Dans une interview accordée à la chaîne américaine CNN, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a dressé un tableau précis des tensions persistantes à la frontière sud du Liban. Interrogé par la journaliste Becky Anderson, il a souligné que les conditions pour une paix durable avec Israël ne sont pas réunies, en raison de l’occupation continue de territoires libanais et des violations quotidiennes de la souveraineté. Cette déclaration intervient au moment où des rapports font état de discussions entre les États-Unis et l’Iran, potentiellement liées aux dynamiques régionales impliquant le Hezbollah et les forces armées libanaises. Le chef du gouvernement a insisté sur les efforts déployés par Beyrouth pour restaurer son autorité sur l’ensemble du territoire, marquant un tournant historique dans la gestion de la zone sud du Litani.
Cette intervention télévisée, diffusée le 4 février 2026, met en lumière les défis immédiats auxquels fait face le Liban, alors que le cessez-le-feu conclu en novembre 2024 reste fragile. Nawaf Salam a rappelé que « Israël ne respecte pas les ententes atteintes en novembre 2024, occupant toujours cinq points dans le sud, violant quotidiennement la souveraineté libanaise et détenant un certain nombre de civils libanais ». Ces accusations s’inscrivent dans un contexte de plaintes répétées auprès des Nations unies, où Beyrouth a documenté des milliers d’incursions aériennes, terrestres et maritimes par les forces israéliennes depuis la fin des hostilités actives.
Les cinq points occupés par Israël au sud du Liban
Au cœur des préoccupations exprimées par le Premier ministre se trouve l’occupation par Israël de cinq positions stratégiques dans le sud du Liban. Ces points, situés le long de la ligne bleue – la démarcation établie par les Nations unies en 2000 –, incluent des zones élevées offrant un avantage de surveillance sur le territoire libanais. Selon les autorités libanaises, ces positions permettent à Israël de maintenir une présence militaire qui entrave le déploiement complet des forces armées libanaises et perpétue un climat d’instabilité.
Ces sites ont été occupés par les forces israéliennes lors de l’escalade de 2023-2024, et malgré les termes du cessez-le-feu, Tel-Aviv justifie leur maintien par des besoins de sécurité, affirmant qu’ils servent à monitorer d’éventuelles menaces du Hezbollah. Le ministre israélien de la Défense a déclaré en mars 2025 que ces positions resteraient tenues indéfiniment pour protéger les résidents du nord d’Israël. Du côté libanais, cette occupation est vue comme une violation flagrante de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006 pour mettre fin à la guerre de cet été-là et qui exige un retrait complet des forces israéliennes au-delà de la ligne bleue.
Nawaf Salam a précisé que cette situation « maintient un état d’instabilité dans le sud et sape les efforts de mon gouvernement ». Les cinq points en question comprennent des hauteurs près de villages comme Aïtaroun, Maroun el-Ras et Yaroun, où des incidents isolés ont été rapportés, incluant des échanges de tirs sporadiques et des survols de drones. En janvier 2026, l’armée libanaise a signalé que ces occupations empêchent l’accès à certaines zones pour des opérations de déminage et de reconstruction, aggravant les difficultés pour les populations locales qui tentent de retourner chez elles après des mois de déplacements forcés.
Les violations quotidiennes de la souveraineté libanaise
Le Premier ministre a également mis l’accent sur les violations quotidiennes de la souveraineté libanaise par Israël. D’après des rapports officiels libanais soumis au Conseil de sécurité des Nations unies en janvier 2026, plus de 2 036 violations ont été enregistrées au cours des trois derniers mois de 2025, incluant 542 en octobre, 691 en novembre et 803 en décembre. Ces incidents se décomposent en 1 542 violations terrestres, 3 911 aériennes et 803 maritimes, démontrant une pattern systématique qui persiste en 2026.
Parmi les exemples récents, des survols d’avions et de drones israéliens au-dessus de Beyrouth et du sud du Liban ont été documentés quotidiennement, souvent à basse altitude, provoquant des perturbations sonores et des craintes parmi la population. En février 2026, des incidents ont inclus le largage de substances toxiques, identifiées comme du glyphosate, sur des terres agricoles frontalières, ce que le président libanais Joseph Aoun a qualifié de « crime environnemental et sanitaire contre les Libanais et leur terre ». Ces pulvérisations, effectuées par des avions israéliens sur des villages comme ceux de la région de Marjayoun, menacent la sécurité alimentaire et la santé publique, exposant les cultures et les ressources naturelles à des dommages durables.
Le ministère libanais des Affaires étrangères a coordonné avec les ministères de l’Environnement, de l’Agriculture et de la Santé pour compiler un dossier complet sur ces actes, destiné à une plainte formelle auprès du Conseil de sécurité. Le président Aoun a ordonné toutes les mesures diplomatiques et légales nécessaires pour contrer cette agression, soulignant qu’elle s’inscrit dans une série d’attaques répétées malgré le cessez-le-feu. Ces violations non seulement minent la confiance dans l’accord de novembre 2024, mais elles compliquent également les efforts de reconstruction dans une région déjà dévastée par les conflits précédents.
La détention de civils libanais par Israël
Un autre aspect critique soulevé par Nawaf Salam concerne la détention de civils libanais par Israël. Le Premier ministre a indiqué que Tel-Aviv retient un nombre de Libanais, contribuant à l’instabilité régionale. Selon des associations libanaises dédiées aux prisonniers et aux libérés, au moins 20 Libanais sont actuellement détenus en Israël, dont neuf capturés après le cessez-le-feu de novembre 2024. Parmi eux figurent des civils comme des bergers, des pêcheurs et des ouvriers, arrêtés lors de retours dans leurs villages ou lors d’opérations frontalières.
Une liste de 23 noms a été soumise au président Joseph Aoun par l’Association des prisonniers et des libérés, incluant trois personnes capturées avant le conflit récent, 11 pendant la guerre et neuf après l’accord de trêve. Des cas notables incluent le capitaine de marine Imad Amhaz, enlevé en novembre 2024 à Batroun par un commando israélien, et d’autres civils comme Ali Nasser Younes ou Hassan Ahmad Hammoud, appréhendés dans des villages du sud. Israël n’a fourni d’informations que sur un détenu, laissant les familles dans l’incertitude et sans accès à des visites ou à des procédures judiciaires transparentes.
Le Hezbollah a renouvelé ses appels à une pression officielle, populaire et internationale pour la libération de ces détenus, considérant leur détention comme un outil de négociation. Le gouvernement libanais, par la voix de son Premier ministre, a intégré cette question dans ses discussions diplomatiques, notamment avec les médiateurs américains et français, pour exiger un échange ou une libération inconditionnelle conforme au droit international humanitaire.
Le contrôle opérationnel complet au sud du Litani
Malgré ces défis, Nawaf Salam a mis en avant un accomplissement majeur : le sud du fleuve Litani est désormais sous le contrôle opérationnel total de l’État libanais. « C’est la première fois depuis 1969 que l’État exerce ce contrôle, un moment historique réalisé dans des circonstances extrêmement difficiles », a-t-il déclaré. Cette référence à 1969 évoque les accords du Caire, qui avaient légitimé la présence armée palestinienne au Liban, menant à des décennies d’instabilité.
L’armée libanaise a annoncé le 8 janvier 2026 la complétion de la première phase de son plan « Bouclier de la patrie » (Dir al-Watan), un programme en cinq étapes pour établir le monopole de l’État sur les armes dans le sud. Cette phase a impliqué le déploiement de forces supplémentaires, la sécurisation de zones vitales et la prise de contrôle opérationnel au sud du Litani, à l’exception des territoires encore occupés par Israël. Des caches d’armes et des tunnels ont été découverts et neutralisés, marquant un progrès tangible dans l’extension de l’autorité étatique.
Cette avancée a été saluée par des partenaires internationaux, mais critiquée par Israël, qui la juge insuffisante pour désarmer pleinement le Hezbollah. Le Premier ministre a noté que cette réalisation, malgré les défis, démontre la détermination du gouvernement à restaurer la souveraineté, tout en appelant à un soutien accru pour les phases suivantes.
La fin du mandat de la FINUL et la nécessité d’une présence internationale
Le mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), établie en 1978, s’achèvera en décembre 2026, sans extension sous sa forme actuelle. Nawaf Salam a affirmé que « le Liban aura toujours besoin d’une forme de présence internationale au sud pour surveiller la situation sur le terrain, rapporter les faits et servir de liaison, surtout compte tenu de l’histoire longue de conflit entre le Liban et Israël ».
La résolution 2790 du Conseil de sécurité, adoptée en août 2025, a renouvelé le mandat pour la dernière fois jusqu’au 31 décembre 2026, prévoyant un retrait ordonné et sécurisé d’ici fin 2027. Cette décision, influencée par des pressions américaines et israéliennes, vise à transférer la responsabilité à l’armée libanaise, mais Beyrouth insiste sur le besoin d’un mécanisme alternatif pour éviter un vide sécuritaire. La FINUL, avec ses 10 000 soldats de plus de 40 pays, a joué un rôle clé dans la surveillance de la ligne bleue et la coordination avec les forces libanaises et israéliennes.
Le gouvernement libanais prépare des consultations avec les Nations unies pour explorer des options post-FINUL, comme un contingent européen ou un mécanisme de liaison renforcé. Cette transition intervient alors que des incidents persistent, rendant cruciale une présence internationale pour prévenir une escalade.
Le plan en cinq phases de l’armée libanaise
La deuxième phase du plan de l’armée libanaise, partie intégrante d’une stratégie en cinq étapes présentée au gouvernement en septembre 2025, est en cours. Nawaf Salam a expliqué que « l’accomplissement de la première phase dans les délais fixés était en soi une grande réussite, face aux défis que nous affrontons. La deuxième phase fait partie d’un plan en cinq étapes soumis par l’armée au gouvernement en septembre dernier. À la fin de cette phase, l’armée devrait pouvoir déclarer le monopole complet sur les armes dans cette région ».
La première phase, achevée en janvier 2026, s’est concentrée sur le sud du Litani, avec l’expansion de la présence militaire et la sécurisation des zones. La deuxième cible une bande de 40 kilomètres au nord du Litani, jusqu’au fleuve Awali, incluant des villes comme Sidon. Les phases subséquentes couvrent les banlieues sud de Beyrouth, la Békaa orientale et d’autres zones potentielles.
Ce plan, approuvé par le cabinet en août 2025, vise à désarmer tous les groupes non étatiques, avec un accent sur le Hezbollah. L’armée a rapporté des progrès, comme la découverte de caches d’armes, mais fait face à des résistances. Le Hezbollah a rejeté le plan, citant les violations israéliennes, mais le gouvernement persiste, soutenu par des aides internationales comme les 230 millions de dollars approuvés par les États-Unis en octobre 2025.
Le besoin de soutien international accru
Pour avancer dans les phases suivantes, Nawaf Salam a appelé à un « soutien plus important de nos partenaires internationaux pour les étapes à venir. Nous ne demandons à personne d’agir à notre place, mais nous avons besoin d’un appui substantiel pour les forces armées libanaises ». À cet égard, une conférence est prévue les 5 et 6 mars 2026 à Paris, présidée par le président français Emmanuel Macron, pour soutenir l’armée et les forces de sécurité libanaises.
Cette réunion, annoncée en janvier 2026, réunira environ 50 pays et 10 organisations internationales et régionales. La France a demandé à l’armée libanaise de mettre à jour ses besoins en armes, équipements et financements pour les années à venir, permettant des contributions ciblées. Des discussions préparatoires ont eu lieu avec des émissaires français, saoudiens, américains, égyptiens et qataris, soulignant l’importance de renforcer les capacités libanaises pour maintenir la stabilité.
Le Premier ministre a rencontré Emmanuel Macron en janvier 2026 pour discuter de ce soutien, ainsi que des réformes financières libanaises visant un accord avec le Fonds monétaire international. Cette conférence s’inscrit dans un effort plus large pour consolider l’autorité de l’État, alors que le Liban fait face à des contraintes économiques et sécuritaires.
L’adhésion à l’Initiative de paix arabe
Répondant à une question sur la paix avec Israël, Nawaf Salam a réaffirmé l’engagement du Liban envers l’Initiative de paix arabe de 2002. « Nous nous tenons à l’Initiative de paix arabe, mais les conditions de paix ne sont pas encore remplies », a-t-il dit, ajoutant que « Israël occupe toujours des territoires libanais et viole quotidiennement la souveraineté libanaise. Dans ces circonstances, il n’est pas logique de parler de paix pour l’instant ».
Lancée par l’Arabie saoudite et endossée par la Ligue arabe au sommet de Beyrouth en 2002, cette initiative propose une normalisation complète des relations avec Israël en échange d’un retrait total des territoires occupés depuis 1967 – incluant le Golan syrien, la Cisjordanie, Gaza et les territoires libanais restants –, d’une solution juste au problème des réfugiés palestiniens conforme à la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies, et de l’établissement d’un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale.
Le Liban, confronté à ses propres défis frontaliers, voit dans cette initiative un cadre régional pour résoudre les conflits. Cependant, les violations persistantes et l’occupation des cinq points rendent toute avancée improbable sans concessions israéliennes. Le gouvernement libanais intègre cette position dans ses négociations, insistant sur le respect de la résolution 1701 comme préalable.
Le vide potentiel au sud et le recrutement d’éléments supplémentaires
Enfin, Nawaf Salam a averti d’un « vide au sud », nécessitant la mobilisation d’éléments supplémentaires, leur formation et leur équipement pour assurer le monopole complet de l’État sur les armes sur tout le territoire libanais. Cette déclaration reflète les préoccupations sur la transition post-FINUL et la capacité de l’armée à combler les lacunes sécuritaires.
L’armée libanaise, comptant environ 80 000 soldats, fait face à des contraintes budgétaires, avec des salaires bas et un équipement obsolète. Le recrutement vise à ajouter des milliers d’unités pour les phases du plan, particulièrement dans le sud où des villages détruits et des munitions non explosées compliquent les opérations. En janvier 2026, des progrès ont été notés dans le déminage, mais des incidents comme des frappes israéliennes sur des sites présumés du Hezbollah soulignent les risques persistants.
Le gouvernement coordonne avec des partenaires comme la France et les États-Unis pour des formations et des équipements, tandis que des discussions avec l’ONU explorent des mécanismes de liaison pour maintenir la stabilité. Ces efforts visent à prévenir une reprise des hostilités, alors que des échanges sporadiques continuent le long de la frontière, impliquant des tirs d’artillerie et des survols qui maintiennent la tension à un niveau élevé.

