutions comme le Diwan de la Comptabilité soulignent l’importance accordée à la transparence, avec des audits couvrant des dépenses passées totalisant plus de 50 milliards de dollars.

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