samedi, février 7, 2026

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Le président Aoun s’entretient avec l’ambassadeur Issa sur les résultats de la visite de Haykal à Washington

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Le président libanais Joseph Aoun a reçu, vendredi au palais de Baabda, l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa. Au cœur de cette rencontre, les récents développements régionaux et les retombées de la visite du commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal, à Washington. Selon un communiqué de la présidence, les discussions ont porté sur les préparatifs de la conférence internationale de soutien à l’armée libanaise et aux Forces de sécurité intérieure, prévue le 5 mars à Paris, avec la participation des États-Unis. Une réunion préparatoire précédera cet événement pour coordonner les positions, d’autant plus que la présence du président Aoun aux côtés du président français Emmanuel Macron confère à cette conférence une importance particulière.

Cette entrevue, programmée de longue date, n’a pas été précipitée par les récents échanges tendus entre le général Haykal et le sénateur républicain Lindsey Graham lors de la visite à Washington, comme l’a rapporté la chaîne Al-Arabiya. Le général Haykal, qui rentrera à Beyrouth dans les prochaines heures en provenance de Washington, se rendra à Baabda dans les 48 heures pour informer le président Aoun des résultats de ses entretiens avec les responsables américains. Les discussions ont également abordé les évolutions régionales, notamment la réunion entre l’Iran et les États-Unis à Mascate.

Un échange au palais de Baabda au cœur des enjeux sécuritaires

L’entretien entre le président Aoun et l’ambassadeur Issa s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes au Liban-Sud, où l’armée libanaise joue un rôle pivotal dans l’application de la résolution 1701 des Nations unies. Adoptée en 2006, cette résolution vise à établir une zone démilitarisée entre la Ligne bleue et le fleuve Litani, en renforçant la présence des Forces armées libanaises (FAL) et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Le président Aoun, ancien commandant en chef des FAL de 2017 à 2025, a toujours insisté sur le renforcement des capacités militaires de l’État pour affirmer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire.

Lors de la rencontre, les deux parties ont examiné les implications des récents incidents frontaliers. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu en novembre 2024, Israël a mené plus de 50 raids aériens sur le territoire libanais en janvier 2026 seul, marquant le niveau le plus élevé d’attaques depuis la trêve. Parmi ces opérations, des pulvérisations de substances chimiques inconnues sur des villages du Sud, qualifiées par le président Aoun de « crime environnemental et sanitaire contre les citoyens libanais et leur terre », selon l’Agence nationale d’information. Ces actes, dénoncés comme une violation de la souveraineté libanaise, ont provoqué des hospitalisations pour des problèmes respiratoires et des irritations cutanées dans des localités comme Ain Qana et Kfar Tebnit.

L’ambassadeur Issa, qui a présenté ses lettres de créance en novembre 2025, incarne la continuité de l’engagement américain envers le Liban. Nommé par le président Donald Trump en mars 2025 et confirmé par le Sénat en octobre, Issa, originaire du Liban et ancien dirigeant d’entreprise aux États-Unis, met l’accent sur le soutien militaire et la stabilité régionale. Ses discussions avec Aoun ont souligné l’importance de coordonner les efforts pour contrer les influences extérieures, notamment iraniennes, qui pèsent sur la sécurité libanaise.

La visite du général Haykal à Washington : entre soutiens et controverses

Le général Rodolphe Haykal, nommé commandant en chef des FAL le 13 mars 2025, a effectué une visite officielle à Washington du 2 au 5 février 2026, à l’invitation du chef d’état-major interarmées américain, le général Dan Caine. Cette mission, la première depuis sa prise de fonction, visait à consolider les liens militaires bilatéraux et à sécuriser un soutien accru pour les FAL, confrontées à des défis budgétaires et opérationnels dans un pays en proie à une crise économique persistante.

Au cours de son séjour, Haykal a rencontré des hauts responsables du Pentagone, du Conseil de sécurité nationale, de la CIA et du commandement central américain (Centcom), dont l’amiral Brad Cooper. Les échanges ont porté sur le renforcement des capacités des FAL, la coopération en matière de renseignement et la mise en œuvre du plan de désarmement des milices non étatiques, en ligne avec les engagements du gouvernement libanais. Haykal a réaffirmé la priorité de l’armée pour la sécurité intérieure et son engagement à établir un contrôle étatique sur toutes les armes au Liban, y compris celles détenues par le Hezbollah.

Cependant, la visite a été marquée par une controverse avec le sénateur Lindsey Graham, un allié proche du président Trump et fervent défenseur des intérêts israéliens. Lors d’une brève rencontre au Capitole, Graham a interrogé Haykal sur la qualification du Hezbollah comme organisation terroriste. Le général a répondu : « Non, pas dans le contexte libanais », soulignant la complexité politique interne où le Hezbollah est un acteur parlementaire et social intégré. Graham a abruptement mis fin à l’entretien, déclarant sur X : « Tant que cette attitude persiste au sein des Forces armées libanaises, je ne pense pas que nous ayons un partenaire fiable en elles. Je suis fatigué des doubles discours au Moyen-Orient. Trop d’enjeux sont en jeu. » Cette prise de position reflète les pressions américaines pour un alignement plus ferme contre le Hezbollah, désigné comme organisation terroriste par Washington depuis 1997.

Malgré cet incident, les discussions globales ont été positives. Haykal a insisté sur le rôle neutre des FAL dans la préservation de la paix civile, évitant toute confrontation interne qui pourrait plonger le Liban dans une guerre civile. Les États-Unis, principal donateur militaire avec plus de 3 milliards de dollars d’aide depuis 2006, ont réaffirmé leur engagement, conditionné toutefois à des avancées dans le désarmement et la réforme sécuritaire.

Les préparatifs pour la conférence de Paris : un enjeu crucial pour les forces libanaises

La conférence de soutien à l’armée libanaise et aux Forces de sécurité intérieure, prévue le 5 mars 2026 à Paris, représente un tournant potentiel pour les institutions sécuritaires du Liban. Coprésidée par Emmanuel Macron et Joseph Aoun, elle réunira une cinquantaine de pays et une dizaine d’organisations internationales et régionales. Paris a demandé à l’armée libanaise de mettre à jour ses besoins en armes, équipements et financements pour les années à venir, afin de permettre aux participants de formuler des engagements concrets.

Cette initiative s’inspire des conférences précédentes, comme celle de Rome en 2014 ou de Paris en 2018 et 2021, qui ont mobilisé des fonds pour moderniser les FAL. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, en visite à Beyrouth cette semaine, a déclaré que l’armée libanaise doit recevoir les moyens nécessaires pour poursuivre le désarmement du Hezbollah et remplacer la Finul à l’expiration de son mandat. « Le premier pas pour remplir cette mission est de donner aux Forces armées libanaises les moyens de continuer le travail de désarmement du Hezbollah », a-t-il affirmé lors d’un entretien avec l’AFP.

Le gouvernement libanais, dirigé par le premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, a lancé la première phase d’un plan de désarmement couvrant la zone entre le Litani et la frontière israélienne. Cette étape, achevée récemment, vise à établir un contrôle étatique exclusif sur les armes dans cette région sensible. La seconde phase, dont le plan doit être présenté avant la conférence, étendra ces efforts au reste du pays. L’ONU, par la voix de son secrétaire général António Guterres, a salué ces avancées, soulignant que « le renforcement des institutions étatiques est essentiel pour la stabilité du Liban ».

Les développements régionaux : les pourparlers irano-américains à Mascate

Les discussions entre Aoun et Issa ont également porté sur les évolutions régionales, en particulier les pourparlers indirects entre l’Iran et les États-Unis tenus le 6 février 2026 à Mascate, en Oman. Menés par le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi et l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, avec la participation de l’amiral Brad Cooper du Centcom, ces échanges visaient à établir un cadre pour de futures négociations sur le programme nucléaire iranien.

Araghchi a qualifié les discussions de « bon début », notant une atmosphère positive malgré l’absence d’accord sur les généralités. Les pourparlers, les premiers depuis les frappes américaines sur des sites nucléaires iraniens en juin 2025, ont été médiatisés par l’Oman, pays traditionnellement neutre. Le ministère omanais des Affaires étrangères a indiqué que les débats se sont concentrés sur la création de conditions propices à la reprise des négociations diplomatiques et techniques, avec un engagement mutuel des parties.

Pour le Liban, ces pourparlers ont des implications directes, le Hezbollah étant soutenu par Téhéran. Une désescalade irano-américaine pourrait réduire les tensions au Liban-Sud, où les violations israéliennes persistent. Le porte-parole du département d’État américain, Matthew Miller, a déclaré que « toute avancée sur le nucléaire iranien doit inclure des garanties contre le soutien aux groupes armés régionaux », une référence implicite au Hezbollah.

La situation sécuritaire au Liban : défis persistants et rôle des FAL

Au-delà des discussions diplomatiques, le Liban fait face à une situation sécuritaire précaire. L’armée libanaise, avec ses 80 000 hommes, est déployée au Sud pour appliquer la résolution 1701, mais souffre d’un manque de ressources. Le budget militaire, amputé par la crise économique depuis 2019, ne couvre que 40 % des besoins opérationnels. Les salaires des soldats, érodés par l’inflation, ont chuté à moins de 100 dollars par mois, provoquant des désertions et une baisse de moral.

Les FAL jouent un rôle clé dans la stabilité interne, intervenant dans les zones de tension confessionnelle comme Tripoli ou le Chouf. Le commandant Haykal, ancien directeur des opérations, a priorisé la modernisation des unités, avec un focus sur les drones et les systèmes de surveillance frontalière. L’aide américaine, incluant des véhicules blindés et des hélicoptères, a permis de maintenir une capacité minimale, mais des réformes structurelles sont urgentes.

Les relations libano-américaines : un partenariat stratégique sous tension

Les liens entre Beyrouth et Washington remontent à l’indépendance du Liban en 1943, mais se sont intensifiés depuis 2005 avec le retrait syrien. Les États-Unis ont investi dans la formation des FAL, voyant en elles un contrepoids au Hezbollah. En 2025, l’aide militaire a atteint 200 millions de dollars, axée sur la lutte antiterroriste et la sécurité frontalière.

Cependant, des divergences persistent. Washington conditionne son soutien à un désarmement effectif du Hezbollah, conformément à la résolution 1559 de l’ONU de 2004, qui appelle au démantèlement de toutes les milices. Le président Aoun, dans son discours inaugural en janvier 2025, a promis de ramener les armes sous contrôle étatique, déclarant : « L’élection d’aujourd’hui est la plus grande médaille que je puisse recevoir. » Nawaf Salam, premier ministre, a formé un gouvernement opposé par le Hezbollah mais soutenu par une coalition large, incluant des alliés chrétiens et sunnites.

Perspectives immédiates : le briefing de Haykal et les défis à venir

Le retour imminent du général Haykal à Beyrouth marque une étape cruciale. Son briefing au président Aoun portera sur les engagements américains potentiels et les conditions posées, notamment sur le Hezbollah. Alors que les élections parlementaires de mai 2026 approchent, le paysage politique libanais pourrait évoluer, avec un possible affaiblissement des blocs alignés sur le Hezbollah.

Dans ce contexte, les incidents frontaliers se multiplient. Le 2 février 2026, des raids israéliens ont visé Kfar Tebnit et Ain Qana, après des ordres d’évacuation. L’armée libanaise a renforcé ses positions, coordonnant avec la Finul pour éviter l’escalade. Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a appelé à « une mise en œuvre complète de la résolution 1701 pour préserver la paix ».

Les implications immédiates de ces développements incluent une surveillance accrue des frontières syrienne et israélienne, où des flux de réfugiés et des trafics d’armes persistent. Le gouvernement Salam, confronté à une dette publique de 100 milliards de dollars et une inflation à deux chiffres, priorise la reconstruction des zones dévastées par la guerre de 2023-2024 avec Israël. Des rapports de la Banque mondiale estiment les dommages à 20 milliards de dollars, nécessitant une aide internationale conditionnée à des réformes.

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