Les frappes aériennes israéliennes menées le 19 novembre 2025 sur des positions présumées du Hezbollah au sud du Liban ont ravivé les tensions régionales, malgré l’accord de cessez-le-feu en vigueur depuis le 27 novembre 2024. Ces opérations, qui ont ciblé des infrastructures dans les villages d’Aitaroun et de Tayr Felsay, ont fait plusieurs victimes civiles et ont été qualifiées par le ministère français des Affaires étrangères de violations flagrantes du fragile équilibre établi. Un porte-parole du Quai d’Orsay a déclaré le 20 novembre 2025 : « Nous condamnons fermement ces actions qui ont entraîné des pertes civiles et qui risquent de compromettre les efforts de stabilisation en cours. » Cette réaction illustre les frictions croissantes entre Paris et Tel-Aviv, où Israël semble chercher à limiter l’influence française dans les mécanismes de surveillance au Liban, tout en réagissant à l’initiative récente de reconnaissance de l’État palestinien par la France.
Ces incidents interviennent dans un contexte où Israël maintient une présence militaire dans cinq positions stratégiques au sud du Liban, justifiée par des impératifs de sécurité. L’armée israélienne a affirmé que ces frappes étaient des mesures préventives contre une reconstitution des capacités militaires du Hezbollah, soutenu par l’Iran. Un responsable militaire israélien a indiqué que le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu fonctionnait, mais « pas avec la rapidité ni l’efficacité que nous attendons ». Du côté français, cette escalade est perçue comme une tentative délibérée de Tel-Aviv pour écarter les acteurs européens, dont la France, au profit d’arrangements plus directs avec les États-Unis.
Le rôle traditionnel de la France au Liban sous tension
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La France, avec ses liens historiques profonds avec le Liban, hérités de l’époque du mandat et renforcés par une coopération militaire et diplomatique soutenue, se trouve au cœur des dynamiques de paix dans la région. Dans le cadre de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), Paris déploie un contingent important, chargé de surveiller la Ligne bleue, la frontière délimitée par l’ONU entre le Liban et Israël. Adoptée en 2006 à la suite de la guerre entre Israël et le Hezbollah, la résolution 1701 du Conseil de sécurité vise à démilitariser la zone au sud du fleuve Litani et à restaurer la souveraineté libanaise pleine et entière.
En 2025, ces efforts ont été amplifiés par la création d’un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, impliquant la France aux côtés des États-Unis, d’Israël, du Liban et de l’ONU. Ce comité, souvent qualifié de mécanisme de surveillance des hostilités, a pour objectif de documenter les violations et de favoriser le dialogue entre les parties. Des équipes françaises, composées de personnel des ministères de la Défense et des Affaires étrangères, y participent activement, servant de « notaires » pour consigner les faits sans pouvoir d’intervention militaire directe. Le général de brigade Guillaume Ponchin, représentant français dans ce cadre, a rapporté en février 2025 que les avancées dans le désarmement du Hezbollah au sud du Litani étaient « satisfaisantes », bien que des ambiguïtés dans l’accord compliquent son application. Des preuves documentées, incluant des photographies, des horodatages et des données de géolocalisation, ont été utilisées pour vérifier ces progrès.
Pourtant, les relations avec Israël se sont tendues. Tel-Aviv exprime une frustration persistante face à la lenteur perçue du processus de désarmement, accusant le Hezbollah de réarmer près de la frontière. En novembre 2025, l’armée israélienne a intensifié ses raids, précédés d’avertissements d’évacuation aux civils. Ces actions ont été défendues comme des réponses à des menaces identifiées, mais elles ont suscité des critiques de la part de Paris, qui appelle à un respect strict de la souveraineté libanaise et syrienne, y compris dans les hauteurs du Golan. Le 18 février 2025, la France a salué le retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban, le qualifiant d’étape cruciale pour restaurer la souveraineté libanaise. Cependant, l’incident du 26 janvier 2025, au cours duquel 22 civils libanais ont été tués lors d’opérations israéliennes, a marqué un point de rupture, incitant Paris à exiger un retrait total au sud de la Ligne bleue et un transfert de contrôle à l’armée libanaise, soutenue par la Finul.
Ces divergences révèlent une préférence israélienne pour des arrangements bilatéraux ou trilatéraux centrés sur les États-Unis, plutôt que sur des forces multinationales où la France joue un rôle prépondérant. Des analystes observent que Tel-Aviv vise à marginaliser les médiateurs européens, favorisant une hégémonie militaire appuyée par Washington. L’accord de cessez-le-feu de novembre 2024 inclut une annexe américaine autorisant des frappes israéliennes sur des menaces perçues, ce qui consolide une domination aérienne et de renseignement israélienne au Liban, au détriment d’acteurs comme la France.
Israël et la marginalisation de la présence française dans le comité de surveillance
Le comité de surveillance, réuni pour la première fois en décembre 2024 à Naqoura, sous la présidence américaine, inclut des représentants de la France, de l’ONU via la Finul, du Liban et d’Israël. Israël a déposé plus de 1 280 plaintes auprès de ce mécanisme jusqu’en juillet 2025, dont 670 ont été transmises à l’armée libanaise pour action. De ces plaintes, 456 ont été traitées par les forces libanaises, 80 ont conduit à des frappes israéliennes, et 18 ont été classées sans suite. Ces chiffres soulignent les défis d’application, avec Israël accusant souvent le Hezbollah de violations, telles que la reconstitution de lance-roquettes et de dépôts d’armes.
La France, par la voix de son représentant, a insisté sur la nécessité d’un retrait complet israélien du sud du Liban, proposant un plan de sécurité alternatif. En février 2025, Paris a réitéré cette position, soulignant que le maintien de cinq positions occupées par Israël entravait le déploiement total de l’armée libanaise au sud du Litani, comme prévu par l’accord. Le président libanais Joseph Aoun, lors d’une rencontre avec un diplomate français le 14 novembre 2025, a déclaré que l’armée libanaise nécessitait plus qu’un « soutien moral », notant que 12 soldats avaient été tués par des attaques israéliennes depuis le cessez-le-feu. Il a plaidé pour des négociations diplomatiques facilitées par le comité, afin de restaurer la stabilité.
Malgré ces appels, Israël a intensifié ses opérations, comme le raid du 19 novembre 2025 sur une infrastructure du Hezbollah suite à une attaque de drone. L’armée israélienne a justifié ces actions comme des réponses à des violations, ciblant des sites menaçants. Ces incidents ont ravivé les craintes d’un conflit élargi, alors que le cessez-le-feu vise précisément à prévenir de telles reprises. La France a réaffirmé son appel au respect de la souveraineté territoriale, y compris en Syrie, où des opérations israéliennes dans les hauteurs du Golan posent des préoccupations similaires.
Des rapports indiquent que Israël exprime un scepticisme croissant envers la Finul, l’accusant d’inefficacité face à l’enracinement du Hezbollah. Des médias israéliens ont évoqué un soutien à une initiative américaine pour suspendre certaines opérations, bien que le département d’État américain ait démenti. Pour Tel-Aviv, le comité de surveillance représente une alternative plus flexible, sans la coordination préalable requise avec la Finul, où la France est influente. Le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naim Qassim, a affirmé que le groupe conserverait ses armes au nord du Litani, contredisant les termes du cessez-le-feu et provoquant des critiques internes au Liban, notamment du Parti phalangiste, qui interroge l’utilité de ces armes si l’objectif est de rassurer Israël.
Paris a annoncé l’organisation de deux conférences internationales pour soutenir le Liban et renforcer son armée, tout en réactivant le comité pour relancer l’application de la résolution 1701. Anne-Claire Legendre, conseillère présidentielle pour le Moyen-Orient, a visité Beyrouth en novembre 2025 pour réaffirmer cet engagement, soulignant l’urgence de stabiliser le sud du Liban face aux raids israéliens croissants. Ces initiatives mettent en lumière les efforts français pour maintenir une présence active, malgré les signes d’une volonté israélienne de les contourner.
La reconnaissance française de l’État palestinien et les représailles israéliennes
Au-delà du Liban, les relations franco-israéliennes sont ébranlées par la position de Paris sur la question palestinienne. Le 22 septembre 2025, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, la France a officiellement reconnu l’État de Palestine, rejoignant d’autres nations occidentales. Le président Emmanuel Macron a déclaré que cette reconnaissance visait à « affirmer que le peuple palestinien a droit à un État viable et souverain », conditionnée à des engagements de l’Autorité palestinienne, incluant le désarmement du Hamas et une refonte de la gouvernance.
Cette décision a été interprétée par Israël comme une récompense au Hamas pour son attaque du 7 octobre 2023. Tel-Aviv a rejeté toute perspective d’État palestinien, accusant les pays reconnaissants de saper la sécurité régionale. Le président américain Donald Trump a condamné cette vague de reconnaissances, alignant Washington sur Israël en affirmant qu’elle n’apportait rien à la création d’un État palestinien viable. Des politiciens israéliens ont qualifié la reconnaissance française de « récompense pour le Hamas », confirmant selon eux que Tel-Aviv étiquette collectivement les Palestiniens et refuse toute paix véritable.
En novembre 2025, Macron a annoncé lors d’une rencontre avec Mahmoud Abbas à Paris que la France aiderait à rédiger une constitution pour un futur État palestinien. Un comité mixte franco-palestinien sera établi pour aborder les aspects constitutionnels, institutionnels et organisationnels. Abbas a présenté un projet de constitution provisoire, accompagné de lois sur les élections et les partis politiques, et s’est engagé à un État démocratique, désarmé, fondé sur l’État de droit, la transparence et la rotation du pouvoir. Des élections présidentielles et parlementaires sont prévues une fois la guerre terminée.
Paris a également promis 100 millions d’euros d’aide humanitaire à Gaza pour 2025, visant à atténuer la crise persistante. Israël maintient que l’Autorité palestinienne ne peut jouer aucun rôle dans la gouvernance post-guerre de Gaza, malgré le soutien occidental. Cette divergence accentue les frictions, avec Israël percevant ces initiatives comme une ingérence contrecarrant ses objectifs sécuritaires.
Les implications à Gaza et l’isolement croissant d’Israël
La guerre à Gaza, entamée il y a plus de deux ans, a isolé Israël sur la scène internationale, avec des experts notant une fracture interne et une isolation accrue due à l’offensive prolongée. Israël a cité des succès militaires, comme le sauvetage de quatre otages en juin 2024 et l’élimination de hauts dirigeants du Hamas, mais les opérations continuent de tester les limites des accords régionaux.
La France, en votant le 20 novembre 2025 en faveur d’une résolution de l’ONU pour répondre aux besoins urgents à Gaza, soutient un élan politique pour mettre fin durablement au conflit. Cette position descriptive des faits immédiats met en évidence les défis persistants, avec des opérations militaires israéliennes continuant malgré les appels internationaux. Les tensions avec la France s’inscrivent dans une dynamique plus large où Tel-Aviv prépare son pays à une forme d’isolement, blâmant en partie les influences musulmanes en Europe.
Dans le Liban voisin, l’armée libanaise subit des pressions américaines et israéliennes sur le désarmement du Hezbollah, avec des annulations de réunions à Washington en novembre 2025 suite à des remarques critiques envers Israël. Le refus du Hezbollah de désarmer rend des négociations directes entre le Liban et Israël plus probables, selon des observateurs, mais sous une escalade d’airstrikes israéliens. La France cherche un rôle accru dans les transitions politiques au Moyen-Orient, mais les hostilités à Gaza et les opérations en Liban et Syrie tendent les relations israélo-françaises.
Ces développements récents, marqués par les frappes du 19 novembre et les préoccupations françaises exprimées le lendemain, soulignent les implications immédiates pour la stabilité régionale, avec des violations persistantes testant la viabilité des mécanismes multilatéraux et les efforts diplomatiques pour préserver un dialogue fragile au milieu des pressions sécuritaires.



