Les tensions autour de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) dominent les débats diplomatiques et sécuritaires rapportés dans les journaux libanais du 10 juin 2025. Alors que le Conseil de sécurité des Nations unies s’apprête à discuter du renouvellement du mandat de cette mission, les divergences entre grandes puissances, les intérêts géostratégiques régionaux et les positions internes libanaises se cristallisent dans un affrontement multiforme. Cette situation met en lumière la complexité d’une mission prise entre des exigences de stabilité locale et des pressions internationales contradictoires.
L’offensive diplomatique américaine
Selon plusieurs articles parus le 10 juin, les États-Unis ont récemment intensifié leurs pressions sur le Liban et sur les partenaires européens afin d’obtenir un durcissement du mandat de la FINUL. Washington considère que la mission n’est plus en mesure de remplir efficacement ses objectifs, notamment le respect de la résolution 1701 qui interdit la présence d’armes non étatiques au sud du Litani. Des diplomates américains ont ainsi formulé des propositions concrètes pour transformer la FINUL en un acteur « plus actif », apte à « prévenir les violations plutôt qu’à les constater ».
Les États-Unis plaident pour que la mission dispose d’une marge d’action plus large, lui permettant d’intervenir sans coordination préalable avec l’armée libanaise en cas d’observation de mouvements suspects. Ce changement de doctrine aurait pour effet d’écarter les exigences actuelles de notification et de coopération, perçues par Washington comme un frein à l’efficacité opérationnelle. Dans cette perspective, les Américains mettent en avant la nécessité d’un mandat « robuste », assorti de moyens technologiques accrus, notamment des drones de surveillance et des systèmes de reconnaissance avancés.
Cette approche s’inscrit dans une stratégie de renforcement de la présence israélienne dans les discussions sur le Sud-Liban. Les sources indiquent que Tel Aviv et Washington partagent une analyse commune sur l’évolution du terrain : celle d’un renforcement discret mais constant des capacités militaires du Hezbollah dans la zone frontalière. Le discours américain vise donc à faire de la FINUL un instrument de dissuasion indirecte, en réduisant le champ de manœuvre de la « résistance » armée.
La prudence européenne
En opposition partielle à la position américaine, la France adopte une ligne plus nuancée. Paris, principal contributeur européen à la mission, considère que toute modification du mandat de la FINUL doit être le fruit d’un consensus au sein du Conseil de sécurité et ne doit en aucun cas compromettre la stabilité locale. Les diplomates français, cités dans les journaux, rappellent que la mission a été conçue comme un mécanisme d’équilibre, non comme une force d’interposition directe ou une brigade anti-guérilla.
La France insiste sur le fait que la FINUL ne peut être efficace que si elle conserve la confiance des différentes parties libanaises, y compris des composantes non étatiques. Une modification unilatérale du mandat serait perçue par plusieurs groupes comme une déclaration de guerre, mettant en danger non seulement la mission elle-même mais aussi l’armée libanaise, partenaire officiel de la FINUL. Paris propose plutôt d’optimiser la coordination entre les forces internationales et les autorités locales, à travers des mécanismes de liaison renforcés, sans bouleverser l’architecture actuelle.
Les autres pays européens impliqués dans la FINUL, comme l’Italie, l’Espagne ou l’Allemagne, expriment des réserves encore plus marquées. Ils s’inquiètent des conséquences pratiques d’un mandat trop agressif : risques accrus pour les contingents, rupture de la neutralité perçue de la mission, réactions hostiles des populations locales. Plusieurs sources diplomatiques évoquent la possibilité d’un retrait de certains pays si les conditions d’engagement deviennent trop dangereuses ou politiquement sensibles.
La position libanaise entre affirmation et contraintes
Sur le plan libanais, les articles du jour relatent des déclarations contrastées. Le président de la République affirme son opposition ferme à toute modification du mandat sans consultation préalable. Il considère que la souveraineté libanaise ne peut être compromise au nom d’intérêts étrangers. Cette position, présentée comme un « refus catégorique », repose sur la défense de l’autorité de l’État et sur la légitimité exclusive de l’armée nationale à assurer la sécurité du territoire.
Le Premier ministre, plus pragmatique, reconnaît la nécessité de dialoguer avec les partenaires internationaux, mais réaffirme que toute évolution du mandat doit être discutée en Conseil des ministres. Il souligne les risques d’un isolement diplomatique si le Liban apparaissait comme un État refusant toute évolution dans un contexte régional mouvant.
Au Parlement, les divisions sont flagrantes. Une partie des députés de l’opposition demande un mandat plus clair et plus ferme, tandis que d’autres refusent toute intervention susceptible d’augmenter les tensions avec le Hezbollah. Certains élus souhaitent ouvrir un débat parlementaire formel sur le rôle de la FINUL, un débat qui n’a jamais eu lieu depuis 2006.
Le Hezbollah, de son côté, hausse le ton. Son secrétaire général dénonce une tentative de transformation de la FINUL en outil de renseignement au service d’Israël. Il affirme que la mission est en train de perdre sa crédibilité, et qu’une modification unilatérale serait perçue comme une agression. Il prévient que le mouvement ne restera pas passif en cas de changement de posture sur le terrain.
Une mission prise en étau
La FINUL, selon les informations publiées, est donc prise dans un double étau : d’un côté, la pression croissante des puissances occidentales, notamment américaines, pour agir de manière plus intrusive ; de l’autre, la nécessité de maintenir une coopération fluide avec les autorités locales et d’éviter toute rupture avec les acteurs armés présents dans la zone.
La mission elle-même rappelle, dans ses communiqués, qu’elle n’a pas vocation à intervenir militairement, et que son mandat repose sur le respect de la résolution 1701. Elle se défend d’inaction en rappelant les milliers de patrouilles effectuées, les zones inspectées, les signalements transmis à l’armée libanaise. Elle souligne aussi son rôle dans la stabilisation sociale du Sud, en soutenant des projets humanitaires et des infrastructures locales.
Les commandants locaux de la FINUL expriment leur inquiétude face aux évolutions proposées. Un changement de mandat sans préparation créerait un déséquilibre opérationnel, mettrait en danger les contingents, et provoquerait une perte de légitimité dans les zones d’intervention. Ils plaident pour une continuité encadrée, une évolution concertée et un respect strict du droit international.
Le Liban face à un dilemme stratégique
Le bras de fer diplomatique autour du mandat de la FINUL illustre un dilemme plus large pour le Liban : comment défendre une souveraineté souvent déclarative dans un contexte de dépendance sécuritaire et d’effondrement institutionnel ? Le pays se retrouve à devoir arbitrer entre l’acceptation de certaines conditions internationales — avec les risques internes que cela comporte — ou le rejet d’un nouveau cadre qui pourrait entraîner un isolement diplomatique et une réduction de la mission.
Les autorités libanaises doivent ainsi manœuvrer entre des positions difficiles à concilier : préserver la relation avec les partenaires occidentaux, garantir la stabilité du Sud, contenir les revendications du Hezbollah, et maintenir une image d’État souverain. Aucun des scénarios évoqués par la presse ne semble offrir une solution simple ou sans coût.
Le Conseil de sécurité en position d’arbitre
Les négociations au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, telles que décrites dans la presse libanaise du 10 juin, s’annoncent particulièrement tendues. Les États-Unis y exerceront, selon les diplomates cités, une forte pression pour intégrer de nouveaux éléments dans le texte de renouvellement du mandat, notamment des formulations ouvertes à des actions sans coordination avec l’armée libanaise. Ils souhaiteraient également inclure des clauses sur le contrôle des routes, des dépôts d’armes et des mouvements nocturnes dans la zone d’opération.
La France et d’autres membres permanents s’y opposent partiellement, privilégiant un texte plus neutre, qui réaffirme la vocation strictement observatoire de la FINUL. La Russie, dont les positions sont relayées indirectement, pourrait s’opposer à toute formulation jugée déséquilibrée. Cette opposition serait moins fondée sur une proximité avec le Liban que sur une volonté de s’opposer aux manœuvres diplomatiques occidentales en Méditerranée orientale. La Chine, souvent en retrait sur les dossiers libanais, devrait suivre une ligne similaire.
Certains diplomates européens redoutent que l’impasse aboutisse à un renouvellement technique sans réelle réforme, ce qui reconduirait le statu quo, mais sans répondre aux préoccupations opérationnelles exprimées sur le terrain. D’autres estiment qu’un échec de renouvellement pourrait provoquer une crise plus grave : suspension temporaire du mandat, retrait de contingents, et vide sécuritaire immédiat dans les zones rurales proches de la frontière.
La stratégie israélienne
Israël, qui ne participe pas formellement aux décisions onusiennes sur la FINUL, joue un rôle indirect majeur. Les articles publiés évoquent les multiples déclarations des responsables militaires israéliens, affirmant que la FINUL ne remplit plus sa mission et qu’elle est devenue « aveugle » aux mouvements du Hezbollah. Israël pousse pour une transformation du mandat, et certains articles mentionnent même des scénarios de coordination bilatérale directe entre Israël et certains contingents si le cadre multilatéral échoue.
L’objectif stratégique d’Israël est double : neutraliser les capacités militaires du Hezbollah dans la zone frontalière, et réduire l’influence de l’Iran sur ce front. L’État hébreu cherche à délégitimer tout mécanisme international qui ne soutiendrait pas ouvertement ses revendications sécuritaires. Il mise sur la pression américaine pour infléchir le mandat et rendre la FINUL plus offensive, voire dissuasive, dans sa zone d’intervention.
Les enjeux intérieurs libanais
Cette bataille diplomatique a des répercussions immédiates sur la scène politique libanaise. La presse souligne que le débat sur la FINUL pourrait être instrumentalisé dans le cadre de rapports de force internes. Certains partis cherchent à utiliser la menace d’un retrait comme argument pour réclamer le désarmement des groupes armés non étatiques. D’autres, au contraire, s’en servent pour dénoncer une tentative d’ingérence étrangère.
Les tensions pourraient s’aggraver si la mission devait réduire ses activités. La perte de projets humanitaires, la suspension d’initiatives communautaires, et le départ de contingents risquent de créer un vide dans des zones déjà sous-administrées. La FINUL joue, au-delà de ses missions sécuritaires, un rôle économique et social important. Elle emploie des milliers de Libanais et contribue à stabiliser des régions marginalisées.
Le poids symbolique de la mission
La FINUL est également une vitrine de la présence internationale au Liban. Sa remise en question pourrait être interprétée comme un signe de désengagement de la communauté internationale, à un moment où le pays traverse une crise économique sans précédent. Pour de nombreux Libanais, même critiques de l’inefficacité perçue de la mission, sa disparition représenterait un effondrement supplémentaire de la structure de l’État.
Les diplomates interrogés dans les médias insistent sur la nécessité de préserver cette présence, ne serait-ce que pour maintenir une ligne de dialogue ouverte entre les différents acteurs. La FINUL sert aussi de canal de communication indirecte entre Israël et le Liban, via ses rapports hebdomadaires au Conseil de sécurité. Elle joue un rôle de tampon diplomatique invisible mais crucial.
Scénarios possibles
Trois scénarios sont évoqués dans les analyses publiées le 10 juin. Le premier serait un renouvellement à l’identique, avec des ajustements marginaux. Il préserverait l’équilibre actuel, mais laisserait les critiques sans réponse. Le second consisterait en une modification du mandat, sous pression américaine, mais négociée avec les Européens. Ce scénario risquerait de créer des tensions sur le terrain. Le troisième, le plus risqué, serait une impasse au Conseil de sécurité, débouchant sur un gel de la mission.
Dans chacun des cas, le Liban ne dispose que de marges de manœuvre limitées. Son rôle dans les négociations est affaibli par la division de ses institutions et par sa dépendance économique. Le bras de fer diplomatique autour de la FINUL n’est donc pas seulement une affaire de sécurité régionale : il révèle aussi les failles structurelles de l’État libanais et les limites de sa souveraineté.


