Ces derniers jours, des allégations particulièrement sensibles ont émergé sur les réseaux sociaux et certains sites d’information, concernant une prétendue relation personnelle entre Morgan Ortagus, haute diplomate américaine en charge des dossiers libanais, et Antoun Sehnaoui, président du groupe bancaire SGBL au Liban. Au cœur de ces rumeurs figure une facture datée de décembre 2025, émanant de la joaillerie Tiffany & Co. à New York, pour un montant approchant les 60 000 dollars, associant explicitement les noms des deux personnalités.
La document, qui circule depuis le 4 janvier 2026, détaille l’achat de deux articles de luxe : une montre en platine estimée à 43 000 dollars et un pendentif en diamants à 12 000 dollars, pour un total de 55 000 dollars hors taxes, porté à 59 881 dollars avec les frais. La transaction, réglée par carte Mastercard au nom d’Antoun Sehnaoui, mentionne Morgan Ortagus comme destinataire ou associée. Ces achats, effectués peu avant Noël, sont interprétés par les diffuseurs comme des cadeaux dans le cadre d’une liaison amoureuse présumée.
Ces révélations s’inscrivent dans un contexte où les rumeurs d’une proximité excessive entre les deux figures circulent depuis plusieurs mois dans certains cercles beyrouthins et washingtoniens. Elles soulèvent des questions sur d’éventuels conflits d’intérêts, au moment où les États-Unis exercent une pression accrue sur le Liban pour des réformes structurelles et le désarmement du Hezbollah.
Morgan Ortagus, une diplomate chevronnée au service de la politique étrangère américaine
Née en 1982, Morgan Ortagus s’est imposée comme une figure républicaine influente dans les sphères de la sécurité nationale. Ancienne porte-parole du département d’État sous Mike Pompeo lors du premier mandat de Donald Trump, elle a occupé des postes analytiques au Trésor américain et à l’USAID, avant de devenir contributrice régulière sur Fox News. Officier de réserve dans la Marine américaine, elle a servi en Arabie saoudite et développé une expertise sur les questions de terrorisme financier et de prolifération.
Depuis 2025, dans le cadre du second mandat trumpien, Morgan Ortagus occupe le poste de députée spéciale de l’envoyé présidentiel pour le Moyen-Orient, aux côtés de Steve Witkoff. Son portefeuille inclut particulièrement le Liban, où elle a multiplié les visites officielles. Elle a insisté publiquement sur la nécessité d’une souveraineté libanaise pleine, excluant toute participation du Hezbollah au gouvernement, et sur l’application intégrale des résolutions onusiennes, notamment la 1701 qui prévoit le désarmement des milices au sud du Litani.
Au cours de l’année 2025, elle s’est rendue plusieurs fois à Beyrouth pour rencontrer les autorités libanaises, dont le président de la République et le premier ministre, ainsi que des responsables militaires. Ces déplacements ont coïncidé avec une phase de reconstruction post-conflit et de négociations sur l’aide économique conditionnée à des réformes bancaires et anticorruption.
Antoun Sehnaoui, un banquier influent dans un secteur libanais en crise
De son côté, Antoun Sehnaoui, né en 1972, incarne une lignée d’entrepreneurs libanais de confession grecque-catholique. Héritier d’une famille impliquée dans la banque depuis le milieu du XXe siècle, il préside le conseil d’administration du groupe SGBL, issu de la fusion avec la Société Générale de Banque au Liban, l’une des principales institutions financières du pays. Producteur de cinéma à ses heures, il soutient également des initiatives culturelles et artistiques, tant au Liban qu’à l’international.
Le parcours d’Antoun Sehnaoui s’inscrit dans le tumulte de la crise économique libanaise, marquée par l’effondrement du système bancaire depuis 2019. SGBL a été au centre de plusieurs controverses, notamment une procédure judiciaire aux États-Unis accusant l’établissement d’avoir facilité, via des acquisitions passées, des opérations de blanchiment au profit d’entités liées au Hezbollah. Ces allégations, portées devant une cour fédérale, visent des transactions antérieures à 2011, mais soulèvent des interrogations persistantes sur la gouvernance du secteur.
Parallèlement, Antoun Sehnaoui s’est affiché lors d’événements soutenant des initiatives culturelles américano-israéliennes, comme le financement d’un projet d’opéra conjoint, en compagnie de diplomates et d’analystes proches des cercles pro-israéliens à Washington. Ces apparitions publiques ont alimenté des débats sur ses positionnements dans un Liban polarisé.
Des liens documentés dans des cadres professionnels et culturels
Les deux personnalités ont été photographiées ensemble à plusieurs reprises, dans des contextes regroupant des experts en politique moyen-orientale. Une image notable, prise lors d’un événement à Washington en 2025, les montre aux côtés d’autres figures comme Hagar Chemali ou Hussain Abdul-Hussain, discutant de questions régionales. Des dîners ou réceptions sponsorisés par des cercles bancaires libanais ont également été mentionnés, sans que cela ne constitue en soi une anomalie dans les milieux diplomatiques.
Ces interactions s’expliquent en partie par le rôle central de la banque dans l’économie libanaise et les efforts américains pour stabiliser le secteur financier. Les États-Unis ont conditionné une partie de leur aide à une restructuration bancaire profonde, impliquant inévitablement les grands acteurs comme SGBL, ce qui amène Antoun Sehnaoui à tenter de se rapprocher des milieux du pouvoir américain.
La résurgence des rumeurs dans un contexte géopolitique tendu
Les allégations actuelles s’amplifient sur les réseaux sociaux, avec des publications reprenant des textes quasi identiques, suggérant une diffusion coordonnée. Des comptes en arabe et en anglais relayent la facture présumée, en insistant sur le timing des achats et sur une séparation supposée de Morgan Ortagus d’avec son époux, Jonathan Weinberger, avec qui elle a une enfant.
Aucun commentaire officiel n’a été émis ni par le département d’État américain, ni par la mission des Nations unies, ni par les intéressés eux-mêmes. L’absence de réaction publique contraste avec l’intensité de la circulation en ligne, où les commentaires oscillent entre accusations de compromission et appels à une enquête interne.
Les enjeux diplomatiques autour du Liban en ce début 2026
Le Liban traverse une phase critique, marquée par la mise en œuvre laborieuse des accords de cessez-le-feu et les pressions internationales pour une réforme de son système politique et financier. Les États-Unis, via leurs envoyés spéciaux, maintiennent une ligne ferme sur le désarmement exclusif de l’État et la lutte contre les réseaux financiers illicites.
Dans ce cadre, toute perception de proximité personnelle entre une diplomate de haut rang et un acteur bancaire majeur pourrait compliquer les négociations. Les critiques, issues de divers horizons, pointent un risque de dilution de la crédibilité américaine, particulièrement sensible sur les dossiers de sanctions et de transparence.
La diffusion accrue de la facture ces dernières heures
Depuis la soirée du 5 janvier 2026, la prétendue réception Tiffany a été partagée des centaines de fois, accompagnée de commentaires soulignant le montant élevé et le choix de mettre les articles au nom de la diplomate. Des observateurs notent que cette méthode éviterait toute trace directe de cadeau, tout en alimentant les spéculations.
Parallèlement, des voix appellent à la prudence, rappelant le passif de campagnes de désinformation dans la région. L’absence de corroboration par des médias établis maintient ces allégations dans le domaine des rumeurs, même si leur persistance interroge sur les dessous des relations diplomatiques et financières au Moyen-Orient.
Les prochains jours pourraient apporter des éléments nouveaux, alors que les cercles concernés observent une discrétion totale. La situation illustre, une fois de plus, la porosité entre sphères privée et publique dans les dossiers géopolitiques sensibles touchant le Liban.



