Les frappes israéliennes massives contre l’Iran dans la nuit du 12 au 13 juin 2025, baptisées opération « Lion dressé », ont marqué une escalade sans précédent dans les tensions entre les deux pays. Ciblant les sites nucléaires de Natanz et Fordow ainsi que des bases militaires, ces raids, qui ont tué des commandants des Gardiens de la révolution et des scientifiques nucléaires, ont provoqué une réponse iranienne immédiate, avec des drones en route vers Israël. Alors que l’Iran promet une « punition sévère » et qu’Israël se prépare à de nouvelles vagues d’attaques, la question d’une guerre ouverte se pose avec acuité. Cet article examine les risques d’un conflit direct, les capacités militaires des deux nations et les implications pour le Liban, déjà fragilisé par un Hezbollah affaibli.
Les risques d’une guerre ouverte
Les tensions entre Israël et l’Iran, exacerbées depuis des décennies, ont atteint un point critique. Les signes d’escalade étaient clairs : l’attaque israélienne contre l’annexe du consulat iranien à Damas en avril 2024, les assassinats d’Ismaïl Haniyeh (Hamas) en juillet 2024 et de Hassan Nasrallah (Hezbollah) en septembre 2024, suivis des tirs de 200 missiles iraniens sur Israël le 1er octobre 2024. Les frappes israéliennes du 26 octobre 2024, puis celles du 13 juin 2025, visent à neutraliser le programme nucléaire iranien et à affaiblir ses capacités militaires. L’Iran, dénonçant une « violation flagrante » de sa souveraineté, a mobilisé ses forces aériennes et lancé des drones, tandis que le Guide suprême Ali Khamenei promet une réponse « dévastatrice ».
Une guerre ouverte est plausible pour plusieurs raisons. Premièrement, les frappes israéliennes, qui ont décimé des figures clés comme Hossein Salami et Mohammad Bagheri, pourraient pousser l’Iran à riposter pour préserver sa crédibilité régionale. Deuxièmement, les alliés de l’Iran, notamment le Hezbollah au Liban, pourraient être mobilisés, élargissant le conflit. Troisièmement, l’absence d’une médiation internationale efficace, malgré les appels à la retenue de l’ONU et des États-Unis, accroît le risque d’escalade. Cependant, des facteurs limitent ce risque : l’Iran, affaibli par les frappes, pourrait privilégier une réponse mesurée pour éviter une guerre totale, tandis qu’Israël, conscient des coûts d’un conflit prolongé, pourrait chercher à contenir l’escalade après avoir atteint ses objectifs stratégiques.
Potentiel militaire d’Israël
Israël dispose d’une des armées les plus avancées au monde, avec un budget de défense d’environ 24 milliards de dollars en 2025. Son armée de l’air, pilier de l’opération du 13 juin, compte plus de 350 avions de combat modernes, dont 50 F-35 furtifs, capables de pénétrer les défenses aériennes iraniennes. Les frappes de juin ont mobilisé plus de 200 appareils, larguant 330 munitions sur une centaine de cibles, démontrant une capacité de projection à longue distance. Le système de défense antimissile multicouche d’Israël, incluant Arrow 3, David’s Sling et Iron Dome, a intercepté la majorité des 200 missiles iraniens en octobre 2024, bien que des dégâts limités aient été rapportés.
L’armée israélienne compte environ 170 000 soldats actifs et 465 000 réservistes, mobilisés rapidement, comme en témoigne le rappel de milliers de réservistes le 13 juin. Israël possède également un arsenal non déclaré d’armes nucléaires (estimé à 80-200 ogives), bien que son utilisation reste improbable sauf en cas de menace existentielle. Les services de renseignement, notamment le Mossad, ont joué un rôle clé dans les sabotages en Iran, comme l’assassinat de scientifiques nucléaires et l’opération Stuxnet. Cependant, une guerre prolongée exposerait les faiblesses d’Israël : une population de 9,5 millions vulnérable aux roquettes à longue portée et une dépendance aux importations énergétiques.
Potentiel militaire de l’Iran
L’Iran, avec un budget de défense d’environ 12 milliards de dollars, mise sur une stratégie asymétrique. Ses forces armées comptent 610 000 soldats actifs et 350 000 réservistes, dont 150 000 Gardiens de la révolution (IRGC), qui contrôlent un vaste arsenal de missiles balistiques (plus de 3 000, dont des missiles à moyenne portée comme le Shahab-3). Les frappes israéliennes d’octobre 2024 ont affaibli ses défenses aériennes, rendant l’Iran vulnérable, comme l’a montré l’opération du 13 juin. Cependant, l’Iran a démontré sa capacité à lancer des attaques massives, comme les 200 missiles d’octobre 2024 et les drones du 13 juin.
L’Iran s’appuie sur ses alliés régionaux, notamment le Hezbollah, les Houthis au Yémen et les milices pro-iraniennes en Irak et en Syrie, pour mener une guerre par procuration. Son programme nucléaire, bien que retardé par les frappes sur Natanz et Fordow, reste une menace, avec une capacité d’enrichissement d’uranium à 60 % en 2025, proche du seuil militaire. Les pertes récentes de commandants clés et de scientifiques nucléaires limitent ses capacités de coordination, mais l’Iran conserve un avantage en nombre et en profondeur stratégique, grâce à son vaste territoire et sa population de 88 millions.
Implications pour le Liban : un Hezbollah affaibli sous pression
Le Liban, allié de l’Iran via le Hezbollah, est particulièrement vulnérable. Le Hezbollah, affaibli par la mort de Hassan Nasrallah, de Hashem Safieddine et d’environ 500 combattants en 2024, ainsi que par la destruction de 90 % de son infrastructure militaire dans le sud du Liban, conserve un arsenal réduit mais significatif de 120 000 à 200 000 roquettes et missiles. Les frappes israéliennes contre l’Iran pourraient inciter le Hezbollah à riposter depuis le Liban-Sud, malgré sa faiblesse actuelle, pour honorer son alliance avec Téhéran. Une telle action déclencherait une réponse israélienne massive, dévastant le Liban-Sud et les banlieues sud de Beyrouth, comme en 2006.
Le Liban, en proie à une crise économique où 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, ne peut supporter un conflit. Les hôpitaux, limités par des pénuries, seraient débordés, et les infrastructures, déjà fragiles, s’effondreraient. Des déplacements massifs depuis le Liban-Sud aggraveraient la crise des réfugiés, dans un pays hébergeant 1,5 million de Syriens. Les tensions sectaires, exacerbées par le rôle du Hezbollah, pourraient dégénérer en violences internes, tandis que le gouvernement de Nawaf Salam, impuissant, ne peut empêcher une escalade.
Perspectives : une escalade à haut risque
Une guerre ouverte entre Israël et l’Iran, bien que non inéluctable, est un risque majeur. La supériorité technologique et aérienne d’Israël, combinée à son système de défense antimissile, lui donne un avantage en cas de conflit limité. Cependant, l’Iran, avec ses missiles balistiques et ses alliés régionaux, peut infliger des dommages significatifs, notamment via le Hezbollah, malgré son affaiblissement. Les frappes du 13 juin, qualifiées de « succès » par Netanyahou, ont affaibli l’Iran mais n’ont pas éliminé sa capacité de riposte. La région, déjà déstabilisée, risque un embrasement, avec le Liban comme première victime.
Les appels à la retenue de l’ONU et des États-Unis, qui insistent sur une solution diplomatique, peinent à calmer les tensions. La fermeture des espaces aériens en Iran et en Jordanie, ainsi que la mobilisation israélienne de réservistes, signalent une crise imminente. Les prochains jours seront cruciaux pour déterminer si une guerre totale peut être évitée ou si le Moyen-Orient basculera dans un conflit dévastateur.



