Le 27 septembre 2024, lorsque l’armée israélienne confirmait l’élimination de Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, dans une frappe dévastatrice à Beyrouth, Benjamin Netanyahu, avec l’assurance d’un illusionniste persuadé d’avoir maîtrisé son tour, proclamait une victoire historique. Dans un discours télévisé, il fanfaronnait : « Nous avons réglé nos comptes avec le maître du terrorisme. » Quelques jours plus tôt, à l’Assemblée générale des Nations unies, il brandissait une carte d’un « nouveau Moyen-Orient », où les Accords d’Abraham, la chute du régime syrien de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024, et les frappes israéliennes contre des cibles iraniennes le 13 juin 2025 devaient consacrer l’hégémonie israélienne. Ce rêve d’une Pax israélienne, fédérant les États arabes, marginalisant la question palestinienne et isolant l’Iran, semblait à portée de main. Un an plus tard, en septembre 2025, ce tableau triomphal s’effondre sous le poids d’une réalité implacable : un isolement diplomatique sans précédent, des Accords d’Abraham en lambeaux, une reconnaissance croissante de la Palestine, et une indignation mondiale face aux accusations de crimes de guerre à Gaza.
Un triomphe autoproclamé, un réveil brutal
Lors de son discours à l’ONU le 22 septembre 2024, Netanyahu ne manquait pas de panache. Avec une carte en main, il promettait un Moyen-Orient remodelé sous l’égide d’Israël : les Accords d’Abraham, signés en 2020 avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan, devaient s’étendre à l’Arabie saoudite, marginalisant l’Iran et reléguant la cause palestinienne à un détail diplomatique. L’assassinat de Nasrallah, la chute d’Assad, et les frappes contre l’Iran étaient présentés comme les piliers d’une stratégie imparable. « Nous changeons la face de la région », clamait-il, convaincu que ces coups d’éclat feraient d’Israël le pivot d’un nouvel ordre régional.
Un an plus tard, le tableau est sombre. Ces « victoires » ont un coût exorbitant : l’isolement diplomatique d’Israël s’accentue, les Accords d’Abraham vacillent, et la guerre à Gaza, avec un bilan de plus de 65 300 morts palestiniens selon le ministère de la Santé de Gaza au 22 septembre 2025, a transformé Netanyahu en paria international. Loin de la Pax israélienne fantasmée, le Moyen-Orient de 2025 est un champ de tensions où Israël, loin de régner, se retrouve acculé, moqué par ses détracteurs et lâché, même à demi-mot, par ses alliés.
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L’assassinat de Nasrallah : une victoire à la Pyrrhus
L’élimination de Hassan Nasrallah le 27 septembre 2024, dans une frappe israélienne sur un immeuble résidentiel à Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, fut un coup d’éclat pour Netanyahu. « Nous avons décapité le Hezbollah », proclamait-il, célébrant la mort d’une figure clé de l’axe iranien. La frappe, qui a rasé plusieurs immeubles et tué plusieurs hauts commandants du Hezbollah, a temporairement désorganisé l’organisation. Le ministère libanais de la Santé a rapporté au moins six morts et 91 blessés dans l’attaque, un bilan qui a alimenté la colère régionale. Netanyahu, dans un discours télévisé le 28 septembre 2024, affirmait : « Nous avons réglé nos comptes avec le responsable de milliers de morts, dont des Israéliens, des Américains et des Français. »
Mais l’euphorie fut de courte durée. Le 29 octobre 2024, le Hezbollah nommait Naim Qassem comme nouveau secrétaire général, et les attaques contre le nord d’Israël reprirent avec vigueur. Entre octobre 2023 et octobre 2024, plus de 12 400 projectiles ont été tirés depuis le Liban, selon l’armée israélienne, visant des localités comme Kiryat Shmona et Metula. Le coût pour Israël est lourd : environ 60 000 habitants du nord du pays restent déplacés depuis octobre 2023, selon des rapports humanitaires, et les dégâts matériels s’élèvent à au moins 1 milliard de shekels en dommages immobiliers. L’économie israélienne, déjà fragilisée par la guerre à Gaza, souffre de cette instabilité. Loin de briser le Hezbollah, l’opération a galvanisé ses combattants, qui revendiquent un effectif de 30 000 à 40 000 hommes, selon des estimations indépendantes. Netanyahu, qui pensait avoir terrassé la « pieuvre iranienne », n’a fait que la provoquer.
La chute d’Assad : un trophée empoisonné
La chute du régime de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024, après une offensive éclair des rebelles syriens menés par Hayat Tahrir al-Cham, fut un autre « triomphe » que Netanyahu s’empressa de revendiquer. Lors d’une visite sur le plateau du Golan le 10 décembre 2024, il déclarait : « La fin d’Assad est un coup porté à l’axe du mal iranien. Nous ouvrons la voie à un nouveau Moyen-Orient. » Cette chute, facilitée par l’affaiblissement du Hezbollah et le retrait partiel de la Russie, accaparée par l’Ukraine, semblait conforter la stratégie israélienne.
Mais ce « succès » s’est vite transformé en casse-tête. L’instabilité en Syrie, où des factions rebelles, dont certaines liées à des groupes islamistes, se disputent le pouvoir, a créé un vide dangereux à la frontière israélienne. En janvier 2025, l’armée israélienne a occupé la zone tampon syrienne, invoquant des impératifs de sécurité. Cette décision a été condamnée par l’ONU comme une violation de l’accord de désengagement de 1974. Le porte-parole du secrétaire général, Stéphane Dujarric, déclarait le 12 janvier 2025 : « Toute présence militaire dans la zone de séparation est inacceptable. » La Turquie, soutien de certains rebelles syriens, a également dénoncé cette incursion, accentuant les tensions. Netanyahu, qui se voyait en maître d’un ordre nouveau, se retrouve à gérer un chaos imprévisible, où les risques d’escalade l’emportent sur les bénéfices d’une victoire autoproclamée.
Les frappes contre l’Iran : un pari risqué
Le 13 juin 2025, Israël a franchi un cap audacieux en lançant des frappes contre des installations nucléaires et balistiques iraniennes, visant à neutraliser ce que Netanyahu appelait la menace existentielle de Téhéran. Dans un discours télévisé le 13 juin 2025, il proclamait : « Nous avons frappé l’Iran au cœur de son programme nucléaire. Le monde est plus sûr aujourd’hui. » Les frappes, qui ont endommagé des sites comme Natanz et des usines de missiles près de Téhéran, selon des rapports militaires israéliens, ont été célébrées comme un coup de maître.
Mais l’euphorie fut de courte durée. L’Iran a riposté le 13 juin 2025 avec des tirs de drones sur des bases israéliennes dans le Néguev, causant des dégâts limités mais envoyant un message clair. Les États-Unis, bien qu’alliés d’Israël, ont critiqué l’opération. Le porte-parole du département d’État, Matthew Miller, déclarait le 16 juin 2025 : « Les actions unilatérales risquent d’entraîner une escalade incontrôlable. » L’Iran, loin d’être affaibli, a accéléré ses efforts pour reconstituer son arsenal, tandis que le régime a tiré parti des frappes pour rallier son opinion publique, fragilisant les mouvements d’opposition interne. Netanyahu, qui espérait un knock-out, n’a fait que réveiller un adversaire plus déterminé.
Un isolement diplomatique qui fait tache
Netanyahu, qui se voyait en stratège visionnaire, ressemble aujourd’hui à un général abandonné par ses alliés. En mai 2024, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont reconnu l’État de Palestine, suivies par la Slovénie en juin 2024 et l’Arménie en 2024. Ces décisions, bien que symboliques, ont porté un coup à la rhétorique israélienne. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, déclarait le 28 mai 2024 : « La reconnaissance de la Palestine est un acte de justice et un pas vers une paix durable. » Netanyahu, fidèle à son répertoire, a dénoncé une récompense pour le terrorisme, mais ses protestations n’ont fait qu’accentuer l’isolement d’Israël.
À l’ONU, le désaveu est cinglant. Le 11 décembre 2024, une résolution de l’Assemblée générale exigeant un cessez-le-feu à Gaza et des enquêtes sur les crimes de guerre a été adoptée par 153 voix pour, 8 contre et 14 abstentions. Les États-Unis, principal allié d’Israël, se sont abstenus, un camouflet diplomatique qui a dû faire grincer des dents à Jérusalem. Le 21 novembre 2024, la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre Netanyahu et son ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour des accusations de crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza. Bien que contestés par Israël, ces mandats limitent les déplacements internationaux de Netanyahu, le transformant en paria dans plusieurs capitales européennes.
Les Accords d’Abraham : un château de cartes
Les Accords d’Abraham, présentés comme la clé de voûte du « nouveau Moyen-Orient », s’effritent sous la pression populaire. À Bahreïn et aux Émirats arabes unis, les accords ont été maintenus, mais avec des critiques publiques dues à la guerre à Gaza. Au Maroc, des manifestations en février 2025 ont forcé le gouvernement à adopter une rhétorique plus critique, bien que les relations diplomatiques n’aient pas été rompues. L’Arabie saoudite, convoitée par Netanyahu, a gelé toute discussion de normalisation. Le prince Faisal ben Farhan, ministre saoudien des Affaires étrangères, déclarait en mars 2025 : « Sans progrès vers un État palestinien, il n’y aura pas de paix avec Israël. » Le rêve d’une grande alliance sunnite s’est évaporé, laissant Netanyahu face à ses illusions.
La question palestinienne : l’épine indéracinable
Netanyahu pensait avoir relégué la question palestinienne aux oubliettes, mais elle est revenue en force. L’offensive à Gaza, déclenchée après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, a galvanisé la solidarité internationale. Les images de destructions massives, de familles déplacées et d’enfants tués ont inondé les réseaux sociaux, transformant la cause palestinienne en un cri de ralliement mondial. En Europe, des manifestations pro-palestiniennes ont rassemblé des centaines de milliers de personnes à Londres, Paris et Berlin. Aux États-Unis, des campus universitaires sont devenus des foyers de protestation, obligeant l’administration Biden à naviguer entre son soutien à Israël et une opinion publique critique.
Sur le plan diplomatique, la reconnaissance de la Palestine par plusieurs pays occidentaux a redonné une légitimité à l’Autorité palestinienne. En juin 2025, Mahmoud Abbas a été reçu à Paris par Emmanuel Macron, qui a réaffirmé le soutien de la France à une solution à deux États. « La paix ne peut être construite sur l’injustice », a déclaré Macron, dans une critique implicite de la politique israélienne. En Cisjordanie, les tensions se sont intensifiées, avec 320 incidents violents entre colons israéliens et Palestiniens recensés par l’ONG B’Tselem entre janvier et août 2025. La politique d’expansion des colonies, soutenue par Netanyahu, a été qualifiée de nettoyage ethnique par la rapporteuse spéciale de l’ONU, Francesca Albanese, une accusation rejetée par Israël mais largement relayée.
Gaza : le tombeau des illusions de Netanyahu
L’offensive à Gaza est le véritable miroir de l’échec de Netanyahu. Avec un bilan de plus de 65 300 morts, selon le ministère de la Santé de Gaza, et 1,9 million de déplacés, soit 90 % de la population, l’enclave est un champ de ruines. Les infrastructures sont dévastées : 76,6 % des écoles ont été directement touchées, selon un rapport UNRWA, et des estimations indiquent que plus de 50 % des bâtiments sont endommagés. L’aide humanitaire, bloquée par le contrôle israélien, arrive au compte-gouttes, malgré les appels de l’ONU.
Les accusations de crimes de guerre dominent le débat. La frappe sur l’école Al-Furqan le 10 octobre 2024, qui a tué 22 civils, dont 15 enfants, a cristallisé l’indignation mondiale. L’armée israélienne a invoqué une cellule terroriste du Hamas, mais l’absence de preuves convaincantes a alimenté les critiques. Human Rights Watch, dans un rapport de mars 2025, a dénoncé des violations graves du droit international. Le Royaume-Uni a suspendu certaines exportations d’armes vers Israël le 2 septembre 2024, citant des préoccupations humanitaires.
L’Iran et le Hezbollah : des adversaires toujours debout
Loin d’isoler l’Iran, la politique de Netanyahu semble avoir renforcé la position de Téhéran. L’Iran a intensifié son soutien au Hamas et au Hezbollah, consolidant son influence régionale. En août 2024, des affrontements au Liban ont vu le Hezbollah lancer plus de 320 roquettes sur le nord d’Israël, causant des dégâts matériels mais peu de victimes. Ces attaques, bien que limitées, soulignent la résilience du Hezbollah. Au Liban, l’organisation a renforcé son emprise politique lors des élections municipales de mai 2025, consolidant son contrôle dans le sud du pays. Le ministre libanais des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, a dénoncé en juillet 2025 les « violations répétées » de la souveraineté libanaise par Israël, notamment les survols de drones.
Un Moyen-Orient qui se moque des rêves de Netanyahu
En septembre 2025, le « nouveau Moyen-Orient » de Netanyahu n’est qu’un mirage. L’isolement diplomatique, l’érosion des Accords d’Abraham, le retour en force de la question palestinienne et la crise humanitaire à Gaza ont réduit ses ambitions à néant. Les heurts à la mosquée Al-Aqsa en septembre 2025, qui ont fait plusieurs blessés, et l’impasse des négociations pour un cessez-le-feu à Gaza, sous médiation égyptienne et qatarie, témoignent d’une région en ébullition. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a averti le 10 septembre 2025 : « La spirale de violence menace la stabilité régionale. » Netanyahu, qui se rêvait en maître du Levant, apparaît comme un illusionniste dépassé, dont les fanfaronnades n’ont fait qu’aggraver le chaos qu’il prétendait dompter.



