Alors que le Liban navigue dans des eaux troubles, marqué par des crises économiques persistantes et des tensions régionales exacerbées par le conflit israélo-palestinien en cours, un chapitre historique s’ouvre avec le début du désarmement des camps de réfugiés palestiniens. Ce processus, lancé le 21 août dans le camp de Burj al-Barajneh à Beyrouth, vise à réaffirmer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, en confisquant les armes aux factions non étatiques.
Initié sous la pression américaine et avec le soutien de l’Autorité palestinienne, il s’inscrit dans un contexte plus large où les événements à Gaza – avec une offensive israélienne renouvelée en mars 2025 causant des milliers de victimes – menacent d’étendre la guerre régionale au Liban, déjà sous la menace d’un affrontement élargi impliquant le Hezbollah. Les demandes insistantes de désarmement du Hezbollah, formulées par Israël et les États-Unis, ajoutent une couche de complexité, risquant de transformer ce pas vers la stabilité en un catalyseur de chaos. Plongeons dans les méandres de cette opération, entre espoirs de paix et craintes d’embrasement généralisé.
Ce développement survient après des mois de négociations, avec un plan approuvé par le gouvernement libanais le 5 août dernier, visant un achèvement d’ici la fin de l’année. Des sources sécuritaires indiquent que les premières remises d’armes ont eu lieu hier soir, marquant un pas symbolique mais potentiellement transformateur, alors que les frappes israéliennes au sud du Liban se multiplient et que la Syrie voisine reste aux mains d’islamistes radicaux.
Les réfugiés palestiniens au Liban : Une saga d’exil forcé et de survie précaire, amplifiée par la tragédie de Gaza
Les réfugiés palestiniens au Liban incarnent l’une des tragédies les plus durables du conflit israélo-arabe, une histoire marquée par des déplacements massifs, des pertes irrémédiables et une quête incessante de dignité, rendue encore plus poignante par les événements récents à Gaza. Tout commence avec la Nakba de 1948, cette « catastrophe » qui voit l’expulsion ou la fuite de plus de 750 000 Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël. Environ 100 000 d’entre eux trouvent un refuge précaire au Liban, un pays alors naissant et fragile, déjà divisé par des clivages confessionnels profonds entre chrétiens, musulmans sunnites, chiites et druzes.
Ces réfugiés, originaires de villages comme Jaffa, Haïfa ou Acre, arrivent avec peu de biens, fuyant les violences et les destructions. Au fil des décennies, leur nombre gonfle avec les guerres successives : la guerre des Six Jours en 1967, qui entraîne l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza par Israël, amène de nouveaux flux migratoires, portant la population palestinienne au Liban à près de 500 000 individus aujourd’hui, selon les estimations de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).
Cependant, ce chiffre est contesté, certains experts libanais avançant des nombres plus bas en raison des émigrations et des conflits, y compris les récents afflux de Palestiniens fuyant la Syrie en guerre depuis 2011.Ces réfugiés s’installent dans 12 camps officiels reconnus par l’ONU, tels que Burj al-Barajneh à Beyrouth, Aïn el-Héloué près de Saïda, Rachidiyé à Tyr, ou encore Nahr el-Bared au nord.
Ces enclaves, initialement conçues comme des abris temporaires faits de tentes et de baraquements, se transforment en véritables villes dans la ville, surpeuplées et sous-équipées. Burj al-Barajneh, par exemple, abrite environ 20 000 personnes sur à peine un kilomètre carré, avec des ruelles étroites, des bâtiments entassés et un manque criant d’espaces verts. L’UNRWA gère l’éducation, la santé et les services sociaux, mais les infrastructures défaillantes – eau courante intermittente, électricité capricieuse, systèmes d’égouts obsolètes – exacerbent les tensions quotidiennes.
Les Palestiniens au Liban n’ont pas droit à la citoyenneté, contrairement à leurs compatriotes en Jordanie ou en Syrie, une mesure justifiée par les autorités libanaises pour préserver l’équilibre confessionnel fragile du pays. Ils sont exclus de plus de 70 professions, ne peuvent pas posséder de biens immobiliers hors des camps, et dépendent largement de l’aide internationale, ce qui nourrit un taux de chômage avoisinant les 80 % dans certains camps.Cette marginalisation économique et sociale crée un cercle vicieux de pauvreté et de désespoir, particulièrement accentué par le conflit actuel à Gaza. Les jeunes, souvent bien éduqués grâce aux écoles de l’UNRWA, se retrouvent piégés dans un marché du travail discriminatoire, poussant certains vers l’émigration illégale ou les économies informelles.
Historiquement, ces réfugiés ne forment pas un bloc monolithique ; ils proviennent de diverses régions de la Palestine historique et leur identité se forge autour du « droit au retour », inscrit dans la résolution 194 de l’ONU, qui stipule que les réfugiés doivent pouvoir rentrer chez eux ou recevoir une compensation.
Mais au Liban, leur présence devient rapidement un enjeu politique majeur : les chrétiens maronites craignent un déséquilibre démographique favorisant les musulmans sunnites, alliés naturels des Palestiniens, ce qui sème les graines de conflits futurs. Des figures comme Yasser Arafat, leader de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), utilisent les camps comme bases pour la résistance, transformant les réfugiés en acteurs involontaires de la géopolitique régionale.
Aujourd’hui, avec la guerre en Gaza qui a repris de plus belle en mars 2025 – une offensive israélienne massive incluant des opérations à Gaza City, Khan Yunis et Rafah, causant des milliers de morts civils et une crise humanitaire sans précédent – ces camps libanais deviennent des échos amplifiés de la souffrance palestinienne. Les réfugiés libanais, solidaires de leurs frères à Gaza, voient leurs conditions se dégrader davantage, avec des appels à la résistance qui se font plus pressants face aux menaces d’extension du conflit au Liban, où Israël multiplie les frappes contre le Hezbollah, risquant un embrasement régional impliquant la Syrie voisine, toujours instable sous contrôle islamiste.
Pourquoi ils sont armés : Des bastions de résistance nés de la nécessité et de l’abandon, ravivés par la guerre à Gaza
L’armement des camps palestiniens au Liban n’est pas un choix arbitraire, mais une réponse à une vulnérabilité chronique et à un sentiment d’abandon par la communauté internationale, un sentiment exacerbé par les atrocités en cours à Gaza. Dès les années 1950, les réfugiés, dépourvus de toute protection étatique, forment des milices informelles pour se défendre contre les raids israéliens sporadiques et les tensions internes au Liban.
Ces groupes initiaux, souvent composés d’anciens combattants de la guerre de 1948, visent à protéger les familles et les biens dans un environnement hostile.
La véritable bascule intervient en 1969 avec l’Accord du Caire, signé entre l’OLP de Yasser Arafat et le gouvernement libanais sous la pression des États arabes. Cet accord autorise les fedayin – les combattants palestiniens – à opérer librement dans les camps et au sud du Liban, en échange d’une promesse de non-ingérence dans les affaires internes libanaises. Pour les Palestiniens, cet armement devient synonyme de survie et de résistance contre l’occupation israélienne, transformant les camps en bastions de la « lutte armée ».
Pourquoi cet armement persiste-t-il ? D’abord, pour poursuivre la résistance contre Israël depuis un front nord, avec des opérations comme des infiltrations frontalières ou des tirs de roquettes Katyusha, des actions qui résonnent particulièrement aujourd’hui alors que Gaza subit une offensive renouvelée depuis mars 2025, avec des bombardements intenses et des incursions terrestres causant des destructions massives. Mais il répond aussi à des besoins internes : maintien de l’ordre dans des zones surpeuplées où la police libanaise n’entre pas, protection contre les milices libanaises hostiles, et affirmation d’une identité nationale en exil.
« Nos armes sont notre honneur », a déclaré un cadre du Fatah récemment, soulignant que sans elles, les réfugiés se sentent exposés aux menaces extérieures et internes, surtout avec les menaces israéliennes d’étendre la guerre de Gaza au Liban pour neutraliser le Hezbollah. L’évolution de l’armement est notable : des fusils légers et pistolets dans les années 1950 aux lance-roquettes RPG, mortiers et même des armes plus sophistiquées comme des missiles antichars dans les décennies suivantes.
Cette prolifération transforme les camps en forteresses autonomes, où l’autorité libanaise est exclue, créant des « États dans l’État ».Cependant, cet armement n’est pas sans conséquences internes. Les rivalités entre factions – Fatah contre groupes islamistes – mènent à des clashes sanglants, comme ceux à Aïn el-Héloué en 2023, qui ont fait des dizaines de morts et déplacé des milliers de civils.
Les armes servent aussi à des trafics illégaux, alimentant un marché noir qui profite à des criminels locaux.
Dans un contexte de crise économique libanaise, où la livre a perdu 95 % de sa valeur depuis 2019, les armes deviennent un moyen de pouvoir et de survie économique pour certains. Pourtant, de nombreux réfugiés ordinaires aspirent à une vie pacifique, loin des milices, mais la peur des incursions israéliennes ou des tensions avec le Hezbollah maintient le statu quo. Ce désarmement actuel, lancé le 21 août, pourrait briser ce cycle, mais il soulève des questions sur la sécurité des camps sans protection armée, d’autant plus que les événements à Gaza – avec plus de 40 000 morts depuis octobre 2023, selon des estimations – ravivent les appels à la solidarité armée contre Israël.
Qui les a armés et quel impact : Des factions au cœur du chaos libanais et des guerres régionales, avec l’ombre persistante de l’Iran et d’Israël
Les armes dans les camps palestiniens affluent dès les années 1970, fournies par l’OLP, soutenue par une constellation d’États arabes comme la Syrie, l’Égypte, l’Irak et la Libye sous Kadhafi. La Syrie joue un rôle pivotal : sous Hafez al-Assad, elle arme les factions prosyriennes pour influencer la politique libanaise, utilisant les Palestiniens comme proxies dans sa rivalité avec Israël et d’autres acteurs régionaux. L’Union soviétique, pendant la Guerre froide, fournit du matériel via ces États arabes, incluant des AK-47, des mortiers et des roquettes. Post-révolution iranienne en 1979, l’Iran arme les groupes islamistes comme le Hamas et le Jihad islamique palestinien (JIP), via des routes de contrebande traversant la Syrie et le Liban, un soutien qui s’intensifie aujourd’hui avec la guerre à Gaza, où l’Iran voit les factions palestiniennes comme un front contre Israël.
Des pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite, ont sporadiquement soutenu des factions salafistes influencées par le wahhabisme, ajoutant une couche idéologique à l’armement, même si ces liens se sont affaiblis avec l’ascension des islamistes en Syrie.Les factions clés sont diversifiées et souvent rivales. Le Fatah, branche dominante de l’OLP dirigée par Mahmoud Abbas, est modéré et pro-occidental, focalisé sur la diplomatie mais armé pour la défense, particulièrement vigilant face aux menaces d’extension de la guerre de Gaza. Le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP), marxiste-léniniste fondé par George Habache, est connu pour des opérations spectaculaires comme des détournements d’avions dans les années 1970. Le Hamas et le JIP, islamistes radicaux, sont liés à l’Iran et au Hezbollah, priorisant la résistance armée contre Israël, une posture renforcée par les événements actuels à Gaza où ils mènent une guérilla contre l’offensive israélienne.
Des groupes salafistes comme Jound al-Cham ou Fatah al-Islam, émergents dans les années 2000, ajoutent une dimension jihadiste, avec des liens à Al-Qaïda ou à des réseaux syriens. Ces factions ne sont pas unifiées ; des alliances changeantes, comme entre Fatah et Hamas post-Oslo en 1993, mènent à des fractures internes, exacerbées par la crise à Gaza.L’impact de cet armement est dévastateur pour le Liban.
Les camps deviennent des « zones de non-droit », où l’armée libanaise n’entre pas depuis l’Accord du Caire, favorisant le crime organisé et les trafics. Cela contribue directement à la guerre civile libanaise (1975-1990), où les Palestiniens s’allient aux forces musulmanes progressistes contre les phalangistes chrétiens, transformant Beyrouth en champ de bataille.
Des massacres ensanglantent l’histoire : Tel al-Zaatar en 1976, où 3 000 Palestiniens sont tués par des milices chrétiennes ; Sabra et Chatila en 1982, où jusqu’à 3 500 civils sont massacrés par des phalangistes sous supervision israélienne pendant l’invasion israélienne. Les factions palestiniennes jouent un rôle central, faisant du sud-Liban un « Fatahland », base d’attaques contre Israël, provoquant des invasions en 1978 (opération Litani) et 1982 (opération Paix en Galilée). La guerre civile fait 150 000 morts, dont des milliers de Palestiniens, et laisse le Liban balkanisé, avec une économie ruinée et des infrastructures détruites.
Post-guerre, les camps restent armés, abritant des réseaux terroristes transnationaux. Des clashes comme à Nahr el-Bared en 2007, où l’armée libanaise affronte Fatah al-Islam, coûtent 400 vies et détruisent le camp.
Aujourd’hui, ces enclaves posent un risque sécuritaire majeur, avec des armes circulant librement, alimentant des tensions avec le Hezbollah ou des groupes syriens. L’impact économique est lourd : les camps, isolés, drainent les ressources de l’État sans contribuer fiscalement, tandis que les violences intermittentes découragent les investissements. Politiquement, ils perpétuent la division confessionnelle, les sunnites soutenant souvent les Palestiniens contre les chiites ou chrétiens.
Ce désarmement, commencé le 21 août à Burj al-Barajneh, vise à intégrer les camps dans l’État libanais, mais il ravive les souvenirs traumatiques de la guerre civile, surtout avec les demandes pressantes de désarmement du Hezbollah, vues comme une extension des pressions israéliennes pour neutraliser l' »axe de la résistance » iranien au milieu de la guerre à Gaza.
Le désarmement en marche : Un plan phasé pour reprendre le contrôle, avec des débuts symboliques sous pression américaine
Le processus de désarmement a officiellement débuté le 21 août 2025 à Burj al-Barajneh, où un premier lot d’armes – incluant des fusils, des lance-grenades et des mortiers – a été remis à l’armée libanaise lors d’une opération nocturne. Ce camp, situé au sud de Beyrouth et abritant environ 20 000 réfugiés majoritairement sous influence du Fatah, a vu des véhicules militaires entrer pour la première fois depuis des décennies, sous la supervision d’un comité mixte libano-palestinien dirigé par Ramez Dimashkiye. Des sources sécuritaires rapportent que l’opération s’est déroulée sans incident majeur, bien que des tensions aient été palpables parmi les résidents. Simultanément, le camp d’Al-Bass à Tyr a entamé des préparatifs similaires, marquant le lancement d’un plan phasé décidé par le gouvernement libanais le 5 août dernier, visant un désarmement complet d’ici la fin 2025.Le plan est structuré en trois phases pour minimiser les risques.
La phase 1 cible les camps de Beyrouth et du sud comme Burj al-Barajneh et Al-Bass, où la présence armée est relativement modérée. Ici, les armes sont collectées volontairement, centralisées dans des dépôts sous garde de l’armée libanaise, avec un mécanisme de vérification impliquant des observateurs palestiniens.
La phase 2 étendra l’opération aux camps du centre, comme Mar Elias ou Sabra, tandis que la phase 3 abordera les plus volatils, tels qu’Aïn el-Héloué, connu pour ses clashes récurrents entre factions salafistes et Fatah.
Chaque phase inclut des mesures de confiance, comme des amnisties pour les porteurs d’armes légères et des programmes de réinsertion pour les ex-combattants, financés en partie par l’aide internationale.Ce désarmement survient sous forte pression américaine, avec l’émissaire Tom Barrack saluant un « pas historique vers l’unité et la stabilité », liant cela à un cessez-le-feu avec Israël datant de novembre 2024, et à des efforts plus larges pour monopoliser les armes sous contrôle étatique. Barrack, qui a félicité le gouvernement libanais et le Fatah via un message public, a même supprimé un drapeau palestinien de son post initial, soulignant les sensibilités diplomatiques.
Des retards, dus à des désaccords internes entre factions palestiniennes et au sein du gouvernement libanais, ont repoussé le lancement de deux mois, initialement prévu mi-juin. Yasser Abbas, fils du président palestinien Mahmoud Abbas, supervise personnellement le processus, coordonnant avec le Premier ministre libanais Najib Mikati.
Le 21 août, seul un camion d’armes a été remis, décrit par certains comme symbolique – des armes saisies récemment plutôt que l’arsenal principal – mais des livraisons supplémentaires sont attendues dans les semaines à venir. L’armée libanaise, renforcée par des unités spéciales, assure la sécurité, tandis que l’UNRWA facilite les aspects humanitaires pour éviter des disruptions dans les services quotidiens, tout en tenant compte des tensions régionales liées à Gaza.
Factions en lice : Qui pose les armes, qui les garde jalousement face à un processus inégal et des refus catégoriques ?
Dans ce désarmement naissant, les factions palestiniennes affichent des positions contrastées, reflétant leurs allégeances idéologiques et géopolitiques, particulièrement divisées par la guerre en cours à Gaza. Le Fatah, allié de l’Autorité palestinienne et dirigé par Mahmoud Abbas, coopère activement : « Nous remettons des armes illégales introduites récemment », a déclaré Sobhi Abu Arab, un cadre du Fatah à Burj al-Barajneh.
Cette coopération, supervisée par Yasser Abbas, inclut la remise d’armes saisies dans un entrepôt appartenant à un ex-officiel du Fatah, Shadi al-Far, arrêté la veille. Cependant, même au sein du Fatah, des voix dissidentes craignent un affaiblissement face aux rivaux, surtout avec les appels à la résistance inspirés par Gaza.
D’autres factions modérées, comme le FPLP, adoptent une posture ambiguë, participant partiellement mais sans enthousiasme total.En revanche, le Hamas et le Jihad islamique palestinien (JIP) refusent catégoriquement toute participation : « Nos armes sont notre bouclier pour le droit au retour et la lutte contre l’occupation israélienne », ont-ils affirmé dans un communiqué conjoint le 21 août, liant leur position à la défense de Gaza face à l’offensive israélienne. Ces groupes, influencés par l’Iran et alliés au Hezbollah, voient le désarmement comme une capitulation imposée par les États-Unis et l’Autorité palestinienne, qu’ils accusent de collaboration. Des salafistes comme ceux de Jound al-Cham, présents dans Aïn el-Héloué, pourraient résister violemment, ayant déjà menacé de clashes si l’armée approche.
Des sources palestiniennes indiquent que ces factions refusent de remettre même des armes légères, arguant que le processus est « symbolique » et ne touche pas leurs arsenaux principaux. Le Fatah al-Islam, bien que affaibli depuis 2007, pourrait resurgir dans les camps du nord. Cette division risque de rendre le désarmement inégal, avec certains camps coopérant tandis que d’autres deviennent des foyers de résistance, amplifiés par la solidarité avec Gaza.
Les périls du désarmement : Un vide qui pourrait enfanter des monstres radicaux et déborder l’Autorité palestinienne, avec le spectre d’une guerre élargie
Les risques inhérents à ce désarmement sont multiples et profonds, menaçant de déstabiliser non seulement les camps mais l’ensemble du Liban, particulièrement dans le contexte de la guerre à Gaza et des menaces d’extension régionale. D’abord, un processus inégal pourrait affaiblir le Fatah et l’Autorité palestinienne, laissant le champ libre à des factions plus radicales comme le Hamas, le JIP ou des salafistes.
« L’AP risque d’être débordée dans les camps », avertit un analyste libanais anonyme, craignant des luttes de pouvoir internes menant à des violences interpalestiniennes, inspirées par la résilience des combattants à Gaza. Historiquement, des vacuums sécuritaires ont favorisé l’émergence de groupes extrémistes, comme Fatah al-Islam en 2007, qui a transformé Nahr el-Bared en zone de guerre. Si le Fatah désarme unilatéralement, ses rivaux pourraient recruter parmi les jeunes désœuvrés, amplifiant les tensions.
Les conséquences immédiates incluent une instabilité accrue dans les camps, avec des risques de clashes contre l’armée libanaise, comme observé lors d’opérations passées. Économiquement, les réfugiés, déjà vulnérables avec un accès limité aux emplois, pourraient voir leur sécurité se dégrader sans milices protectrices, menant à une augmentation de la criminalité ou des migrations forcées.
Politiquement, cela pourrait exacerber les tensions avec le Hezbollah, qui refuse tout désarmement similaire et voit dans cette initiative une manœuvre américaine pour affaiblir l' »axe de la résistance » iranien, surtout alors qu’Israël exige le désarmement du Hezbollah comme condition pour un cessez-le-feu durable au sud du Liban.
Des manifestations pro-Hezbollah ont déjà eu lieu à Beyrouth, protestant contre le plan, et le leader du groupe, Naim Qassem, a averti le 15 août que toute tentative de désarmement forcé mènerait à une « guerre civile » et à « aucune vie au Liban ». De plus, des fuites d’armes vers des marchés noirs pourraient alimenter d’autres conflits régionaux, comme en Syrie voisine.À plus long terme, si l’Autorité palestinienne est perçue comme imposant un désarmement forcé, sa légitimité parmi les réfugiés – déjà érodée par les échecs des accords d’Oslo – pourrait s’effondrer, favorisant des groupes radicaux solidaires de Gaza. Mahmoud Abbas, âgé et contesté, risque de perdre le soutien des camps libanais, cruciaux pour la diaspora palestinienne.
Des experts craignent un « effet domino » : des clashes dans un camp comme Aïn el-Héloué pourraient se propager, impliquant le Hezbollah et Israël, ravivant les craintes d’une nouvelle guerre élargie, avec des milliers de missiles du Hezbollah potentiellement lancés en riposte à des frappes israéliennes. Pourtant, si réussi, ce désarmement pourrait intégrer les Palestiniens dans la société libanaise, avec des réformes promises comme un meilleur accès au travail, mais le chemin est semé d’embûches, d’autant plus que l’offensive à Gaza continue de polariser la région.
Apaiser la poudrière régionale ?
Le désarmement face aux ombres syriennes, terroristes et islamistes, avec les menaces d’extension de Gaza et les pressions sur le Hezbollah
Dans un contexte où la Syrie post-Assad est dominée par des islamistes comme Hayat Tahrir al-Cham, ce désarmement pourrait réduire les risques terroristes au Liban en coupant les filières d’armes et de recrues. Les camps abritent des cellules wahhabites et salafistes liées à des réseaux syriens, actifs depuis la guerre civile syrienne en 2011, où des Palestiniens ont combattu des deux côtés.
En démantelant ces groupes, le Liban pourrait sécuriser sa frontière poreuse, longue de 375 km, et prévenir des infiltrations jihadistes, particulièrement critiques alors que la guerre à Gaza menace de s’étendre au nord, avec Israël accusant le Hezbollah de préparer des attaques en solidarité avec le Hamas.Cela atténuerait la « dangerosité » régionale : moins d’attaques potentielles contre Israël depuis les camps du sud, réduisant les ripostes israéliennes qui ont déjà frappé le Liban plus de 4 000 fois depuis le cessez-le-feu de 2024.
Cependant, des risques persistent : si les radicaux syriens exploitent un vide sécuritaire dans les camps désarmés, un nouveau front pourrait s’ouvrir, avec des armes transitant via la Bekaa, et une extension de la guerre de Gaza – où Israël mène une campagne massive depuis mars 2025 – pourrait impliquer directement le Liban. « C’est un pari : consolider l’État ou inviter le chaos », note un expert sécuritaire. Avec 1,5 million de réfugiés syriens au Liban, dont 53 000 Palestiniens de Syrie, les liens transfrontaliers amplifient les enjeux. Le démantèlement de groupes wahhabites comme ceux liés à Daesh pourrait affaiblir les salafistes libanais, mais sans soutien international, l’armée libanaise, sous-financée, pourrait échouer.
En lien avec la Syrie islamiste, ce processus pourrait aussi isoler l’Iran, dont les proxies comme le Hezbollah perdraient des alliés palestiniens, mais les demandes israéliennes et américaines pour désarmer le Hezbollah – vues comme une condition pour la paix – risquent de déclencher une confrontation interne, transformant le Liban en un nouveau théâtre de la guerre régionale.
En conclusion, ce désarmement, s’il aboutit, pourrait marquer la fin d’une ère de milices autonomes, renforçant la souveraineté libanaise et ouvrant la voie à une intégration des réfugiés, tout en apaisant les tensions liées à Gaza. Mais les obstacles sont immenses : divisions factionnelles, pressions externes, risques de violence et menaces d’extension régionale. Le Liban, éternel funambule entre paix et chaos, joue son avenir sur ce fil tendu, avec le spectre d’un Hezbollah armé planant comme une épée de Damoclès.



