Au cœur d’un Liban toujours marqué par les stigmates de la guerre et les tensions frontalières persistantes, le premier ministre Nawaf Salam a effectué une tournée significative dans le Sud du pays ce week-end. Cette visite, qui s’est déroulée samedi et dimanche, avec des étapes prévues dans des villes majeures comme Tyr et Nabatiyeh, ainsi que dans plusieurs localités frontalières durement touchées par les frappes israéliennes, intervient dans un contexte de violations récurrentes du cessez-le-feu de novembre 2024. Devant les habitants et les autorités locales, le chef du gouvernement a réaffirmé l’engagement de l’État libanais à soutenir les populations affectées, tout en soulignant les défis colossaux posés par les agressions quotidiennes et les besoins en reconstruction. Cette initiative, saluée par des figures religieuses comme le grand mufti chiite Ali al-Khatib, marque un effort pour réaffirmer la souveraineté de l’État dans une région où les dynamiques sécuritaires restent précaires.
Lors de cette tournée, Nawaf Salam a prononcé un discours empreint de détermination, insistant sur le caractère national indivisible du Sud. « Pour les gens du Sud, un droit national indivisible. Je m’excuse auprès de toutes les villes et les gens que je ne pourrai pas visiter, mais je reviendrai au Sud avec plus d’une visite. Le Sud est une cause nationale et une préoccupation nationale globale. Notre présence ici pour confirmer que le suivi sera continu en matière de responsabilité, de surveillance et d’exécution », a-t-il déclaré. Ces mots, prononcés lors d’une étape à Tyr, visent à rassurer une population confrontée à des destructions massives et à un exode forcé. Le premier ministre a également évoqué les ressources limitées du pays, tout en rappelant les mesures déjà prises depuis la fin des hostilités actives. « Les défis sont grands mais cela ne nous fera pas reculer. Après la guerre, nous avons commencé, à travers nos ressources limitées, à travailler pour le Sud jusqu’à ce que nous arrivions à l’approbation de deux montants pour le Sud et ses habitants, et j’aime souligner que le district de Tyr comme tout le Sud est toujours exposé à des agressions quotidiennes, en plus des prisonniers. Mais la présence de l’État est un message contre cette réalité que nous devons travailler à changer. »
Cette visite n’est pas anodine : elle s’inscrit dans une séquence d’événements récents où le gouvernement libanais tente de consolider sa présence dans le Sud, alors que les violations israéliennes du cessez-le-feu se multiplient. En janvier 2026, Israël a mené au moins 50 frappes aériennes sur le territoire libanais, soit le double du nombre enregistré en décembre 2025, marquant le plus haut niveau mensuel depuis l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu. Ces attaques ont touché des dizaines de villes et villages dans le Sud et la vallée de la Bekaa, détruisant des habitations et forçant de nouveaux déplacements de population. Parmi les incidents les plus notables, des frappes sur des immeubles résidentiels à Qanarit et Kharayeb ont laissé des familles sans abri, illustrant la précarité persistante dans la région.
Une recrudescence des violations frontalières
Les tensions au Sud-Liban ne montrent aucun signe d’apaisement, malgré les engagements internationaux. Entre le 26 janvier et le 1er février 2026, les forces israéliennes ont mené de multiples opérations contre des cibles présumées liées au Hezbollah, tuant au moins sept personnes, dont cinq membres identifiés de l’organisation, et blessant 18 autres. Ces actions incluent des frappes aériennes concentrées sur des infrastructures et des personnels soupçonnés de participer à la régénération militaire du groupe, tant au nord qu’au sud du Litani. Le 26 janvier, une opération a tué un membre du Hezbollah et blessé deux autres individus non identifiés. Le lendemain, des frappes ont visé des zones près de villages frontaliers, causant des dommages matériels sans pertes humaines rapportées. Le 28 janvier, un membre du Hezbollah a été éliminé dans une attaque ciblée, tandis que le 29 janvier, des opérations ont blessé cinq personnes dans des zones résidentielles. Le 30 janvier a vu la mort d’un autre membre et des blessures pour trois civils. Le 31 janvier, des frappes ont endommagé des structures sans victimes, et le 1er février, un membre du Hezbollah a été tué avec 13 blessés dans une série d’attaques intenses.
Ces incidents s’ajoutent à une série de violations plus larges, incluant des survols aériens et des incursions terrestres. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a documenté plus de 10 000 violations du cessez-le-feu par Israël depuis novembre 2024, dont 7500 violations de l’espace aérien et 2500 violations terrestres. Parmi les événements récents, un char israélien a tiré des balles de petit calibre sur un poste de la Finul le 16 janvier 2026, sans causer de blessures mais endommageant des véhicules. Plus alarmant, un drone israélien a largué une grenade assourdissante près d’une patrouille de casques bleus au début février, forçant les soldats à se mettre à couvert. Ces actes, qualifiés de comportement agressif par la Finul, ont multiplié par 27 le nombre d’incidents entre janvier et décembre 2025, passant d’un seul à 27 cas mensuels. La mission onusienne, qui compte plus de 7500 soldats issus de 48 nations, fait face à une escalade dramatique, avec des grenades larguées par drones à proximité de patrouilles, y compris un incident en octobre 2025 qui a blessé un casque bleu.
Un incident particulièrement préoccupant s’est produit au début février 2026, lorsque des avions israéliens ont pulvérisé une substance chimique inconnue sur des terres agricoles et des villages frontaliers du Sud-Liban. Le président Joseph Aoun a condamné cette action comme un « crime environnemental » et une violation de la souveraineté libanaise, soulignant qu’elle représente une continuation des agressions répétées contre le Liban et sa population. La Finul a suspendu ses opérations pendant neuf heures en raison de cet épisode, et des échantillons de la substance ont été prélevés en collaboration avec l’armée libanaise pour des tests de toxicité. Des images montrent des flammes et de la fumée s’élevant de bâtiments touchés par des frappes aériennes à Ain Qana le 2 février, illustrant l’intensité des opérations israéliennes.
La tournée de Nawaf Salam : un message de solidarité et de souveraineté
Dans ce climat tendu, la tournée du premier ministre Nawaf Salam apparaît comme un geste fort pour réaffirmer la présence de l’État. Accompagné d’une délégation gouvernementale, il s’est rendu dans des zones sinistrées, rencontrant des résidents déplacés et des représentants locaux. À Tyr, il a salué le rôle de l’armée libanaise : « Et je salue l’armée libanaise qui a fait et fait son rôle, et l’extension de l’autorité de l’État sera aussi par le retour de l’électricité, des écoles, des hôpitaux et des routes, et si les gens ne voient pas tout cela, ils ne reviendront pas à leurs villages. » Cette déclaration met l’accent sur la nécessité de restaurer les services essentiels pour encourager le retour des populations, estimées à près de 65 000 personnes toujours déplacées dans les districts frontaliers.
Le premier ministre a insisté sur la continuité des efforts : « Le chemin n’est pas facile et nous n’attendrons pas la fin des agressions, et notre première préoccupation est de préserver la dignité des déplacés et de soutenir les retournants et nous travaillons sur la continuation du secours avec un soutien financier au lieu du loyer, les soins de santé gratuits, garantir la continuité de l’éducation pour les déplacés, nous travaillerons sur la reconstruction des infrastructures et des propriétés publiques, et nous nous concentrerons sur la mise en place d’un plan urbain pour que les villages reviennent meilleurs qu’ils ne l’étaient. » Ces engagements concrets incluent des aides financières directes, des soins médicaux gratuits et la poursuite de l’éducation pour les enfants déplacés, dans un pays où les ressources sont limitées par une dette publique dépassant 150 milliards de dollars et une inflation persistante, selon les rapports récents du ministère des Finances et de la Banque mondiale.
La composition du gouvernement, formée en février 2025, reflète un équilibre confessionnel et politique délicat. Nawaf Salam, sunnite indépendant, est assisté d’un vice-premier ministre, Tarek Mitri, maronite indépendant. Le cabinet compte 24 ministres, avec des portefeuilles clés comme les Finances détenues par Yassine Jaber (Amal, chiite), la Santé par Rakan Nasreddine (Hezbollah, chiite), et la Défense par un indépendant loyal au président. Quatre ministres sont issus du parti des Forces libanaises, opposé au Hezbollah, incluant les Affaires étrangères (Youssef Raji) et l’Énergie (Joseph Saddi). Cette structure vise à équilibrer les influences, tout en priorisant les réformes financières et la reconstruction, comme annoncé lors de la formation du cabinet.
Les défis de la reconstruction et du soutien aux déplacés
Le gouvernement Salam a approuvé un plan de reconstruction, avec un focus sur les infrastructures publiques endommagées par les conflits récents. Des fonds ont été alloués pour la réhabilitation des routes à Tyr et le soutien au secteur agricole, vital pour l’économie locale. « L’État n’est pas en visite saisonnière, il restera présent avec vous et nous commencerons par la réhabilitation des routes à Tyr et le soutien au secteur agricole et je reviendrai bientôt avec une deuxième visite lorsque l’exécution commencera sur le terrain », a conclu le premier ministre. Ces mesures s’appuient sur des aides internationales, notamment une conférence des donateurs prévue le 5 mars à Paris, en soutien à l’armée et aux forces de sécurité.
Les déplacés, dont le nombre avoisine les 65 000 dans les zones frontalières, bénéficient de programmes d’assistance élargis. Le passage à un soutien financier direct au lieu des aides au loyer vise à préserver la dignité des familles, tandis que les soins de santé gratuits et la continuité éducative sont priorisés. Dans les villages comme ceux près de la Ligne bleue, les destructions incluent des démolitions contrôlées par les forces israéliennes, aggravant la crise humanitaire. L’armée libanaise, déployée pour étendre son autorité, joue un rôle central dans ces efforts, coordonnant avec la Finul pour surveiller la zone tampon.
Le rôle de l’armée et la mise en œuvre de la résolution 1701
L’armée libanaise, sous la direction du président Joseph Aoun, ancien commandant en chef, est au cœur de la stratégie de souveraineté. Le gouvernement a approuvé un plan pour désarmer le Hezbollah, dont la première phase a été achevée récemment, selon l’armée. Ce processus s’inscrit dans la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui appelle au désarmement des milices et au déploiement exclusif de l’armée libanaise au sud du Litani. Cependant, les violations israéliennes compliquent cette mise en œuvre, avec des bases avancées construites par l’armée israélienne sur le territoire libanais et une zone tampon interdite d’accès.
Le président Aoun a insisté auprès du ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, lors d’une rencontre le 6 février 2026, sur le retrait israélien des territoires occupés comme préalable à la stabilité. « Le retrait d’Israël des territoires occupés au Sud et le déploiement de l’armée libanaise jusqu’à la frontière sont l’entrée essentielle pour résoudre la situation au Sud, car l’armée assumera alors pleinement la responsabilité de garantir la sécurité et la stabilité le long de la frontière », a-t-il déclaré. Cette position reflète les dynamiques complexes entre le Liban, Israël et le Hezbollah, où l’armée libanaise doit naviguer entre influences internes et pressions externes.
Les implications immédiates des engagements internationaux
Les discussions internationales se multiplient pour soutenir le Liban. Lors d’une rencontre avec le président français Emmanuel Macron à l’Élysée en janvier 2026, Nawaf Salam a réaffirmé l’engagement du gouvernement à placer toutes les armes sous contrôle étatique. Le ministre français Jean-Noël Barrot, en visite à Beyrouth le 6 février, s’est entretenu avec Salam, le ministre des Affaires étrangères Youssef Raji et le président du Parlement Nabih Berri, avant de rencontrer le président Aoun. Ces échanges portent sur le désarmement du Hezbollah et une conférence d’aide pour l’armée libanaise.
Parallèlement, Salam a exprimé, lors du Sommet mondial des gouvernements à Dubaï, son refus de laisser quiconque entraîner le Liban dans de nouveaux conflits, soulignant que la question de la guerre et de la paix relève uniquement du gouvernement. « Je veux souligner que la question de la guerre et de la paix est entre les mains du gouvernement et uniquement du gouvernement », a-t-il déclaré. Ces positions interviennent alors que des pourparlers entre les États-Unis et l’Iran sont prévus, potentiellement influençant la stabilité régionale.
Les efforts pour la reconstruction se poursuivent avec des plans urbains pour les villages détruits, tandis que les forces israéliennes maintiennent cinq bases opérationnelles avancées sur des collines libanaises, appliquant une zone interdite adjacente à la Ligne bleue. Le cabinet Salam, qui durera jusqu’aux élections parlementaires de mai 2026, supervise ces initiatives, avec des nominations clés comme celle du directeur de la Sûreté générale en suspens. Les dynamiques confessionnelles, avec des ministres chiites issus du tandem Hezbollah-Amal, influencent les décisions, mais le gouvernement insiste sur une approche unifiée pour la souveraineté.
Au Sud, les résidents attendent des avancées concrètes : la réhabilitation des routes a commencé à Tyr, et des soutiens agricoles sont alloués pour relancer l’économie locale. Le 30 janvier 2026, lors d’une session du cabinet présidée par le président Aoun avec Salam et les ministres, un accord avec la Syrie sur le transfert de condamnés a été approuvé, tout en discutant d’une méthodologie pour la reconstruction. Ces mesures, combinées aux patrouilles renforcées de l’armée, visent à stabiliser la région face aux incursions persistantes, comme les pulvérisations chimiques du 4 février, condamnées par Aoun comme une agression environnementale. Les échantillons collectés par la Finul et l’armée libanaise sont en cours d’analyse, tandis que les frappes du 5 février sur le Liban ont tué deux personnes, soulignant l’urgence des efforts diplomatiques pour contenir les escalades.


