Au milieu des explosions qui secouent Téhéran et d’autres villes iraniennes, le ministère libanais de l’Énergie et de l’Eau a publié un communiqué officiel ce samedi 28 février 2026, affirmant qu’il n’y a aucune crise de carburant au Liban. Le texte, diffusé par l’Agence nationale d’information, insiste sur le fait que les stocks actuels d’essence et de diesel suffisent pour au moins quinze jours, en se basant sur les mouvements et les réserves des entrepôts. Des navires transportant des cargaisons supplémentaires sont en route vers les ports libanais et devraient arriver dans les prochains jours, complétant les réserves déjà disponibles dans les stations-service. Le ministère s’engage à informer le public de tout développement nouveau dès qu’il surviendra, évitant ainsi toute panique inutile parmi les citoyens.
Cette déclaration intervient à un moment critique pour la région, où les tensions géopolitiques atteignent un pic inédit. Tôt ce matin, les forces armées américaines et israéliennes ont initié ce que le président Donald Trump a qualifié d’« opérations de combat majeures » contre l’Iran. Les frappes, coordonnées et massives, ont visé des sites militaires, des installations nucléaires et des centres de commandement à travers plusieurs villes iraniennes, dont Téhéran, Qom, Ispahan, Karaj et Kermanshah. Des explosions ont été rapportées dans la capitale iranienne, avec des colonnes de fumée visibles depuis des bâtiments gouvernementaux et des complexes militaires. Selon des sources militaires israéliennes, ces attaques étaient préventives, destinées à neutraliser des menaces imminentes, y compris des programmes de missiles et nucléaires iraniens.
Les détails des opérations révèlent une échelle sans précédent. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré que les frappes visaient directement des figures clés du régime iranien, dont le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, le président Masoud Pezeshkian et le chef des forces armées. Des images satellite ont montré des dégâts importants au complexe du guide suprême, avec des structures endommagées par des impacts précis. De son côté, le Pentagone a confirmé que les États-Unis menaient des « opérations de combat majeures » sous le nom de code Operation Epic Fury, impliquant des bombardements aériens et des missiles de croisière lancés depuis des bases régionales. Le président Trump, dans une vidéo diffusée sur sa plateforme Truth Social, a exhorté les Iraniens à « prendre le contrôle de leur gouvernement », affirmant que ces actions visaient à détruire les capacités militaires de Téhéran et à empêcher l’acquisition d’armes nucléaires.
L’Iran n’a pas tardé à riposter. Moins de deux heures après le début des frappes, les Gardiens de la révolution islamique ont lancé des barrages de missiles balistiques et de drones vers Israël et plusieurs bases américaines dans le Golfe. Des explosions ont été signalées dans le nord d’Israël, notamment à Haïfa, où les systèmes de défense antimissile israéliens, comme le Dôme de fer, ont intercepté une partie des projectiles. En parallèle, des attaques ont visé des installations américaines en Bahreïn, aux Émirats arabes unis, au Koweït, au Qatar et en Jordanie. Le ministère de la Défense bahreïnite a rapporté une frappe sur la base navale américaine abritant la Cinquième flotte, tandis que les autorités émiriennes et qatariennes ont indiqué avoir intercepté des missiles, avec des débris causant des dommages mineurs à Abu Dhabi. Ces ripostes ont entraîné la fermeture temporaire de l’espace aérien dans au moins huit pays, perturbant le trafic aérien international et augmentant les risques pour les voies maritimes.
Les implications immédiates pour le Liban
Dans ce contexte de chaos régional, le communiqué du ministère libanais de l’Énergie et de l’Eau prend une dimension particulière. Le Liban, déjà fragilisé par une crise économique persistante depuis 2019, dépend largement des importations de carburant pour alimenter ses générateurs privés et son réseau électrique défaillant. Les récentes hausses de taxes sur les carburants, décidées par le cabinet de Nawaf Salam en février 2025, ont déjà provoqué des manifestations à Beyrouth et dans d’autres villes. Le 17 février 2026, des syndicats de transport et des chauffeurs de taxi ont bloqué des artères principales de la capitale pour protester contre l’augmentation de 300 000 livres libanaises sur 20 litres d’essence, une mesure destinée à financer les ajustements salariaux du secteur public. Ces taxes, ajoutées à une augmentation de la TVA de 11 % à 12 %, ont porté le prix de l’essence 95 octane à 1 793 000 livres libanaises et celui du 98 octane à 1 836 000 livres, exacerbant la pression sur les ménages.
Le Liban importe traditionnellement son carburant de divers fournisseurs, dont des raffineries européennes, des compagnies pétrolières arabes et, plus récemment, des sources irakiennes malgré des arriérés de paiement. Entre 2000 et 2022, ces importations ont coûté au pays 57 milliards de dollars, soit 7,4 % de son PIB, exposant son économie aux fluctuations des marchés mondiaux.
L’escalade actuelle entre les États-Unis, Israël et l’Iran pourrait aggraver cette vulnérabilité. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole, est désormais une zone à haut risque. Des sources commerciales ont rapporté que plusieurs majors pétrolières et maisons de négoce ont suspendu leurs expéditions à travers ce passage stratégique en raison des attaques. Si l’Iran, comme il l’a menacé par le passé, décidait de bloquer le détroit en réponse aux frappes, les prix du brut pourraient dépasser les 100 dollars le baril, selon des analystes. Déjà, le Brent a grimpé de 20 % cette année, atteignant environ 73 dollars le baril avant les événements du 28 février. Une perturbation partielle, via des mines ou des harcèlements navals par les forces iraniennes, pourrait réduire les flux de 20 à 30 %, entraînant une flambée des coûts pour les importateurs comme le Liban.
Les dynamiques régionales et leurs répercussions sur Beyrouth
Le Liban, avec ses liens confessionnels et politiques complexes, est particulièrement exposé aux retombées de ce conflit. Le Hezbollah, allié de l’Iran et influent au sud du pays, pourrait être entraîné dans les hostilités, bien que le groupe ait maintenu une posture prudente jusqu’à présent. Des exercices navals iraniens dans le détroit d’Ormuz le 17 février ont déjà accru les tensions, et des experts estiment que Téhéran pourrait activer ses proxies régionaux – y compris au Liban, en Irak et au Yémen – pour cibler des infrastructures énergétiques. Une telle escalade rappellerait la guerre de douze jours entre Israël et l’Iran en juin 2025, où Téhéran a tiré plus de 550 missiles balistiques et 1 000 drones, perturbant brièvement les marchés énergétiques.
Pour le Liban, dont la production électrique repose encore majoritairement sur le fioul lourd importé, toute interruption des chaînes d’approvisionnement pourrait plonger le pays dans des blackouts prolongés. L’Électricité du Liban (EDL), l’utilitaire national, a déjà fait face à des pannes généralisées en raison de retards de paiement pour des importations irakiennes, accumulant des dettes malgré des accords bilatéraux. En septembre 2025, une enquête a révélé que le Liban avait importé des millions de dollars de fioul russe sanctionné, payé jusqu’à 70 % au-dessus des prix du marché, soulignant la précarité de ses arrangements. Les champs gaziers israéliens comme Leviathan et Tamar, qui fournissent du gaz à l’Égypte et à la Jordanie, ont été temporairement fermés après les attaques iraniennes, rappelant les vulnérabilités des routes énergétiques régionales.
Les mesures du gouvernement libanais pour atténuer ces risques incluent une diversification des sources d’importation. Depuis février 2025, le cabinet Salam a priorisé les contrats avec des raffineries grecques, turques et italiennes, tout en explorant des options renouvelables comme le solaire, qui a connu un boom récent. Cependant, la dépendance aux combustibles fossiles persiste : le fioul lourd pour les centrales, l’essence pour les véhicules et le diesel pour les générateurs de quartier. Des experts soulignent que sans réformes fiscales plus larges, les taxes récentes pourraient alimenter l’inflation, affaiblissant la compétitivité économique du Liban.
Les détails des frappes et des ripostes
Les opérations lancées ce 28 février marquent une escalade dramatique par rapport aux tensions antérieures. En juin 2025, des frappes américaines limitées sur des sites nucléaires iraniens avaient dégradé le programme atomique de Téhéran sans déclencher une guerre totale. Aujourd’hui, les objectifs incluent non seulement les infrastructures militaires mais aussi des cibles de leadership, avec des rapports indiquant que Khamenei a été transféré dans un lieu sécurisé avant les attaques. Des sources israéliennes affirment avoir éliminé plusieurs hauts responsables iraniens, tandis que des médias d’État iraniens rapportent des dizaines de morts, dont plus de 50 dans une école de filles à Minab, dans la province d’Hormozgan.
La réponse iranienne, qualifiée de « écrasante » par le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, a impliqué des missiles lancés depuis l’ouest de l’Iran, visant des bases américaines et israéliennes. Des explosions ont été confirmées à Dubaï, où des vols ont été suspendus, et en Jordanie, où deux missiles balistiques ont été abattus. Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a déclaré que tous les intérêts américains et israéliens dans la région étaient désormais des cibles légitimes, sans lignes rouges. Cette posture fait écho aux avertissements passés de Téhéran, qui avait approuvé une motion pour fermer le détroit d’Ormuz en cas d’agression.
Pour le Liban, ces événements ravivent des souvenirs douloureux de conflits passés, comme la guerre de 2006 avec Israël, qui avait perturbé les importations énergétiques. Le gouvernement Salam, formé en février 2025 avec 24 ministres équilibrés entre confessions, inclut des figures comme Yassine Jaber aux Finances et Rakan Nassereddine à la Santé, tous deux alignés sur des factions chiites. Joseph Saddi, à l’Énergie, a objecté aux hausses de taxes récentes, arguant qu’elles survenaient à un stade prématuré, mais le cabinet a procédé pour équilibrer les finances publiques, estimées à 620 millions de dollars pour les hausses salariales.
Les perspectives immédiates pour l’approvisionnement libanais
Alors que les frappes continuent, avec des opérations américaines prévues sur plusieurs jours, le Liban surveille de près les routes maritimes. Des tankers en route vers Tripoli et Zahrani pourraient être retardés si le détroit d’Ormuz est miné ou attaqué. Le ministère de l’Énergie suit les stocks quotidiens, avec des réserves actuelles couvrant les besoins domestiques sans interruption immédiate. Des exercices d’urgence ont été conduits pour rationner le diesel, essentiel aux générateurs qui compensent les coupures d’EDL, souvent limitées à quelques heures par jour.
Les implications pour les ménages libanais sont palpables : avec l’inflation persistante et la dévaluation de la livre, toute hausse des prix du carburant pourrait déclencher de nouvelles protestations. Des syndicats ont déjà appelé à la vigilance, rappelant les blocages de routes en février 2026. Le gouvernement, conscient de ces risques, multiplie les assurances, comme ce communiqué du 28 février, pour maintenir la stabilité interne face à l’ouragan régional. Les navires attendus, chargés de benzine et de diesel, proviennent de fournisseurs diversifiés, réduisant la dépendance à l’Iran ou au Golfe.
Les retombées sur les infrastructures régionales persistent, avec des pays comme le Bahreïn et les Émirats rapportant des interceptions de missiles. Le Liban, bien que non directement impliqué, pourrait voir ses ports affectés par des perturbations logistiques, soulignant l’urgence de réformes énergétiques pour une plus grande résilience.
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