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Liban : Les pressions américaines et israéliennes sur le désarmement du Hezbollah menacent d’embraser le pays

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Le Liban, déjà fragilisé par une crise économique et politique sans précédent, se trouve au bord d’une nouvelle crise explosive, alimentée par les pressions internationales pour désarmer le Hezbollah. Le 27 août 2025, la cinquième visite de l’émissaire américain Tom Barrack a cristallisé les tensions, son plan de désarmement – perçu comme un ultimatum dicté par Israël – suscitant une opposition massive tant au niveau populaire que politique. Alors qu’Israël maintient ses positions au sud du Liban et intensifie ses frappes, violant le cessez-le-feu de novembre 2024, la session gouvernementale prévue le 2 septembre, où un plan de désarmement doit être examiné, est qualifiée d’« explosive » par le président du Parlement Nabih Berri. Dans un pays où l’opacité bancaire héritée des fraudes pré-2019 et l’absence de bilans publics depuis aggravent la méfiance envers l’État, la perspective d’un désarmement forcé du Hezbollah risque de déclencher des incidents violents, voire une guerre civile. Entre manifestations populaires, divisions politiques et une armée libanaise sous-équipée, le Liban s’approche d’un point de rupture aux conséquences imprévisibles.

Une médiation américaine rejetée par la population du Sud Liban

La visite de Tom Barrack, achevée le 27 août 2025, visait à consolider le cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, mais s’est réduite à une exigence claire : le désarmement du Hezbollah comme préalable à toute avancée diplomatique. Ce plan, présenté comme équilibré, a été perçu comme un alignement sur les intérêts israéliens, qui conditionnent le retrait de leurs cinq positions frontalières au sud et l’arrêt des frappes – 500 depuis novembre, tuant 230 combattants du Hezbollah et 83 civils, dont 15 enfants – à un désarmement effectif. Cette position a déclenché une vague de colère populaire. À Khiyam, Marjayoun et Tyr, des manifestations ont bloqué routes et accès, les protestataires dénonçant la « complicité » de Barrack avec Israël. Sous la pression, sa visite dans le Sud a été annulée, se limitant à une halte discrète dans une caserne à Marjayoun. « Les États-Unis veulent nous désarmer pour nous livrer à l’ennemi », a lancé un manifestant à Tyr, reflétant un sentiment d’injustice face à l’absence de garanties sur le retrait israélien.

Ces protestations, particulièrement vives dans les régions chiites du Sud, où le Hezbollah jouit d’un fort soutien, risquent de dégénérer. Les habitants, épuisés par la crise économique – avec une livre libanaise ayant perdu 98 % de sa valeur et 80 % de la population sous le seuil de pauvreté – voient dans le désarmement une menace à leur sécurité face à un Israël perçu comme agressif. Les appels à manifester se multiplient, et des incidents violents, comme des affrontements avec les forces de l’ordre ou des milices locales, sont redoutés, notamment à l’approche de la session du 2 septembre. « Le Sud est une poudrière. Toute étincelle peut provoquer une explosion », avertit un analyste politique libanais.

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Une fracture politique aux conséquences explosives

La question du désarmement divise profondément la classe politique. Le tandem Hezbollah-Amal, qui contrôle 27 des 128 sièges au Parlement, prépare des mobilisations massives dès septembre, impliquant étudiants, ouvriers et habitants du Sud. Ces actions visent à défendre la « souveraineté nationale » et à rejeter toute concession sur les points frontaliers occupés, comme les fermes de Chebaa. Le Hezbollah, bien qu’affaibli par la guerre de 2024 – qui a tué 3 800 de ses combattants et détruit une partie de son arsenal, selon les estimations israéliennes – reste une force militaire et politique incontournable. Son secrétaire général, Naim Qassem, a déclaré : « Nous ne rendrons pas les armes sous la menace d’Israël. La résistance est notre bouclier. »

Nabih Berri, leader d’Amal et président du Parlement, a exprimé un « profond désarroi » face à ce qu’il qualifie de « revirement américain », prédisant une session gouvernementale « explosive » le 2 septembre. Le cabinet, dirigé par Nawaf Salam depuis février 2025, est fragilisé par ces tensions. Quatre ministres, dont deux du Hezbollah et un proche d’Amal, ont boycotté une réunion le 7 août pour protester contre l’adoption d’un mémorandum américain. Des défections sont envisagées lors du vote sur le plan de désarmement, qui repose sur quatre phases : un décret engageant le désarmement, un déploiement renforcé de l’armée au sud du fleuve Litani, l’élimination des arsenaux non étatiques, et un retrait israélien conditionnel. L’absence de consensus menace de provoquer une crise gouvernementale, voire une paralysie totale des institutions.

Les partis chrétiens, comme les Kataëb, soutiennent le désarmement, y voyant une chance de restaurer la souveraineté de l’État, conformément à l’accord de Taëf de 1989. Mais cette fracture confessionnelle – chrétiens contre chiites – ravive le spectre d’un conflit interne. « Si le gouvernement cède aux pressions américaines sans contrepartie israélienne, les rues s’embraseront », prévient un député du Sud. Les manifestations pourraient dégénérer en affrontements entre factions, surtout si des groupes pro-Hezbollah s’opposent à l’armée ou à d’autres milices, comme celles affiliées aux Forces libanaises.

Une posture israélienne qui attise les risques

Israël maintient une position inflexible, exacerbant les risques d’escalade. Tsahal occupe cinq positions stratégiques au sud du Liban, en violation de la résolution 1701 de l’ONU, et poursuit ses frappes quasi quotidiennes. Le ministre israélien de la Défense a déclaré qu’aucun retrait n’est envisagé tant que le Hezbollah n’aura pas été désarmé, une posture qui alimente la défiance. Les autorités israéliennes parient sur un « effondrement interne » du Liban, espérant que les pressions politiques et économiques fractureront la résistance. Cette stratégie, combinée à l’absence de concessions, risque de pousser le Hezbollah à riposter militairement, notamment si les manifestations dégénèrent ou si l’armée tente d’imposer le désarmement par la force.

Le soutien iranien au Hezbollah, bien que moins robuste depuis la chute du régime Assad en Syrie, reste un facteur clé. Téhéran, qui a fourni armes et financements depuis 1982, adopte un ton ambigu. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, a déclaré : « La décision appartient au Hezbollah. Nous le soutenons, mais sans intervenir directement. » Cette retenue reflète les contraintes de l’Iran, mais n’exclut pas un regain de tensions si le Liban bascule dans le chaos.

L’armée libanaise : un acteur démuni face à l’orage

L’armée libanaise, chargée d’élaborer le plan de désarmement d’ici le 2 septembre, est dans une position intenable. Avec un budget de 1,5 milliard de dollars, amputé par la crise économique, et des équipements obsolètes, elle manque des moyens pour supplanter le Hezbollah, dont l’arsenal – missiles, drones, armes légères – surpasse celui de l’État. Le général Joseph Aoun, président de la République, n’a pas pris position publiquement, alimentant les spéculations sur un rôle de « tampon » pour l’armée. « Si l’armée est forcée d’affronter le Hezbollah, elle risque de se fracturer ou de déclencher des violences », prévient un officier supérieur.

La crise bancaire, héritée des fraudes massives pré-2019, aggrave l’impuissance de l’État. Les pertes bancaires, estimées entre 70 et 100 milliards de dollars, et l’absence de bilans publics depuis 2019 ont détruit la confiance populaire. La loi de restructuration bancaire, adoptée le 31 juillet 2025, reste inopérante sans une législation complémentaire, laissant les déposants dans l’incertitude. « L’État n’a ni l’argent ni l’autorité pour imposer quoi que ce soit », ironise un économiste, soulignant l’incapacité du gouvernement à financer une armée capable de relever ce défi.

Une session à haut risque et des menaces d’incidents

La session du 2 septembre sera un test décisif. Le plan de désarmement, imposé sous pression américaine, est rejeté par le Hezbollah et Amal, qui exigent un retrait israélien préalable. Les manifestations prévues pourraient dégénérer en affrontements, surtout dans le Sud, où les tensions communautaires sont vives. Des incidents violents sont redoutés, notamment si l’armée tente de déployer des forces pour désarmer le Hezbollah, ou si des milices rivales – comme celles liées aux Forces libanaises ou à des groupes sunnites – s’en mêlent. « Le Liban est un baril de poudre. Une mauvaise décision peut tout faire exploser », avertit un analyste.

Le spectre d’une guerre civile plane, alimenté par les divisions confessionnelles et l’absence de consensus. Les régions chiites pourraient devenir des zones de conflit si le Hezbollah mobilise ses partisans contre l’État. À Beyrouth, des échauffourées entre manifestants pro et anti-Hezbollah ont déjà eu lieu, et la session du 2 septembre pourrait amplifier ces tensions. « Si des ministres démissionnent et que le gouvernement tombe, ce sera le chaos total », prédit un député.

Une impasse aux conséquences dramatiques

La crise du désarmement met à nu les fractures du Liban : un État faible, une économie ravagée par des décennies de corruption – symbolisée par l’opacité bancaire – et une société divisée par des loyautés confessionnelles. Les pressions américaines et israéliennes, en ignorant les violations du cessez-le-feu, alimentent un sentiment d’injustice qui renforce le Hezbollah. Sans un engagement international pour garantir un retrait israélien et équiper l’armée libanaise, le désarmement reste une chimère. Le 2 septembre pourrait marquer soit un pas vers la stabilisation, soit le début d’une spirale de violence, avec des incidents armés dans le Sud ou à Beyrouth. Dans un pays au bord de l’effondrement, le moindre faux pas pourrait raviver les cicatrices de la guerre civile, plongeant le Liban dans un conflit aux répercussions régionales incalculables.

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