mardi, février 24, 2026

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Les rapports de l’armée : ce qu’ils contiennent et comment ils cadrent la décision politique

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Un « rapport final » au cœur de la séance du 8 janvier

Le 8 janvier 2026, le Conseil des ministres attend un document qui ne ressemble pas à une note ordinaire. Il est présenté comme un « rapport final ». Il porte sur la première étape d’un plan lié à l’exclusivité des armes au sud du Litani. Dans le même récit, il est aussi décrit comme le « quatrième rapport » produit sur ce même dossier. Cette double appellation fixe d’emblée le cadre. Ce n’est pas une photographie isolée. C’est une séquence suivie, contrôlée, et politiquement chargée.

La séance n’est pas seulement technique. Elle est devenue un rendez-vous de clarification. La question n’est plus de savoir si l’État veut avancer. La question est de savoir comment il avance. Et à quel rythme. Le rapport doit donc répondre à deux exigences qui tirent en sens inverse. Il doit être assez ferme pour soutenir une décision. Il doit être assez prudent pour ne pas promettre l’impossible.

Le document arrive au pire moment. La tension au Sud n’a pas disparu. Les incidents restent possibles. Le débat interne est déjà polarisé. Et la pression sur le gouvernement est ouverte. Dans ce contexte, chaque phrase du rapport devient un levier. Elle peut accélérer une décision. Elle peut aussi servir de frein, si elle met en avant des obstacles.

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Ce qui s’est joué avant la séance : préparation, réunions, et discipline du silence

Dans les jours qui précèdent la séance, des échanges préparatoires sont rapportés autour du chef du gouvernement Nawaf Salam, du ministre de la Défense Michel Menassa, et de la conduite de l’armée. L’objectif implicite est simple. Éviter qu’une séance éclate sur un point de vocabulaire. Éviter aussi qu’un débat public se substitue à la décision collective.

Cette préparation se lit dans un autre détail. Les informations les plus sensibles circulent difficilement avant la réunion. Le climat est celui d’une retenue assumée. Le mot qui revient est celui d’une difficulté à obtenir des éléments « décisifs » avant que la table gouvernementale ne se réunisse. Cette discipline n’est pas une coquetterie. Elle vise à empêcher que des acteurs internes se positionnent à partir de fuites partielles.

Un autre événement pèse sur l’arrière-plan. Une réunion du « mécanisme » de suivi se tient à Ras el-Naqoura. Elle se déroule dans un format décrit comme « sans civils ». La présence est strictement militaire. La scène est dominée par l’armée libanaise, l’armée israélienne, des officiers étrangers, et la FINUL. Ce format réduit renforce une lecture. Le dossier est traité comme un dossier d’exécution, pas comme un débat public.

Cette réunion n’est pas neutre. Elle est présentée comme une évaluation du mois écoulé. Elle s’appuie sur le même cycle de rapports. Elle examine ce qui a été réalisé au sud du Litani. Elle aborde aussi ce que l’armée demande pour la suite. Les mots rapportés sont concrets. « Moyens », « capacités », « coordination ». Le même récit insiste sur un objectif précis. Réduire les violations. Et éviter le ciblage de bâtiments civils « soupçonnés » d’abriter des armes. Ce point donne une idée du niveau de tension. Il montre que le rapport de l’armée n’est pas seulement un bilan. Il s’inscrit dans un système de contrôle et de prévention.

La phase 1 au sud du Litani : le contenu attendu, au-delà des formules

Le premier bloc du rapport doit établir un bilan opérationnel. Il doit dire ce qui a été fait. Il doit dire où cela a été fait. Il doit aussi expliquer ce qui a limité l’action. Cette structure est attendue parce que la phase 1 ne se résume pas à une intention. Elle se mesure au terrain.

Dans le débat, une hypothèse est évoquée. Si le rapport confirme que l’exclusivité des armes est réalisée au sud du Litani, alors l’exécutif est censé assumer la suite. Ce lien est central. Il transforme un bilan en déclencheur. La phase 1 devient une marche qui oblige à monter sur la suivante.

Mais le rapport est aussi attendu sur les obstacles. Un élément revient avec insistance. « Cinq points » au Sud seraient encore occupés. Cette donnée pèse sur la notion même d’achèvement. Un déploiement peut être étendu. Il peut être renforcé. Mais il ne peut pas être décrit comme complet « jusqu’à la frontière » si des points restent hors contrôle. Le rapport doit donc distinguer ce qui dépend du Liban et ce qui ne dépend pas de lui.

Le rapport doit aussi intégrer l’effet des violations et des attaques. Le sujet n’est pas seulement la présence. Il est aussi la capacité de maintenir un dispositif stable dans une zone sous pression. Un bilan crédible doit expliquer ce que ces événements empêchent. Il doit aussi dire ce qu’ils n’empêchent pas. Sinon, le pays retombe dans une lecture binaire. Soit tout marche. Soit rien ne marche. Le rapport est attendu précisément pour sortir de cette caricature.

Enfin, la phase 1 n’est pas seulement un déploiement. Elle a une dimension de contrôle. Elle touche la collecte d’armes illégales. Elle touche le repérage de stockages. Elle touche les procédures de sécurisation. Le rapport est censé donner des niveaux. Pas seulement des slogans. Ce niveau de détail sert de protection politique. Il rend plus difficile la surenchère.

Fin de la phase 1 ou phase 1 prolongée : le piège d’un seul mot

Le cœur de la bataille se joue souvent sur un mot. Dire « fin ». Ou ne pas le dire. Le commandement est décrit comme réticent à proclamer une fin nette. La raison avancée tient à la combinaison de deux facteurs. Les « cinq points » encore occupés. Et la continuité des attaques.

Si l’armée déclare une fin complète, elle ouvre un effet domino. Le gouvernement doit enclencher la phase 2. Il doit annoncer un passage clair. Il devra aussi répondre à une question immédiate. Si c’est fini au Sud, pourquoi ne pas étendre tout de suite au Nord. Ce scénario donne de la clarté. Il donne aussi une cible aux critiques, car il impose un calendrier implicite.

Si l’armée refuse d’employer le mot « fin », le gouvernement obtient une marge de manœuvre. Il peut justifier une progression graduelle. Il peut aussi lier la suite à des conditions. Mais cette marge a un coût. Elle peut être présentée comme un « prétexte ». Le mot circule. « Sans prétextes. » Cette formule vise à empêcher l’argument du terrain. Elle pousse vers une décision politique plus tranchée.

Le rapport est donc attendu comme une sortie équilibrée. Une formule qui valide l’essentiel de ce qui a été fait. Une formule qui reconnaît aussi ce qui reste empêché. Et une formule qui permet de passer à la suite sans transformer l’armée en promesse politique.

La phase 2 au nord du Litani : une extension qui change d’échelle

Le second bloc du rapport concerne la suite. La phase 2 est présentée comme un déplacement au nord du Litani. Un périmètre revient souvent dans les récits. La zone entre le Litani et l’Awali. Cette précision géographique n’est pas accessoire. Elle montre que la phase 2 n’est pas un saut abstrait. Elle est pensée comme une extension graduelle.

Le rapport doit donc proposer une méthode. Il doit répondre à une contrainte simple. L’armée ne peut pas tout faire au même niveau, partout, en même temps. Elle doit tenir le Sud. Et elle doit ouvrir le Nord. Une extension mal calibrée peut fragiliser la posture au Sud. Une extension trop lente peut alimenter l’idée d’un blocage.

La phase 2 change aussi de nature. Elle touche des zones plus denses. Elle touche des équilibres locaux plus sensibles. Elle touche aussi des axes de circulation. Le rapport est attendu sur ce point. Il doit expliquer pourquoi une extension au Nord n’est pas une copie de la phase 1. Les risques ne sont pas identiques. Les contraintes non plus.

Le rapport doit également clarifier le niveau de préparation. Que peut-on faire immédiatement. Que faut-il préparer. Quels effectifs sont nécessaires. Quelle logistique. Quelles priorités. Ce sont ces réponses qui permettent au gouvernement de décider sans improviser.

Les échéances : ce qui est demandé en Conseil, et ce que l’armée refuse de promettre

La question des délais est décrite comme le point le plus explosif. Une partie des ministres est présentée comme voulant des « échéances ». L’objectif est de verrouiller la décision. Et d’éviter une phase 2 annoncée sans calendrier. La logique est politique. Une date oblige. Une date protège contre l’étirement.

En face, un autre courant refuse une discussion enfermée dans les délais. Il rejette ce qui est décrit comme une logique d’injonction. Il veut lier le dossier à la protection du pays. Et à une stratégie de sécurité nationale. Cette position transforme la séance en débat de souveraineté. Elle refuse que la question des armes soit traitée comme une simple liste d’étapes.

Dans ce duel, la position du commandement est présentée comme prudente. Le chef de l’armée serait prêt à présenter son diagnostic. Il serait prêt à recommander une méthode. Mais il refuserait de fixer des dates. La formule qui revient est parlante. « Mettre la balle dans le camp du gouvernement. » Cela signifie que l’armée décrit ce qui est faisable. Puis elle laisse le politique assumer le choix.

Ce refus de dates n’est pas seulement une précaution. Il répond à un risque structurel. Une échéance devient une promesse. Une promesse peut être brisée par une escalade. Elle peut aussi être rendue impossible par un blocage sur le terrain. Le commandement cherche donc à éviter une promesse qu’il ne contrôle pas.

Une issue est décrite comme possible. Passer à la phase 2 « sans délai ». Mais annoncer des étapes conditionnelles. Un jalon plutôt qu’une date. Une progression plutôt qu’un ultimatum. Cette formule cherche à concilier deux besoins. Donner une preuve de décision. Et éviter le piège d’un calendrier rigide.

Ce qui s’est passé le même jour : mécanisme, tensions, et lecture de « messages »

Le rapport de l’armée ne tombe pas dans un vide. La même journée est décrite comme marquée par une montée des signaux négatifs sur le terrain. Les frappes nourrissent une lecture de « messages ». Cette lecture n’est pas seulement médiatique. Elle modifie l’ambiance de la séance. Un message, dans la culture politique libanaise, est rarement lu comme une coïncidence.

Dans ce contexte, la pression sur les échéances devient plus forte. Certains estiment qu’il faut avancer vite pour réduire le risque d’une guerre plus large. D’autres estiment qu’avancer sous menace revient à avaliser la coercition. Le rapport de l’armée devient alors un bouclier. Il permet de dire que la décision repose sur un diagnostic. Pas sur la peur. Pas sur la surenchère.

La réunion « sans civils » à Naqoura ajoute une couche. Elle renforce l’idée que la décision se joue dans un cadre dominé par l’opérationnel. Cela peut rassurer. Cela peut aussi inquiéter. Car un dossier qui touche des civils, des retours, et de la reconstruction, ne peut pas rester uniquement militaire. Le rapport, dans ce cadre, doit aussi donner un espace au politique. Il doit permettre aux ministres de décider sans donner l’impression d’être simplement notifiés.

Le verrou des cinq points : pourquoi toute échéance devient fragile

Les « cinq points » occupés pèsent sur tout. Ils pèsent sur la notion de fin de phase 1. Ils pèsent sur la faisabilité de la phase 2. Et ils pèsent sur la possibilité même d’annoncer des échéances.

Car une échéance suppose un contrôle. Or, si une partie de la frontière reste hors contrôle, l’État annonce un calendrier sur un terrain partiellement verrouillé par un acteur extérieur. C’est là que le rapport doit être précis. Il doit expliquer cette dépendance. Il doit dire ce que l’armée peut achever seule. Et ce qu’elle ne peut pas achever sans changement de conditions.

Dans les scénarios discutés, deux options reviennent. Accorder du temps à la phase 1 pour consolider. Ou basculer vers la phase 2 sans délai chiffré, mais en liant l’achèvement à des conditions. Le rapport doit aider le gouvernement à choisir entre ces deux options. Il doit aussi fournir une justification opérationnelle à la décision retenue.

Les lignes opposées dans le gouvernement : mandat, refus des injonctions, et bataille du récit

La séance est décrite comme un lieu d’affrontement entre deux logiques. Une logique veut un mandat clair et rapide. Elle veut un passage à la phase 2 « sans prétextes ». Elle veut des échéances. Elle cherche à produire un signal fort.

L’autre logique rejette la méthode. Elle refuse que la question des armes soit traitée comme un dossier administratif. Elle veut parler de protection. Elle veut parler de stratégie nationale. Et elle refuse que l’État paraisse répondre à des demandes imposées de l’extérieur.

Le rapport de l’armée est placé au centre de cette opposition. Il est la seule pièce capable de relier le débat à des contraintes concrètes. Il peut réduire l’espace des accusations. Il peut aussi limiter la surenchère. Mais il ne peut pas supprimer le clivage. Il peut seulement le rendre gérable. En donnant des niveaux. En donnant des priorités. En donnant des limites.

Ce que le rapport force à trancher en séance : trois décisions concrètes

Le premier point à trancher est le statut de la phase 1. Est-elle décrite comme achevée dans son essence. Ou décrite comme incomplète à cause des obstacles. Le choix de ce vocabulaire conditionne tout le reste.

Le deuxième point est le périmètre de la phase 2. Nord du Litani d’abord. Puis Litani-Awali. Ou un autre séquencement. Sans périmètre clair, il n’y a pas de suivi possible. Et il n’y a pas de preuve d’exécution.

Le troisième point est la question des échéances. Date fixe ou jalons conditionnels. Une date fixe peut donner de la clarté. Elle peut aussi devenir un piège. Des jalons conditionnels peuvent être plus réalistes. Ils peuvent aussi être attaqués comme du flou.

Le rapport de l’armée est attendu pour rendre ces choix possibles. Il ne décide pas à la place du gouvernement. Mais il encadre le champ du possible. Il permet aussi de protéger l’institution militaire contre une promesse politique qu’elle ne maîtrise pas, alors que le Sud reste une zone où un incident peut tout renverser.

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