mardi, janvier 13, 2026

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Diplomatie sous tension : feuille de route sécuritaire, lignes rouges du Hezbollah et engagements attendus d’Israël

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Arrivée des émissaires américains et séquence politique resserrée

Deux émissaires américains, Tom Brak et Morgan Ortagus, sont attendus à Beyrouth pour remettre aux autorités libanaises les remarques finales d’une « feuille de route sécuritaire » travaillée depuis plusieurs semaines. L’objectif, explicitement rappelé lors de cette visite, est d’arrêter un cadre opérationnel autour de la stabilisation du front sud, de préciser le rôle de l’armée, et d’ordonner les étapes de mise en œuvre avec un calendrier indicatif. L’exécutif a signalé que le texte avait été formellement endossé au début du mois de mai 2025 par le gouvernement de Nawaf Salam, sur la base d’une architecture en plusieurs volets, avec un point cardinal : la centralisation de l’usage de la force sous l’autorité exclusive de l’armée libanaise. La remise des « remarques finales » a été conçue comme une ultime harmonisation technique plutôt qu’une renégociation politique, de manière à permettre une phase d’exécution progressive et contrôlée.

Dans l’entourage gouvernemental, on explique que la feuille de route a été préparée en intégrant les contraintes militaires et administratives de l’État, ainsi que les considérations internationales liées aux résolutions en vigueur. Le texte acte que l’armée libanaise demeure l’unique institution habilitée à déployer la force sur le territoire national, y compris dans les secteurs les plus sensibles de la zone frontalière. Le dispositif esquissé présente l’enchaînement suivant : réaffirmation du monopole étatique de la force, renforcement des déploiements militaires nationaux là où la présence est jugée insuffisante, et coordination renforcée avec la mission onusienne déjà stationnée au Sud. Le passage de relais est décrit comme graduel, circonscrit et étayé par des mécanismes de suivi afin d’éviter toute rupture sécuritaire. Le calendrier opérationnel, tel qu’il a été présenté aux émissaires, n’a pas vocation à bouleverser d’un trait de plume l’équilibre local ; il s’agit d’aligner, étape par étape, la réalité du terrain avec la norme de souveraineté portée par l’État.

Architecture de la feuille de route : séquençage, contrôle et chaîne de commandement

Les éléments structurants de la feuille de route se déclinent en trois plans complémentaires. D’abord, le plan « commandement » fixe l’architecture hiérarchique et la chaîne de décision : l’armée pilote, coordonne et tranche, avec une cellule interinstitutionnelle chargée de l’interface civile (sécurité intérieure, municipalités, protection civile) et de la remontée d’informations. Ensuite, le plan « déploiement » organise la densification de la présence sur des zones définies, en privilégiant la continuité territoriale, l’appui logistique, et l’aptitude à intervenir rapidement en cas d’incident. Enfin, le plan « contrôle » articule la supervision avec les acteurs internationaux déjà présents, précise les procédures de constat des violations, de remontée de preuves et d’alerte diplomatique, et encadre l’échange d’informations pour prévenir toute lacune de coordination sur le terrain.

Ce séquençage inclut un volet de sûreté civile : protection des axes de desserte, mise à niveau de certains points d’appui, et protocole d’alerte pour les zones habitées à proximité des points de friction. La feuille de route ne se limite pas à la stricte dimension militaire ; elle encadre la circulation des informations, le périmètre d’initiative des autorités civiles et la priorisation des interventions d’urgence. Le principe directeur est l’« exclusivité étatique de l’usage de la force », qui se traduit concrètement par la clarification des responsabilités, la stabilisation des secteurs sensibles, et la limitation des chevauchements d’autorité. L’un des apports du texte est de sortir d’un flou fonctionnel accumulé au fil des ans, en posant des procédures écrites pour l’escalade de décision et la coordination interservices. L’exécutif a insisté sur le caractère « transitionnel » de cette phase : l’échelle d’application est progressive, ajustable, et fait l’objet d’un retour d’expérience institutionnalisé à intervalles réguliers.

Lignes rouges et conditions du Hezbollah : sécurité, temporalité et statut de la « résistance »

La position du Hezbollah s’organise autour de trois constantes qui structurent son discours. Première constante : la sécurité. Tant que le risque d’agression est jugé élevé, tout déplacement rapide du centre de gravité de la force est perçu comme un facteur de vulnérabilité. Le mouvement conteste l’idée d’un transfert brusque de responsabilités, au motif que l’armée devrait disposer de capacités supplémentaires pour couvrir les zones où le risque de débordement est le plus tangible. Deuxième constante : la temporalité. Le Hezbollah refuse une lecture « mécanique » du calendrier ; il soutient que la mise en œuvre doit être conditionnelle, indexée sur les faits et les comportements adverses, et non sur des dates fixes qui ne tiendraient pas compte d’un environnement évolutif. Troisième constante : le statut. Le mouvement maintient que son rôle est lié à une équation de dissuasion, et qu’une discussion sur une « intégration » ne peut s’ouvrir que si les garanties de sécurité sont robustes, vérifiables et pérennes. Dans cette perspective, tout glissement sémantique vers un « désarmement » unilatéral est récusé ; le terme même est présenté comme inopérant tant que les conditions de sécurité ne sont pas durablement réunies.

Cette grille se traduit, dans la pratique, par des « clauses de réalité » : refus d’un transfert qui créerait un vide opérationnel ; exigence d’un couplage étroit entre toute avancée interne et des garanties externes tangibles ; méfiance à l’égard de toute mise en scène diplomatique qui ignorerait la dynamique propre du terrain. Les responsables du mouvement rappellent que la consolidation de l’armée est un objectif partagé, mais que la séquence d’application doit protéger la marge de sécurité acquise au prix de longues années de frictions frontalières. Ils mettent en avant la notion de « non-vulnérabilisation », qui consiste à ne jamais substituer une norme juridique à une protection effective si la première devait affaiblir la seconde. Cette approche, souvent résumée comme une « ligne rouge », ne se réduit pas à un refus : elle pose des prérequis de sûreté, un test de bonne foi et un principe d’irréversibilité des garanties avant toute bascule du dispositif.

Ce que le gouvernement a réellement entériné : centralisation, phasage et contrôles croisés

Au début de mai 2025, l’exécutif a validé l’ossature de la feuille de route en retenant trois décisions notables. Premièrement, l’affirmation sans ambiguïté que l’usage de la force relève exclusivement de l’État, via son armée, sur l’ensemble du territoire. Cette règle est désormais la pierre d’angle du texte. Deuxièmement, l’adoption d’un phasage territorial : les secteurs les plus sensibles bénéficient d’un effort prioritaire de déploiement, d’appui logistique et de surveillance, de sorte que la montée en puissance soit d’abord concentrée là où le risque est le plus élevé. Troisièmement, la mise en place de contrôles croisés : suivi hebdomadaire par une cellule conjointe, rapport consolidé à échéance fixe, et capacité d’ajustement rapide si un indicateur passe au rouge (incident, incursion, violation technique des règles de déconfliction). L’exécutif a posé que ces contrôles ne visaient pas à « internationaliser » la décision, mais à documenter de manière robuste ce qui se produit dans les zones couvertes, afin de disposer d’éléments probants en cas d’incident diplomatique ou sécuritaire.

Pour limiter les effets d’annonce, le texte précise que les étapes d’application doivent être précédées d’un état des lieux technique et suivies d’une évaluation. Il n’est pas prévu de franchir deux paliers sans retour d’expérience sur le palier précédent. Le gouvernement a, de plus, demandé à ses administrations concernées de préciser les besoins en infrastructures de soutien (énergie, transmissions, mobilité) et d’identifier les goulets d’étranglement qui pourraient compromettre la continuité du service. Enfin, un volet « populations » prévoit un circuit d’alerte et d’information vers les municipalités, de manière à éviter les rumeurs, à prévenir les paniques locales et à maintenir la vie civile au plus près de la normale, y compris lors des opérations de renforcement de présence militaire.

Les obligations attendues d’Israël : cessez des violations, discipline aérienne et respect des résolutions

La séquence diplomatique du 18 mai 2025 n’a jamais été conçue comme un processus unilatéral. Les autorités libanaises ont articulé la mise en œuvre interne à un ensemble d’obligations miroirs attendues d’Israël. Le premier chapitre porte sur les violations. Il est demandé la cessation des incursions et des tirs de harcèlement à la frontière, la fin des franchissements ponctuels et le respect des mécanismes d’alerte et de déconfliction mis en place. L’objectif est de tarir les incidents répétitifs qui, additionnés, tendent à maintenir une pression de basse intensité sur le tissu civil. Le second chapitre concerne l’espace aérien. Il est attendu la fin des survols et des pénétrations régulières, conformément au droit international et aux engagements déjà actés. Le maintien d’une discipline aérienne est vu comme un test de bonne foi, immédiatement observable et mesurable.

Le troisième chapitre vise les résolutions internationales. Il est demandé un respect strict des dispositions en vigueur, avec un accent sur la prévention de toute action susceptible de remettre en cause l’équilibre local. Les autorités ont, en outre, formulé le principe d’un « test réciproque » : à chaque étape interne accomplie, il est attendu un signal externe symétrique ou supérieur, portant soit sur la réduction des activités militaires de l’autre partie à proximité de la ligne de démarcation, soit sur l’adoption de mesures concrètes qui abaissent le risque d’escalade. Cette logique de miroir n’est pas conçue comme un troc, mais comme une méthode de stabilisation graduelle, permettant de concentrer le contrôle international sur des éléments objectivables (trajectoires aériennes, compte rendu de patrouilles, incidents horodatés).

Rôle de l’armée libanaise : montée en puissance, coordination et soutenabilité

Le cœur opérationnel de la feuille de route repose sur la montée en puissance de l’armée. Trois chantiers ont été identifiés. D’abord, un chantier capacitaire : effectifs, mobilité, moyens de surveillance, transmissions sécurisées. L’objectif est de garantir une présence continue, crédible, capable de réponse rapide. Ensuite, un chantier de coordination : standardiser la relation avec la mission onusienne, lisser les procédures de compte rendu et d’escalade, clarifier les zones de responsabilité, partager des référentiels communs pour la qualification des incidents. Enfin, un chantier de soutenabilité : prévoir les rechanges, la maintenance, l’alimentation électrique, et la résilience des points d’appui pour que le dispositif tienne dans la durée sans à-coups. Ces trois briques doivent éviter le piège d’un déploiement impressionnant mais éphémère, qui épuiserait les unités sans gains pérennes.

La doctrine retenue est celle d’une présence « robuste mais lisible » : montrer l’État, signaler la capacité d’intervention, et organiser une coprésence apaisée avec la vie civile. Le déploiement s’accompagne d’un dispositif d’écoute des élus locaux et des services municipaux afin de calibrer l’effort au plus près du terrain. Ce dialogue a pour but de prévenir les incompréhensions et d’anticiper les nuisances (circulation, approvisionnements, services essentiels) liées à la hausse de l’activité militaire. La montée en puissance ne se veut ni spectaculaire ni intrusive ; elle doit se lire comme un retour à la normalité étatique dans des secteurs trop longtemps gouvernés par des réflexes d’exception.

Ce que change la visite Brak–Ortagus : méthode, garanties et levier international

La visite des émissaires américains a reconfiguré deux paramètres. Sur la méthode, d’abord : elle a permis de verrouiller des formulations techniques et de stabiliser un glossaire commun pour éviter les malentendus d’interprétation. Sur les garanties, ensuite : elle a ouvert une discussion sur le couplage entre progrès internes et signaux externes attendus, y compris la perspective d’un accompagnement international ciblé sur les besoins capacitaires identifiés. L’exécutif a souhaité que cet accompagnement ne soit pas conditionné à des objectifs politiques hors du périmètre sécuritaire, afin de préserver la cohérence d’ensemble. Les envoyés ont, pour leur part, insisté sur la crédibilité de la trajectoire, c’est-à-dire sur la capacité de l’État à faire ce qu’il écrit, à l’échelle des semaines et des mois, et non des seules déclarations.

La dimension la plus sensible tient au levier international. L’idée n’est pas de « surveiller » l’État de l’extérieur, mais de lui offrir un filet d’appui à la fois visible et limité, de manière à rassurer les acteurs encore sceptiques sur la soutenabilité du déploiement. Dans cette logique, chaque pas interne doit produire un effet externe mesurable : baisse des incidents recensés, diminution des survols, raréfaction des franchissements, amélioration du sentiment de sécurité des riverains. Ce faisceau d’indicateurs sert à objectiver la trajectoire et à tenir la pression sur les obligations réciproques.

Où se situe le point d’équilibre : sécurité tangible, norme de souveraineté et calendrier réaliste

Au terme de cette séquence, trois paramètres déterminent le point d’équilibre. Le premier est la sécurité tangible, celle que mesurent les habitants des zones concernées à l’aune des incidents concrets et de la régularité des patrouilles visibles. Le second est la norme de souveraineté, que l’on passe d’un énoncé de principe à une pratique quotidienne, avec une chaîne de commandement clarifiée et assumée. Le troisième est le calendrier, qui n’a pas à être une fuite en avant ni une échappatoire : il doit être assez tendu pour éviter l’enlisement, assez flexible pour ne pas créer le vide. Entre l’affirmation d’un monopole étatique, les conditions de sécurité posées par le Hezbollah et les obligations extérieures attendues d’Israël, la dynamique repose sur une discipline de méthode : documenter, séquencer, vérifier. C’est ainsi que la feuille de route se donne une chance d’exister au-delà des formules, en réinstallant pas à pas la centralité de l’État dans la gestion d’un front où les malentendus ont trop longtemps servi de politique.

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