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Liban : Le Drian face à un cessez-le-feu au bord du gouffre

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En ce 1er septembre 2025, le Liban, englué dans une crise sans fin, attire à nouveau l’attention des chancelleries internationales. Le cessez-le-feu signé en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, déjà fragile, menace de s’effondrer sous le poids des violations et des tensions. Dans ce contexte brûlant, l’envoyé spécial français Jean-Yves Le Drian s’apprête à revenir à Beyrouth, porteur d’une mission confiée par Emmanuel Macron : préparer deux conférences, l’une pour reconstruire un pays dévasté, l’autre pour renforcer son armée, tout en discutant des derniers soubresauts avec les dirigeants libanais. Pendant ce temps, les États-Unis maintiennent une pression intense sur Beyrouth pour qu’elle désarme le Hezbollah, qui, lui, rejette ces injonctions avec véhémence.

Le Liban vit dans l’ombre d’un conflit qui a éclaté en octobre 2023, en écho à la guerre à Gaza. Les échanges de tirs entre le Hezbollah et l’armée israélienne ont dégénéré, laissant derrière eux des milliers de déplacés, des villages en ruines et une économie exsangue. Le cessez-le-feu de novembre 2024, fruit d’une médiation franco-américaine, s’appuie sur la résolution 1701 de l’ONU, qui impose le désarmement des groupes armés au sud du fleuve Litani et le déploiement exclusif de l’armée libanaise. Mais, près d’un an plus tard, ce fragile équilibre est mis à rude épreuve par des violations répétées et des divergences politiques qui paralysent le pays.

Une trêve menacée par les frappes israéliennes

Rien ne semble apaiser les tensions au sud du Liban. Le 31 août 2025, l’armée israélienne a lancé des frappes aériennes sur des positions présumées du Hezbollah, d’après l’agence de presse nationale libanaise. Ces raids, qui n’ont pas fait de victimes immédiates, ont ravivé l’angoisse d’une nouvelle escalade. Ils surviennent alors que Beyrouth devait soumettre un plan clair pour désarmer le Hezbollah avant la fin du mois. Pour Israël, tout retrait progressif de ses troupes reste conditionné à des gestes concrets de la part du gouvernement libanais.

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Face à cette pression, le Hezbollah, soutenu par l’Iran, campe sur ses positions. Le 25 août, son chef adjoint, Naim Qassem, a martelé dans un discours : « Nous ne renoncerons pas aux armes qui nous protègent. » Ce refus catégorique entre en collision avec la décision prise début août par le gouvernement libanais, sous l’impulsion des États-Unis, de désarmer le Hezbollah et les autres milices d’ici la fin de l’année. Cette mesure, dictée par la crainte d’une reprise des hostilités israéliennes, a conduit à reporter une réunion cruciale du cabinet au 5 septembre, faute d’accord entre les factions politiques.

Un rapport d’Amnesty International, publié le 26 août, jette une lumière crue sur les destructions dans le sud du Liban. Il accuse les frappes israéliennes d’avoir rasé des infrastructures civiles, y compris des villages entiers, certaines actions étant qualifiées de possibles crimes de guerre. Bien qu’Israël rejette ces allégations, elles nourrissent le discours du Hezbollah, qui se présente comme le bouclier du Liban face à un ennemi extérieur.

Les États-Unis en première ligne

Washington ne relâche pas son emprise sur le dossier libanais. Thomas Barrack, envoyé spécial pour la Syrie et le Liban, accompagné de Morgan Ortagus, sillonne la région pour maintenir la pression. Le 26 août, lors d’une conférence de presse à Beyrouth, Barrack a insisté sur l’urgence d’un plan crédible pour désarmer le Hezbollah, promettant en échange un soutien économique, notamment via des investissements saoudiens et qataris dans une zone économique spéciale.

Mais les promesses américaines peinent à convaincre. Nabih Berri, président du Parlement et allié du Hezbollah, n’a pas caché sa frustration dans une interview accordée à Asharq al-Awsat le 28 août. « Les émissaires américains n’ont rien apporté d’Israël et sont venus avec quelque chose de contraire à ce qu’ils nous avaient promis », a-t-il déploré, ajoutant que « les choses sont une fois de plus devenues compliquées ». Le journal al-Liwaa note que les contacts libano-américains se poursuivent, mais à un rythme moins soutenu, signe d’un possible enlisement.

Morgan Ortagus, de son côté, a maintenu la ligne dure le 27 août : « Israël est prêt à procéder étape par étape, cela pourrait être de petites étapes… mais ils sont prêts à avancer étape par étape avec ce gouvernement. » Barrack a renchéri, affirmant que des mesures concrètes de Beyrouth entraîneraient une « contre-proposition » israélienne sur le retrait des troupes et les arrangements sécuritaires. Ces déclarations font écho à l’offre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui, le 25 août, a évoqué un retrait progressif des forces israéliennes si le Liban met en œuvre son plan de désarmement.

La pression américaine s’inscrit dans un contexte où Israël poursuit des attaques ciblées au Liban, invoquant la présence d’armes du Hezbollah au sud du Litani. Sous la menace d’une escalade militaire, le gouvernement libanais a adopté sa décision de désarmement, mais le Hezbollah l’a balayée d’un revers de main, affirmant qu’il la considérerait comme « inexistante ». Cette fracture met en lumière les divisions profondes au sein de la classe politique libanaise.

La France à la rescousse avec Le Drian

Dans ce climat explosif, la France tente de jouer les médiateurs. Jean-Yves Le Drian, émissaire spécial d’Emmanuel Macron, s’apprête à revenir à Beyrouth, a annoncé l’ambassadeur Hervé Magro lors d’une rencontre avec le président Joseph Aoun le 1er septembre 2025. Sa mission : discuter des derniers développements et poser les jalons de deux conférences, l’une pour reconstruire le Liban, l’autre pour renforcer son armée, clé de voûte d’un contrôle étatique au sud.

Ce retour intervient après la décision historique du gouvernement libanais de désarmer le Hezbollah et les milices d’ici fin 2025. Le Drian, déjà présent à Beyrouth en janvier 2025 pour soutenir la médiation, cherchera à rallier les partenaires internationaux. La France, qui a co-parrainé le cessez-le-feu de novembre 2024, martèle l’importance de la résolution 1701. En juin 2025, Le Drian avait pressé les factions libanaises d’élire un président – le pays est orphelin de chef d’État depuis octobre 2022 – et de former un gouvernement capable de juguler la crise.

Les conférences en préparation répondent à une urgence criante. L’économie libanaise, minée par l’inflation, les pénuries d’électricité et un système bancaire en ruines, est à genoux. La reconstruction du sud, où des milliers de maisons ont été détruites, exigera des milliards de dollars. La France a promis 15 millions d’euros pour les écoles en juillet 2020, mais les besoins actuels sont colossaux. Renforcer l’armée libanaise, avec des équipements et des formations, vise à lui permettre de supplanter le Hezbollah dans la zone frontalière.

Le Hezbollah défie le pouvoir

Les obstacles internes compliquent la donne. L’armée libanaise, dirigée par le général Joseph Aoun, a annoncé des « missions sensibles » pour appliquer le plan de désarmement. Mais le Hezbollah, avec un arsenal estimé à 150 000 roquettes, contrôle de vastes zones au sud. Fondé en 1982 pour contrer l’occupation israélienne, le mouvement se pose en gardien de la souveraineté libanaise.

La réunion du cabinet, prévue le 5 septembre 2025 pour examiner ce plan, a été reportée face à l’opposition du Hezbollah et de ses alliés. Le ministre de la Défense, proche du mouvement, a émis des réserves, réclamant des garanties israéliennes. Nabih Berri, critiquant les propositions américaines, a accusé Washington de partialité, pointant les violations israéliennes du cessez-le-feu. Morgan Ortagus a répliqué en qualifiant le Hezbollah de « force terroriste », attisant les tensions.

Israël, de son côté, maintient une zone tampon à la frontière, refusant un retrait complet sans désarmement vérifiable. Le 25 août, Netanyahu a réaffirmé qu’un retrait progressif était envisageable si Beyrouth agissait. Pourtant, des sources militaires israéliennes signalent que des troupes restent déployées dans des zones peuplées du sud, en contradiction avec l’extension du cessez-le-feu jusqu’au 18 février 2025, soutenue par Washington.

Un nœud régional sous haute tension

Le retour de Le Drian pourrait ouvrir une brèche pour des avancées. La coordination franco-américaine est cruciale : Washington pousse pour le désarmement, tandis que Paris mise sur la reconstruction et le renforcement institutionnel. En juillet 2025, une réunion du Conseil de sécurité a relevé une hausse des violations du cessez-le-feu depuis septembre 2024, plaidant pour une application rigoureuse de la résolution 1701.

Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, reste inflexible dans un contexte régional tendu, impliquant la Syrie et l’Irak. Des analystes estiment qu’un désarmement total est irréaliste à court terme, suggérant un retrait progressif des armes lourdes du sud. Pendant ce temps, la population libanaise, épuisée, manifeste par intermittence contre la présence israélienne, tandis que les ONG appellent à une aide humanitaire immédiate.

Les jours à venir, avec la visite de Le Drian et la réunion du cabinet, seront décisifs pour mesurer l’impact des pressions internationales et les réactions des acteurs locaux.

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Newsdesk Libnanews
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