Nous sommes quotidiennement confrontés à la violence dans l’espace public et parfois même dans l’espace privé, autant de manière directe, que de manière interposée.

La violence dans l’espace public est la plupart du temps politique (économique et culturelle). Elle peut soit s’exprimer uniquement verbalement, soit physiquement. Les récents incidents et tragédies nous le rappellent.

Cela peut aller d’une perquisition chez un chef de parti, la détention ou mise en accusation d’un ancien haut responsable ou la liquidation d’un opposant sur place ou à l’ambassade …Certes ce n’est pas du même ordre car d’un côté il y a contrôle et éventuellement restriction ou privation de liberté, de l’autre, il y a privation de vie.

Les révolutions, les coups d’état, les guerres civiles, les dictatures nous démontrent chaque jour que l’homme par essence est un être politique et que la communauté humaine et sociale est sujette à des luttes de pouvoir, pouvant aller du lynchage médiatique à l’assassinat politique. La politique est un métier à haut risque et pour l ’exercer durablement, il faudrait avoir l’âme d’un missionnaire ou d’un tueur.

La très grande différence entre les démocraties et les dictatures, c’est que dans les premières vous pouvez subir une atteinte (méritée ou pas) à votre intégrité morale et dans les secondes une atteinte à votre intégrité physique (au niveau individuel ou collectif).

Plus la société est évoluée, plus elle va réguler l’usage de la force, notamment de la part de ceux qui la détiennent légalement. Toutefois à force de trop réglementer, on pourrait ôter les moyens aux détenteurs de l’autorité qui se retrouvent alors démunis (professeure braquée par un adolescent et campagne « ne fais pas de vague » qui dure depuis des années chez les professeurs, policiers violemment pris à parti et qui doivent sans cesse se justifier…). Une tendance peut s’amplifier jusqu’à déraper ou s’inverser en perdant du coup sa raison d’être.

Le mouvement humain n’est jamais définitivement statique ou évolutif à l’infini, il doit toujours être ajusté voire corrigé car il se nourrit de sa propre dynamique interne et de ses contradictions. Trop soumis aux contraintes, l’être humain se révolte ou s’écrase et livré à lui-même il peut succomber à la tentation de la toute-puissance qu’éprouve un enfant, s’il n’est pas encadré ou bien élevé.

Il faut revenir sans cesse à la négociation raisonnée tout en préservant les passions constructives des hommes. C’est ainsi que des réformateurs peuvent devenir des inquisiteurs et des êtres aguerris se transforment en messagers de paix. Qui fait l’ange, fait la bête.

La difficulté provient du fait que la violence est inscrite dans le processus de vie. On naît à travers un acte violent (couper le cordon ombilical) et on meurt par un acte violent (rendre le dernier souffle).

Certes cette violence peut être sublimée par l’affectif (personnel ou universel) soit par la raison (personnelle ou universelle). Toute notre vie nous menons inlassablement, cette négociation parfois laborieuse, entre nos besoins, nos pulsions, nos désirs, nos ambitions, nos aspirations. Entre notre matérialité et notre spiritualité.

Nous naissons dans un corps prêté et mortel qui ne nous appartient même pas mais dont on a l’usage éphémère, que nous contrôlons autant qu’il nous contrôle.

 Nous passons toute notre vie à faire l’apprentissage de nos limites. Avec les risques positifs et négatifs que cela entraine, tant dans une campagne électorale que dans une campagne militaire. Le résultat n’est jamais garanti d’avance.

Quand on consulte l’Histoire de l’Humanité (5 000 ans de la préhistoire jusqu’à nos jours) nous constatons que tous nos conflits politiques sont des conflits culturels. Nos droits politiques garantissent nos droits culturels et sociaux. Jusqu’au changement du rapport de forces, pacifiquement ou par la violence.

Certes face à cette violence nous allons avoir des philosophes qui vont soit la nier, soit la sublimer soit la justifier et puis des politiques qui vont l’instrumentaliser à leurs propres fins ou celui de leurs proches, au nom du bien collectif.

 Ils tentent d’aménager la société qu’ils sont chargés de diriger et de protéger, soit en s’emparant du système établi soit en le renversant et le remplaçant, par un nouveau système de fait accompli qui très rapidement reproduit l’ancien sous de nouvelles formes. Souvent d’ailleurs les politiques accèdent au pouvoir parce qu’ils jugent qu’ils sont plus à même de réguler cette violence parfois par des moyens violents eux-mêmes.

Néanmoins l’intellectuel est souvent démuni devant le monde tel qu’il est, et le politique ne peut pas s’interroger, douter et spéculer éternellement, sur le monde tel qu’il devrait être. Le monde a besoin de ces deux catégories d’hommes complémentaires.

 L’intellectuel pour raisonner, projeter et construire abstraitement et le politique pour appliquer dans le réel de manière concrète. L’un travaille sur une échelle globale, longue et idéale et l’autre à un niveau immédiat et matériel, dans le cadre d’une action spatio- temporelle définie.

L’intellectuel ne reconnaît pas la proximité et la primauté du réel, le politique n’a souvent pas assez de recul critique car sinon cela l’empêcherait d’agir. Il va a posteriori s’emparer des idées de l’intellectuel pour justifier son action.

Le temps de la réflexion est long car il suppose une maturation et une dialectique, le temps de l’action est court car il suppose une réaction linéaire et une prise de position claire. Comment faire communiquer ces deux temps et les conjuguer ?

Comment donc encadrer aujourd’hui les conflits culturels ?

Il faut tout d’abord parvenir à les formuler et à les définir (selon les paramètres énoncés par Hérodote il y a 2500 ans et repris à contrario par la charte de l’Unesco) pour que le compromis culturel précède le compromis politique. C’est en recadrant les conflits dans le cadre culturel qu’on pourra mieux les négocier aujourd’hui, avant qu’ils deviennent idéologiques et totalitaires.

 En posant un cadre universel mais concret, défini par une expérience de 25 siècles qui reconnait la réalité des conflits plutôt que de les nier, nous sommes plus à même de les négocier durablement. Cela n’exclut pas la violence ni l’excuse mais permet de mieux la prévenir et de la rationaliser.

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