Les employés de l’hôpital gouvernemental de Mays al-Jabal, situé dans le sud du Liban, ont été contraints d’abandonner leur poste ce matin après avoir reçu des menaces directes sur leurs téléphones portables. Cet incident, survenu vers 10h20, s’inscrit dans un contexte d’escalade rapide des tensions à la frontière libano-israélienne, marqué par une série de raids aériens israéliens sur plusieurs localités du sud. Simultanément, les forces de sécurité intérieure ont procédé à l’évacuation des postes de Houla et de Mays al-Jabal, invoquant la dégradation de la situation sécuritaire. Ces événements interviennent alors que le bilan provisoire des frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth et le Liban-Sud fait état de 31 morts et 149 blessés, selon les données initiales du ministère de la Santé publique.
Cette évacuation d’urgence met en lumière la vulnérabilité des infrastructures civiles dans une région déjà éprouvée par des mois de confrontations sporadiques. Mays al-Jabal, village frontalier, a été le théâtre de multiples incidents depuis la fragile trêve de 2024, qui avait mis un terme temporaire à une phase intense de hostilités entre Israël et le Hezbollah. Les menaces reçues par le personnel médical, bien que leur origine précise n’ait pas été confirmée publiquement, rappellent les tactiques d’intimidation observées lors des précédentes escalades, où des appels anonymes ou des messages ont précédé des bombardements. L’hôpital, qui dessert une population locale majoritairement civile, risque désormais une interruption complète de ses services, aggravant la crise sanitaire dans une zone où les accès médicaux sont déjà limités par les restrictions de mouvement imposées par les autorités libanaises et les forces onusiennes.
Intensification des raids aériens depuis l’aube
Dès les premières heures de la matinée, l’aviation israélienne a multiplié les opérations sur le territoire libanais. Vers 7h57, un raid a visé la route du fleuve Zahrani, dans la région de Zahrani, perturbant la circulation et endommageant les infrastructures routières essentielles pour le ravitaillement des villages environnants. Peu après, à 8h04, une série de frappes a touché plusieurs localités au sud du Litani, notamment Moharouné dans le caza de Tyr, Qlaouiyé, Qana, Haddatha dans le caza de Bint Jbeil, le lit du fleuve Litani près de Tyrfilsayé, ainsi que des zones entre Maaraké, Yanoûh et Seddiqin. Une place publique à Bazouriyé a également été atteinte, provoquant des dégâts matériels importants sans que des victimes immédiates n’aient été rapportées dans ce secteur spécifique.
À 8h30, des drones de reconnaissance israéliens ont survolé Beyrouth et sa banlieue sud, ainsi que la région de Hadath, augmentant la tension dans la capitale. Ces survols, qui durent depuis le matin, s’inscrivent dans une stratégie de surveillance accrue, souvent prélude à des actions plus ciblées. Vers 8h50, deux raids ont frappé les villages de Mansouri et Majdal Zoun, tous deux dans le caza de Tyr, régions connues pour leur proximité avec la Ligne bleue, la frontière délimitée par l’ONU depuis 2000.
La matinée s’est poursuivie avec une accélération des opérations. À 9h01, des drones hostiles ont été signalés en grand nombre au-dessus de plusieurs villages du caza de Tyr, coïncidant avec des raids aériens sur d’autres localités du même district. À 9h10, l’aviation a ciblé les villages de Smaïyé, Haniyé et Jabal el-Botm, zones montagneuses propices à des positions défensives. Les frappes ont continué à 9h20 sur la région de Kharibé à Qana et sur Chaïtiyé, deux sites déjà touchés lors d’épisodes précédents en 2024 et 2025.
Un bilan des opérations matinales, compilé jusqu’à 9h18, recense une vingtaine de villages visés depuis l’aube : Nabatiyé, Adchit, Mayfadoun, Harouf, Toul, Kfour, Deir Qanoun Ras, Haniyé, Barich, Seddiqin, Majadel, Moharouné, Taybé, Mansouri, Biout el-Siyad, Jabal el-Botm, Srifa, Jmaïjmeh, Batouliyé, Bazouriyé, Tyrfilsayé, Hallousiyé, Tyr Debba, Smaïyé, Qana, Aïn Baal, Qlaylé, Chahabiyé et Qlaouiyé. Ces localités, pour la plupart situées dans les cazas de Tyr, Nabatiyé et Bint Jbeil, forment un arc frontalier stratégique, souvent au cœur des échanges de tirs entre le Hezbollah et les forces israéliennes.
Poursuite des bombardements en milieu de matinée
L’escalade n’a pas faibli après 9h. À 9h35, un raid a touché Zebqin, dans le caza de Tyr, une localité résidentielle où des civils ont rapporté des explosions violentes près de zones habitées. À 9h51, Majdal Zoun a de nouveau été visé, indiquant une concentration sur ce village pour des raisons potentiellement liées à des suspicions d’activités militaires. Vers 9h56, des frappes ont atteint la vallée de Jilo et Bourj Chamali, près d’un réservoir d’eau, risquant de compromettre l’approvisionnement en eau potable pour les communautés locales.
À 10h05, une série de raids a frappé Aïn Baal, les abords de Bourj Chamali dans la zone de Charneh, la vallée de Jilo et Seddiqin. Des ambulances ont été dépêchées sur les sites ciblés, signalant des blessures potentielles parmi la population. À 10h12, Janata a été atteinte par l’aviation hostile, suivie à 10h18 d’une vague de frappes sur huit localités : Majdal Zoun, Braachit, Maroun, Chamaa, Hanin, Aïn Qana, Majdal Selm et Bourj Chamali. Ces opérations, menées en moins d’une demi-heure, démontrent une capacité de frappe rapide et coordonnée.
Enfin, à 10h25, deux raids ont visé Deir Aames, marquant la fin de cette séquence matinale intense. Ces attaques successives soulignent une stratégie d’attrition, visant à perturber les mouvements et les infrastructures dans une zone étendue du Liban-Sud.
Le bilan humain : une hécatombe provisoire
Le centre d’opérations d’urgence du ministère de la Santé publique, dirigé par le ministre Rakan Nassereddine, a publié un communiqué à 7h49 indiquant un bilan initial de 31 martyrs et 149 blessés suite aux raids sur la banlieue sud de Beyrouth et le Liban-Sud. La répartition fait état de 20 morts et 91 blessés dans la Dahiyé, la banlieue sud de la capitale, et de 11 morts et 58 blessés dans le sud. Ce décompte, qualifié de non définitif, pourrait s’alourdir au fur et à mesure des rapports des équipes médicales sur le terrain.
Le ministre Nassereddine a insisté sur la nécessité d’une mobilisation accrue des ressources sanitaires, notant que les hôpitaux de la région sud, déjà sous pression depuis les violations répétées du cessez-le-feu de 2024, font face à un afflux de blessés. Des citations officielles soulignent la gravité : « Les raids de l’ennemi israélien sur la Dahiyé et le sud ont conduit, dans un bilan initial non final, au martyre de 31 citoyens et à la blessure de 149 citoyens », précise le communiqué du ministère.
Ces chiffres s’inscrivent dans un contexte plus large de violations documentées. En janvier 2026, le Liban a déposé une plainte auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, détaillant 542 violations israéliennes en octobre 2025, 691 en novembre et un nombre similaire en décembre. Ces actes incluent des survols, des incursions terrestres et des frappes aériennes, en contravention avec la résolution 1701 de l’ONU, adoptée en 2006 pour stabiliser la frontière.
Réactions officielles et contexte géopolitique
Le président libanais Joseph Aoun a condamné les attaques israéliennes tout en avertissant contre l’utilisation du territoire libanais comme plateforme pour des guerres extérieures. « Cela exposerait une fois de plus notre nation à des dangers. C’est quelque chose que l’État ne permettra pas de se répéter et n’acceptera pas », a-t-il déclaré, soulignant la responsabilité de l’État dans la protection des citoyens. Le Premier ministre Nawaf Salam, en poste depuis février 2025, a qualifié le lancement de roquettes depuis le Liban d’irresponsable, mettant en péril la sécurité nationale. Ces déclarations reflètent les tensions internes au Liban, où le gouvernement de coalition, formé après une période de vacance, cherche à naviguer entre influences confessionnelles et pressions régionales.
Le ministre des Affaires étrangères Youssef Rajji a, de son côté, appelé à une réunion d’urgence avec les représentants de l’ONU, rappelant les engagements internationaux. La coordinatrice spéciale de l’ONU pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a discuté avec le Premier ministre des préparatifs pour la conférence internationale de soutien aux forces libanaises prévue le 5 mars 2026 à Paris, ainsi que du mandat de la FINUL, qui expire en décembre.
Implications pour la FINUL et les tensions régionales
Bien que les raids d’aujourd’hui n’aient pas directement visé les positions de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), ils interviennent dans un climat de suspicions accrues. Le 2 février 2026, la FINUL a suspendu temporairement ses patrouilles le long de la Ligne bleue après que l’armée israélienne a annoncé la dispersion d’une substance chimique non toxique près de la frontière. « Les FDI ont indiqué que les Casques bleus devaient rester à l’écart de la zone », a rapporté le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric. Cet incident a soulevé des préoccupations sur l’impact potentiel sur les civils et les terres agricoles, entravant le retour des résidents.
La FINUL, déployée depuis 1978 et renforcée par la résolution 1701, joue un rôle crucial dans la surveillance de la cessation des hostilités. Cependant, des attaques récentes, comme celle du 14 décembre 2025 contre un convoi de la FINUL ayant causé la mort d’un Casque bleu et blessé trois autres, ont été condamnées par le Conseil de sécurité. Ces événements placent l’incident le plus récent – l’évacuation de Mays al-Jabal – dans le cadre des tensions régionales persistantes, impliquant Israël, le Hezbollah et des acteurs comme l’Iran.
Survols de drones et déplacements de population
Les survols de drones hostiles, observés dès 8h30 sur Beyrouth et sa banlieue, et à 9h01 sur les villages de Tyr, illustrent une surveillance constante qui exacerbe l’anxiété des populations. Ces appareils, souvent utilisés pour des missions de reconnaissance ou d’attaque, ont été signalés en densité accrue, coïncidant avec les raids. À la suite des frappes, Israël a ordonné l’évacuation de 53 villages dans le sud et la Békaa, provoquant des déplacements massifs. Des milliers de personnes ont fui vers le nord, rappelant les exodes de 2006 et 2024.
Les implications immédiates de ces mouvements incluent une surcharge des infrastructures d’accueil à Beyrouth et dans la Békaa, où les ressources sont limitées par la crise économique persistante. Le ministère des Affaires sociales, sous la direction de Mohammad Haidar, a activé des plans d’urgence pour assister les déplacés, mais les défis logistiques restent considérables.
Dégâts infrastructurels et impacts économiques
Les raids ont endommagé des routes clés, comme celle du Zahrani, et des réservoirs d’eau à Bourj Chamali, menaçant l’approvisionnement en ressources vitales. Dans une économie libanaise déjà fragilisée – avec une dette publique estimée à 150 milliards de dollars selon les rapports récents du FMI – ces destructions aggravent les coûts de reconstruction. Le ministère des Finances, dirigé par un successeur de Youssef Khalil depuis février 2025, a soumis un budget actualisé en juillet 2025, intégrant des provisions pour les réparations liées aux conflits, mais les fonds internationaux restent conditionnés à des réformes.
Les zones agricoles touchées, comme Jabal el-Botm et la vallée de Jilo, risquent une perte de récoltes, affectant les communautés rurales dépendantes de l’agriculture. Les données de la Banque mondiale indiquent une inflation persistante à 50 % en 2025, exacerbée par ces disruptions.
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