Le chef du gouvernement libanais, Nawaf Salam, a reçu ce matin au Grand Sérail une délégation de la Banque mondiale, conduite par Jean-Christophe Carret, directeur régional pour le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, l’Afghanistan et le Pakistan, et Enrique Blanco Armas, directeur pays pour le Liban. Cette rencontre, qui s’inscrit dans un contexte de reprise économique fragile après des années de crise profonde, a permis d’examiner les avancées dans l’exécution de plusieurs projets financés par l’institution internationale. Au cœur des discussions : le projet LEAP dédié à la reconstruction des zones affectées par les conflits, ainsi que les perspectives de soutien futur dans le secteur de l’énergie, crucial pour la stabilité du pays.
Le Liban, qui émerge d’une période marquée par une contraction économique sévère depuis 2019, affiche des signes de stabilisation. Selon les estimations récentes, le PIB réel a progressé de 3,5 % en 2025, marquant la première croissance positive depuis 2017, portée par une reprise du tourisme, des envois de fonds et une stabilité du taux de change maintenue depuis août 2023. Cette embellie reste toutefois précaire, avec une inflation qui, bien qu’en décélération, pèse encore sur les ménages. La dette publique, estimée à plus de 150 % du PIB, et les pertes du secteur bancaire, évaluées à plus de 72 milliards de dollars, entravent les investissements massifs nécessaires à la relance. Dans ce cadre, les partenariats avec des organismes comme la Banque mondiale sont vitaux pour injecter des capitaux et appuyer les réformes structurelles.
Au cours de l’entretien, les parties ont passé en revue les progrès réalisés dans les initiatives en cours. Le projet LEAP, doté initialement de 250 millions de dollars approuvés en juin 2025, vise à réparer les infrastructures publiques essentielles endommagées par les conflits, en priorisant les interventions pour maximiser l’impact socio-économique. Ce financement fait partie d’un cadre scalable pouvant atteindre 1 milliard de dollars, conçu pour absorber des contributions supplémentaires de partenaires internationaux sous une structure gouvernementale unifiée, soulignant l’importance de la transparence et de la responsabilité. Jean-Christophe Carret a souligné que ce mécanisme offre un véhicule crédible pour aligner les efforts de reconstruction, tout en conditionnant les avancées à la poursuite des réformes gouvernementales.
Les discussions ont également porté sur deux prêts récemment approuvés par la Banque mondiale, totalisant 350 millions de dollars, destinés à renforcer la protection sociale et à accélérer la transformation numérique. Le premier, d’un montant de 200 millions, renforce le filet de sécurité sociale pour les populations vulnérables, tandis que le second, de 150 millions, améliore l’accès aux services gouvernementaux essentiels via des plateformes numériques sécurisées. Ces fonds s’inscrivent dans une stratégie plus large pour soutenir la reprise économique, en promouvant l’inclusion des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés. Enrique Blanco Armas a insisté sur l’urgence de ces mesures, alors que près de 44 % de la population vit sous le seuil de pauvreté monétaire, et que plus de 70 % subit une pauvreté multidimensionnelle, incluant des lacunes en matière d’accès à l’éducation, à la santé et aux services de base.
Un accent particulier a été mis sur le secteur de l’énergie, où le Liban fait face à des défis chroniques. Les coupures d’électricité persistantes, limitant souvent l’accès à une heure par jour sans générateurs privés, aggravent la précarité économique. La délégation a exploré les avenues de soutien pour améliorer le réseau électrique, favoriser les interconnexions régionales et internationales, et encourager la participation du secteur privé aux investissements publics. Dans ce domaine, la Banque mondiale a récemment approuvé un projet de renforcement du système énergétique renouvelable, doté de 257,8 millions de dollars, visant à stabiliser l’approvisionnement et à réduire les pertes. Ces initiatives s’alignent sur les priorités du gouvernement Salam, qui, depuis sa prise de fonctions en février 2025, met l’accent sur la restauration des institutions étatiques et la mise en œuvre de réformes pour regagner la confiance des partenaires internationaux.
La délégation a annoncé une visite prochaine d’Anna Bjerde, directrice exécutive des opérations de la Banque mondiale, afin d’approfondir le dialogue sur la trajectoire de récupération économique et de renforcer le partenariat avec le Liban. Par ailleurs, un exposé a été présenté sur la nouvelle plateforme de garanties du groupe Banque mondiale, destinée à élargir et simplifier les outils de garantie pour stimuler les investissements privés, en atténuant les risques pour les investisseurs. Cette plateforme vise à attirer des financements et à soutenir une croissance économique durable, essentielle pour un pays où les pertes dues aux conflits récents sont estimées à 14 milliards de dollars, dont 6,8 milliards en dommages physiques et 7,2 milliards en pertes économiques.
Ces échanges interviennent alors que le Liban prépare son budget 2026, avec des projections de croissance à 4 % pour l’année, conditionnées à la poursuite des réformes et à des afflux modérés de capitaux pour la reconstruction. Le gouvernement Salam, formé après l’élection du président Joseph Aoun en janvier 2025, a déjà approuvé plusieurs lois économiques et judiciaires, complété des nominations clés dans le secteur public, et stabilisé les finances publiques avec un budget équilibré pour 2025. Toutefois, les défis persistent : la crise de liquidité, héritée de 2019, a vu la livre libanaise se stabiliser autour de 89 000 pour un dollar, mais sans vulnérabilité inflationniste comme par le passé. Les envois de fonds et la dollarisation des salaires soutiennent la consommation privée, mais les investissements restent timides face à l’instabilité persistante.



