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Or du Liban et eurobonds: la bataille autour d’une ligne juridique qui peut coûter des milliards

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Une alerte sur un article de loi jugé « piégé »

Un débat politique et financier s’est cristallisé autour d’une disposition du projet de loi d’intizâm financier et de restitution des dépôts. Le point contesté concerne l’article 12 du projet. Il est présenté comme un passage capable de faire basculer le statut de l’or libanais dans une zone de risque, en le classant parmi les « actifs détenus » par la Banque du Liban.

Selon l’argument avancé, le danger ne tient pas à une vente immédiate. Il tient au vocabulaire juridique. Si l’or est décrit comme un « actif appartenant » à la Banque du Liban, il peut entrer dans une logique d’actifs mobilisables. Il peut alors être visé par des sûretés. Il peut aussi être visé par des décisions d’exécution.

Ce point a été présenté comme une menace « extérieure ». Le raisonnement est construit autour d’un risque précis: des procédures à l’étranger, et en particulier devant des tribunaux de New York, au bénéfice de détenteurs de titres de la dette libanaise.

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L’alerte insiste sur une idée centrale. L’or n’est pas un actif ordinaire. Il est présenté comme un bien souverain. Il est donc censé rester hors du champ d’une gestion financière classique. C’est pour cette raison qu’un changement de qualification, même sans transfert matériel, est décrit comme un basculement stratégique.

La règle invoquée: l’interdiction de disposer de l’or sans loi spécifique

L’argument juridique s’appuie sur une règle présentée comme claire. Une loi identifiée comme la loi 42/86, datée du 24 septembre 1986, est citée. Cette loi est présentée comme interdisant tout acte de disposition sur les avoirs en or détenus par la Banque du Liban, directement ou indirectement, sauf par une loi votée par le Parlement.

Dans cette lecture, la Banque du Liban n’est pas propriétaire. Elle est gardienne. L’or est présenté comme une réserve souveraine, liée à la collectivité, et non comme un actif disponible pour une gestion bilancielle courante.

Le débat devient donc immédiat. Si la réserve est un bien souverain protégé, la qualifier d’actif appartenant à la Banque centrale ouvre une brèche. Cette brèche ne suffit pas à vendre l’or. En revanche, elle peut suffire à rendre l’or attaquable, au moins en droit, par des créanciers extérieurs.

Le conflit se joue donc sur une phrase. D’un côté, ceux qui veulent une loi “opérationnelle” cherchent à décrire les actifs de l’État et de la Banque centrale de manière large. De l’autre, ceux qui alertent estiment que le droit libanais ne permet pas ce glissement, et que le glissement serait exploité à l’étranger.

Le lien avec New York: l’ombre de la juridiction choisie pour les eurobonds

L’alerte relie l’article 12 à une décision plus ancienne, prise dans le cadre des contrats d’émission des eurobonds. Il est affirmé qu’en 1996, le Liban a accepté, via les contrats de dette, de se soumettre à la compétence des tribunaux civils de New York et de renoncer à une partie de l’immunité souveraine.

Ce rappel change la nature du débat. Il ne s’agit plus seulement d’un choix interne. Il s’agit d’un risque de contentieux dans un cadre juridique extérieur déjà accepté dans les documents de dette.

Dans le même passage, des montants sont cités. La valeur nominale des eurobonds est donnée à 33,5 milliards de dollars. Les intérêts accumulés sont présentés comme dépassant 10 milliards de dollars.

Un autre élément est avancé comme décisif. Une part importante de la réserve d’or libanaise serait située physiquement aux États-Unis, avec une proportion citée d’environ un tiers.

Dans ce contexte, la crainte formulée est simple. Si l’or est qualifié comme actif appartenant à la Banque du Liban, il devient une cible “logique” pour des actions en justice et des mesures d’exécution. La localisation partielle aux États-Unis est alors perçue comme un facteur aggravant.

Pourquoi une qualification peut suffire à déclencher un risque d’exécution

Le mécanisme évoqué suit une logique de contentieux. Un créancier cherche un actif saisissable. Ensuite, il cherche une base juridique. Enfin, il cherche une juridiction capable de rendre une décision exécutoire.

Dans la lecture présentée, l’article 12 fournirait une base de qualification. Le choix de la juridiction de New York fournirait un cadre procédural. La présence d’une partie de l’or sur le sol américain fournirait un point d’appui matériel.

Ce triptyque explique le niveau d’alerte. Le débat n’est pas théorique. Il vise une situation où le Liban se retrouverait à défendre sa réserve d’or devant des tribunaux étrangers, dans un contexte de dettes massives et de défaut de paiement.

La polémique est d’autant plus sensible que la loi discutée traite des dépôts bancaires. Elle touche donc à la pression sociale. Toute solution qui semble accélérer un remboursement peut séduire. Mais toute solution qui fragilise un actif souverain peut provoquer une crise plus grave.

L’or présenté comme “solution”: une idée portée par une partie du secteur bancaire

En parallèle de l’alerte, une autre ligne de discours existe. Elle est portée dans des débats sur la restructuration bancaire. Des intervenants issus du secteur bancaire et certains experts ont défendu l’idée que l’or, dont la valeur est décrite comme très élevée à des niveaux historiques, devrait faire partie d’une restructuration “sérieuse”.

Dans ce registre, l’or n’est plus seulement un symbole. Il est vu comme une réserve mobilisable. Il est présenté comme un moyen d’accélérer la récupération des dépôts.

Une estimation de valeur est citée dans ce débat. La valeur potentielle liée à l’utilisation de l’or dans une opération de remboursement est présentée comme dépassant 40 milliards de dollars, compte tenu des prix actuels de l’or au moment des textes.

Ce chiffre sert d’argument politique. Il laisse entendre qu’un actif existe, qu’il est important, et qu’il pourrait réduire la durée de la crise. Dans une société épuisée, l’idée d’un “levier” concret est puissante.

Pourtant, cette ligne ouvre un conflit moral et institutionnel. Les banques, critiquées pour leur rôle dans la crise, sont perçues comme cherchant une sortie rapide sans payer le coût principal. Dans cette perception, l’or deviendrait une manière de socialiser encore davantage les pertes, en basculant sur un bien souverain plutôt que sur des responsabilités privées.

La critique envers les banques: l’or comme écran derrière la question des responsabilités

La proposition d’intégrer l’or dans un plan de restructuration peut être lue comme un choix technique. Elle peut aussi être lue comme un choix politique destiné à déplacer le centre du débat.

Le débat sur les dépôts repose sur une question directe. Qui porte les pertes. L’État. La Banque du Liban. Les banques. Les actionnaires. Les grands déposants. Les petits déposants. Ce conflit est au cœur du projet de loi.

Dans ce contexte, ramener l’or au centre peut servir d’échappatoire. L’or devient un “grand pot” supposé régler le problème. Or un tel pot est souverain. Il n’a pas été créé par les banques. Il n’a pas été capitalisé par elles. Il appartient à la communauté, selon l’argument juridique avancé.

La critique implicite est alors nette. Si l’or est mobilisé, les banques peuvent éviter une recapitalisation forte. Elles peuvent éviter une liquidation de certains actifs. Elles peuvent aussi éviter une remise en cause profonde de la gouvernance et des pratiques qui ont accompagné la crise.

Cette critique rejoint une autre alerte présente dans le débat financier. Une analyse indique que les besoins de liquidité des premières années du plan dépasseraient ce qui est disponible en devises dans le secteur.
Dans cette lecture, le système cherche un financement externe ou un actif interne. L’or apparaît alors comme l’actif le plus visible. Mais il est aussi le plus sensible.

Un paradoxe stratégique: l’or peut aider, mais il peut aussi attirer les créanciers

Le point le plus dur du débat est ce paradoxe. Si l’or est perçu comme une ressource, il devient attractif. Or cette attractivité ne vaut pas seulement pour les déposants. Elle vaut aussi pour les créanciers extérieurs.

Plus l’or est présenté comme mobilisable, plus il devient une cible. Plus il est décrit comme un actif appartenant à une institution financière, plus il peut entrer dans des argumentaires juridiques.

Le débat sur l’article 12 est donc un débat sur la porte d’entrée. Les alertes affirment que le danger réside moins dans la vente et plus dans la saisie. Une saisie ne nécessite pas que l’État décide de vendre. Elle nécessite qu’un tribunal autorise une exécution sur un actif jugé saisissable.

Dans une crise de dette, ce risque n’est pas marginal. Il est structurel. Les détenteurs de titres cherchent des actifs. Le Liban a peu d’actifs extérieurs clairs. L’or est l’actif le plus symbolique et le plus identifiable.

Le contexte des eurobonds: dette, intérêts, et pression des détenteurs

Les montants cités donnent l’échelle. Une valeur nominale de 33,5 milliards de dollars est avancée pour les eurobonds, avec plus de 10 milliards d’intérêts accumulés.
Dans une situation où les paiements sont suspendus, ces montants alimentent des stratégies de recouvrement.

Le risque décrit n’est pas celui d’une plainte isolée. Il est celui d’une multiplication de procédures, souvent portées par des fonds spécialisés. Dans ce type de contentieux, la question n’est pas seulement de gagner un jugement. La question est de trouver un actif exécutable.

C’est dans ce cadre que la localisation partielle de l’or aux États-Unis, mentionnée comme environ un tiers, devient un sujet.
Un actif localisé à l’étranger est, par nature, plus exposé à des mécanismes d’exécution.

La ligne de fracture au Parlement: corriger l’article ou corriger toute la logique

Face à l’alerte, deux options s’imposent.

La première est une correction ciblée. Elle consisterait à modifier la formulation de l’article 12. Elle éviterait toute phrase qui ferait de l’or un actif “appartenant” à la Banque du Liban. Elle rappellerait explicitement le statut souverain et la protection imposée par la loi de 1986, telle qu’elle est citée dans le débat.

La seconde option est plus large. Elle consisterait à réécrire la logique de l’inventaire des actifs et des ressources, pour ne pas laisser un texte financier “ouvrir” un actif souverain sans débat spécifique. Dans cette option, la question de l’or serait séparée du dossier des dépôts. Elle serait traitée par une loi distincte, si elle devait être traitée.

Ce choix est aussi un choix de méthode. Quand un pays est sous contrainte, il peut être tenté de glisser des clauses dans une loi vaste. Pourtant, ces clauses peuvent produire des effets non voulus. C’est précisément ce que dénoncent les alertes sur l’article 12.

L’arrière-plan: une loi sur les dépôts déjà contestée pour ses bases financières

Le débat sur l’or s’inscrit dans une contestation plus large du projet de loi. Le secteur bancaire conteste la méthode et l’absence d’étude chiffrée préalable, selon plusieurs éléments déjà présentés dans l’espace public.

Cette contestation globale pèse sur le débat sur l’or. D’un côté, certains peuvent dire que l’article 12 est une “erreur” dans un texte déjà fragile. De l’autre, certains peuvent dire que l’article 12 n’est pas une erreur. Ils peuvent le présenter comme une tentative de créer une base pour élargir les ressources disponibles.

Dans les deux cas, la conséquence politique est la même. La crise des dépôts se transforme en crise de souveraineté. La discussion ne porte plus seulement sur des paiements étalés. Elle porte sur un actif qui touche à l’identité économique du pays.

Une bataille de mots, avec un enjeu concret: protéger l’or sans bloquer toute réforme

La difficulté est de corriger sans paralyser. Les besoins de réforme existent. Les déposants attendent. Les tensions sociales sont fortes. Pourtant, la protection de l’or est présentée comme une ligne rouge.

Le débat met aussi en lumière une faiblesse classique. Une crise financière devient une crise juridique. Ensuite, cette crise juridique se joue dans des tribunaux étrangers. Enfin, l’État découvre que certains choix passés, comme une acceptation de juridiction, pèsent lourd.

Dans cette configuration, le rôle du Parlement devient central. Une phrase dans un texte financier peut coûter très cher. Elle peut aussi déplacer le rapport de force avec des créanciers extérieurs. La prudence n’est donc pas un luxe.

L’argument de l’urgence: l’or comme raccourci, ou l’or comme piège

Ce débat est traversé par l’urgence. L’urgence pousse à chercher un raccourci. L’or ressemble à un raccourci.

Pourtant, les alertes avancent que ce raccourci peut se transformer en piège. Le piège est double. Il est financier, car il crée une cible. Il est juridique, car il offre une qualification exploitable.

Le piège est aussi politique. Une classe politique peut être accusée d’avoir “ouvert” l’or en douce, dans un texte sur les dépôts. Même si la vente est interdite, l’accusation peut suffire à déclencher une crise de confiance.

Dans une économie qui tente de restaurer sa crédibilité, une crise de confiance sur l’or serait un choc majeur.

Le signal envoyé aux créanciers: ce que le texte dit, même sans le vouloir

Un point souvent sous-estimé est le signal. Les créanciers lisent les lois. Ils lisent aussi les débats internes. Quand un pays discute de son or comme d’une ressource de remboursement, il envoie un message.

Le message est le suivant. Une réserve est sur la table. Même si le pays affirme qu’elle est protégée, le simple fait d’en discuter donne une idée des lignes de pression possibles.

Dans ce sens, la bataille sur l’article 12 n’est pas seulement un débat interne. C’est une discussion observée. C’est une discussion qui peut inspirer des stratégies contentieuses.

C’est pour cela que la question de la qualification est centrale. Ce qui est écrit peut être utilisé. Ce qui est laissé flou peut être attaqué. Ce qui est défini comme “actif appartenant” devient, par nature, plus vulnérable.

Le débat sur la valeur de l’or: entre symbole et calcul

L’or est aussi un symbole. Il incarne une forme de dernier rempart. Pourtant, dans la crise actuelle, il est aussi devenu un chiffre.

Quand il est présenté comme valant plus de 40 milliards de dollars à certains prix, il devient une tentation.
Mais ce chiffre n’est pas une solution automatique. Il ne dit pas comment monétiser. Il ne dit pas à quel coût politique. Il ne dit pas comment éviter l’effet de cible.

Il ne dit pas non plus comment répartir. Si l’or sert, sert-il aux dépôts. Sert-il à la dette. Sert-il à stabiliser la monnaie. Sert-il à garantir des réformes. Chaque choix crée une bataille.

C’est là que la critique envers les banques revient. Les banques peuvent pousser une option qui protège leur survie, même si elle met un actif souverain sous risque. Dans ce cadre, la discussion sur l’or devient un révélateur. Elle montre qui cherche à payer, et qui cherche à déplacer le paiement.

Une prochaine étape attendue: amendement, clarification, et verrou juridique

L’évolution la plus probable, dans un tel contexte, est une clarification au Parlement. Les modifications attendues porteraient d’abord sur la formulation. L’objectif serait de retirer toute qualification qui ferait de l’or un actif “appartenant” à la Banque du Liban.

Une autre clarification possible consiste à rappeler explicitement la règle de non-disposition sans loi spécifique, en l’inscrivant comme une clause d’interprétation. L’idée serait d’empêcher toute lecture qui élargirait la saisissabilité.

Enfin, un verrou politique peut être recherché. Il consisterait à isoler le dossier de l’or de la loi sur les dépôts, pour éviter qu’un texte social devienne, par glissement, un texte sur les actifs souverains.

Dans ce contexte, le débat sur l’or n’est plus un débat secondaire. Il est devenu un pivot. Il relie les dépôts, la dette, la juridiction de New York, et la question de ce que le Liban possède encore comme actifs défendables.

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