©Libnanews.com
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Après une série d’attentats perpétrés contre les débits d’alcools à travers le Liban, dans l’ensemble des régions sous domination islamique radicale, sunnite soit-elle (Saïda, Majdel Anjar) ou chiite (Tyr, Nabatiyeh), un autre fait divers survenu à Tripoli, avec le plasticage de trois épiceries proposant encore de l’alcool dans la ville, vient rappeler la triste réalité de la société libanaise qui glisse vers une inquiétante radicalisation et vers une intolérance dangereuse.

Les principales villes libanaises, autrefois mixtes et symboles d’une cohabitation nécessaire entre les cultures et les religions, se renferment sur elles-mêmes, et leurs populations tendent à se radicaliser. Rien d’étonnant, si l’on observe l’évolution des sociétés islamiques proches ou éloignées. Sauf qu’il s’agit, dans ce cas, du Liban.

Sans revenir sur l’histoire lointaine de la production viticole dans ce pays, on entend voir, dans le vin, sa production et sa consommation, un indicateur des libertés au Liban. Le plasticage des débits de boisson, par des groupes islamistes radicaux, dans des régions conservatrices, est un fait divers pour les plus détachés des réalités sociopolitiques libanaises. C’est, pourtant, une agression franche contre les Libertés, grand « L ». En effet, le choix de vie doit être préservé, y compris pour les citoyens de confession musulmane, y compris au Liban, y compris dans les villes islamisées.

Hasard du calendrier, la réponse à cette nouvelle agression contre les Libertés, individuelles et collectives, n’a pas tardé. Il y a eu une réponse « préventive », alors que l’intolérance religieuse croît au Liban sur fond de printemps islamiques et surtout de djihad global en Syrie, avec l’organisation, dernièrement, d’un salon du vin libanais à Paris.

Une manifestation réussie, à laquelle s’est religieusement absenté le Ministre de l’Agriculture libanais dont le ministère chapeaute le secteur viticole, et qui est suivie, comme chaque année, en octobre (09-12/10), d’un salon du vin libanais, Vinifest, en plein cœur de Beyrouth. Mais le hasard du calendrier a fait qu’au lendemain du fait divers tripolitain, un évènement culturel, universitaire, sur le vin, se tenait à l’Université de l’Ordre maronite libanais de Kaslik, en présence des plus hauts dignitaires de l’Eglise maronite. Dans un mot prononcé à cette occasion, et retransmis en direct sur deux chaînes locales la MTV et l’OTV, le vicaire patriarcal maronite Mgr Samir Mazloum, a insisté sur la signification religieuse du vin pour les Chrétiens, bien entendu, et sur la dimension « civilisationnelle » de ce produit noble.

Le vin, du terroir libanais, produit au grand jour et consommé librement, devient un indicateur de libertés pour la société libanaise.

A consommer avec modération. Le vin, pas la liberté.

Par Fadi Assaf