L’armée libanaise a accusé, ce mardi 24 février 2026, les forces israéliennes d’avoir ouvert le feu sur les abords d’un nouveau poste d’observation qu’elle était en train d’installer à la frontière sud du pays. Dans un communiqué officiel diffusé sur les réseaux sociaux, le commandement de l’armée a précisé que l’incident s’était produit dans le secteur de Sarda-Marjayoun, une zone sensible du Liban-Sud, où les tensions persistent malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024. Selon le communiqué, alors que les soldats libanais procédaient à l’établissement de ce poste de surveillance, la zone environnante a été prise pour cible par des tirs provenant du côté israélien. Simultanément, un drone israélien survolait la zone à basse altitude, diffusant des messages menaçants destinés à contraindre les militaires libanais à évacuer les lieux. Face à cette situation, le commandement a donné l’ordre de renforcer le poste, de s’y maintenir et de riposter aux sources de feu. Cet épisode marque une nouvelle escalade dans une région déjà marquée par des violations récurrentes de la trêve, et illustre les défis persistants pour la stabilisation de la frontière.
Cet incident n’est pas isolé. Il survient dans un contexte de frictions accrues, où l’armée libanaise poursuit son déploiement au sud du Litani, conformément aux engagements pris dans le cadre de la résolution 1701 des Nations unies. Adoptée en 2006 à la suite de la guerre entre Israël et le Hezbollah, cette résolution vise à désarmer les groupes armés non étatiques au sud du fleuve Litani et à renforcer la présence de l’armée libanaise et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, qui a mis fin à une phase intense de confrontations ayant causé des milliers de victimes et des destructions massives, les deux parties se sont accusées mutuellement de non-respect des termes de l’accord. Israël a mené plus de 10 000 attaques depuis cette date, selon des rapports onusiens, ciblant principalement des positions présumées du Hezbollah ou d’autres groupes armés. De son côté, le Liban a déposé plusieurs plaintes auprès du Conseil de sécurité, dénonçant des incursions terrestres et aériennes israéliennes qui entravent la reconstruction des villages frontaliers et le retour des déplacés.
Un incident frontalier dans le secteur de Marjayoun
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Le secteur de Sarda-Marjayoun, où s’est déroulé l’incident, est emblématique des points de friction le long de la Ligne bleue, la démarcation temporaire établie par l’ONU en 2000 pour confirmer le retrait israélien du Liban-Sud. Cette zone rurale, parsemée de collines et de vergers, est stratégiquement importante en raison de sa proximité avec les hauteurs du Golan, occupées par Israël, et des villages libanais comme Khiam et Markaba. Sarda elle-même est un petit village druze, situé à environ 5 kilomètres de la frontière, où l’armée libanaise a intensifié ses patrouilles ces derniers mois dans le cadre de la deuxième phase de son plan de déploiement. Ce plan, annoncé par le gouvernement libanais en janvier 2026, prévoit l’installation de postes d’observation avancés pour surveiller la frontière et empêcher toute infiltration ou activité armée non autorisée.
Selon les détails fournis par le commandement de l’armée, les soldats étaient en train de consolider le poste – une structure modeste composée de barrières, de tours de guet et d’équipements de surveillance électronique – lorsque les tirs ont commencé. Les projectiles, probablement des rafales de mitrailleuses ou d’armes légères, ont visé le périmètre sans causer de victimes immédiates, mais ont créé une situation de haute tension. Le drone, identifié comme un appareil de type quadricoptère, a ajouté à la pression en survolant à une altitude estimée à moins de 100 mètres, diffusant des avertissements audio en arabe et en hébreu. Ces messages, typiques des opérations psychologiques israéliennes, exigeaient un retrait immédiat sous peine d’escalade. L’armée libanaise a alerté la Finul, dont des contingents italiens et français opèrent dans le secteur, pour documenter l’incident et coordonner une réponse. La force onusienne, forte de plus de 10 000 casques bleus, a confirmé avoir reçu la notification et déployé une patrouille conjointe pour évaluer la situation sur le terrain.
Cet épisode rappelle d’autres incidents récents dans la même région. Le 21 février 2026, des frappes aériennes israéliennes sur des positions dans la vallée de la Bekaa et au sud ont tué au moins 12 personnes, dont huit membres du Hezbollah selon des déclarations du groupe, et blessé 24 autres, y compris des enfants. L’armée israélienne a revendiqué ces attaques comme des opérations préventives contre des centres de commandement du Hezbollah et des installations liées au Hamas dans le camp de réfugiés d’Ein el-Hilweh, près de Saïda. Le ministère libanais de la Santé a rapporté que les raids ont touché des zones résidentielles, causant des dommages collatéraux importants. Quelques jours plus tôt, le 15 février, une frappe près de la frontière syro-libanaise a tué quatre personnes, dont des Palestiniens affiliés au Jihad islamique, selon l’armée israélienne qui les accusait de préparer des actions contre Israël.
Le contexte d’une trêve fragile
La trêve de novembre 2024, négociée sous l’égide des États-Unis et de la France, prévoyait un retrait progressif des forces : le Hezbollah au nord du Litani, les troupes israéliennes au sud de la Ligne bleue, avec un déploiement accru de l’armée libanaise pour combler le vide sécuritaire. Cependant, un an plus tard, la mise en œuvre reste incomplète. Israël maintient des positions avancées dans cinq zones contestées du Liban-Sud, arguant que le Hezbollah continue de se réarmer via des routes de contrebande depuis la Syrie. Des rapports indiquent que des armes, y compris des missiles antichars et des drones, transitent par le poste-frontière d’Al-Masnaa, malgré les efforts de l’armée libanaise pour renforcer les contrôles. De son côté, le Hezbollah dénonce ces accusations comme un prétexte pour justifier des violations, et affirme respecter la trêve tout en maintenant une posture défensive.
Les dynamiques régionales compliquent davantage la situation. L’Iran, principal souteneur du Hezbollah, fait face à des tensions croissantes avec les États-Unis, ce qui pourrait inciter le groupe à s’impliquer dans un conflit plus large. Le premier ministre libanais Nawaf Salam, en poste depuis février 2025, a récemment exhorté le Hezbollah à ne pas entraîner le Liban dans une nouvelle “aventure”, soulignant la nécessité de prioriser les réformes économiques et la reconstruction. Dans une interview accordée à un quotidien libanais le 24 février 2026, Salam a déclaré : “Nous espérons ne pas être entraînés dans une autre aventure. Le Liban a déjà payé un lourd tribut.” Son gouvernement, composé de 24 ministres issus de diverses confessions, inclut des figures comme le ministre de la Défense Michel Mansi et le ministre des Affaires étrangères Youssef Raji, qui ont multiplié les appels à la communauté internationale pour faire respecter la résolution 1701.
Le président Joseph Aoun, élu en janvier 2025 après un vide présidentiel de plus de deux ans, a condamné les attaques récentes, qualifiant les frappes du 21 février d’“acte d’agression flagrant visant à torpiller les efforts diplomatiques”. Ancien commandant de l’armée, Aoun met l’accent sur le renforcement des forces armées libanaises, qui comptent environ 80 000 hommes, pour assumer pleinement leur rôle au sud. Des entraînements conjoints avec la Finul ont été intensifiés, incluant des simulations de patrouilles et de réponses à des incursions.
Le déploiement de l’armée libanaise au sud
Depuis le cessez-le-feu, l’armée libanaise a renforcé sa présence dans le Liban-Sud, établissant plus de 50 nouveaux postes et points de contrôle. La deuxième phase du plan, lancée en janvier 2026, vise à couvrir l’ensemble de la zone au sud du Litani, une région de 1 200 kilomètres carrés habitée par environ 500 000 personnes avant les conflits. Des unités d’ingénierie ont découvert et démantelé des dispositifs de surveillance israéliens camouflés, comme celui trouvé à Kfar Chouba en février 2026, équipé d’une caméra et d’un système de transmission. Parallèlement, des opérations de déminage se poursuivent, car la frontière est truffée de mines datant des occupations passées.
Israël, de son côté, a conduit des opérations terrestres limitées, comme la destruction de maisons endommagées à Yarine et Houla en février 2026, justifiées par des préoccupations sécuritaires. Le 24 février, des forces israéliennes ont ouvert le feu sur un véhicule civil près d’Al-Wazzani, sans causer de victimes, selon des médias libanais. Ces actions s’inscrivent dans une stratégie de “police de frontière” pour empêcher le retour d’éléments armés. L’armée israélienne a également utilisé des herbicides comme le glyphosate sur des terres agricoles libanaises, comme le 1er février 2026 près d’Aïta el-Chaab, contaminant des sols avec des concentrations 20 à 30 fois supérieures aux normes, affectant les cultures d’oliviers et de tabac essentielles à l’économie locale.
Réactions officielles et rôle de la Finul
Le commandement de l’armée libanaise, dirigé par le général Rodolphe Haykal depuis mars 2025, a réaffirmé son engagement à défendre la souveraineté. Dans son communiqué du 24 février, il a insisté sur le droit de riposte proportionné, conformément au droit international. La Finul, commandée par le général italien Aroldo Lázaro, a intensifié ses patrouilles conjointes, avec plus de 300 missions par semaine. Des casques bleus ont documenté des violations, y compris des survols de drones israéliens et des tirs près de patrouilles mixtes, comme celui du 23 janvier 2026 près d’une patrouille libano-onusienne.
Au niveau diplomatique, le ministre des Affaires étrangères Youssef Raji a contacté ses homologues français et américain pour exiger une pression sur Israël. Le Conseil de sécurité de l’ONU, qui supervise la résolution 1701, a tenu une session d’urgence le 22 février suite aux frappes du 21, où le représentant libanais a dénoncé “une escalade délibérée”. Israël, par la voix de son ambassadeur, a rétorqué que les actions visaient à contrer le réarmement du Hezbollah, estimant les progrès libanais insuffisants.
Implications immédiates pour la stabilité frontalière
Les implications immédiates de cet incident à Sarda-Marjayoun se font sentir sur le terrain. L’armée libanaise a déployé des renforts, incluant des unités blindées et d’artillerie légère, pour sécuriser le secteur. Des routes d’accès ont été fermées temporairement, affectant le déplacement des civils et des agriculteurs. Dans les villages voisins comme Blida et Deir Mimas, les habitants rapportent une augmentation des survols de drones, créant un climat d’anxiété. La destruction de maisons par des forces israéliennes, comme à Houla le 24 février, où une résidence a été dynamitée, exacerbe les tensions locales et complique le retour des 100 000 déplacés internes.
Sur le plan économique, ces incidents perturbent la fragile reprise du Liban-Sud. La dette publique libanaise, estimée à 120 milliards de dollars en 2026 selon des rapports du FMI, limite les investissements en infrastructures. L’inflation, stabilisée autour de 50 % grâce à des réformes initiées par le ministre des Finances Yassin Jaber, risque d’être impactée par de nouvelles instabilités. Le secteur agricole, vital pour la région, subit des pertes dues aux contaminations et aux restrictions d’accès aux champs.
Les dynamiques confessionnelles ajoutent une couche de complexité. Marjayoun, à majorité chrétienne et druze, dépend de coalitions locales pour maintenir la cohésion sociale, tandis que le sud chiite reste influencé par le Hezbollah. Des initiatives communautaires, comme des comités de médiation inter-villages, tentent de préserver la paix civile. Enfin, les opérations israéliennes contre des groupes palestiniens, comme les frappes sur Ein el-Hilweh, risquent d’élargir le conflit, impliquant des acteurs comme le Hamas et le Jihad islamique basés dans les camps de réfugiés. Ces éléments soulignent les défis persistants pour une désescalade durable, avec des patrouilles renforcées et des négociations en cours sous auspices onusiens.



