jeudi, février 19, 2026

Les derniers articles

Articles liés

La Gap Law et la question de la responsabilité politique et financière

- Advertisement -

Le diagnostic sur l’échec du plan Lazard est aujourd’hui largement partagé : il s’agissait d’un plan sérieux, structuré, techniquement cohérent. Son sabotage par la démagogie politique, les intérêts croisés et la peur de trancher constitue une faute historique. Refuser toute décision au nom d’un populisme prétendument protecteur a eu un coût immense — un coût qui continue d’être payé.

C’est précisément parce que l’échec du plan Lazard a été si lourd que la Gap Law, telle qu’elle est aujourd’hui conçue, pose un problème fondamental. Non parce qu’elle « commence quelque part », mais parce qu’elle commence en effaçant ce qui devrait être le cœur de toute sortie de crise : les responsabilités.

Cette loi ne juge pas.
Elle ne tranche pas.
Elle ne hiérarchise pas les fautes.

Elle dit peu — ou rien — des trente années de déficits budgétaires chroniques, des surfacturations systémiques, d’un État vivant à crédit sur les dépôts. Elle ne dit rien des ingénieries financières perdantes de la Banque centrale, conçues pour masquer ces déficits et prolonger l’illusion. Elle ne dit rien non plus de l’irresponsabilité massive des banques, qui ont concentré l’essentiel des dépôts sur un seul débiteur — l’État — sans analyse sérieuse de solvabilité, en violation de toute règle élémentaire de gestion du risque.

Une loi qui répartit les pertes sans établir clairement les fautes devient mécaniquement une loi d’effacement des responsabilités. Et dans ce schéma, comme toujours, celui qui supporte le poids réel n’est ni le décideur public, ni le banquier, ni l’ingénieur financier, mais le peuple — le déposant ordinaire, captif, sans avocat, sans levier.

Présenter la Gap Law comme un outil permettant d’engager les responsabilités est un contresens dangereux. Le risque réel est inverse : dissoudre ces responsabilités dans une abstraction comptable, dans une « clarification » chiffrée qui neutralise la question morale, juridique et politique de la faute. Clarifier les pertes n’est pas juger les causes. Répartir n’est pas rendre justice.

L’absence de capital controls fut un scandale.
Les transferts sélectifs ont constitué un crime social.

Mais une loi adoptée après coup, sans mécanisme clair d’imputabilité, sans articulation explicite entre pertes et responsabilités, risque de sanctuariser l’impunité au lieu de la briser.

Le danger n’est pas de refuser toute réforme.
Le danger est d’accepter une réforme qui ferme définitivement la porte à la justice, au nom de l’urgence.

Le Liban n’a pas seulement besoin d’un cadre technique pour sortir de la crise. Il a besoin d’un acte fondateur rétablissant un principe simple : on ne sauve pas un système en effaçant les fautes, et on ne reconstruit pas la confiance en demandant une fois de plus aux plus faibles de payer pour les plus puissants.

Sans cela, la Gap Law risque de ne pas être le dernier rempart, mais le dernier voile posé sur un effondrement déjà acté.

- Advertisement -
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

A lire aussi