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La rencontre à la Maison-Blanche entre Donald Trump et Ahmad al-Sharaa : un virage diplomatique inattendu

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La scène qui s’est déroulée ce lundi 10 novembre 2025 dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche marque un moment singulier dans les annales des relations internationales. Donald Trump, président des États-Unis, a reçu Ahmad al-Sharaa, le dirigeant syrien intérimaire, pour la première visite officielle d’un chef d’État syrien à Washington depuis l’indépendance de la Syrie en 1946. Cet entretien, qui s’inscrit dans un contexte de recomposition rapide du paysage géopolitique au Moyen-Orient, illustre les pragmatismes parfois abrupts de la diplomatie américaine. Al-Sharaa, autrefois connu sous le nom de guerre d’Abu Mohammad al-Jolani et désigné comme terroriste par les autorités américaines, s’est présenté en costume sombre et cravate rouge, symbolisant une transition qui défie les catégories traditionnelles du conflit syrien.

Cette rencontre n’est pas seulement un événement protocolaire ; elle traduit une évolution profonde des priorités stratégiques de Washington vis-à-vis de Damas. Moins d’un an après la chute du régime de Bachar al-Assad, en décembre 2024, les États-Unis ont choisi d’engager un dialogue direct avec le nouveau pouvoir syrien, issu des rangs des rebelles islamistes. Le président Trump, qui avait déjà rencontré al-Sharaa en mai dernier à Riyad, en Arabie saoudite, a salué son hôte comme un « homme dur, issu d’une région difficile », ajoutant qu’ils s’entendaient « très bien ». De son côté, al-Sharaa a qualifié cette visite de « tournant majeur » pour la Syrie, soulignant son désir de construire des « relations stratégiques » avec les États-Unis.

Du djihadisme à la tête de l’État syrien : le parcours d’Ahmad al-Sharaa

Ahmad al-Sharaa, né en 1982, a émergé comme une figure centrale de la rébellion syrienne. Ancien combattant d’Al-Qaïda en Irak, où il a été détenu par les forces américaines, il a fondé en 2012 le Front al-Nosra, affilié à Al-Qaïda, avant de le transformer en 2017 en Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), une coalition rebelle dominant la région d’Idlib. Sous sa direction, HTS a mené une offensive fulgurante contre les forces loyalistes d’Assad, aboutissant à la prise de Damas fin 2024. Al-Sharaa a alors abandonné son pseudonyme de guerre pour adopter son nom civil, marquant une rupture symbolique avec son passé jihadiste.

Ce parcours, jalonné de violences et d’alliances opportunistes, suscite des interrogations persistantes. Al-Sharaa a nié toute implication directe dans les attentats du 11 septembre 2001, déclarant lors d’une interview à Fox News : « J’avais 19 ans. Al-Qaïda n’était pas sous ma responsabilité, et je n’avais aucune autorité pour prendre des décisions. » Cette affirmation vise à dissiper les soupçons sur ses liens passés avec des réseaux terroristes, mais elle n’efface pas les années où un mandat d’arrêt américain offrait 10 millions de dollars pour sa capture. Néanmoins, le nouveau dirigeant syrien a entrepris une série de réformes pour modérer l’image de HTS : dissolution des tribunaux islamistes radicaux, promesses de protection des minorités religieuses, et une gouvernance intérimaire axée sur la reconstruction.

Les tensions internes en Syrie compliquent cette métamorphose. Des affrontements entre milices sunnites et druzes dans la région de Soueïda persistent, tandis que des exécutions sommaires d’Alawites, la communauté d’origine d’Assad, ont été rapportées dans les mois suivant la chute du régime. Al-Sharaa a promis une justice équitable, affirmant lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier : « La Syrie reprend sa place légitime parmi les nations du monde. » Pourtant, des observateurs soulignent que le pouvoir reste concentré entre les mains d’anciens cadres de HTS, avec un risque de dérive autoritaire si les élections promises ne se concrétisent pas.

Les enjeux stratégiques de la rencontre à Washington

La visite d’al-Sharaa à Washington intervient dans un contexte de réalignements régionaux accélérés. Les États-Unis, sous l’administration Trump, cherchent à consolider leur influence au Moyen-Orient en marginalisant la Russie et l’Iran, anciens soutiens d’Assad. Moscou, qui maintenait des bases militaires en Syrie, a vu son rôle diminuer depuis la chute du régime, tandis que Téhéran a perdu un allié clé dans son axe de résistance. Al-Sharaa, conscient de ces dynamiques, a reconnu la présence militaire américaine en Syrie comme « justifiée », espérant attirer des investissements pour la reconstruction d’un pays dévasté par 13 années de guerre civile.

Un point central des discussions a porté sur la lutte contre l’État islamique (EI). La Syrie a annoncé son intention de rejoindre la coalition internationale anti-EI menée par les États-Unis, qui compte 88 membres. Al-Sharaa a déclaré que cette adhésion nécessitait l’approbation du gouvernement syrien, mais il a signalé une volonté de coopération accrue. Des sources officielles syriennes ont rapporté l’arrestation récente de 71 suspects affiliés à l’EI, avec la saisie d’armes et d’explosifs, comme un geste de bonne volonté. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a affirmé que Washington attend de Damas des « étapes vers la paix régionale » en échange de l’allègement des sanctions.

Sur le plan économique, la levée partielle des sanctions américaines représente un enjeu vital. Le Trésor américain a suspendu pour 180 jours certaines dispositions de la loi Caesar, permettant des transactions dans le secteur énergétique syrien, à l’exception de celles impliquant la Russie ou l’Iran. Cette mesure, annoncée suite à la rencontre, vise à favoriser la reconstruction, estimée à plus de 216 milliards de dollars par la Banque mondiale. Al-Sharaa a plaidé pour une abrogation permanente, arguant que les sanctions héritées de l’ère Assad pénalisent injustement le nouveau gouvernement.

Les déclarations clés des dirigeants et leurs implications

Lors de la rencontre, Donald Trump a loué al-Sharaa en des termes directs : « C’est un jeune homme attractif. Un dur à cuire. Un passé très fort. Un combattant. » Il a ajouté que « beaucoup de progrès ont été accomplis avec la Syrie » depuis l’assouplissement des sanctions, et promis de « faire tout ce que nous pouvons pour rendre la Syrie réussie, car cela fait partie du Moyen-Orient ». Ces paroles reflètent la doctrine pragmatique de Trump, qui privilégie les accords transactionnels sur les considérations idéologiques.

Al-Sharaa, de son côté, a décrit la Syrie comme « non plus une menace, mais un allié stratégique des États-Unis ». Dans une déclaration du ministère syrien des Affaires étrangères, il a confirmé un accord pour intégrer les Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde, dans l’armée syrienne, un pas vers l’unification des forces armées du pays. Cette mesure répond aux préoccupations américaines, Washington soutenant les FDS dans leur lutte contre l’EI dans le nord-est syrien.

Le sénateur républicain Marco Rubio, en tant que secrétaire d’État, a insisté sur la nécessité de « mécanismes clairs » pour implémenter les understandings atteintes, incluant un soutien à un accord de sécurité avec Israël. Bien que Damas ait exclu toute normalisation avec Tel-Aviv ou adhésion aux Accords d’Abraham, des négociations sur des arrangements frontaliers sont en cours, avec l’établissement d’une zone démilitarisée dans le sud de la Syrie.

Des réactions contrastées émergent aux États-Unis. La sénatrice démocrate Jeanne Shaheen a proposé un projet de loi pour lever les sanctions sans conditions, tandis que le sénateur républicain Lindsey Graham plaide pour une revue semestrielle conditionnelle. Mouaz Moustafa, directeur exécutif de la Syrian Emergency Task Force, a averti que des sanctions conditionnelles créeraient une « ombre suspendue qui paralyse toute initiative pour notre pays ».

Les défis régionaux et les risques persistants

Au-delà des accords bilatéraux, la rencontre soulève des questions sur la stabilité régionale. Israël, qui a déployé des troupes dans une zone tampon surveillée par l’ONU et mené des frappes aériennes en Syrie depuis la chute d’Assad, reste vigilant. Netanyahu a exprimé des préoccupations sur la sécurité frontalière, insistant sur une démilitarisation du sud syrien et de la région de Soueïda. Al-Sharaa a maintenu des lignes de communication ouvertes avec Tel-Aviv, évitant toute riposte, mais refuse pour l’instant une normalisation.

La résurgence de l’État islamique constitue une menace immédiate. Des sources syriennes ont révélé que deux complots d’assassinat contre al-Sharaa, orchestrés par l’EI, ont été déjoués récemment. Damas intensifie ses opérations de sécurité, avec des raids nationaux contre des cellules djihadistes. La coopération avec les États-Unis pourrait inclure une présence militaire américaine limitée près de Damas, bien que des officiels syriens démentent ces rumeurs.

Les relations avec la Turquie et les Kurdes ajoutent une couche de complexité. Ankara, qui soutient certains groupes rebelles, participe aux discussions trilatérales avec Washington et Damas. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a rejoint Rubio et le ministre syrien des Affaires étrangères, al-Shaibani, pour suivre les accords du 10 mars, incluant l’intégration des FDS.

Les perspectives immédiates pour la Syrie post-rencontre

La visite s’est conclue par un geste symbolique : Trump a offert à al-Sharaa un chapeau rouge MAGA, emblème de sa campagne. Plus substantiellement, les États-Unis ont autorisé la réouverture de l’ambassade syrienne à Washington, fermée depuis plus d’une décennie. Damas, en retour, s’engage à poursuivre la traque de Bachar al-Assad, toujours en fuite, et à juger les responsables du régime précédent.

Sur le terrain, les autorités syriennes ont intensifié leurs efforts contre l’EI, avec des arrestations massives et la saisie de matériel explosif. Le ministère de l’Intérieur syrien a annoncé des opérations à l’échelle nationale, signalant une coordination accrue avec les partenaires internationaux. Parallèlement, des discussions sur un accord de sécurité avec Israël avancent, avec une signature potentielle d’ici la fin de l’année, selon des sources diplomatiques.

Les implications économiques se font déjà sentir. La suspension partielle des sanctions ouvre la voie à des investissements dans l’énergie et les infrastructures, bien que les exclusions visant la Russie et l’Iran limitent l’ampleur. Al-Sharaa, lors de rencontres avec la communauté syro-américaine avant la visite, a appelé à l’unité pour la reconstruction, soulignant que « la Syrie sera reconstruite par les mains de ses fils et filles, chez eux et à l’étranger ».

Dans les jours suivant la rencontre, des réunions techniques entre délégations syrienne, américaine et turque se poursuivent pour implémenter les accords, y compris l’intégration des forces kurdes et la coordination anti-terroriste. Ces développements, ancrés dans les réalités immédiates du terrain syrien, soulignent les ajustements continus face aux menaces persistantes de l’EI et aux tensions ethniques internes.

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