Dans un contexte d’escalade militaire sans précédent au Moyen-Orient, un responsable de la mission navale de l’Union européenne Aspides a révélé ce samedi 28 février 2026 que des navires opérant dans le Golfe reçoivent des transmissions VHF des Gardiens de la révolution islamique iraniens affirmant que « aucun navire n’est autorisé à traverser le détroit d’Ormuz ». Cette déclaration, rapportée à l’agence Reuters par un officiel sous couvert d’anonymat, intervient quelques heures après les frappes coordonnées des États-Unis et d’Israël contre des sites stratégiques en Iran, et les ripostes iraniennes sur des bases américaines et israéliennes. Bien que Téhéran n’ait pas confirmé officiellement cette interdiction, elle ravive les craintes d’une perturbation majeure des flux pétroliers mondiaux, le détroit représentant la voie de passage pour environ 20 % des exportations mondiales de pétrole brut.
Les messages radio, émis sur des fréquences ultra-hautes utilisées pour les communications maritimes, ont été captés par plusieurs vaisseaux dans la région. Le responsable européen a précisé que ces avertissements proviennent directement des forces navales des Gardiens de la révolution, le bras armé idéologique du régime iranien. Parallèlement, l’agence britannique des opérations commerciales maritimes (UKMTO) a indiqué avoir reçu de multiples rapports de navires signalant des messages similaires sur la fermeture du détroit. Ces alertes ont conduit plusieurs compagnies pétrolières et maisons de négoce à suspendre temporairement leurs expéditions à travers cette artère vitale, reliant les principaux producteurs du Golfe – Arabie saoudite, Irak, Koweït, Émirats arabes unis et Iran lui-même – au golfe d’Oman et à la mer d’Arabie.
Cette menace, si elle se concrétisait, marquerait un tournant dans les tensions régionales, déjà exacerbées par les opérations militaires lancées à l’aube par Washington et Jérusalem. Le président américain Donald Trump a qualifié ces frappes d’« opérations de combat majeures » sous le nom de code Operation Epic Fury, visant à « détruire les capacités militaires de Téhéran et empêcher l’acquisition d’armes nucléaires ». Des sources militaires israéliennes ont confirmé que les attaques incluaient des tentatives d’élimination de figures clés du régime, dont le guide suprême Ali Khamenei et le président Masoud Pezeshkian. Des explosions ont été signalées dans au moins neuf villes iraniennes, avec des dommages importants aux installations nucléaires de Natanz et Fordow, ainsi qu’à des usines de missiles à Semnan.
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La riposte iranienne n’a pas tardé : moins d’une heure après les premiers raids, les Gardiens de la révolution ont lancé plus de 200 missiles balistiques et drones vers Israël et des bases américaines dans le Golfe. Des impacts ont été rapportés à Haïfa en Israël, où le système Dôme de fer a intercepté 85 % des projectiles, et sur des installations à Bahreïn, aux Émirats arabes unis, au Qatar, au Koweït et en Jordanie. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a décrit cette contre-attaque comme « écrasante », affirmant que « tous les intérêts américains et israéliens sont désormais des cibles légitimes, sans lignes rouges ».
Le rôle stratégique du détroit d’Ormuz dans les tensions régionales
Le détroit d’Ormuz, large de seulement 33 kilomètres à son point le plus étroit, est depuis des décennies un point de friction géopolitique. Contrôlé territorialement par l’Iran au nord et par Oman au sud, il voit transiter quotidiennement environ 21 millions de barils de pétrole brut, soit un cinquième de la consommation mondiale. Les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar, premier producteur mondial, passent également par là, représentant 30 % des flux globaux. Une fermeture, même partielle, entraînerait une flambée immédiate des prix du brut, comme l’ont illustré les estimations des analystes : le Brent a déjà grimpé de 12 % ce jour pour atteindre 85 dollars le baril, et une perturbation prolongée pourrait le porter au-delà de 120 dollars, selon Bloomberg Economics.
Les autorités iraniennes ont maintes fois brandi cette menace en réponse à des pressions internationales. En janvier 2026, le commandant des forces navales des Gardiens, Alireza Tangsiri, avait déclaré que l’Iran pourrait fermer le détroit si nécessaire, en réaction à la présence perçue comme menaçante d’Israël aux Émirats arabes unis. « Nous pouvons fermer le détroit d’Ormuz, mais nous ne le faisons pas. Cependant, si l’ennemi vient nous perturber, nous réviserons notre politique », avait-il averti. Ces propos faisaient écho à des déclarations antérieures, comme celles de 2019 lors des tensions avec les États-Unis sous l’administration Trump précédente, où Téhéran avait saisi plusieurs tankers en représailles à des sanctions.
Plus récemment, en décembre 2025, les Gardiens ont arraisonné un tanker battant pavillon étranger dans le détroit, accusé de transporter du carburant de contrebande, et détenu son équipage de 16 personnes. En novembre 2025, un autre navire sous pavillon des îles Marshall, en route des Émirats vers Singapour, a été capturé. Ces incidents, bien que limités, démontrent la capacité de l’Iran à interférer avec le trafic maritime sans déclarer une fermeture totale. Le Centcom américain a également rapporté en février 2026 des approches agressives de drones iraniens vers le porte-avions USS Abraham Lincoln, opérant en eaux internationales, soulignant les risques croissants pour la navigation.
Les implications immédiates pour les acteurs maritimes
Face à ces avertissements radio, plusieurs majors pétrolières ont réagi promptement. Des sources chez Trafigura et Vitol, deux des plus grandes maisons de négoce, ont indiqué la suspension des expéditions à travers le détroit jusqu’à clarification de la situation. Shell et BP ont émis des alertes internes à leurs flottes, recommandant d’éviter la zone. Le ministère grec de la Marine marchande, dont le pays possède l’une des plus grandes flottes au monde, a conseillé aux navires battant pavillon grec d’exercer une vigilance maximale et d’éviter le golfe Persique, le golfe d’Oman et le détroit d’Ormuz. « La situation en évolution affecte la sécurité de la navigation dans le golfe Persique élargi, les détroits d’Ormuz, le golfe d’Oman et la mer d’Arabie du Nord », stipule l’avis consulté par Reuters, imposant le niveau de sécurité le plus élevé pour les ports israéliens et les zones mentionnées.
Les fermetures d’espaces aériens dans au moins huit pays du Golfe – Iran, Irak, Koweït, Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis, Israël et Jordanie – aggravent les perturbations logistiques. Les aéroports de Dubaï et Doha sont isolés, forçant les vols long-courriers à contourner via l’Afrique ou l’Asie centrale, ajoutant jusqu’à quatre heures de vol. Sur le plan maritime, le détroit d’Ormuz reste une lifeline pour les exportations : l’Arabie saoudite y expédie 7 millions de barils par jour, l’Irak 3,5 millions, les Émirats 2,5 millions. Une interruption, même brève, réduirait les flux de 20 à 30 %, selon des experts du FMI, impactant directement les importateurs comme la Chine (40 % de ses besoins pétroliers via ce passage) et l’Inde (30 %).


