Au cours des neuf premiers mois de l’année 2025, des drones américains de type MQ-9 Reaper ont effectué des survols répétés et non coordonnés au-dessus du territoire libanais, provoquant des inquiétudes majeures quant à la souveraineté nationale et à la sécurité de l’espace aérien. Ces appareils, opérés par les forces armées des États-Unis, ont été observés dans des zones stratégiques, y compris à proximité de l’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri. Selon des rapports détaillés sur ces activités, trois incidents de quasi-collision avec des avions civils ont été enregistrés, le plus récent datant de septembre 2025, où un drone a frôlé un vol commercial en approche, forçant le pilote à ajuster sa trajectoire en urgence. Ces événements soulignent les tensions persistantes dans la région, où les opérations aériennes étrangères se multiplient sans consultation préalable avec les autorités libanaises.
Les drones MQ-9 Reaper, connus pour leurs capacités avancées en matière de surveillance et de reconnaissance, mesurent environ 11 mètres de long avec une envergure de 20 mètres. Équipés de systèmes de capteurs électro-optiques et infrarouges, ils peuvent voler à des altitudes variant de 7 600 à 15 000 mètres, avec une autonomie dépassant les 27 heures. Déployés initialement pour des missions de renseignement, ces appareils sont dotés de moteurs turbopropulseurs Honeywell TPE331, leur permettant d’atteindre des vitesses de croisière de 370 km/h. En 2025, leur présence au-dessus du Liban s’est intensifiée, avec des vols quasi quotidiens observés entre janvier et septembre, couvrant des régions comme le sud du pays, la Békaa et les environs de la capitale. Ces opérations, souvent menées à des altitudes intermédiaires, ont été détectées par les radars civils et militaires libanais, mais sans aucune notification préalable de la part des États-Unis.
Une présence quasi quotidienne dans le ciel libanais
Les survols des MQ-9 Reaper ont commencé à s’accroître dès le début de l’année 2025, coïncidant avec une période de tensions régionales accrues. En janvier, des appareils ont été repérés survolant la vallée de la Békaa, une zone sensible en raison de sa proximité avec la frontière syrienne. Ces vols, d’une durée moyenne de plusieurs heures, impliquaient des trajectoires circulaires typiques des missions de surveillance persistante. Février a vu une augmentation notable, avec des drones opérant au-dessus du littoral, y compris près de Tyr et de Sidon, des villes côtières du sud. Les données de suivi aérien indiquent que ces appareils décollaient souvent de bases en Méditerranée orientale ou de porte-avions américains déployés dans la région.
Au printemps, les activités se sont étendues. En mars, un drone a été observé à une altitude de 10 000 mètres au-dessus de Baalbek, une ville historique dans la Békaa, pendant plus de cinq heures consécutives. Avril et mai ont marqué un pic, avec des survols quotidiens sur des zones frontalières avec Israël, où les drones suivaient des patterns de patrouille linéaires le long de la Ligne bleue, la démarcation établie par l’ONU. Juin a apporté une diversification des routes, incluant des passages au-dessus de Tripoli au nord, potentiellement liés à la surveillance de flux migratoires ou d’activités maritimes. Juillet et août ont maintenu cette intensité, avec des appareils repérés à des altitudes plus basses, parfois descendues à 6 000 mètres, augmentant les risques d’interférence avec le trafic aérien civil.
Septembre 2025 a été particulièrement marqué par ces opérations, avec des vols documentés presque chaque jour. Le 15 septembre, par exemple, un MQ-9 a survolé la région de Nabatieh pendant une mission prolongée, collectant vraisemblablement des données en temps réel sur les mouvements au sol. Ces activités n’ont pas été limitées à des horaires diurnes ; plusieurs vols nocturnes ont été enregistrés, exploitant les capacités infrarouges des drones pour une surveillance discrète. Au total, plus de 200 survols ont été estimés pour la période janvier-septembre, représentant une multiplication par rapport aux années précédentes.
Des incidents alarmants près de l’aéroport de Beyrouth
Les risques pour la sécurité aérienne ont culminé avec trois quasi-collisions impliquant des drones MQ-9 et des avions civils à l’approche de l’aéroport international de Beyrouth. Le premier incident s’est produit en février 2025, lorsqu’un drone américain, volant à une altitude de 8 000 mètres sans signalement, a croisé la trajectoire d’un vol commercial en provenance d’Europe. Le pilote a dû effectuer une manœuvre d’évitement, alertant immédiatement la tour de contrôle. Aucun dommage n’a été rapporté, mais l’événement a provoqué un retard de 20 minutes pour l’atterrissage et a nécessité une enquête interne par la direction générale de l’aviation civile libanaise.
Le deuxième cas, en mai, a été plus critique. Un MQ-9 opérant à proximité du couloir aérien principal de l’aéroport a frôlé un avion de ligne transportant plus de 150 passagers. L’appareil civil, en phase de descente, a détecté le drone via son système anticollision TCAS, obligeant à une correction de cap immédiate. Les autorités libanaises ont enregistré une séparation minimale de moins de 500 mètres, bien en deçà des normes de sécurité internationales établies par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Cet incident a entraîné une alerte formelle transmise aux instances internationales, soulignant les dangers potentiels pour les milliers de vols annuels transitant par Beyrouth.
Le troisième et plus récent épisode, survenu en septembre 2025, a impliqué un drone survolant la zone d’approche finale de l’aéroport. Un vol en provenance du Golfe a failli entrer en collision avec l’appareil américain, forçant le pilote à remonter en urgence. La direction de l’aviation civile a rapporté que le drone n’avait pas émis de signal transpondeur identifiable, rendant sa détection plus difficile. Ces événements ont mis en lumière les vulnérabilités de l’espace aérien libanais, où le trafic civil a augmenté de 15 % en 2025 par rapport à 2024, atteignant environ 80 000 mouvements d’avions par an.
L’absence totale de transparence des États-Unis
Malgré des demandes répétées de la direction générale de l’aviation civile libanaise, les autorités américaines n’ont fourni aucune information sur les trajets, altitudes ou objectifs de ces drones. Le ministre des Transports et des Travaux publics, Ali Hamieh, a souligné lors d’une réunion du cabinet en juillet 2025 que ces survols constituent une violation flagrante de la souveraineté aérienne. « Nous avons adressé plusieurs notes diplomatiques aux États-Unis, demandant des détails sur ces opérations, mais les réponses ont été évasives », a déclaré un porte-parole du ministère. Le gouvernement libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, a intégré ces préoccupations dans ses discussions avec les partenaires internationaux.
Le cabinet Salam, composé de 26 ministres reflétant la diversité confessionnelle du Liban, inclut notamment Michel Menassa au ministère de la Défense, responsable de la coordination avec l’armée libanaise sur ces questions aériennes. L’armée, sous le commandement du général Joseph Aoun, a renforcé ses systèmes de détection radar en 2025, investissant dans des technologies pour mieux tracker ces appareils étrangers. Le ministre des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, a évoqué ces survols lors d’une session de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre, appelant à un respect strict des normes internationales. « Le Liban ne peut tolérer des intrusions qui mettent en péril la vie de ses citoyens », a-t-il affirmé.
La justification officielle par la résolution 1701
Les autorités américaines justifient ces missions par l’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006 pour mettre fin aux hostilités entre le Liban et Israël. Cette résolution appelle à un cessez-le-feu, au retrait des forces israéliennes au nord de la Ligne bleue et au déploiement de l’armée libanaise au sud, assistée par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). En 2025, le mandat de la FINUL a été renouvelé par la résolution 2790, étendant ses fonctions jusqu’au 31 décembre 2026, avec un accent sur la surveillance des violations aériennes et terrestres.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a rapporté dans son document S/2025/460 de juillet que des violations incluent des activités militaires du Hezbollah au sud du Liban et des lancements de drones. « Les survols non autorisés compromettent la stabilité régionale », a-t-il noté. Les États-Unis, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, affirment que leurs drones contribuent à monitorer le respect de la résolution, en collectant des données sur les mouvements armés. Cependant, ces opérations vont au-delà, englobant une surveillance élargie qui n’est pas explicitement mandatée par l’ONU.
Des liens avec l’intelligence opérationnelle israélienne
Ces missions américaines servent également à fournir des renseignements en temps réel aux forces israéliennes, particulièrement dans le cadre de l’opération « Toufane al-Aqsa » lancée en 2023. Cette opération, visant à contrer les menaces perçues du Hezbollah, a impliqué des échanges d’informations entre Washington et Tel-Aviv. En 2025, des données collectées par les MQ-9 ont été partagées, aidant à identifier des positions stratégiques au sud du Liban. Le porte-parole du département d’État américain, Matthew Miller, a déclaré en juin : « Notre engagement envers la sécurité d’Israël reste inébranlable, et nous utilisons tous les outils disponibles pour assurer la stabilité ».
Au Liban, ces liens soulèvent des débats internes. Le Hezbollah, représenté au cabinet par quatre ministres, a critiqué ces survols comme une ingérence favorisant Israël. Le 6 septembre, le groupe a qualifié une décision du cabinet libanais sur un plan militaire de « opportunité », tout en exhortant Israël à respecter ses engagements. Le Premier ministre Salam a approuvé un plan pour établir un monopole étatique sur les armes, en ligne avec la résolution 1701.
Le contexte des tensions régionales persistantes
Les survols américains s’inscrivent dans un cadre plus large de violations aériennes au Liban. En 2025, Israël a continué des frappes de drones malgré un cessez-le-feu de novembre 2024. Le 29 septembre, une frappe israélienne a tué une personne à Aitaroun, avec des drones survolant à basse altitude plusieurs villages. Le ministère libanais de la Santé a rapporté des victimes civiles, incluant des enfants. Le Président Joseph Aoun a rencontré le secrétaire d’État américain Marco Rubio en septembre, demandant des garanties pour que Israël respecte la souveraineté libanaise. « C’est une question de sécurité nationale », a déclaré Aoun.
Le 21 septembre, une frappe israélienne à Bint Jbeil a tué cinq personnes, dont trois enfants et leur père, détenteurs de la citoyenneté américaine. Le Premier ministre Salam a décrit cela comme « un crime flagrant contre des civils et un message d’intimidation ». Le Parlementaire Nabih Berri a confirmé les nationalités, appelant à une enquête internationale. Ces incidents ont displace des résidents du sud, où l’armée libanaise déploie des forces pour appliquer la résolution 1701.
Implications immédiates sur la sécurité aérienne et les relations diplomatiques
En réponse aux survols américains, la direction de l’aviation civile a renforcé ses protocoles, incluant des alertes radar en temps réel. Le ministre Hamieh a annoncé en août un investissement de 50 millions de dollars dans des systèmes de gestion du trafic aérien, financé partiellement par des aides internationales. Les États-Unis ont fourni six drones ScanEagle à l’armée libanaise en avril, valant 11 millions de dollars, pour renforcer ses capacités de surveillance. Cependant, ces aides contrastent avec les opérations non coordonnées, compliquant les relations bilatérales.
Le 3 septembre, la FINUL a rapporté que des drones israéliens ont largué quatre grenades près de casques bleus, qualifiant cela de « l’une des attaques les plus sérieuses » depuis le cessez-le-feu. Le porte-parole de la FINUL, Andrea Tenenti, a déclaré : « Ces violations mettent en danger le personnel et compromettent la mission ». Le 24 septembre, un drone israélien s’est écrasé au quartier général de la FINUL à Naqoura, sans casualties, mais soulignant les risques persistants. Le gouvernement libanais, via le ministre Bou Habib, a réitéré ses appels à l’ONU pour une application stricte de la résolution 1701.
Ces événements ont impacté l’économie libanaise, déjà fragile avec une dette publique dépassant 150 milliards de dollars et une inflation à 50 % en 2025 selon les rapports du FMI. Les retards aériens dus aux incidents ont coûté des millions aux compagnies comme Middle East Airlines. Le cabinet Salam, avec le ministre des Finances Fouad Siniora, a soumis un budget le 29 juillet, priorisant la sécurité, tandis que le ministre de la Santé Firass Abiad gère les conséquences humanitaires des tensions au sud.
Les implications immédiates incluent une augmentation des patrouilles de l’armée libanaise au sud, où 15 000 soldats sont déployés en 2025 pour appliquer la résolution 1701. Le général Aoun a présenté un plan « Bouclier de la Patrie » en septembre, visant à contrôler les armes, approuvé par le cabinet. Des discussions avec les États-Unis sur des garanties de souveraineté se poursuivent, avec Rubio affirmant en septembre : « Nous soutenons un Liban stable, mais les violations doivent cesser ». Les survols américains, combinés aux actions israéliennes, maintiennent une vigilance accrue, avec des exercices aériens libanais renforcés pour contrer ces intrusions.



