Depuis plus de trois décennies, Benjamin Netanyahou, en tant que Premier ministre d’Israël à plusieurs reprises (1996-1999, 2009-2021, 2022-2025), a fait de la menace iranienne, en particulier son programme nucléaire, une priorité centrale de sa politique étrangère. Ses déclarations et actions, souvent accompagnées de menaces explicites de frappes militaires, ont marqué les relations israélo-iraniennes, évoluant d’une guerre de l’ombre à une confrontation ouverte, comme en témoignent les frappes massives du 13 juin 2025 contre des sites nucléaires et militaires iraniens. Dans le contexte actuel, où ces frappes ont exacerbé les tensions régionales, cet article recense les principales menaces et projets de frappes de Netanyahou contre l’Iran depuis les années 1990, en s’appuyant sur des informations factuelles disponibles.
Les années 1990 : premières alertes sur le programme nucléaire iranien
Dès son premier mandat (1996-1999), Netanyahou identifie l’Iran comme une menace existentielle pour Israël, en raison de son programme nucléaire naissant et de son soutien à des groupes comme le Hezbollah. En 1996, lors d’un discours au Congrès américain, il avertit que l’Iran cherche à développer des armes nucléaires, posant une menace non seulement pour Israël mais pour le monde entier. Bien que les capacités iraniennes soient alors limitées, Netanyahou appelle à des sanctions internationales et évoque la possibilité d’une action militaire unilatérale si la diplomatie échoue. Aucune frappe n’est planifiée à ce stade, mais ces déclarations posent les bases de sa rhétorique anti-iranienne.
Les années 2000 : montée des tensions et premières considérations militaires
Après son retour au pouvoir en 2009, Netanyahou intensifie ses avertissements. En 2010, selon l’ancien ministre de la Défense Ehud Barak, Netanyahou et lui envisagent une frappe contre les installations nucléaires iraniennes, notamment Natanz et Fordow. Cependant, l’armée israélienne juge l’opération irréalisable en raison de capacités opérationnelles insuffisantes. En 2011, un plan similaire est débattu au sein du cabinet de sécurité israélien, mais deux ministres s’y opposent, bloquant l’initiative. En 2012, un nouveau projet d’attaque est abandonné, en partie à cause des réticences des États-Unis, alors engagés dans des négociations sur le programme nucléaire iranien. Ces tentatives avortées montrent une volonté répétée de Netanyahou de recourir à la force, bien que contrainte par des obstacles logistiques et diplomatiques.
Au cours de cette période, Netanyahou multiplie les déclarations menaçantes. En 2012, lors d’un discours à l’ONU, il brandit un dessin d’une bombe et trace une « ligne rouge » à 90 % de l’enrichissement d’uranium nécessaire pour une arme nucléaire, avertissant que l’Iran est sur le point d’atteindre ce seuil. Il déclare que seul un « danger militaire crédible » peut arrêter Téhéran, renforçant l’idée d’une frappe imminente si les sanctions échouent.
Les années 2010 : guerre de l’ombre et opposition au JCPOA
L’opposition de Netanyahou à l’accord nucléaire de 2015 (JCPOA) marque un tournant. En mars 2015, il s’adresse au Congrès américain, qualifiant l’accord de « mistake historique » qui ne freinera pas l’Iran. Il affirme qu’Israël se réserve le droit d’agir militairement, même sans l’accord des États-Unis. En 2018, après le retrait américain du JCPOA sous Donald Trump, Netanyahou présente des documents obtenus par le Mossad, prétendant prouver que l’Iran poursuit un programme nucléaire militaire secret (projet AMAD). Il menace de frapper si l’Iran franchit les seuils d’enrichissement.
Entre 2013 et 2019, Israël intensifie sa « guerre entre les guerres » (mabam), visant à perturber le programme nucléaire iranien et ses livraisons d’armes au Hezbollah. Des frappes en Syrie ciblent des convois d’armes iraniens, tandis que des sabotages, comme le virus Stuxnet (attribué à Israël et aux États-Unis), endommagent les centrifugeuses de Natanz. En 2019, des raids israéliens en Irak visent des dépôts de missiles iraniens, illustrant une expansion des opérations. Netanyahou déclare publiquement que « ceux qui nous menacent seront frappés », laissant entendre que des frappes directes contre l’Iran restent une option.
Les années 2020 : escalade et préparatifs concrets
Avec son retour au pouvoir en décembre 2022, Netanyahou réaffirme son objectif de « neutraliser » le programme nucléaire iranien. En février 2023, il déclare lors d’une conférence de sécurité que « seule une menace militaire crédible ou une action militaire » peut arrêter un État voyou comme l’Iran, ajoutant que « plus on attend, plus cela devient difficile ». Après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, Netanyahou accuse l’Iran d’avoir soutenu l’opération, utilisant cet argument pour justifier une possible confrontation directe. En septembre 2023, il évoque à l’ONU une « menace militaire crédible » contre l’Iran, une déclaration corrigée par son bureau pour éviter une référence explicite à une « menace nucléaire ».
En avril 2024, après l’attaque israélienne contre l’annexe du consulat iranien à Damas, qui tue le général Mohammad Reza Zahedi, Netanyahou déclare : « Quiconque nous nuit ou planifie de nous nuire, nous le frapperons. » Il met en garde contre une riposte iranienne, affirmant qu’Israël est prêt à des « scénarios multiples ». Des frappes israéliennes en Syrie et en Irak visent des sites iraniens, tandis qu’un assassinat à Téhéran d’un officier des Gardiens de la révolution est attribué à Israël. En octobre 2024, après une attaque iranienne de 200 missiles sur Israël, Netanyahou promet une réponse « précise, douloureuse et surprenante », menant à des frappes limitées sur des sites militaires iraniens le 26 octobre.
En 2025, les tensions atteignent un paroxysme. En avril, Netanyahou ordonne à l’armée de l’air israélienne de préparer une campagne aérienne prolongée contre les sites nucléaires iraniens, malgré les efforts de Donald Trump pour négocier un nouvel accord nucléaire. Des sources indiquent que Netanyahou envisage des frappes sans l’appui américain, profitant de la faiblesse des défenses aériennes iraniennes après les raids d’octobre 2024. En mai, il déclare publiquement qu’Israël « n’autorisera jamais l’Iran à posséder une arme nucléaire ». Des fuites rapportent qu’il stocke des provisions dans des bunkers et mobilise des ambulances pour une campagne de 10 jours, anticipant des représailles iraniennes.
Le 12 juin 2025, le Wall Street Journal rapporte qu’Israël menace de frapper si l’Iran rejette une proposition américaine visant à stopper l’enrichissement d’uranium. Le 13 juin, l’opération « Lion dressé » voit plus de 200 avions israéliens frapper Natanz, Fordow et des bases militaires, tuant des commandants iraniens et des scientifiques nucléaires. Netanyahou qualifie l’opération de « succès » pour « écarter la menace existentielle » iranienne, avertissant que les frappes se prolongeront « autant de jours que nécessaire ».
Conséquences sur le Liban : un Hezbollah affaibli sous pression
Dans le contexte actuel, le Liban, allié de l’Iran via le Hezbollah, est particulièrement vulnérable. Le Hezbollah, affaibli par la perte de Hassan Nasrallah et d’environ 500 combattants en 2024, ainsi que par la destruction de 90 % de son infrastructure militaire dans le sud du Liban, reste une force significative avec un arsenal réduit mais opérationnel. Les frappes israéliennes du 13 juin, qui ont décimé des figures clés iraniennes, pourraient pousser le Hezbollah à riposter pour prouver sa résilience, malgré ses capacités diminuées. Une telle action déclencherait une réponse israélienne massive, risquant de plonger le Liban, déjà en crise économique et humanitaire, dans une guerre dévastatrice.



