dimanche, février 22, 2026

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FMI: la négociation sort du théâtre, l’addition commence

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Du blocage aux « détails techniques »: ce qui a réellement changé dans la séquence

La négociation avec le Fonds monétaire international n’a pas changé parce que le Liban aurait soudain trouvé une formule miracle. Elle a changé parce que le contenu des échanges s’est déplacé. Les éléments disponibles décrivent une transition nette: les discussions ne se limitent plus à des positions générales et à des déclarations de principe. Elles se concentrent davantage sur des éléments techniques, ceux qui conditionnent un accord exécutable. Cette inflexion est présentée comme le passage d’une phase de « stagnation » à une phase plus « vivante », avec l’idée que le prochain grand rendez-vous sera constitué par les réunions de printemps à Washington, décrites comme une station décisive: soit elles servent à consolider une trajectoire d’accord qui reconnecte le Liban au système financier international, soit elles se transforment en « occasion manquée » qui renvoie le pays à l’immobilisme.  Dans ce cadre, l’enjeu n’est plus seulement d’être « en négociation ». Il est de prouver que la négociation produit des textes, des votes, et une capacité d’exécution.

Cette bascule est explicitement rattachée à une autocritique politique. Le ministre des Finances, Yasine Jaber, est cité admettant que la phase précédente a été marquée par l’hésitation et le déni, alors que l’approche actuelle prétend passer de la gestion de l’effondrement à la construction d’un cadre de réforme intégré. Ce cadre est décrit comme reposant sur deux piliers: une vision budgétaire à moyen terme, et une restructuration du secteur bancaire permettant de répartir les pertes, de traiter la « faille » financière et de restaurer la confiance.  Ce vocabulaire a une importance pratique. Il signifie que le FMI attend une architecture cohérente, pas une addition de mesures ponctuelles. Il signifie aussi que les discussions ne portent plus seulement sur « ce qu’il faudrait faire », mais sur « comment on le fait », dans quel ordre, et avec quelles garanties juridiques. C’est exactement le type de déplacement qui peut donner l’impression d’une négociation plus productive, mais qui expose aussi la classe politique à un test plus dur: une fois que les détails techniques sont posés, il faut choisir. Et ce choix est décrit comme restant, in fine, « politique » plus que technique, ce qui revient à dire que le FMI peut discuter d’outils, mais qu’il ne peut pas voter à la place du Parlement ni trancher les conflits internes de distribution des pertes.  

Deux rails, une seule crédibilité: cadre budgétaire à moyen terme et réforme bancaire sous contraintes

La séquence présentée repose sur deux trajectoires parallèles, décrites comme travaillant en même temps. La première concerne un cadre financier à moyen terme, conçu pour organiser les finances publiques sur plusieurs années. Les éléments disponibles le décrivent comme un outil réintroduit à l’agenda du Conseil des ministres en vue d’une adoption, avec un horizon de trois ans et un objectif très concret: passer d’une logique de budgets annuels improvisés à une planification qui sécurise des engagements jusque-là insuffisamment intégrés. Il est explicitement question de la période allant des budgets 2025 et 2026 vers un budget 2027, tout en « fixant » des obligations non prises en compte auparavant, notamment des engagements liés aux eurobonds et à d’autres promesses accumulées.  Le point est lourd, car il touche au cœur du problème libanais: l’État a longtemps empilé des obligations sans aligner recettes, dépenses et transparence. Un cadre à moyen terme vise à rendre visible ce qui a été repoussé. Et rendre visible, au Liban, revient souvent à rendre conflictuel, parce que chaque obligation reconnue impose une décision sur qui paie, quand, et selon quelles priorités.

Le second rail concerne la réforme bancaire, mais présentée sous un angle très précis: il ne s’agit pas seulement d’un slogan sur la « restructuration ». Il s’agit d’un ajustement du texte législatif en réponse aux observations du FMI, avec l’idée que les remarques du Fonds ne signifient pas la destruction du projet, mais l’introduction de modifications, de définitions et de mécanismes clarifiés. Le chemin décrit est technique et politique à la fois: étudier les remarques, réécrire les articles concernés, envisager un passage devant le Conseil constitutionnel si nécessaire, puis renvoyer le texte au Parlement pour adoption finale.  Cette chaîne est révélatrice du problème libanais: la réforme est un processus de droit. Or, sans droit, il n’y a pas de crédibilité. C’est pour cela qu’un acteur présenté comme le conseiller du ministre des Finances, Samir Hamoud, insiste sur le fait que l’« accomplissement législatif préalable » est le juge de paix, et que l’adoption du cadre financier et de la réforme bancaire ensemble constitue la condition pour aller à Washington avec une base de négociation solide.

« Un déposant, une banque »: la bataille sémantique qui décide de la répartition des pertes

Le débat le plus sensible, dans ce que la séquence laisse apparaître, n’est pas une ligne comptable. C’est une formule. La discussion tourne autour du principe « un déposant, une banque » plutôt que « un déposant, tout le système ». La différence est présentée comme non superficielle, et même structurante. Selon l’explication rapportée, si un déposant dispose de comptes répartis entre plusieurs banques, son traitement se ferait banque par banque, selon la situation de chaque établissement, et non sur la base d’un regroupement de l’ensemble de ses dépôts comme s’ils se trouvaient dans une seule institution. Cette lecture est explicitement reliée à un objectif: protéger les petits et moyens déposants, et éviter que les grands déposants, en dispersant leurs fonds, obtiennent une couverture multiple.  L’enjeu est explosif parce qu’il détermine, très concrètement, qui bénéficie d’un mécanisme de protection et qui se retrouve exposé à une part plus lourde des pertes.

La formule est aussi politique parce qu’elle transforme une question technique en question de justice. Dans un pays où la crise bancaire a détruit une partie de la confiance sociale, une réforme qui semble favoriser les plus puissants ruine sa propre légitimité. Inversement, une réforme qui tranche au détriment des déposants les plus influents déclenche une résistance, juridique, médiatique et parlementaire. C’est la raison pour laquelle ce type de débat est rapporté comme un point de friction majeur, alors même que certains éléments indiquent que le FMI comprend cette approche.  La compréhension du FMI ne suffit pas. Il faut encore que le système politique accepte une règle et qu’il la rende applicable par la loi. Or la loi, au Liban, se heurte souvent au réflexe du report: tant que la règle n’est pas votée, chacun peut continuer à défendre ses intérêts sans perdre. Dès qu’elle est votée, il y a des perdants identifiables. C’est pourquoi la discussion sur « un déposant, une banque » n’est pas une simple nuance de rédaction. C’est un champ de bataille sur la distribution des pertes, avec un effet direct sur la crédibilité de l’ensemble du programme.

Cette bataille de concepts a aussi un second effet: elle révèle le type d’accord possible avec le FMI. Un accord durable ne peut pas reposer uniquement sur des mesures fiscales. Il doit contenir une mécanique claire de traitement de la crise bancaire, sinon l’État peut se retrouver à demander à la société de payer davantage tout en laissant la crise financière sans solution concrète. Les éléments disponibles rappellent précisément que l’un des piliers évoqués par Yasine Jaber est la restructuration bancaire permettant la répartition des pertes et la restauration de confiance.  Or la confiance, dans un programme FMI, n’est pas un mot. C’est la capacité à décrire une chaîne: diagnostic, loi, application, supervision, et résultats. Si l’un des maillons manque, le programme se transforme en promesse de plus. C’est pour cela que le débat sur la définition du déposant et sur le périmètre de la protection est central. Il détermine si la réforme est perçue comme un mécanisme de justice et de stabilisation, ou comme une opération de protection des intérêts les mieux armés.

L’épreuve du Parlement: Nabih Berri, la « fenêtre étroite » et la peur de l’occasion manquée

Le passage des détails techniques à la réalité politique se joue au Parlement, parce qu’un programme FMI exige une production législative et une cohérence d’exécution. Les éléments disponibles décrivent une « fenêtre temporelle étroite » avant le printemps, liée au calendrier des réunions à Washington. Ils indiquent aussi, explicitement, une disposition attribuée au président de la Chambre à faire passer un texte avant cette échéance, ce qui est présenté comme une opportunité permettant au pouvoir exécutif de transformer des engagements en normes applicables.  Cette mention peut paraître administrative, mais elle pèse lourd. Elle dit que l’accord FMI n’est pas bloqué uniquement par des divergences avec le Fonds. Il est d’abord bloqué par le rythme interne: la capacité du système politique à adopter et à appliquer des lois sensibles avant que la dynamique ne retombe.

Dans les éléments disponibles, le président de la Chambre est nommé dans un autre passage lié au calendrier électoral, où il est indiqué que Nabih Berri doit convoquer une séance au début du mois suivant pour discuter d’options visant à « sauver » l’échéance électorale, en examinant plusieurs scénarios de procédure et de modification.  Même si ce passage porte sur un autre dossier, il est instructif sur la mécanique politique: le calendrier parlementaire devient l’outil qui transforme une crise en décision, ou qui la prolonge. Dans une négociation FMI, cette mécanique est décisive. Le FMI regarde moins les déclarations que la capacité d’un pays à produire de la loi, puis à l’exécuter. C’est pour cela que les réunions de printemps à Washington sont décrites comme un moment de vérité: elles « mesurent » la crédibilité des engagements.  Si la production législative n’est pas au rendez-vous, la négociation peut basculer dans le scénario de « l’occasion manquée », et le pays retombe dans l’attente.

La difficulté est que ces votes ne concernent pas des sujets neutres. Ils touchent aux pertes bancaires, aux droits des déposants, à la transparence budgétaire, et à la reconnaissance d’engagements comme les eurobonds.  Chacun de ces thèmes implique des gagnants et des perdants. Dans un contexte libanais, un perdant potentiel mobilise vite: recours, pressions, campagnes, blocages. C’est pour cela que la séquence décrite insiste sur l’idée que la décision finale reste politique.  Les détails techniques existent, mais ils ne sont pas le nœud. Le nœud est le courage de trancher, puis de supporter la réaction.

Cette tension se lit aussi dans un détail révélateur: la discussion FMI est présentée comme dépassant les procédures pour toucher des « dossiers structurels » déjà posés en Conseil des ministres, notamment le cadre budgétaire à moyen terme et la réforme bancaire.  Le message implicite est qu’on ne peut plus traiter la négociation comme une visite de délégation et un échange de promesses. Le FMI veut des textes, et le calendrier de Washington devient un dispositif de pression. Si le Liban arrive avec des textes avancés et une trajectoire crédible, la négociation peut se consolider. S’il arrive avec des formulations générales et des retards, la négociation peut redevenir un cycle de plus, sans sortie.

Le vrai risque: croire que la technique suffit, alors que la crise est un conflit de distribution

La séquence décrite contient une leçon simple: la technique est nécessaire, mais elle n’est jamais suffisante. Le FMI demande des cadres, des définitions, des lois et des mécanismes. Les acteurs libanais semblent vouloir montrer qu’ils entrent enfin dans ce registre, en parlant de cadre financier à trois ans, d’intégration d’engagements jusque-là non consolidés, et de clarification d’un principe central sur la protection des déposants.  Mais la crise libanaise est un conflit de distribution: distribution des pertes, distribution de la protection, distribution de l’effort fiscal, distribution des priorités budgétaires. C’est exactement ce que révèle le débat « un déposant, une banque ». C’est exactement ce que révèle l’insistance sur l’intégration des engagements comme les eurobonds dans une planification à moyen terme.  Reconnaître un engagement, c’est accepter de le payer ou de le restructurer. Protéger un déposant, c’est décider qui ne l’est pas. Chaque choix déclenche une résistance.

C’est pourquoi l’image d’une négociation « plus dynamique » peut être trompeuse si elle n’est pas suivie d’effets. Les réunions de printemps à Washington sont décrites comme une station qui peut reconnecter le Liban au système financier international, ou au contraire renvoyer le pays à l’immobilisme.  Cette alternative résume l’essentiel: soit l’État libanais transforme la technique en droit et le droit en exécution, soit la technique restera un récit sans conséquence. Le plus grand danger n’est pas que les négociations soient difficiles. Le plus grand danger est qu’elles deviennent un théâtre sophistiqué, où l’on maîtrise les termes, mais où l’on refuse de trancher. Et dans ce cas, le pays perd la seule ressource qui compte encore dans ce type de séquence: le temps politique.

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