Les informations qui ont circulé mercredi après-midi sur la situation de deux journalistes bloquées dans la localité de Tiri, au sud du Liban, ont été nombreuses, parfois fragmentaires, parfois contradictoires. Les éléments publiquement confirmés à cette heure permettent toutefois de fixer un socle clair. Deux journalistes libanaises, Amal Khalil et Zainab Farj, se sont retrouvées bloquées dans le secteur de Tiri alors que des frappes israéliennes touchaient la zone. Le ministre libanais de l’information, Paul Morcos, a affirmé qu’Israël empêchait la Croix-Rouge libanaise et l’armée libanaise de les atteindre. Le gouvernement libanais a indiqué suivre les contacts en cours pour permettre leur sortie. En revanche, plusieurs détails largement diffusés au fil de la journée, notamment sur la chronologie exacte de plusieurs frappes, sur la route précise coupée et sur l’issue définitive de l’évacuation, ne faisaient pas encore l’objet, au moment de la rédaction, d’une confirmation complète et convergente par l’ensemble des canaux officiels consultés.
L’incident s’inscrit dans une séquence déjà très lourde pour les journalistes au Liban-Sud. Depuis la reprise de la guerre en mars, les professionnels de l’information paient un prix croissant sur le terrain. Le 28 mars, trois journalistes avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud du pays. Quelques jours plus tard, le ministre de l’information avait repris contact avec la FINUL pour discuter de mécanismes de protection des équipes de presse. Puis, le 15 avril, il avait saisi par écrit la rapporteuse spéciale des Nations unies compétente, via le ministère des affaires étrangères, à propos du ciblage des journalistes. C’est dans ce contexte de forte dégradation de la sécurité des médias qu’est survenu l’épisode de Tiri.
Deux journalistes bloquées dans le secteur de Tiri
Les noms qui reviennent dans l’ensemble des récits disponibles sont ceux d’Amal Khalil et de Zainab Farj. Les deux journalistes se trouvaient mercredi dans la localité de Tiri, dans le caza de Bint Jbeil, lorsque le secteur a été visé par des frappes israéliennes et que l’accès à la zone est devenu extrêmement difficile. Le point central confirmé par une déclaration publique du ministre libanais de l’information est que les deux journalistes étaient alors hors d’atteinte immédiate des secours.
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Selon Paul Morcos, Israël assiégeait les deux journalistes à Tiri et empêchait la Croix-Rouge libanaise ainsi que l’armée libanaise de les rejoindre. Cette déclaration constitue, à cette heure, l’élément officiel le plus clair sur la situation opérationnelle sur le terrain. Elle confirme à la fois l’existence d’un blocage, le rôle des deux journalistes, leur localisation générale et la difficulté d’un accès humanitaire ou sécuritaire à la zone.
Des médias libanais ont diffusé dans l’après-midi des versions plus détaillées, évoquant notamment une seconde frappe ayant coupé une route d’accès pour empêcher l’arrivée des ambulances, puis l’entrée d’une équipe de la Croix-Rouge dans la localité pour évacuer les deux journalistes. Ces éléments ont circulé rapidement et ont été relayés dans de nombreux canaux locaux. Toutefois, au moment de la rédaction, ils n’avaient pas tous été corroborés avec le même degré de précision par les canaux officiels consultés.
La prudence reste donc nécessaire sur la séquence exacte des frappes et sur le statut final de l’évacuation. Ce qui est confirmé, en revanche, est que les deux journalistes étaient bloquées dans un secteur sous feu, que les secours ne pouvaient pas atteindre librement la zone selon le ministre de l’information, et que des efforts étaient en cours pour permettre leur sortie.
Le gouvernement libanais suit les efforts de sortie
Dans les informations locales diffusées mercredi, il a aussi été indiqué que le premier ministre Nawaf Salam suivait depuis Paris, avec le commandement de la FINUL, les efforts destinés à permettre la sortie des journalistes retenues à Tiri. Cette précision a été relayée par des médias libanais audiovisuels. Elle s’inscrit dans un contexte où Nawaf Salam se trouvait effectivement à Paris pour une série d’entretiens diplomatiques avec les autorités françaises.
Sur le plan strictement factuel, cette information s’ajoute à la déclaration de Paul Morcos sur le blocage de la Croix-Rouge et de l’armée libanaise. Elle suggère que la chaîne de suivi ne se limitait pas au ministère de l’information, mais impliquait aussi la présidence du Conseil et la FINUL. À cette heure, l’élément pleinement confirmé par des sources accessibles reste l’existence de contacts en cours et d’efforts pour obtenir la sortie des journalistes. L’issue complète de ces efforts n’était pas encore documentée de manière identique dans tous les canaux officiels consultés.
Le rôle de la FINUL dans une telle situation n’a rien d’inhabituel. La mission onusienne est régulièrement sollicitée pour faciliter l’accès à certaines zones, porter des messages entre les parties, sécuriser des fenêtres de mouvement ou appuyer la circulation d’équipes de secours dans les secteurs les plus exposés. Mais dans le cas présent, aucun communiqué détaillé de la mission, accessible au moment de la rédaction, ne donnait encore une chronologie exhaustive de l’incident ou de son dénouement.
Un nouvel épisode dans une guerre déjà meurtrière pour la presse
L’incident de Tiri survient moins d’un mois après l’un des épisodes les plus graves pour les médias au Liban depuis la reprise de la guerre. Le 28 mars, une frappe israélienne dans le sud du pays a tué Ali Shoeib, journaliste d’Al-Manar, ainsi que Fatima Ftouni, journaliste d’Al-Mayadeen, et son frère Mohammed Ftouni, vidéaste. Les chaînes concernées ont affirmé que leur véhicule avait été touché alors qu’ils couvraient les combats.
L’armée israélienne a reconnu avoir visé Ali Shoeib, qu’elle a présenté comme un membre d’une unité de renseignement du Hezbollah, sans fournir d’éléments publics étayant cette accusation dans sa communication initiale. Elle n’a pas revendiqué la mort des deux autres journalistes dans cette même prise de parole. Les autorités libanaises, elles, ont condamné un crime contre des civils protégés par leur statut professionnel.
À la suite de cette frappe de mars, le ministre de l’information Paul Morcos a multiplié les démarches. Il a dénoncé publiquement ce qu’il a présenté comme des attaques répétées contre les journalistes. La NNA a ensuite rendu compte d’un entretien du ministre avec la FINUL consacré aux mesures concrètes de protection des journalistes pendant leurs déplacements dans le Sud. Puis, le 15 avril, l’agence a signalé qu’une lettre officielle avait été transmise à la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la question du ciblage des journalistes.
Le dossier n’est pas seulement libanais. Le 2 avril, des experts des Nations unies ont appelé à une enquête internationale indépendante sur les attaques israéliennes contre des journalistes au Liban. Cette prise de position est intervenue quelques jours après la mort des trois journalistes du 28 mars. Elle a renforcé la dimension internationale du sujet, déjà relayé par plusieurs organisations de défense de la presse.
Des précédents récents autour d’Amal Khalil
Le nom d’Amal Khalil n’apparaît pas pour la première fois dans les alertes liées à la sécurité des journalistes. En septembre 2024 déjà, la journaliste d’Al-Akhbar avait déclaré publiquement avoir reçu une menace attribuée à un numéro israélien lui ordonnant de quitter le sud du Liban. Cette menace avait alors été relayée par des médias libanais. Cet antécédent ne permet pas d’établir un lien direct avec l’incident de mercredi à Tiri, mais il éclaire la vulnérabilité particulière des reporters installés de longue date sur la ligne de front.
Depuis mars 2026, la situation s’est nettement aggravée. Reuters a rapporté le 28 mars que le Comité pour la protection des journalistes recensait déjà plusieurs professionnels des médias tués au Liban, en Iran et à Gaza depuis le début de la guerre régionale ouverte fin février. Les organisations professionnelles et les associations de défense de la presse ont, de leur côté, multiplié les mises en garde sur les risques croissants encourus par les journalistes qui continuent à travailler dans le Sud-Liban.
À cela s’ajoutent les contraintes physiques de la guerre. Routes coupées, zones interdites d’accès, destructions, frappes répétées, présence de drones, restrictions de circulation et difficultés de coordination avec les secours font de chaque couverture de terrain une opération à haut risque. L’épisode de Tiri s’inscrit dans cette réalité quotidienne de plus en plus dangereuse.
Une zone sous tension permanente
La localité de Tiri et, plus largement, le secteur de Bint Jbeil se trouvent dans une zone où les opérations militaires israéliennes et les restrictions de mouvement se sont intensifiées depuis la mi-avril, malgré la trêve temporaire annoncée entre Israël et le Liban. Israël a diffusé de nouvelles cartes demandant aux habitants de plusieurs secteurs du Sud-Liban de rester à l’écart de zones qu’il considère comme dangereuses et de ne pas s’approcher du Litani. Dans ce contexte, de nombreuses localités sont restées partiellement inaccessibles, soit en raison des frappes, soit à cause des destructions, soit du fait d’interdictions ou d’avertissements militaires. Pour les journalistes comme pour les secours, cette situation complique toute intervention rapide. Les ambulances, les équipes de secours et parfois même les unités de l’armée libanaise doivent négocier des accès dans des zones où la ligne de front reste mouvante.
L’incident de Tiri, replacé dans ce contexte, montre combien une couverture journalistique au Sud-Liban dépend désormais d’un environnement extrêmement instable. Il montre aussi que la question de la protection des journalistes ne se limite plus aux seules frappes directes contre des équipes de presse. Elle concerne aussi l’accès aux blessés, la possibilité d’une évacuation et la capacité des secours à entrer dans une zone bombardée.
L’épisode de Tiri ajoute, quoi qu’il en soit, un nouveau dossier au contentieux déjà lourd entre l’État libanais, les organisations de défense de la presse et Israël sur la protection des journalistes en zone de guerre. Il survient alors que Beyrouth a déjà saisi les Nations unies sur cette question et que les mécanismes de sécurité censés limiter les risques pour les médias étaient encore à l’étude avec la FINUL quelques jours auparavant.


