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La ministre libanaise des Affaires sociales réaffirme la souveraineté parlementaire sur les réserves d’or lors du sommet de Dubaï

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En marge du Sommet mondial des gouvernements tenu à Dubaï du 3 au 5 février 2026, Hanine Sayyed, ministre des Affaires sociales du Liban, a réitéré que toute décision concernant les réserves d’or de la Banque centrale relève exclusivement du Parlement libanais. Cette déclaration, faite lors d’une entrevue accordée à Annahar, intervient dans un contexte de pressions internationales sur l’économie libanaise, marquée par une crise persistante depuis 2019 et des efforts de réforme en cours. Le sommet, qui a réuni plus de 6 000 participants dont des chefs d’État, des ministres et des experts, a mis l’accent sur les réformes économiques et sociales, un thème que le Liban aborde avec une urgence accrue sous le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025.

La ministre Sayyed, experte en développement humain et protection sociale, a souligné l’importance des discussions au sommet sur les réformes financières et sociales. Elle a indiqué que le Liban suit une trajectoire similaire, illustrée par l’approbation récente en Conseil des ministres de la Loi sur l’Écart Financier. Cette mesure vise à assurer une justice sociale pour environ 85 % des déposants bancaires, en restituant des montants inférieurs à 100 000 dollars dans un délai court. « La Loi sur l’Écart Financier est une étape parmi plusieurs, afin que nous puissions finalement parvenir à un accord avec le FMI et la communauté internationale », a-t-elle déclaré, notant que le Fonds monétaire international (FMI) et les institutions de soutien attendent les dernières étapes requises de la part du Liban.

Sur la question sensible des réserves d’or, face à la hausse mondiale des prix de l’or et aux pressions extérieures, Sayyed a été ferme : « La question de l’or est une affaire souveraine non soumise aux pressions extérieures, et le peuple libanais décide à ce sujet par l’intermédiaire du Parlement, en fonction des besoins spécifiques du Liban. » Elle a conclu en insistant sur le fait que cette décision « relève du Parlement », rappelant ainsi la loi n° 42 de 1986 qui interdit toute liquidation sans autorisation législative. Cette position reflète les débats nationaux intenses autour de ces réserves, évaluées à environ 286,8 tonnes, soit une valeur de près de 45,6 milliards de dollars au prix actuel de l’or autour de 4 850 dollars l’once.

Les réformes au cœur des discussions internationales

Le Sommet mondial des gouvernements de 2026, sous le thème « Shaping Future Governments », a servi de plateforme pour le Liban afin de présenter ses avancées réformatrices. Le Premier ministre Nawaf Salam, présent à Dubaï, a exposé un plan de relance économique basé sur deux piliers indissociables : la souveraineté et la réforme. Il a appelé les États du Golfe à soutenir ces efforts, en soulignant le rôle de l’armée libanaise dans le rétablissement de l’autorité de l’État, un contrôle total exercé pour la première fois depuis 1969. Salam a également mis en avant les mesures concrètes prises par son gouvernement, telles que la création d’autorités de régulation pour des secteurs vitaux et l’amélioration de la situation sécuritaire, facteurs décisifs pour attirer les investissements.

Dans ce cadre, la participation de Hanine Sayyed s’inscrit dans une délégation libanaise plus large, incluant des ministres comme celui de l’Économie et du Commerce, Amer Bisat, qui a réaffirmé que le Liban est « assez riche en actifs » et n’a pas besoin de vendre ses réserves d’or pour rembourser les déposants. Ces déclarations font écho aux discussions avec le FMI, où le Liban cherche à finaliser un accord pour débloquer des fonds essentiels. La ministre des Affaires sociales a noté que le pays est « avancé dans cette matière » et espère des progrès dans les semaines à venir, malgré les demandes d’amendements du FMI à la Loi sur l’Écart Financier.

La crise économique libanaise, qui a éclaté en 2019, a entraîné une dépréciation de plus de 98 % de la livre libanaise et gelé les dépôts bancaires pour des millions de citoyens. Selon la Banque mondiale, le PIB réel a chuté de 40 % par rapport aux niveaux d’avant-crise, avec un taux de pauvreté monétaire passant de 25 % en 2019 à 44 % en 2022. Le gouvernement Salam, mandaté pour des réformes d’urgence, a priorisé la stabilisation macroéconomique, avec une croissance projetée à 4 % en 2026 si les efforts persistent.

La Loi sur l’Écart Financier en détail

Approuvée par le cabinet le 26 décembre 2025 avec un vote de 13 contre 9, la Loi sur l’Écart Financier représente un jalon dans la résolution de la crise bancaire. Elle reconnaît formellement un « écart financier » d’environ 80 milliards de dollars, résultant des emprunts gouvernementaux auprès de la Banque centrale et des risques excessifs pris par les banques commerciales. La loi vise à distribuer ces pertes de manière progressive, en protégeant les petits déposants.

Concrètement, elle garantit le remboursement intégral (hors intérêts) des dépôts jusqu’à 100 000 dollars dans un délai de quatre ans, couvrant 85 % des déposants. Pour les montants supérieurs, les fonds excédentaires sont convertis en instruments financiers remboursables sur 10, 15 ou 20 ans, selon la taille du dépôt. Cette approche diffère des propositions antérieures, qui étalaient les remboursements sur plus d’une décennie.

La loi intègre également l’option d’utiliser les réserves d’or comme garantie pour les remboursements, bien que cela reste subordonné à l’approbation parlementaire. Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a confirmé que le Parlement détient la décision finale sur tout emprunt contre ces réserves. Cette mesure est controversée, car elle brise un tabou historique : les réserves d’or, accumulées depuis les années 1970, sont vues comme un atout intouchable, représentant près de 130 % du PIB nominal de 35 milliards de dollars.

Le FMI a salué les avancées mais exigé des amendements au projet de loi, estimant qu’il ne peut l’endosser tel quel. Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, a discuté des perspectives économiques mondiales lors du sommet, soulignant les défis pour les pays en crise comme le Liban. Le gouvernement libanais a répondu en affirmant son engagement, avec des missions du FMI en septembre, juin et mars 2025 ayant évalué les progrès sans aboutir à un accord formel.

Les réserves d’or : un débat national exacerbé

Les réserves d’or du Liban, stockées principalement à la Banque du Liban (BDL) et confirmées par un audit indépendant en 2022, s’élèvent à 9,22 millions d’onces troy. Leur valeur a bondi de 13,98 milliards de dollars en 2019 à près de 50 milliards en 2025, grâce à la flambée des prix mondiaux. En décembre 2025, elles atteignaient 40,374 milliards de dollars, en hausse par rapport aux 38,403 milliards du mois précédent.

Des propositions récentes, comme celle du ministre de l’Industrie Joe Issa El-Khoury en janvier 2026, suggèrent de liquider 15 milliards de dollars pour émettre des obligations sans intérêt aux déposants excédant 100 000 dollars. Cela a suscité une colère publique, car les réserves sont protégées par loi et considérées comme propriété de la BDL, non de l’État. L’avocat Akram Azouri a rappelé que l’État ne peut agir sans cadre législatif, soulignant les craintes de dilapidation.

Le débat s’intensifie avec les suggestions du FMI de forcer la BDL à liquider une partie des réserves pour compenser les dettes de l’État, estimées à 16,5 milliards de dollars. Cependant, l’article 113 du Code de la monnaie et du crédit oblige l’État à combler tout déficit à la BDL, totalisant potentiellement 31,4 milliards. Des analystes comme Ishac Diwan estiment que même 1 % des réserves pourrait générer 350 millions de dollars pour les remboursements.

Vers une stabilisation macroéconomique

Le gouvernement Salam, composé de figures comme Tarek Mitri au poste de vice-Premier ministre, met l’accent sur la désarmement des groupes non étatiques et le renforcement de l’armée, conformément à la résolution 1701 de l’ONU. En janvier 2026, l’armée libanaise a annoncé des progrès avancés dans le confinement des armes au sud du Litani, bien que Israël juge ces efforts insuffisants.

Sur le plan social, Hanine Sayyed supervise un plan pour lutter contre la pauvreté, particulièrement au sud du Liban dévasté par le conflit avec Israël en 2024-2025. Elle a rencontré le nouveau Haut-Commissaire aux réfugiés pour discuter du retour des réfugiés syriens, avec des incitations financières. Le taux de pauvreté multidimensionnelle touche près de 75 % de la population, selon la Banque mondiale.

Les actifs étrangers de la BDL ont augmenté de 10 milliards de dollars en un an, atteignant 41,7 milliards en juin 2025, grâce à la hausse de l’or et aux flux de capitaux. Cela pourrait faciliter les remboursements, mais le FMI insiste sur des réformes structurelles, y compris la restructuration de la dette publique et la réforme des entreprises d’État.

Les implications immédiates des déclarations de Sayyed

Au sommet de Dubaï, la ministre a insisté sur la souveraineté libanaise face aux pressions extérieures, un message relayé par le secrétaire général du CCG lors d’une rencontre avec Salam. Le Liban cherche à restaurer les liens avec les pays du Golfe, rompus pendant la crise, pour attirer des investissements. Des panels ont inclus des ministres libanais aux côtés de homologues finlandais et pakistanais, discutant de stabilité économique.

En février 2026, le Parlement examine la Loi sur l’Écart Financier, avec des amendements possibles. Le ministre de l’Économie Bisat a déclaré que les déposants recevront leurs fonds « au fil du temps » dans le cadre d’une refonte du système financier. Les sanctions américaines contre des réseaux iraniens finançant le Hezbollah, totalisant plus d’un milliard de dollars en 2025, compliquent la stabilisation.

Le débat sur les réserves d’or persiste, avec des propositions comme celle de l’Institut de finance internationale pour une vente partielle, mais le gouvernement maintient que toute action requiert un consensus législatif. Les actifs non aurifères ont aussi progressé, signalant une reprise fragile. Les discussions avec le FMI se poursuivent, avec une mission technique en décembre 2025 sur la transformation numérique des impôts. Ces éléments soulignent les défis immédiats pour le Liban, où la réforme sociale et financière reste prioritaire face à une dette publique estimée à 80 milliards de dollars et une confiance érodée dans les institutions.

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Newsdesk Libnanews
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