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Drôle de titre pour célébrer le 14 février, mais il ne s’agit pas de la fête chrétienne mais de la 6ème célébration de l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri. Divorce parce que les derniers sondages, effectués en novembre et en décembre dernier, bien avant la chute du gouvernement Saad Hariri, démontrent le phénomène entre les différentes communautés libanaises, à la question de nommer un dirigeant d’envergure nationale, 51% des sunnites citant Saad Hariri et seul 11% des chiites et 3% des chrétiens le nommant, le sondage cité n’abordant pas le cas de son père.Ce divorce n’est pas sans conséquence pour expliquer justement, l’absence d’un rassemblement de masse, place des Martyrs, les dirigeants du 14 Mars ayant préféré une cérémonie, « plus intime » au Biel, cérémonie qui aura lieu aujourd’hui dans l’après midi.

Pourquoi une telle différence? Le choc de l’annonce de l’assassinat de Rafic Hariri avait provoqué une mobilisation nationale, une convergence autour de l’idée de libanité de 2 des 3 composantes communautaires libanaises, à savoir la chrétienne, mobilisée depuis 1975 et qui avait en fin de compte été marginalisée depuis la signature des accords de Taëf et la fin des prérogatives de la présidence de la république, et sunnite, qui n’avait rejoint le mouvement indépendantiste à l’égard de la Syrie qu’après le choc. Cependant pour les chrétiens, Rafic Hariri représentait justement cette marginalisation, il s’était donc discrédité tout au long des années au cours desquelles il avait collaboré, en étant à la tête du Conseil des Ministres, avec les autorités syriennes et les fameux Ghazi Kenaan et autres Ghustom Razalé.

J’étais présent lors des manifestations du 14 mars 2005, plein d’espoir, estimant qu’alors les dernières pages de la guerre civile avaient été finalement tournées par le rassemblement autour de l’identité d’un état nation « Liban ». J’avais rêvé à une société apaisée, pacifique, réunie dans toutes ses composantes, j’avais rêvé à un état de droit ou chaque citoyen serait libre et égal à l’autre.

J’étais déçu. La révolution des cèdres n’était pas une révolution, tout juste une rébellion contre des envahisseurs mais on n’a pas fait « tomber de tête », les collaborateurs proches du pouvoir syrien ayant profité des évènements pour garder, pour leur propre compte, le pouvoir.

Le 14 Mars 2005, des hommes politiques avaient appelé les manifestants à rentrer chez eux, « on s’occupe de tout, vous pouvez rentrer chez vous ». Au lieu de pousser Emile Lahoud à démissionner, ils ont préféré le garder en lieu et place d’élire un nouveau locataire du Palais de Baabda, il ne fallait alors pas avoir à la tête de l’état, un président de la république réellement représentatif de la communauté chrétienne. Au lieu de nommer des hommes qui n’avaient pas collaboré avec les Syriens, ils ont nommé un Fouad Saniora qui avait permis le vol de l’état par les syriens, auréolé d’une nouvelle virginité seulement. Au lieu de créer les conditions à la Paix, ils ont libéré les criminels de tout bord, sous le couvert d’une loi d’amnésie. Au lieu de construire une justice libanaise véritablement indépendante, juste, libre, souveraine, -ils avaient le temps en 5 ans pour trouver des magistrats qui ne se sont pas discrédités lors de l’occupation – ils ont préféré une justice internationale tutélaire. Sous le couvert de cette même justice internationale, ils ont dénié la véritable justice libanaise, l’idée de légalité, selon qu’on soit Rafic Hariri ou un simple quidam passé par là, par accident. Ils iront même jusqu’à dénaturer la « Hakika » qui nous était si chère en 2005.

« Houriyé »? Quelle liberté a-t-on aujourd’hui, on ne peut plus se déplacer librement entre régions libanaises, sans devoir consulter non pas la météo, 2 jours à l’avance, mais « la météo sécuritaire. « Instaklal », dites-vous? Les ingérences étrangères, saoudiennes, syriennes, égyptiennes, américaines, iraniennes, n’ont jamais été aussi évidentes, comme le démontre les derniers évènements. On nous a renié tous les concepts qui étaient derrière nos slogans du 14 Mars 2005, ceux-là même qui s’étaient accaparés notre ras le bol, nos manifestations, notre appel à l’aide.

Plus encore, ils ont continué à se servir dans les caisses de l’état, plus encore, ils ont trahi l’idée d’une nation libanaise, en exacerbant le confessionnalisme politique sous le couvert d’une lutte contre l’une de ses composantes, la communauté chiite, plus encore ils ont agité ce même confessionnalisme en dévastant, le 5 février 2006, le quartier chrétien d’Ashrafieh par des islamistes sunnites.

Plus encore, la menace palestinienne était toujours présente comme en 1975, avec cette fois-ci, non pas les acteurs de la lutte contre Israël comme l’OLP mais des franges plus extrémistes, comme le Fatah al Islam à Nahr Bared, pour ne pas nommer les différents groupuscules islamistes présents à Ein Helwé, on faisait à nouveau les mêmes erreurs qui avaient conduit le Liban à une guerre et qui auraient pû encore une fois nous emporter dans les abîmes d’un conflit fraticide, pour ne pas nommer ensuite les différents relents des propres racistes, sous le couvert d’une lutte politique, accusant les uns et les autres de trahir, une soit disant révolution qui n’avait en fait pas eu lieu par leur propre faute. Cette suite des évènements qui m’avaient placé dans une logique d’opposition au mouvement en place dès le soir du 14 Mars 2005, m’avait donc donné raison.

Le 14 Mars 2005, quelques photographies que j’avais pris à l’époque l’illustrent, j’étais, je n’y suis plus retourné.

Par Frenchy
Libnanews

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