Le Liban, bien qu’en marge des grandes manœuvres géopolitiques impliquant les États-Unis de Donald Trump, la Russie de Vladimir Poutine et la Chine de Xi Jinping, subit de plein fouet les répercussions des rapports de force globaux redessinés par ces puissances. Cet événement, attribué à des livraisons d’armes iraniennes soutenues par la Russie, s’inscrit dans un contexte où les alliances sino-russes et la posture isolationniste de Trump fragilisent le multilatéralisme et exacerbent les tensions régionales.
Une frappe révélatrice des influences extérieures
Le 15 août 2025, des frappes aériennes israéliennes ont visé un dépôt d’armes présumé du Hezbollah dans la Bekaa, à proximité de la frontière syrienne. Selon le porte-parole de l’armée israélienne, ces frappes répondaient à des « mouvements suspects » impliquant des cargaisons d’armes, incluant potentiellement des drones fournis par l’Iran avec un soutien logistique russe. Le ministre libanais de la Défense, Maurice Sleem, a condamné l’opération comme une « violation flagrante de la souveraineté nationale », appelant à une enquête de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Cet incident, le douzième recensé par la FINUL en 2025, a causé des dégâts matériels mais aucune victime confirmée, bien que des sources locales aient rapporté des perturbations dans les villages voisins.
Cet événement reflète l’impact des alliances globales sur le Liban. La Russie, alliée de l’Iran, fournit des systèmes d’armement avancés, notamment des missiles antichars Kornet, utilisés par le Hezbollah. La Chine, bien que moins impliquée militairement, soutient diplomatiquement Téhéran au Conseil de sécurité de l’ONU, bloquant les initiatives américaines visant à durcir les sanctions contre l’Iran. Donald Trump, revenu au pouvoir en janvier 2025, a intensifié son soutien militaire à Israël, avec une aide annuelle portée à 4 milliards de dollars, renforçant la capacité de Tsahal à mener des opérations préventives. Cette frappe illustre ainsi comment le Liban devient un théâtre collatéral des rivalités entre grandes puissances.
Le sommet de Pékin : un signal d’unité sino-russe
Le défilé militaire du 3 septembre 2025 à Pékin, marquant le 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, a cristallisé les nouvelles dynamiques globales. Xi Jinping, aux côtés de Vladimir Poutine et de Kim Jong-un, a présidé une démonstration de force incluant missiles balistiques DF-41 et drones hypersoniques. En marge de l’événement, la signature de 22 accords bilatéraux sino-russes, dont le gazoduc Power of Siberia 2, a renforcé une alliance visant à contrer l’influence américaine. Xi a qualifié cette coopération de « pilier de la stabilité mondiale », tandis que Poutine a dénoncé les « sanctions illégales » de l’Occident, en référence aux mesures imposées depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Pour le Liban, cet axe sino-russe a des répercussions indirectes mais significatives. La Chine, via son initiative « Une ceinture, une route », a octroyé en juin 2025 un prêt de 500 millions de dollars pour reconstruire le port de Tripoli, un projet visant à intégrer le Liban dans ses réseaux commerciaux. Le ministre libanais des Travaux publics, Ali Hamieh, a salué cette aide comme « un levier pour relancer l’économie », mais Washington y voit une tentative de Pékin d’acheter une influence politique. Trump a conditionné l’aide américaine, limitée à 200 millions de dollars en 2025, à des réformes excluant le Hezbollah, soutenu par l’Iran et, par extension, par la Russie. Cette polarisation complique les efforts de Beyrouth pour obtenir un soutien international neutre.
Le recul du multilatéralisme et ses effets au Liban
L’alliance sino-russe, consolidée lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin en juillet 2025, promeut un « ordre mondial multipolaire » qui marginalise l’ONU. Lors de ce sommet, Xi a annoncé un fonds de 280 millions de dollars pour des infrastructures en Asie centrale, tandis que Poutine a promis un soutien militaire aux membres de l’OCS. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a critiqué les « ingérences unilatérales », visant les sanctions américaines. Cette posture affaiblit les mécanismes multilatéraux, comme la résolution 1701 de l’ONU, qui appelle au désarmement du Hezbollah et à la sécurisation de la frontière libano-israélienne.
Le Liban, dépendant de la FINUL pour maintenir une fragile stabilité au Sud, souffre de cette paralysie. En mai 2025, une proposition américaine de renforcer les sanctions contre l’Iran, accusé de fournir des armes au Hezbollah, a été bloquée par des veto chinois et russe au Conseil de sécurité. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déploré une « crise de gouvernance mondiale », notant que les divisions entre grandes puissances entravent les efforts de paix. Le commandant de la FINUL, le général Aroldo Lázaro, a signalé le 1er septembre 2025 une « augmentation alarmante des incidents » à la frontière, appelant à une désescalade sans obtenir de consensus international.
Les répercussions économiques et énergétiques
La crise économique libanaise, marquée par une inflation de 150 % et une dette publique de 100 milliards de dollars, est aggravée par les dynamiques globales. Les accords énergétiques sino-russes, comme le Power of Siberia 2, redirigent les flux de gaz russe vers la Chine, réduisant la dépendance de Moscou vis-à-vis de l’Europe. Cette diversification a stabilisé les revenus russes à 80 milliards de dollars en 2024, mais elle accroît la concurrence pour les exportateurs moyen-orientaux, comme l’Arabie saoudite, qui influence les prix mondiaux du pétrole. En août 2025, une hausse de 15 % des coûts du gaz, liée aux annonces sino-russes, a exacerbé la crise énergétique libanaise, avec des coupures d’électricité atteignant 20 heures par jour.
Le Liban, qui négocie l’exploitation de gisements offshore en Méditerranée, se heurte à des obstacles géopolitiques. En avril 2025, la Russie a proposé une assistance technique pour l’exploration gazière, une offre accueillie avec prudence par le ministre de l’Énergie, Walid Fayad, qui craint une politisation accrue. Les disputes frontalières avec Israël, médiatisées par l’ONU, sont compliquées par l’influence russe sur la Syrie et l’Iran, alliés du Hezbollah. Trump, soutenant fermement Israël, a menacé de sanctions toute coopération énergétique libanaise avec des acteurs pro-iraniens, limitant les options de Beyrouth.
Les tensions régionales amplifiées
L’alliance sino-russe renforce indirectement l’Iran, principal soutien du Hezbollah. En 2025, Téhéran a reçu des systèmes de défense antiaérienne S-400 russes, déployés en Syrie pour protéger les intérêts iraniens. Ces livraisons, combinées à l’expertise chinoise en cybersécurité, ont permis au Hezbollah de renforcer ses capacités, notamment via des cyberattaques contre des infrastructures israéliennes en février 2025. Trump a condamné ces actes comme « soutenus par des puissances hostiles », imposant des sanctions sur des entreprises chinoises soupçonnées de transferts technologiques à l’Iran.
Au Liban, ces tensions se traduisent par une escalade militaire au Sud. Les incidents armés à la frontière, comme celui du 15 août, menacent la stabilité précaire maintenue par la FINUL. Le gouvernement libanais, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, a exprimé en août 2025 sa « profonde préoccupation face aux influences extérieures qui prolongent nos crises internes ». Les efforts pour désarmer le Hezbollah, exigés par la résolution 1701, restent bloqués par l’opposition sino-russe à l’ONU, tandis que l’aide militaire accrue de Trump à Israël alimente les cycles de violence.
Les dynamiques commerciales et leurs impacts
Le commerce sino-russe, qui a atteint 150 milliards de dollars au premier semestre 2025, contourne les sanctions occidentales en utilisant des monnaies alternatives au dollar. La Chine absorbe 20 % des exportations pétrolières russes, renforçant la résilience économique de Moscou. Pour le Liban, importateur de biens chinois, cette dynamique entraîne une hausse des coûts due à la dévaluation du yuan face aux tarifs trumpiens. En août 2025, une pénurie de blé, redirigé vers la Chine, a aggravé la crise alimentaire, avec des prix alimentaires en hausse de 30 % à Beyrouth.
Les initiatives diplomatiques et leurs limites
En juin 2025, la Chine a proposé une conférence sur la Palestine, excluant un rôle central pour les États-Unis, dans une tentative de s’imposer comme médiateur régional. Cette initiative, saluée par le Liban comme un « pas vers la paix », reste entravée par les divisions internationales. La Russie, via ses bases en Syrie, influence les dynamiques frontalières libanaises, soutenant des pourparlers sur le retour des réfugiés syriens. En mars 2025, une délégation chinoise à Beyrouth a discuté d’une aide à la reconstruction, conditionnée à des réformes politiques. Ces efforts, bien que prometteurs, se heurtent à la polarisation sino-américaine, laissant le Liban dans une position de vulnérabilité face aux grandes puissances.
Les ajustements militaires et leurs implications
Le défilé de Pékin a révélé des avancées sino-russes, comme des lasers anti-drones, qui se diffusent au Moyen-Orient via l’Iran. En Syrie, les systèmes S-400 russes protègent les positions iraniennes, renforçant indirectement le Hezbollah. Le Liban, pris entre ces influences, voit sa sécurité compromise par l’escalade à la frontière sud. En août 2025, des tirs d’artillerie près de la ligne bleue ont provoqué des évacuations dans des villages libanais, tandis que la FINUL reste limitée par son mandat restreint.
Les perspectives économiques immédiates
Les accords énergétiques sino-russes stabilisent les marchés mondiaux, mais augmentent les coûts pour le Liban. En septembre 2025, les importations gazières via l’Égypte, influencées par les fluctuations des prix mondiaux, ont accru la dette énergétique libanaise à 40 milliards de dollars. Les négociations offshore, cruciales pour l’autonomie énergétique, restent enlisées, tandis que les influences sino-russes et américaines polarisent davantage les options de Beyrouth.



