Le 20 mars 2025, Steve Witkoff, envoyé spécial des États-Unis pour le Moyen-Orient, a fermement démenti un article publié la veille par le journal libanais An-Nahar. Ce dernier prétendait relater des discussions entre Witkoff et un « officiel libanais anonyme » à Doha, évoquant des critiques sur la gestion du Hezbollah par Beyrouth et une demande de négociations directes avec Israël. Qualifiant ces allégations de « sans fondement, fausses et trompeuses », le bureau de Witkoff a dénoncé une tentative de désinformation. Alors que l’administration Trump réaffirme son soutien au gouvernement libanais sous Joseph Aoun et Nawaf Salam, cette polémique soulève des questions sur les intentions américaines et les tensions régionales.
Une mise au point cinglante
Le communiqué du bureau de Witkoff ne laisse place à aucune ambiguïté. « Répandre des rumeurs et des fake news ne fait que semer la confusion et miner la crédibilité des médias », a-t-il déclaré, visant directement l’article d’An-Nahar. Publié le 19 mars, ce dernier affirmait que Witkoff avait exprimé une insatisfaction face à la manière dont les responsables libanais géraient le Hezbollah, un acteur clé dans le sud du pays. Plus encore, le texte suggérait que les États-Unis poussaient le Liban à entamer des pourparlers directs avec Israël, sous la supervision d’une figure civile libanaise et de Ron Dermer, ministre israélien des Affaires stratégiques et proche de Benjamin Netanyahu.
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Witkoff a balayé ces allégations d’un revers de main. « Le Liban est une nation indépendante qui prendra ses propres décisions souveraines ; nous faisons confiance à ce gouvernement pour y parvenir », a insisté son bureau. Cette déclaration s’inscrit dans la ligne de l’administration Trump, qui, depuis janvier 2025, affiche un soutien public et privé au président Joseph Aoun et au Premier ministre désigné Nawaf Salam. Les États-Unis les encouragent à étendre la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire, à renforcer les institutions et à répondre aux attentes d’une population épuisée par la crise économique et politique.
Le contexte d’une rumeur explosive
L’article d’An-Nahar n’est pas tombé dans un vide diplomatique. Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, négocié sous l’égide américaine, la situation au Liban reste tendue. La résolution 1701 de l’ONU, qui exige la démilitarisation du sud du Liban et le retrait israélien au sud de la Ligne bleue, est au cœur des préoccupations. Les récentes observations de la FINUL, signalant sept violations israéliennes et des caches d’armes dans la région, ont ravivé les frictions. Dans ce climat, une supposée demande de négociations directes avec Israël aurait pu être interprétée comme une tentative de Washington de contourner le Hezbollah et de forcer Beyrouth à un compromis controversé.
Le choix de Doha comme lieu présumé de ces discussions n’est pas anodin. Le Qatar, médiateur influent dans les crises régionales, a accueilli des pourparlers sur le Liban par le passé. Mais sans preuves tangibles – noms, dates ou documents –, l’article d’An-Nahar repose sur des citations attribuées à un « officiel anonyme », une source floue qui alimente les soupçons de désinformation. Witkoff, nommé envoyé spécial en février 2025 par Trump, s’est concentré sur le renforcement des relations avec le gouvernement libanais, pas sur des déclarations incendiaires qui risqueraient de déstabiliser un partenaire fragile.
Soutien américain au Liban : une ligne officielle
Le communiqué de Witkoff réaffirme une position cohérente de l’administration Trump. « Les États-Unis soutiennent le gouvernement libanais alors qu’il travaille à étendre la souveraineté de l’État, à mettre en œuvre des réformes pour renforcer les institutions et à répondre aux demandes du peuple », a-t-il précisé. Ce message s’aligne sur les efforts diplomatiques américains depuis le cessez-le-feu, notamment via Morgan Ortagus, qui a poussé pour un retrait israélien complet et un déploiement accru de l’armée libanaise au sud. Sous Aoun et Salam, le Liban tente de reprendre le contrôle d’un territoire où le Hezbollah conserve une influence significative, malgré ses pertes en 2024.
Cette stance contraste avec les prétendues critiques rapportées par An-Nahar. L’idée que Washington serait « insatisfait » de la gestion du Hezbollah par Beyrouth semble en décalage avec les déclarations officielles. Depuis janvier, Trump a adopté une approche pragmatique : soutien militaire et économique au Liban, conditionné à des réformes, mais sans diktat public sur des négociations avec Israël. L’administration préfère travailler en coulisses, comme en témoigne son rôle dans les discussions sur la résolution 1701, plutôt que de lancer des ultimatums via la presse.
Implications et doutes sur la crédibilité
La réfutation de Witkoff met en lumière les dangers de la désinformation dans une région volatile. Si les allégations d’An-Nahar étaient vraies, elles auraient pu enflammer les tensions internes au Liban, où le Hezbollah et ses alliés dénoncent déjà toute ingérence étrangère. Une demande de pourparlers directs avec Israël, impensable pour beaucoup à Beyrouth, aurait également compliqué les efforts de Salam pour fédérer un gouvernement divisé. En l’absence de preuves, cette rumeur semble davantage destinée à semer le doute qu’à refléter une réalité diplomatique.
Pour les États-Unis, cet épisode souligne la nécessité de clarifier leur position. Witkoff, en niant ces discussions, protège la crédibilité de sa mission et évite de donner du grain à moudre aux critiques de Trump, qui l’accusent parfois d’unilatéralisme. Pour le Liban, sous pression pour réformer son économie et stabiliser son sud, cette polémique est un rappel des enjeux délicats auxquels il fait face, entre souveraineté nationale et influences extérieures.
Une mise au point dans un climat tendu
Le démenti de Steve Witkoff, le 20 mars 2025, referme – pour l’instant – une parenthèse troublante dans les relations entre Washington et Beyrouth. En réaffirmant son soutien à un Liban souverain sous Aoun et Salam, l’administration Trump cherche à dissiper les rumeurs et à maintenir une ligne diplomatique cohérente. Mais dans un contexte où la vérité est souvent noyée sous les spéculations, cet incident révèle la fragilité d’une paix régionale encore à construire.



