14133041527_4ea9f682cb_kL’arabité tant chrétienne que musulmane est née d’une même présence humaine en terre levantine arabe .

L’expression «  Chrétiens d’Orient » désigne les chrétiens apparus d’abord au Proche Orient puis dans l’est et le sud-est de l’Europe et qui se sont répandus au fil du temps dans le globe entier. Le christianisme est né et s’est développé dans la partie orientale de l’empire romain. C’est à Antioche, la capitale de la province de Syrie que les disciples du Christ auraient pour la première fois reçu le nom de « Chrétiens ». Il est certain qu’Edesse, capitale du royaume d’Osroène, a été le cœur de la chrétienté de langue araméenne. La première trace de chrétiens à Edesse en Mésopotamie date de l’an 200.

A la fin du troisième siècle, le christianisme s’étend dans le Golfe arabo-persique. Au début du quatrième siècle, l’empereur romain Constantin se convertit au Christianisme et, en 391, le christianisme devient la religion officielle de l’empire romain. En s’appuyant sur l’empereur, protecteur de tous les chrétiens, les chrétiens d’orient parviennent à former une communauté nombreuse et organisée. Celle-ci est toutefois traversée de litiges théologiques et christologiques qui portaient sur la ou les natures du christ. A Antioche, les théologiens chrétiens, appuyés par le patriarche de Constantinople Nestorius, défendent l’idée de l’existence de deux natures distinctes, humaine et divine, du christ. Marie, en l’occurrence, est uniquement la mère de l’homme et pas du dieu. A l’inverse, les théologiens d’Alexandrie défendent l’idée de l’union parfaite de l’homme et du dieu dans la personne du Christ. En 542, l’impératrice Théodora, qui soutient les Unitariens, nomme l’évêque monophysite, Jacques Baradée, sur le siège d’Edesse, donnant naissance à l’église syriaque orthodoxe ou jacobite, qui se développe dans la campagne syrienne. L’église étant contestée par les autorités religieuses d’Antioche, ses partisans doivent trouver refuge dans des couvents dans les actuelles terres syriennes et palestiniennes.

Les états latins fondes par les croisés inspirent la création d’un état sioniste en Palestine. 

Aux septième et huitième siècles, la plupart des chrétiens d’Orient sont majoritaires dans la région de l’actuel Moyen-Orient, où ils cohabitent avec les musulmans, et le restent jusqu’au Moyen âge. La première colonisation de l’Orient par les Européens commence en effet avec la première croisade prêchée par le pape Urbain II, sous prétexte de délivrer Jérusalem. Les premiers croisés fondent en Palestine et au Liban des États latins, premières colonies européennes qui sont longtemps restées en état de guerre avec les peuples d’Orient. 8oo ans plus tard, cette colonisation inspire une autre « croisade » sioniste appuyée aussi par les Européens, les « anciens croisés », pour créer Israël en Palestine.

Les chrétiens d’Orient, source de dynamisme de la population de l’Orient, jouent un rôle primordial dans les domaines culturel, social, économique et politique ainsi que dans le dialogue entre les différentes civilisations et religions. Ils participent, à travers l’histoire, à la construction du lien social des pays du Levant, au Liban, en Syrie, en Palestine, en Irak, en Égypte et en Jordanie. Bien ancrés dans l’ensemble de ces pays, ils forment aujourd’hui partie intégrante de leur tissu social.

L’arabité chrétienne est ainsi ancrée dans le Levant et n’y a pas été importée par un quelconque conquérant militaire ni un colonisateur qui l’aurait laissée derrière lui. L’arabité tant chrétienne que musulmane naît d’une même présence humaine en terre levantine et arabe, l’entente entre les chrétiens d’Orient et les musulmans émane donc de l’identité arabe de cette présence. C’est au sein de ce système culturel arabe que les Chrétiens orientaux et les musulmans évoluent et œuvrent ensemble pendant des siècles dans un esprit de tolérance. A l’aube de la Renaissance arabe (la Nahda) du XIXe siècle, les intellectuels arabes chrétiens jouent notamment un rôle primordial dans le renouvellement de la pensée arabe, en créant des espaces plus vastes de tolérance, de liberté et de démocratie.

La montée des courants islamiques est plus un projet politique qu’un éveil religieux.

Partant, les tentatives actuelles d’extirpation des Chrétiens arabes d’orient de leurs sociétés et de leurs lieux de présence historique, dans le but de les confiner ailleurs dans des enclaves fermées, s’apparente à un projet de destruction des sociétés levantines arabes. L’Etat d’Israël, soutenu par l’Occident et par le mouvement sioniste, est un exemple parlant de cette dynamique. Dans ce contexte, il est nécessaire de mettre un terme à la représentation des problèmes des sociétés arabes levantines par le prisme de problèmes entre des « majorités » et des « minorités », imposé par leurs lectures orientalistes qui menacent leur composante chrétienne levantine même.

Les mutations que connaît actuellement le Levant arabe, avec la montée des courants religieux et des groupes islamistes (takfiri en particulier), soutenus par l’Occident d’autant qu’ils relèvent parfois de projets politiques avant d’être un éveil religieux, contribuent à la décomposition du Levant arabe et de ses structures sociales. Elles mènent aussi, sur le plan idéologique et politique, à réaliser des projets politiques et religieux susceptibles de créer des conflits et des guerres sanglants et d’avoir des conséquences néfastes sur la présence et l’identité arabe des Chrétiens d’Orient.

La crise en présence est donc celle de la pensée, du projet et du comportement des Musulmans et celle des Chrétiens d’Orient qui quittent leur terre pour des terres d’exil occidentales. La cause majeure de leur épreuve demeure l’intervention des puissances colonisatrices et d’occupation, qui les divisent, installent sur la terre de Palestine l’Etat d’Israël et construisent, dans la région, des communautés religieuses et politiques qui, en s’opposant les unes aux autres et en s’entretuant, permettent en définitive à ces puissances de préserver leur influence.

Sayed Frangieh

Juin 2014

1 COMMENTAIRE

  1. Parmi les pays orientaux cités, il est important de souligner l’exemple donné par la Jordanie. Ce pays à su se protéger, sauvegarder ses frontières, garantir la sécurité et la prospérité à son peuple, fortifier et donner des perspectives d’avenir au pays et aux citoyens, et ainsi éviter le drame de l’émigration de ses élites. Bref, je résumerais en disant que la Jordanie à réussit sur tous les plans où les autres pays orientaux ont échoué…

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