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Nawaf Salam met en avant la levée du secret bancaire comme clé de la réforme financière au Liban

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Le 24 mars 2025, le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a réaffirmé son engagement envers une réforme financière profonde lors d’une rencontre au Grand Sérail avec une délégation de l’association « Cri des déposants » (« صرخة مودعين »). « L’entrée naturelle vers la réforme financière et la restitution des fonds des déposants commence par la levée du secret bancaire, pour distinguer les fonds légitimes des illégitimes », a-t-il déclaré. Il a ajouté que les banques doivent assumer une part de responsabilité, soulignant qu’il leur est requis d’augmenter leurs capitaux et de procéder à une restructuration.

Salam, en poste depuis le 8 février 2025 après sa désignation par 84 députés le 13 janvier, a également insisté sur la nécessité de préserver les actifs de l’État. « Nous devons gérer ces actifs différemment, de manière plus productive, pour relancer tous les secteurs », a-t-il précisé, dans un contexte où le Liban reste englué dans une crise économique sans précédent depuis 2019.

Une délégation de déposants intransigeante

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Après la réunion, Khalil Bramana, porte-parole de la délégation, a pris la parole pour relayer leurs positions. « Nous avons informé le Premier ministre de notre rejet total des informations circulant sur les droits des déposants », a-t-il dit. Le groupe a présenté ses observations, réclamant un audit pénal approfondi dans chaque ministère et chaque banque pour faire la lumière sur les responsabilités dans la crise bancaire. « Nous avons insisté sur notre refus de toute division des droits des déposants, qu’ils soient petits ou grands. Un déposant est un déposant », a martelé Bramana, reflétant une frustration partagée par des millions de Libanais dont les économies, estimées à 93 milliards de dollars en 2019 (FMI), restent gelées.

Depuis l’effondrement financier, les banques ont imposé des restrictions draconiennes : les retraits sont limités à 300 dollars par mois pour les petits comptes via la circulaire 151 de la Banque du Liban (BDL), renouvelée en 2024, tandis que 60 % des dépôts supérieurs à 100 000 dollars sont inaccessibles (Association des banques du Liban, 2024). Sur les 135 milliards de dollars de dépôts en 2019, seuls 97 milliards subsistent fin 2024, selon la BDL, une érosion due aux retraits et à la dévaluation.

Une crise bancaire persistante

La déclaration de Salam sur la levée du secret bancaire fait écho à une exigence ancienne du Fonds monétaire international (FMI), qui, en avril 2022, a conditionné une aide de 3 milliards de dollars à des réformes, dont la restructuration du secteur bancaire. Les pertes du système, estimées à 70 milliards de dollars par le FMI en 2023, n’ont toujours pas été officiellement réparties entre l’État, la BDL, les banques et les déposants, un blocage qui paralyse toute avancée. En 2020, un projet de loi visant à lever le secret bancaire pour les responsables publics avait été approuvé par le gouvernement de Hassan Diab, mais il dort au Parlement depuis le 5 mars 2020, victime des luttes politiques.

Les banques, elles, sont exsangues. Sur 62 établissements, 14 sont au bord de la faillite (Association des banques, 2024), et le crédit au secteur privé a chuté de 18 milliards de dollars en 2018 à 4,3 milliards en 2024. La BDL, dirigée par Wassim Mansouri depuis juillet 2023, dispose de réserves de change tombées à 7,9 milliards de dollars en mars 2025 (estimations internes), contre 31,2 milliards en 2019, un niveau insuffisant pour stabiliser la livre, échangée à 92 000 LBP pour 1 USD au marché noir (Lira Rate).

Une volonté de réforme face à un mur politique

Salam, ancien président de la Cour internationale de justice (2024-2025) et ambassadeur à l’ONU (2007-2017), mise sur cette levée du secret bancaire pour relancer la confiance, un point qu’il avait défendu lors d’un discours à Baabda le 5 février 2025 : « Nous devons reconstruire l’État sur des bases solides. » Mais son gouvernement, formé après deux ans de vide politique sous Michel Aoun, fait face à une Assemblée divisée. Le Hezbollah, qui contrôle 13 sièges (élections 2022), et ses alliés d’Amal (15 sièges) protègent leurs intérêts dans le secteur bancaire, tandis que le CPL de Gébran Bassil (18 sièges) et les FL de Samir Geagea (19 sièges) s’opposent sur la répartition des pertes.

La rencontre avec « Cri des déposants » souligne l’urgence. En 2024, 1 200 petites entreprises ont fermé chaque mois (Chambre de commerce de Beyrouth), et l’inflation, à 174 % en février 2025 (Institut libanais des statistiques), continue d’éroder le pouvoir d’achat. Les transferts de la diaspora – 6,2 milliards de dollars en 2024 (Banque mondiale) – restent une bouée de sauvetage, mais 78 % des transactions se font en dollars cash (Université américaine de Beyrouth), signe d’une défiance totale envers le système.

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Newsdesk Libnanews
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