lundi, février 9, 2026

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Conflit institutionnel à la Banque du Liban : un projet qui ouvre la voie à une socialisation des pertes

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La Banque du Liban, sous la direction de Karim Souaid depuis mars 2025, se trouve au cœur d’un différend public avec le gouvernement libanais, exacerbé par un projet qui pourrait indirectement charger l’État de pertes bancaires massives. Ce débat, mis en lumière par les analyses récentes, met en évidence les faiblesses structurelles du système financier libanais, toujours fragilisé par la crise entamée en 2019. Les actifs non liés à l’or de la banque centrale sont jugés insuffisants pour absorber des engagements d’envergure, risquant de plonger les déposants dans une spirale de ventes à perte pour obtenir des liquidités immédiates. Ce mécanisme, s’il est adopté sans garde-fous, accentuerait les inégalités sociales dans un pays où la pauvreté touche plus de la moitié de la population, selon les estimations des institutions internationales.

Le contexte de cette tension institutionnelle s’inscrit dans une période de reconstruction post-conflit, après la guerre de 2024 entre Israël et le Hezbollah, qui a causé des dommages estimés à 11 milliards de dollars. Le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, fait face à des pressions pour stabiliser l’économie tout en évitant de transformer les pertes du secteur bancaire – évaluées à environ 70 milliards de dollars – en une dette publique supplémentaire. Karim Souaid, ancien banquier d’investissement et spécialiste de la gouvernance bancaire, a été nommé pour réformer le système, avec un accent sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Dès son entrée en fonction, il a imposé des mesures strictes, comme l’interdiction pour les banques et courtiers de traiter avec des entités affiliées au Hezbollah, telles qu’Al-Qard Al-Hassan, en juillet 2025. Cette décision a renforcé la coordination avec les autorités internationales, mais elle a aussi attisé des frictions internes, certains acteurs politiques y voyant une entrave à des communautés spécifiques.

Les actifs de la Banque du Liban, hors réserves d’or évaluées à plus de 18 milliards de dollars – l’une des plus importantes de la région après l’Arabie saoudite –, restent limités pour couvrir les obligations accumulées. Ces actifs incluent des obligations d’État et des dépôts gelés depuis la crise, dont la valeur réelle a chuté dramatiquement avec la dévaluation de la livre libanaise. Stabilisée autour de 89 500 livres pour un dollar depuis fin 2023, la monnaie nationale masque une inflation persistante, particulièrement sur les denrées alimentaires, qui ont augmenté de plus de 30 000 % entre 2019 et 2025. Dans ce cadre, le projet en question vise à introduire des outils financiers sur le marché, potentiellement des certificats de dépôt ou des instruments similaires, pour liquéfier une partie des engagements. Cependant, sans mécanisme de conversion ordonnée impliquant les actionnaires des banques, ces outils pourraient être négociés à des prix décotés, pénalisant les petits déposants qui ont besoin de fonds pour des dépenses essentielles comme les soins médicaux ou l’éducation.

Un différend qui dépasse la finance technique

Ce conflit n’est pas seulement une querelle administrative ; il révèle une guerre de récits entre la banque centrale et l’exécutif. D’un côté, Karim Souaid insiste sur la nécessité de recapitaliser les banques commerciales, en encourageant des fusions ou des fermetures pour les établissements non viables, tout en priorisant le remboursement des petits déposants. Lors d’une réunion avec le président Joseph Aoun en février 2026, il a réaffirmé l’engagement de la Banque du Liban envers la politique gouvernementale, soulignant la préparation des discussions avec le Fonds monétaire international (FMI). Ces pourparlers, attendus pour aborder des réformes structurelles, conditionnent une aide internationale cruciale pour relancer l’économie. De l’autre côté, des voix au sein du gouvernement et du Parlement critiquent l’absence d’un plan global qui fasse participer davantage les grands actionnaires et déposants fortunés à l’effort de restructuration.

Les blocages politiques, comme la suspension depuis six ans d’une loi sur la « fuite des pertes », illustrent cette impasse. Cette législation, exigée par le FMI, vise à répartir équitablement les pertes du secteur bancaire, mais des calculs électoraux – avec des législatives prévues pour 2026 – freinent son adoption. Sans elle, la restructuration reste en suspens, laissant les banques imposer des contrôles de capitaux informels qui érodent la confiance publique. Le président Aoun, dans un discours récent sur la souveraineté, a présenté les armes non étatiques comme un enjeu national, appelant à une stratégie de sécurité unifiée, mais sans lien direct avec les affaires bancaires. Pourtant, les mesures de Souaid contre les entités non licenciées ont été interprétées par certains comme un durcissement contre des influences partisanes, notamment chiites, accentuant les divisions confessionnelles dans un système déjà fragile.

Les implications sociales d’une socialisation des pertes

Au-delà des institutions, ce débat touche à l’équité sociale dans un Liban marqué par des inégalités croissantes. Les déposants pressés par l’urgence – pour payer des loyers, des factures médicales ou des frais scolaires – risquent de vendre leurs actifs à des prix bradés, tandis que ceux disposant de réserves en devises étrangères pourraient attendre une valorisation future. Cette dynamique perpétue un système où les plus vulnérables absorbent les chocs les plus durs. La crise urbaine à Tripoli, avec des effondrements d’immeubles à Bab al-Tabbaneh et Qobbeh en février 2026, illustre cette précarité : des négligences administratives ont déplacé des familles entières, sans hébergement provisoire adéquat, dans des quartiers où l’entretien des bâtiments est inabordable pour les résidents pauvres.

L’inflation alimentaire, avec une hausse de 56 % entre août 2023 et fin 2025, transforme la survie quotidienne en défi insurmontable. À l’approche du Ramadan, les prix des denrées de base montent en flèche, malgré les promesses de contrôle gouvernemental. Les familles modestes, souvent dépendantes d’une économie informelle en espèces, se voient contraintes à des choix draconiens. Le gouvernement, sous pression pour déclarer un état d’urgence local à Tripoli, peine à répondre, absorbé par d’autres priorités comme la reconstruction au Sud après le conflit de 2024. Nawaf Salam, lors d’une tournée à Kfarchouba et Nabatieh en février 2026, a promis un plan d’infrastructures avant l’été, incluant routes, eau et électricité, mais sans aborder explicitement les liens avec la crise bancaire.

Les réserves d’or : une tentation risquée pour l’État

Les réserves d’or de la Banque du Liban, évaluées à environ 18 milliards de dollars en février 2026, représentent une bouée de sauvetage potentielle, mais leur utilisation pour renflouer les banques reste controversée. Le gouvernement envisage de puiser dans ces stocks pour rembourser les déposants, mais cela nécessiterait un vote parlementaire, peu probable avant les élections en raison de l’opposition populaire. Cette option transformerait les pertes privées en charge publique, via une augmentation de la dette ou une inflation accrue, pénalisant l’ensemble des contribuables. Karim Souaid s’oppose à une telle approche, plaidant pour une restructuration où les actionnaires assument leur part, alignée sur les recommandations du FMI.

Dans le budget 2026, approuvé avec une majorité étroite en janvier, des allocations pour la reconstruction au Sud et les paiements de fin de service aux retraités civils ont été débattues, mais sans résolution claire sur les pertes bancaires. Des critiques portent sur le rôle du ministre des Finances, perçu comme influencé par des alliances partisanes, et sur le silence du Premier ministre lors des sessions parlementaires. Ce budget, détaché d’une vision globale, risque d’aggraver les déficits sans réformes structurelles, comme la régulation du secteur informel qui représente une large part de l’économie.

Les réformes bancaires : un chemin semé d’embûches

Depuis son arrivée, Karim Souaid a priorisé la transparence, avec l’adoption en avril 2025 d’une loi sur le secret bancaire révisée, alignée sur les normes du Groupe d’action financière (GAFI). Cela a permis de sortir partiellement le Liban de la liste grise du GAFI, facilitant l’intégration au système financier mondial. Cependant, l’absence d’un mécanisme légal pour répartir les pertes – incluant une protection pour les dépôts inférieurs à 100 000 dollars – maintient le secteur en paralysie. Les banques, accusées de transférer leurs pertes sur les clients via des restrictions informelles, résistent à une recapitalisation forcée.

Les tensions avec des entités comme Al-Qard Al-Hassan, interdites de transactions avec les institutions licenciées depuis juillet 2025, soulignent les défis de régulation dans un contexte post-conflit. Ces mesures, saluées par les partenaires internationaux, sont critiquées localement comme discriminatoires, étouffant des communautés dépendantes de réseaux alternatifs. Le trio formé par le ministre de la Justice Adel Nassar, le ministre des Affaires étrangères Joe Rajji et Souaid est accusé par certains députés de marginaliser des groupes spécifiques, dans un discours qui lie souveraineté et contrôle financier.

Les défis de la reconstruction post-conflit

La reconstruction au Sud, estimée à plusieurs milliards, dépend d’une stabilité financière que le conflit institutionnel entrave. Les dommages de la guerre de 2024, incluant la destruction de logements et d’infrastructures, exigent une coordination entre l’État et les donateurs internationaux. Nawaf Salam, lors de sa tournée, a reçu un accueil chaleureux à Nabatieh, inaugurant un marché local comme symbole du retour de l’État. Les habitants ont exprimé des préoccupations sur la protection contre les menaces frontalières, obtenant des promesses de renforcement diplomatique et infrastructurel.

Pourtant, les blocages bancaires freinent les investissements privés, avec des entreprises comme le groupe Al Habtoor annonçant leur retrait du Liban en janvier 2026, citant l’instabilité et l’impossibilité d’accéder aux fonds déposés. Cette sortie, impliquant des licenciements massifs, illustre la perte de confiance des investisseurs étrangers, aggravée par la crise persistante. Le secteur informel, dominé par l’économie en espèces, complique les efforts de régulation, comme l’a noté Souaid dans ses circulaires visant à combattre le blanchiment.

Les pressions internationales et les enjeux électoraux

Les discussions avec le FMI, préparées en février 2026, conditionnent une aide vitale à l’adoption de réformes, incluant la loi sur les pertes et une restructuration bancaire. Le président Aoun, dans ses échanges avec Souaid, a insisté sur une approche unifiée, mais les divisions partisanes persistent. Les repositionnements, comme la tournée d’Ahmad Hariri au Nord, envoient des messages politiques au-delà des commémorations, dans un climat d’incertitude électorale.

Le débat sur les armes non étatiques, porté par Aoun et le patriarche Béchara Raï, intersecte avec les questions financières, certains voyant dans les mesures de Souaid une stratégie pour réduire l’influence de groupes armés. Sans consensus, ces tensions risquent de prolonger la paralysie, avec des implications immédiates sur la vie quotidienne : hausses de prix, effondrements urbains et accès limité aux services.

Les implications immédiates sur les déposants et l’économie

En février 2026, les déposants restent piégés par des restrictions qui limitent les retraits à des montants minimes, forçant des ventes d’actifs à perte. Les petits commerçants, dépendants de liquidités, subissent une concurrence faible et une régulation absente, alimentant l’inflation. À Tripoli, les catastrophes récentes ont exposé la négligence de l’État, avec des demandes d’hébergement urgent ignorées. Au Sud, la reconstruction progresse lentement, avec des fonds internationaux conditionnés à des réformes que le conflit institutionnel retarde.

Le projet critiqué pourrait, s’il avance, transférer l’effort vers l’État, via une dette accrue ou l’utilisation des réserves d’or, sans impliquer suffisamment les responsables bancaires. Cela maintiendrait un système où les actionnaires sont protégés, au détriment des contribuables, dans un pays où la dette publique dépasse 150 % du PIB. Les mesures de Souaid, comme la lutte contre les entités non licenciées, visent à restaurer la crédibilité, mais elles génèrent des résistances qui compliquent la cohésion gouvernementale. Les préparatifs pour les négociations avec Israël, via le comité de coordination à Naqoura, ajoutent une couche de complexité, avec des réunions prévues jusqu’en mai 2026 pour enforcer le cessez-le-feu de novembre 2024. Ces dynamiques, ancrées dans les événements de février 2026, soulignent les défis persistants pour stabiliser le secteur financier sans aggraver les fractures sociales.

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